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Il y avait quelque chose d'un peu plus fort que sa propre volonté, qui guidait sa marche. La foule était dense et Seth avait même du mal à se mouvoir, mais il continuait d'éviter les corps et il avançait malgré tout – il ignorait vers quoi. Il n'aurait su l'expliquer. Pendant un moment, il pensa que, peut-être, Dieu guidait ses pas. Il aurait dû savoir, que Dieu l'avait abandonné depuis longtemps. Qu'il était désormais en proie au malin et au malin seulement.

Times Square. La nuit était tombée, mais la place était encore surpeuplée. Touristes, passionnés, artistes, travailleurs, chacun avait une bonne raison d'y être, une bonne raison d'y passer. Seth rentrait chez lui. Il avait eu une journée harassante, il avait enchaîné les sessions – dont une avec Steve Rogers, qui n'avait débouché que sur une frustration énorme de l'un comme de l'autre. Et puis il avait été suivi, toute la journée, par un cadavre d'enfant particulièrement dérangeant. Sans jambes, le gamin traînait sur le sol en tirant sur ses petits bras, et appelait à l'aide sa mère. Seth avait beau accélérer le pas, le petit finissait toujours par le rattraper à un moment donné. Ignorer les cris d'un enfant, alors qu'il rampait autour du divan où Steve Rogers se confessait, ce n'était pas la chose la plus simple du monde. C'était sûrement pour ça que Seth avait fini par écourter leur séance, prétextant qu'ils n'arrivaient à rien. Le regard de Rogers ne lui avait pas paru très amical, lorsqu'ils s'étaient dits au revoir. Mieux valait ça que de révéler au reste du monde qu'il voyait les morts, ceci dit. Il n'allait pas reconnaître être habité par le diable, pas vrai ?

C'est pour cette raison que Seth marchait d'un pas pressé, fendait la foule de Times Square. Son appartement se trouvait quatre rues plus bas. Pourtant, il s'arrêta, pivota à droite et reprit sa marche, plus rapide encore qu'il ne l'était quelques minutes plus tôt. Il s'éloignait de chez lui. Il allait droit vers l'inconnu, dans un réseau de ruelles qu'il ne connaissait pas. Qu'est-ce qu'il foutait là ? Était-ce encore une perversité orchestrée par le démon qui le hantait ? Pourquoi ses jambes l'entraînaient-elles dans les bas-fonds de New-York ? Il se rendait bien compte qu'il allait droit dans le noir, quittait la foule et les néons pour les rues aux lampadaires tamisées. Il n'aimait pas ça. Mais ses pieds semblaient ne plus lui obéir. Une force étrange le guidait. Et puis il se stoppa, arrivé dans un petit quartier tranquille où pas un chat ne marchait sur le trottoir. Il y avait une silhouette, aussi immobile que lui, à quelques mètres. Un zombie – ou du moins, il y ressemblait. A bien y regarder, il était tatoué. Partout. Il ressemblait à un démon, un vrai de vrai. Seth eut un frisson qui lui parcourut l'échine. Un frisson qu'il n'avait jamais eu face aux cadavres qui déambulaient habituellement devant ses yeux. « Sir? » Seth avait la voix tremblante. Il se racla la gorge, cherchant contenance. L'autre restait immobile. Quelque chose craqua, un os ou une phalange. Seth fit un pas en arrière. « You okay, sir? » Il était prêt à courir. Il aurait être prêt à courir. Mais ses jambes ne bougeraient pas. Il était figé, complètement figé. Ce petit quelque chose, un peu plus fort que sa volonté, l'empêchait de fuir. Ce démon était là pour lui, et il l'attendait. Il allait l'emmener en Enfer, nulle part ailleurs. « My... my name is Seth. » Il souffla doucement, expirant par bribes en essayant de retrouver son calme. « I don't know what I'm doing here, I don't... I don't get why I'm here. Were you waiting? For me? » Ses mains tremblent. Il y a des râles dans l'obscurité alentours. Des cadavres. Vont-ils dévorer son âme ? Seth n'est pas encore prêt pour la mort – pas cette mort-là, pas ces morts-ci. Il n'est pas prêt.


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❝Death is our common ground❞
Seth — Victor
Ça se presse une fois la nuit tombée. Rentrer chez soi, oublier leur journée de travail comme ils le peuvent. Nous sommes en semaine après tout, il n’y a que les habitués et les ivrognes qui veulent bien passer des heures accoudés à un bar toute la nuit durant. À moins que ce soit occasionnel et là, personne n’aura à vous juger. Toujours est-il que cette obscurité finit toujours par gagner. Elle vous enferme là où vous devriez vous sentir le plus en sécurité, c’est à dire le plus loin d’elle. Victor n’est pas de ces gens-là. Victor sait que la nuit est porteuse de bonnes augures…qu’elle est aussi belle que mystérieuse, déroutante qu’imprévisible. Cette nuit-ci avait pourtant bien commencé. Dès le crépuscule - à la sortie de son « travail » (ricanement étouffé, bien sûr) - il s’était mit à marcher, encore et encore, sans réel but. Il voulait passer du temps avec ceux que lui seul pouvait voir. S’en occuper, obtenir un maximum d’informations par la même occasion si une vengeance était à établir. Car ils se lamentaient mais bien souvent, leurs maux pouvaient être apaisés - c’était Victor de s’en charger, d’abattre son courroux pour leur offrir la paix éternelle. D’ailleurs, Victor avait-il un réel objectif dans sa non-vie ? Conserver sa liberté et se battre farouchement pour ses idéaux, s’en est un. Du reste…seule sa foi le guide. Il n’existait que par ça.

Il se perd dans Manhattan, se faufile entre les vivants qui foulent allègrement la ville, tel un serpent dansant. Notre homme est particulièrement jouasse cette nuit. Ses traits étaient étirés, il paraissait presque heureux si on en oubliait l’éclat terne de ses prunelles. Terne mais particulièrement pétillant de curiosité. Au beau milieu de Times Square, il lève le nez vers le ciel et sourit à la lune qui rayonnait déjà fort. En règle générale, il était plutôt ardu de la voir, tant la luminosité citadine faussait l’expérience. Mais lui ne voyait qu’elle…et elle était pleine.
Victor finit par suivre les voix. Déjà, alors qu’il s’était un peu éloigné de l’artère principale, une enfant avec un doudou éventré contre son cœur était venue sautiller devant lui en lui demandant de jouer. Elle, elle était souvent ici. Il hocha la tête en souriant et la suivit, sautillant un peu à la même manière que la gosse par moments. Après avoir bifurqué, s’enfonçant un peu plus dans les rues, puis ruelles…il termina son chemin là où trois esprits étaient réunis. L’un pleurait inlassablement, deux d’entre eux étaient des enfants et un était plus grand - un adolescent de quatorze-quinze ans. Peu lui importait, ils faisaient tous partie de l’invisible et il ne pouvait que se sentir honoré d’être convié à leur petite réunion. Le tatoué remarqua qu’ils jouaient aux cartes à même le sol. « Je peux venir ? », qu’il avait demandé le plus innocemment du monde. Les enfants, étonnés, hochèrent la tête tous en choeur. Comment toucher ces cartes, ces enfants qui étaient issus d’un autre plan de l’univers ? Il savait comment faire, lui.

L’allemand s’assit derrière une benne en croisant les bras contre lui, capuche rabattue sur sa tête. Il avait l’air d’un SDF et rien d’autre à cet instant-ci. Puis la ruelle se vida de Vie, même la plus factice. L’âme du Fossoyeur quitta son réceptacle et rejoignit les gamins, s’asseyant de façon à compléter le cercle. La petite fille à la peluche, l’une des rares qui était plutôt expansive, entoura son cou de ses petits bras décharnés. Désormais, ils pouvaient se toucher comme vous et moi. Il en connaissait que deux dans le lot. Les deux les plus bavards aujourd’hui car ils étaient rassurés en sa présence. Les autres eux, ne savaient pas trop s’ils pouvaient lui faire confiance. D’autant qu’un était en train de pleurer. « Pourquoi tu pleures ? », finit-il par lui demander, fronçant les sourcils. « Parker il pleure parce que ses parents sont partis avant lui. », dit l’une. Il s’est suicidé. C’est l’évidence même. Il a les manches longues et il n’arrête pas d’y toucher. Victor sait ce qu’il cache là-dessous - il s’est ouvert. Lui aussi a déjà essayé, jadis. Ça n’avait pas marché. « T’aimerais pas les rejoindre ? », ces mots semblent faire tilt chez Parker. La voix de Victor a toujours eu un grand impact, plus que celui des médiums. Il hoche positivement la tête. Le tatoué lui offre son plus beau sourire, la tête légèrement penchée sur le côté. « Alors joue. Je t’y emmènerai bientôt. » La promesse était faite. L’espoir renaît. Ils commencèrent à jouer.

Après une dizaine de minutes, quelque chose semble bouger. Quelque chose est différent. Pour le moment, il n’y prend pas vraiment garde, jetant un coup d’oeil à son corps inerte qui était encore sur le premier plan, celui des vivants. Il ne valait mieux pas tarder. Dans son inattention partielle, il avait entendu des cartes qui se passaient entre eux. « Hé…Rosie, t’as triché ! », fit remarquer le tatoué à l’autre fillette; qui baissa la tête avec un grand sourire, les fossettes saillantes. Il lui manquait la moitié postérieure du crâne, ouverte sur ses viscères cérébrales, et il lui manquait trois doigts à sa main droite. Leur petit groupe s’était mit à ricaner alors qu’elle se cachait derrière ses cartes sales, datant d’une autre époque. Et puis la présence s’affirma - se confirma, plutôt. Les rires cessèrent immédiatement. À la manière d’un film d’épouvante, oui, c’était tristement connu pour ce genre de scènes. La suite ? La mort éprouvante du gêneur. Victor fit mine de ne pas trop y prêter attention, mais le regard des enfants était vraisemblablement capté par l’humain et contrairement à tous les gens qui avaient pu passer de près comme de loin ici, il avait été le seul à s’être arrêté. Le seul à avoir vu.

Lorsqu’il lui demanda s’il allait bien, Victor ne regarda pas par dessus son épaule, sachant pertinemment que personne n’était derrière lui. L’homme qui se dressait là le dévisageait - il le regardait lui et personne d’autre. Comme si les enfants alentours le rebutaient, d’une part, qu’il ne fallait pas qu’ils existent. L’étranger n’avait pas vu sa carcasse près de la benne, elle était dissimulée de là où il se trouvait. Leurs regards noués, le tatoué se leva progressivement et lentement. Les esprits sont coi…et lorsque l’élu croit comprendre, c’est d'une colère sourde dont il s'anime.

« De quoi as-tu peur… », commença t-il d'une voix faussement calme. Il fit craquer ses phalanges d’elles-mêmes en avançant d’un pas vers lui. « …imposteur ? » Telle était la façon dont il le percevait. Un imposteur. Il n’avait été capable de discerner le vivant du mort. Il les voyait lui aussi. Il osait venir ici et lui poser des questions. Pour qui diable se prenait-il ? Sa colère se concrétise, mais il est toujours sur le plan de l’invisible. Les râles d’autres défunts finissent par retentir, ils sont attirés par cette force mystique qu’il se met à dégager à outrance. Et ils arrivent en nombre, guidés comme l’a sans doute été cet étrange hurluberlu qui s’exposait au danger sans vergogne. « Seth…l’imposteur ! », lâcha t-il alors qu’il se rapprochait un peu plus de lui, tel un prédateur face à une proie potentielle. Ce Seth parlait seul dans cette ruelle pour l’instant. « Seth…l’imposteur… », répétèrent le quatuor enfantin derrière son dos, bientôt suivi par d'autres voix qui se rapprochaient des lieux, marée montante qui finirait par submerger l'imposteur s'il ne prenait pas garde.


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Cours. Son cerveau hurle, mais ses jambes restent de marbre. Il n'y a plus personne dans les rues, plus personne sinon les morts, ils ont une odeur bien spéciale et Seth se demande toujours comment les autres, comment les vivants font pour ne pas la sentir. Le démon tatoué est devant lui, il y a un fil entre eux, une attraction et chaque pas qu'il fait, Seth le sent, plus proche, plus dangereux. Cours mais il ne bouge pas, il reste planté sur le trottoir, et il voudrait fermer les yeux, sauf qu'il ne veut rien rater du spectacle. Le spectacle de son trépas. « Seth... l'imposteur ! » La voix est rauque, grave, elle vient des profondeurs. De l'Enfer, probablement. Il ne répond rien, et c'est tant mieux, sans aucun doute ses paroles seraient tremblantes, timides. Les morts répètent, derrière le démon. « Seth... l'imposteur... » Que peut-il bien dire, que peut-il bien faire ? Cours. Malgré lui, Seth pense à Theo, pense à l'ami qu'il vient de retrouver et il pense à Sara et au fait qu'il va l'abandonner, qu'en mourant il la laisse seule, derrière. Il pense à son Dieu et il espère avoir une place à ses côtés quand même.

Son pied droit recule. Puis le gauche. Il expire avec force, un soupir de soulagement. Seth continue de reculer, se retrouve acculé contre un mur. « Vous êtes un démon ? » dit-il, et comme prédit, sa voix est faible et misérable. Il ne comprend pas ce qu'il fait là, il ne comprend pas pourquoi il est attiré par cette bête, entouré par les cadavres. Soudain il rampe devant lui, le petit qui lui a tourné autour toute la journée. Il rampe et il se place en garde, il est devant Seth mais il fait face au démon. Il grogne et il râle, il n'appelle plus sa mère à l'aide. « C'est pas un imposteur ! C'est mon ami. » fait le gamin. Seth est estomaqué. Il a passé sa journée à ignorer la limace - hell, il passe sa vie à tous les ignorer. Il ne leur parle pas, ne leur parle jamais. Ce cadavre n'est pas son ami, c'est impossible. Le ton décidé du petit fait naître la culpabilité dans le cœur de Seth – ou l'exacerbe, peut-être. Il lève les yeux au ciel, il cherche Dieu, mais il n'y a personne. Ni Dieu, ni étoiles, juste un noir d'encre qui les entoure, et la lumière artificielle de quelques lampadaires vieillis. « Qu'est-ce que vous voulez ? Qui êtes-vous ? » fait-il. Malgré sa peur, la présence de la limace à ses côtés le rassure. Lui donne une certaine assurance. S'il meurt ce soir, il ne meurt pas seul. Quelqu'un – ou la moitié de quelqu'un, au moins – l'aura défendu. Il n'est pas sûr que ça suffise à arrêter le démon tatoué. Celui-ci continue d'avancer, à une lenteur monumentale. Les morts les entourent désormais, comme spectateurs d'un pugilat, d'un combat d'arènes. Seth n'a rien d'un gladiateur. Il a son revolver, coincé entre son jean et son dos. Il pourrait le sortir, il pourrait tirer : à coup sûr, il ne raterait pas. Seulement, ce n'est pas lui. Il n'est pas un meurtrier. « De toute évidence, je vous ai énervé... » il commence, les mains en avant, comme pour calmer le jeu. « On peut en discuter, peut-être ? Je suis sûr qu'on peut arranger ça. » Le psychologue, le prêtre, le pacifiste en lui ressurgit. Mais la non-violence, ça ne suffira pas, cette nuit. Il faudra mettre du cœur à l'ouvrage, pas vrai ? Un autre cadavre vient se placer devant lui, une autre barrière, une autre protection. C'est la femme qu'il a vu à l'église, la première fois que son don s'est manifesté. Elle a la gorge tranchée, des taillades sur tout le corps – un corps nu, un corps laid et froid. Elle ne peut pas parler, mais son positionnement est clair : elle défendra Seth. Il ne comprend pas cet élan de solidarité, de la part des morts. Il les a pourtant si mal traités, tant ignorés. Ils ne sont que la manifestation du Diable, non ? C'est peut-être un piège, pour conduire Seth à trahir son Dieu et à s'allier aux défunts. C'est peut-être juste un signe qu'il faisait fausse route. Il n'en sait rien. Le démon tatoué continue d'avancer. Seth sort son arme malgré lui. Il la braque sur l'autre, enlève la sécurité. « Je suis armé. Je ne veux pas vous abattre, mais je le ferai, si ma vie est en danger. » A chaque mort qui se place devant lui, à chaque mort qui le protège, il gagne en assurance, gagne en confiance. La peur est toujours là, mais moindre. Un écho, une résonance lointaine.


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Seth — Victor
La violence de son silence est sans nom. Rien face à cette question qui pourtant prenait tout son sens au vu de la réaction de « l’humain », de celui qu’il appelait à juste titre imposteur. Il ne réfutait pas. Il avait comprit qu’il avait été débusqué. L’élu n’était pas aveugle. Quant bien même l’autre semblait voir, il avait des oeillères. Il se refusait à accepter la présence des esprits, il portait, dans son comportement, un jugement qui irritait particulièrement Victor. L’indifférence systématique au peuple de l’invisible relevait d’une médiocrité tenace…un élu ne ferait jamais pareille chose. C’était d’un profond irrespect, d’une part. Mais pas que. À ce moment même, le tatoué se sentait particulièrement touché par cette présence qu’il ne comprenait pas. Sans doute était-ce cette greffe d’incompréhension sur ce nœud émotionnel qui le faisait réagir aussi violemment. Les enfants derrière lui se pressent, puis c’est au tour des nouveaux venus de le rejoindre. C’est un regard noir qu’il lui offre, empli de reproches sourdes de raisonnement. Il avance. Il ne lui reste que quatre minutes avant d’avoir à reprendre son corps et retourner dans le plan où se trouvait le dénommé Seth. L’imposteur ne savait même pas différencier le mort du vivant. L’imposteur n’était pourtant captivé que par le Fossoyeur. Pourquoi ? Que reconnaissait-il vraiment en lui ? Son authenticité ?

« C’est pas un imposteur ! C’est mon ami. » La voix du gamin qui rampe à ses côtés depuis le début lui parvient. Il ne décroche pas son regard de Seth alors qu’il se presse de lui-même contre le mur derrière lui. Il a peur. Terriblement peur. Ça ne fait aucun doute. Le petit corps se met entre eux. Un autre le rejoint. Contrairement à son interlocuteur, il fait attention à ce que les esprits émettent et ses yeux émeraude se posent alors sur le propriétaire de cette voix. « Ton ami est un imposteur… », murmura t-il à l’attention du gamin, qui hocha négativement la tête avec ses yeux embués de larmes. Il tapa des poings par terre en essayant d’attraper la cheville de l’élu. Mais ce dernier n’avait pas envie de bouger dans l’instant T. L’autre fuit son regard, levant les yeux au ciel, semblant chercher quelque chose. Ses questions lui passent au dessus - il essaie de noyer le poisson, c’est évident. Il savait très bien pourquoi il était venu ici. Victor n’avait clairement pas demandé à ce que l’imposteur ne vienne se présenter à lui. Il avait cette fois l’impression qu’on se fichait de lui. Il avance de nouveau, à pas lent, trop lent. « On peut en discuter, peut-être ? Je suis sûr qu’on peut arranger ça. » Ses mâchoires se compriment et un craquement se fait entendre.  Arranger ? Arranger quoi ? Se sentait-il coupable ? Cela sonnait ainsi. « Regarde-moi. » Parce qu’il évitait subtilement ses prunelles depuis le début, cherchant à se rassurer dans le décor. Rien de tout ça ne le sauverait. Pas de son jugement, non; on n’y échappait pas tant que l’élu ne l’avait pas décidé.

L’homme s’arrête face à un esprit qui se dresse lui aussi entre eux. Une femme qu'il n’a jamais vue. Une femme qui a souffert. Sa vue le touche brièvement, se demandant ce qu’il pourrait faire pour l’aider à partir pour Mictlan en paix. Elle ne peut parler mais Victor comprend parfaitement ce qu’elle essaie de lui dire. 1m41s. Il jette un coup d’œil à son corps, là, derrière la benne. C’est à ce moment-là que l’homme dégaine son arme pour la pointer sur lui. Presqu’aussitôt, le squelette bicolore se met à rire. Un rire spontané et dont l’innocence rayonnait. Pour sûr que ça le faisait rire. « Abuelo…tu peux me prendre dans tes bras ? », fait la voix de la petite au doudou rapiécé. C’est l’illusion d’une trêve qui se dresse-là. Peut-être que l’arme est toujours pointée sur lui, c’est fort possible. Le visage de Victor a changé du tout au tout en quelques secondes. Il s’accroupit et tend les bras vers la gamine au trou béant dans le ventre. « Sí, venga, » Il la réceptionne, la soulève et marche lentement en contournant la benne. Son front se colle au sien, petit et cramoisi, un instant. 32s. Un chaste baiser sur son front avant de la reposer doucement à terre. L'homme disparaît brièvement.

Ses yeux s’ouvrent. Tristement éveillé, il se défait de sa position recroquevillée pour se hisser sur ses jambes. Aucun esprit ne pourrait l’atteindre désormais. Il tire sa capuche en arrière pour se découvrir. Le tatoué est de nouveau sous un autre jour, il est d’un calme exemplaire mais son visage est fermé. Il marche mais ne regarde pas Seth. Pourtant il s’en rapproche. Encore. À moins de cinq mètres de lui, il lève les yeux vers l’imposteur et continue dans cette trajectoire, ne cillant pas. Il traverse les esprits qui se dressent devant lui jusqu’à arriver à sa hauteur. Le canon de l’arme est contre son corps glacé et filandreux…mais il avance toujours pour s’en rapprocher au maximum. Aucune agressivité dans les gestes si ce n’est dans l’émeraude de son regard. Quelque chose est en train de bouillir cependant, au fond de cette carcasse effroyable. Quelque chose qui ne demande qu’à sortir.

Quinze centimètres entre leur visage si ce n’est moins. L'absence de souffle de la part du bicentenaire est flagrante, il ne s'encombre pas de ce mimétisme habituel. « Abuelo ? », fit la voix de la gamine par dessus ce qu’il était en train d’entendre, lui faisant écarquiller un peu plus les yeux.

L’homme psalmodiait frénétiquement.  


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Le tatoué rit, avec une telle surprise que Seth sursaute, mais sa prise reste ferme sur son arme. Il avait déjà l'impression que les balles ne feraient rien au démon, parce qu'il était démon et déjà mort. Cette réaction le conforte dans cette idée. La confiance qui commençait à naître en Seth s'éteint presque aussitôt. Le tatoué est proche et il voit les formes à l'encre pourrir sa peau. Puis un esprit vient l'interpeller, alors il se retourne. Il parle avec une autre voix, une chaleur que l'ancien prêtre ne lui aurait pas soupçonné. Et il tourne les talons. Une petite dans les bras, il tourne les talons. Seth lâche un soupir de soulagement, lui qui retenait son souffle. Il devrait en profiter pour fuir maintenant, fuir tant que c'est possible et avant que le démon ne revienne. Il reste immobile pourtant, il voit les morts qui l'ont défendu et il ne sait pas comment les remercier, il ne sait pas s'il peut leur parler. Après tout, ce sont des cadavres – il s'était juré d'ignorer les cadavres.

Derrière la benne le tatoué avait disparu. Il réapparaît soudain, et son corps fait du bruit, cette aura l'a quitté. Il enlève son hoodie, dévoile un crâne rasé, un cerveau imprimé sur le haut de sa tête, c'est un zombie oui, l'homme mort, le reflet d'Anubis. Mais Anubis n'est qu'un mythe et Seth sait qu'il regarde Satan dans les yeux. Un pas. Un autre. L'autre s'approche, sans le regarder, mais Seth ne le quittera pas des yeux, il ne peut pas. Son arme tremble, ses poings tremblent, ses doigts tremblent. Brièvement, il lève les yeux au ciel. « Notre père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne... » Il reporte son attention sur le démon, ses lèvres tremblent et le corps est si proche qu'il voit dans ses yeux, ils semblent vides et morts, vides et morts oui. « ...que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses... » Le canon de son arme est maintenant appuyé contre le sternum du tatoué. Il ne souffle pas, dans le froid de New-York il ne fait aucun son, il ne respire pas. C'est bien un défunt, oui, un défunt qu'il peut toucher, qui peut agir sur le monde du visible, le monde des vivants .Ça n'a aucun sens. « ...comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal. Amen. » S'il le pouvait, il tiendrait sa croix entre ses doigts, mais ces derniers sont bien trop occupés, pressés contre la détente, à un tic nerveux de tirer. La prière est son seul réconfort, sa seule arme vraiment valable, alors il répète et répète et continue, jusqu'à ce que le tatoué s'arrête, le tatoué le regarde, les yeux écarquillés. « Je vous salue Marie pleine de grâces... » Seth a les paupières closes, il chante presque en silence, seul un murmure s'échappe de ses lèvres. Il attend sa mort à lui, il attend que le démon l'emmène. Mais rien ne se passe.

L'ancien prêtre ouvre les yeux. Le visage du tatoué est toujours proche de lui. Toujours surpris. Le trémolos lorsque Seth prend la parole est évident. Presque gênant, pour lui comme pour celui à qui il s'adresse. Pourtant, il n'arrive pas à se calmer. « Vous êtes un démon, pas vrai ? » Ses paupières sont humides et son cœur bat à tout rompre. « J'ai servi le seigneur, je le sers toujours de mon mieux, mais les morts viennent me voir maintenant. Vous êtes mort et vous venez me voir. Vous êtes un démon ? » Ses dents claquent et un froid immense le traverse, le transperce. Il pourrait crever ici-même, devenir un fantôme comme tous ceux qu'il a si longtemps ignorés. « Je n'ai pas vendu mon âme et mon corps est pur de toute drogue, tout alcool, toute souillure humaine. J'ai évité la tentation, ignoré le malin alors pourquoi, pourquoi êtes-vous là ? » Devant le silence presque curieux du tatoué, et sans vraiment y réfléchir, le ton de Seth se fait plus fort, plus autoritaire. « Répondez-moi ! Êtes-vous un démon ?! » Il s'entend lui-même gronder et il sursaute après avoir parlé, il s'est fait pleurer. Quel Dieu peut le regarder avec fierté en ce moment ? Il parle avec le mal, il parle avec un envoyé de Satan. Il ne mérite pas sa place au paradis.


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❝Death is our common ground❞
Seth — Victor
Il psalmodie. Là, face à lui, comme dernier recours à sa situation. Au lieu de vider son chargeur sur lui, comme tout bon homme l’aurait fait. Or il ne le fait pas. Pourtant tout laisserait croire qu’il sait s’en servir. Sa réserve perturbe aussi l’élu, plus habitué aux élans de violence à son égard que de véritables dialogues intéressés - cependant, une exception dérogeait à la règle à ce jour, mais passons. Il ne s’en sentirait pas mieux si c’était le cas. Le haïr est déjà une solution des plus viables. Dans le meilleur des cas, il vous ignorera car comblé. Victor canalise de manière assez viscérale, il sent que quelque chose d’anormal se passe. Qu’il doit prendre gare. Mais sa curiosité l’amène à écouter. L’autre égaré armé était en train de…prier.

Son seigneur, tout ça. Ça lui rappelle quelque chose, un vent qui aurait pu siffler comme de la nostalgie sauf qu’il sonnait plutôt comme le glas de souvenirs tourmentés. Son regard se perd un instant alors que l’homme qui lui fait face termine ses jérémiades. Sa pauvre mère avait prit l’habitude de prier ainsi, plus encore lorsqu’on l’avait envoyé là-bas. Les bribes de sa mémoire se ressoudent, sauf qu’il n’en veut pas. Victor ne veut pas de ces souvenirs-là, ils sont dangereux. Ils le piègent. Le cœur plein de ronces. Il est irrémédiablement plus nerveux, ça se sent comme un filet d’huile que l’on aurait laissé réchauffer sans s’en rendre compte. Le moindre contact et…

« Vous êtes un démon, pas vrai ? » Un démon ? Eux aussi avaient dit ça. Ils le pensaient toujours, là-haut, dans sa tête. Ça tournait en boucle. Qu’on le lui rappelle dans un tel moment n’était pas anodin. Il avait l’impression de se faire lacérer par son passé meurtri, ici, dans cette ruelle new-yorkaise au beau milieu de la nuit. Il fronça légèrement les sourcils. Que Dieu lui vienne en aide…, fait cette voix féminine déstructurée dans son cerveau malade. Ce n’est plus notre fils, avait un jour assuré celle de son père. Il l’avait entendue. Il l’avait imprimée. Dommage indélébile. L’homme, le prêtre, le crétin asservi, insista. Encore…et…encore. « Je-ne-suis-pas-un… » Il dissèque sa phrase, arrachant les mots un à un comme des membres humanoïdes. C’est presque murmuré, son interlocuteur poursuit pourtant, tentant de lui faire cracher une vérité qu’il n’a pas. Le dernier mot qu’il lâche est joint d’une main plaquée contre le mur qui se fissure méchamment. « …démon ! » Ça a vibré, quelques esprits qui se trouvaient là ont reculé alors qu’ils ne se trouvent pas dans le même plan.

Un silence glacial. Sa main glisse le long du mur avant de retomber le long de son corps filandreux. Il n’a pas bougé. L’autre a les yeux humides et tremble comme une feuille. La tête de Victor se penche légèrement sur le côté alors que son regard ne le quitte toujours pas. Il est intrusif. Cherche à savoir…même plus que ça. « Dieu n’ignore pas ses enfants… », marmonna t-il avec force et assurance. « …pas le mien. »  Il ne parlait pas du même, mais comment l’imposteur pourrait-il s’en douter ? Lui, aveuglé par son seigneur ignorant ? Victor était en train de lui faire comprendre, à juste titre, qu’il n’était pas digne de ce don…ce n’était pourtant pas simple de le faire. Pas simple de ne pas céder à cette fureur, aussi vertueuse puisse t-elle être. « Tu les ignores…crétin d’asservi. » Il veut s’en aller ? Qu’il lui explique pourquoi il est venu à lui. Pourquoi il ose le traiter de démon. Pourquoi il est cet imposteur qui n’a d’yeux que pour un seigneur aussi impitoyable que profane.


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Si l'autre tremble face à lui, c'est de rage. « Je-ne-suis-pas-un... » Chaque mot prononcé est une sentence de mort sur la tête de Seth. Il sent la colère vibrer dans sa voix, il voit les tatouages plus clairement maintenant, à travers le filtre de ses larmes, il voit le regard noir et douloureux. Son arme est le seul rempart entre eux. « ...démon ! » Son poing s'abat sur le mur, craque le béton. Seth veut lâcher le flingue mais il s'y accroche comme une bouée dans sa noyade. Peut-on croire les paroles d'un être s'il est envoyé de Satan ? Pourtant cette douleur dans le regard, cette douleur, Seth la connaît. Il a vu passé tant de fidèles tourmentés, il a évité le contact de tant de morts accablés. Aujourd'hui, il a juste à regarder dans le miroir pour voir cette peine poindre dans l'iris du reflet. L'homme – car c'est ainsi que Seth veut le voir maintenant – l'observe avec une curiosité teintée de mépris. « Dieu n'ignore pas ses enfants... pas le mien. » Il n'y a qu'un Dieu mais Seth ne va pas corriger ses croyances en cet instant précis. Il croît à la liberté de foi. Il se tait et cherche à calmer ses tremblements. « Tu les ignores... crétin d'asservi. » Quelques secondes, c'est le temps qu'il faut à Seth pour réaliser de qui le tatoué parle. Des cadavres, bien sûr. Des esprits, des engeances qui évoluent encore parmi eux.

Lentement, le psychologue baisse son arme, la range dans son holster. Il ne quitte pas l'autre des yeux. « Je ne veux pas les voir. » répond-il, la voix bien plus calme qu'il ne l'est en réalité. « Je ne veux pas les voir... » il répète, dans un murmure. Puis son regard s'éclaire. « Mais tu les vois aussi, pas vrai ? Tu peux leur parler, tu peux les tenir, tu... Tu peux les faire partir ? » Il a un semblant d'espoir dans la voix. Sa vie s'est cassé la gueule quand ils ont commencé à apparaître. Même s'il a retrouvé Theo, même s'il est heureux de son travail au SHIELD, il a l'impression d'avoir raté sa vocation, d'avoir été touché par des forces qui le dépassent, et avec lesquelles il ne veut rien avoir à faire. Dans la froideur, l'obscurité de cette allée, tout contre le tatoué et ses yeux douloureux, Seth a envie d'ôter ce fardeau de ses épaules. Et l'homme face à lui est le seul qui comprenne, le seul qui sache ce que Seth peut faire. Parce qu'il le fait aussi, et mieux, sans aucun doute. « Je suis pas taillé pour ça, je peux pas les aider. » Un frisson lui parcourt l'échine, et il serre ses bras sur son torse, comme un dernier rempart entre lui et le reste du monde. « Tu es meilleur à ça, je le vois, tu es meilleur et tu sais les aider. Tu es comme eux. » La ferveur grimpe dans son ton, alors qu'il avoue ses faiblesses. Il se confesse. Ça faisait bien longtemps qu'il n'avait plus menti. « Aide-moi, je t'en prie. Tout ça me dépasse, tout ça me dépasse complètement. » Les larmes coulent sans retenue, peut-être parce qu'il expose finalement son âme à un autre qu'au reflet du miroir, peut-être parce qu'il est fatigué, éprouvé, convaincu qu'il va y rester. Seth tombe à genoux, le poids des morts pèse sur lui. « Il n'y a pas de Moïse pour les morts, et je ne suis ni Charon, ni Anubis. Je ne sais pas quoi faire pour les aider... » La tête baissée, les épaules tremblantes, le voilà à genoux et aux pieds du tatoué, incapable de se lever, incapable d'être un homme digne de son Dieu. Il n'est qu'un enfant entouré par les morts, terrifié par les morts.


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❝Death is our common ground❞
Seth — Victor
L’arme s’incline, le métal froid courbe l'échine. À quoi jouait-il ? Son seigneur tant vénéré aurait-il insufflé grâce et vertu sur cet homme, en plus de préceptes douteux vis à vis de l’invisible ? Pour un peu, il lui aurait hurlé de presser sur la gâchette. Qu’il daigne au moins le haïr comme il semblait le laisser croire au départ, l’élevant au statut de démon. Un rejet sur lequel il venait de cracher le concernant. L’incompréhension gagne l’élu qui attend beaucoup de l’imposteur. Les esprits sont coi et attentifs…mais Rosie se met à geindre. Elle a peur. Victor le sent comme une brûlure inodore, imperceptible à l’oeil nu. Ça l’affecte imperceptiblement. Seul son regard vrille dans sa direction, et au même moment, c’est Seth qui répète, ravalant la peur dont il transpirait malgré lui. Qu’il ne veut pas les voir. Les mâchoires de Victor se compriment, un craquement d’os se fait entendre. Ses yeux se ferment avec force, il baisse la tête un instant. Le laisse poursuivre, puisqu’il n’a pas d’autre choix pour l’instant. S’il veut l’entendre, il doit lui laisser la tête. « Mais tu les vois aussi, pas vrai ? Tu peux leur parler, tu peux les tenir, tu... Tu peux les faire partir ? » Là, il rouvre les yeux. Comment osait-il ? C’est comme si un carreau d’arbalète était venu se loger dans sa poitrine raide et inflexible. Mort.
Il phase. Les pleurs lui reviennent. La colère. Les ronces. Stoïque, c’est à ses poings de se serrer et d’en faire craquer les articulations. Il veut hurler mais rien ne sort. Il n’y a que les plaintes des esprits contre son coeur et dans son dos. L’ignare continue. Continue encore. Arrête-toi. « Non, non et NON ! » Il tournait alors en rond, se tient la tête, bouillonnant de mille et une piques émotionnelles. Ressentir. Vibrer. Il a horreur de ça, lorsqu’il n’y est ni préparé ni habitué. Lorsque ce n’est pas le bon sentiment qui se manifeste. Lorsqu’il ne peut pas aller au bout de sa volonté, parce qu’une force supérieure l’en empêche. Le pauvre enfant n’en a pas conscience, comme il ignore qu’il est une entité psychopompe majeure.

Il le supplie.
Son aide n’est pas à vendre.

Quant bien même son Dieu et ses saints pouvaient l’encourager à la lui demander. Plus bas que terre, l’homme se laisse chuter à ses pieds. Victor, s’il avait été habilité à pleurer, aurait déjà eu les yeux embués de larmes.
Colère.
Rouge comme les lèvres de la petite Rosie qui se tordaient dans un rictus déchirant. Il ne sait pourquoi, mais ces quelques mots, pourtant empreints d’un délire équivoque, sont embaumés d’une sagesse quasi-divine.

« Écraser un insecte ne fera pas disparaître ses pairs… », grinça l’ange blessé, « Toi… » Ses yeux s’échouent sur sa silhouette. Le lien avec le Dieu unique est fait. « L’imposteur, tu n’es pas ton Dieu, tu n’es pas martyr. » Ils s’ouvrent davantage alors que sa voix s’élève, fauchant l’air et l’espace. « LÈVE-TOI ! » Les esprits se taisent. S’effacent, malgré les sanglots de Rosie, de la colère de l’élu qui ne s’éteint pas…

…des caprices du garçonnet. Il veut lui prendre la main, cette dernière le frôle et le traverse.

Pourtant, Victor a senti l’énergie…sa main, la sienne, squelettique, empoigne soudainement le cou de l’étranger dont les dernières paroles, profanes, font encore écho dans son esprit torturé. Il n’y a pas de Moïse pour les morts, et je ne suis ni Charon, ni Anubis. Je ne sais pas quoi faire pour les aider… Inutile. Il est inutile. Tout comme son Dieu, qu’il prie sans jamais recevoir de cadeaux, contrairement à ce que pouvait connaître l’allemand quotidiennement. L’élu le soulève du bout du bras, recevant quelques traces d’humidité qui s’étaient échappées de ses joues blêmes. Il ne les sent pas. Il ne voit que ses yeux, son visage qui se tord encore, encore, encore. Est-ce qu’il souffre ? Qui ne souffrait pas ici bas ? Qui ?

Une nouvelle fois, l’esprit du gamin phase avec une partie de son corps physique. La décharge. Les plans se croisent, les énergies s’épanchent. L’homme le tient encore - or, l’éclat de son regard change. Des secondes. Trente. Quarante ? Son bras s’incline progressivement vers l’horizon, laisse les semelles du croyant retrouver le bitume. Malgré cela, le contact est maintenu. Ce n’est pas une force particulière qu’il lui renvoie, c’est une clé tendue. Il l’a reconnu. Il est le premier. La magie de mort qui le parcourt file jusqu’à Seth, nourrit l’aura de l’élu, qui a étrangement muté. Ce n’est pas flagrant - tu ne ressens rien - mais suffisant pour que les esprits derrière lui se calment. Même la petite Rosie, qui rejoint le silence régnant dans cette funeste assemblée. Leurs yeux - s’ils en ont gardé les traces - brillent, ils voient ce que ne vois pas l’imposteur, mais qu’il peut quant à lui sentir à sa manière…

Le geste qui met fin à leur proximité tranche avec les derniers embrasements qui l’avaient secoué. Une délicatesse presque irréelle.

Il se retire.
D’un pas.


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Il y a une colère sourde qui gronde juste devant ses yeux. A genoux, Seth baisse la tête, les mains jointes en une prière silencieuse. « Écraser un insecte ne fera pas disparaître ses pairs... » C'est la voix d'un serpent, sinueuse, trop calme pour ne pas être agressive. Seth a peur, bien sûr. Il n'a jamais été l'homme le plus courageux, et n'a jamais cherché à l'être – il se bat chaque jour pour lutter contre ses frayeurs nocturnes, contre les images qu'il voit sans jamais pouvoir y échapper. Quand les morts vous tournent autour, on ne peut pas dormir sur ses deux oreilles, on ne peut pas vivre comme il le faudrait. « Toi... L'imposteur, tu n'es pas ton Dieu, tu n'es pas martyr. » Seth garde le silence, car il est bien martyr, il est bien victime de ce qu'il ne contrôle pas, de ce qu'il refuse d'accepter. Il a oublié comment était son quotidien avant que les fantômes le peuplent. « LÈVE-TOI ! » Seth tressaille. Quelque part il semble entendre des cloches qui résonnent, ou bien ce n'est que le fruit de son imagination. Son dernier jugement.

Les doigts trop froids viennent enserrer son cou. Il agrippe le poignet qui le soulève déjà du sol, il tire, tape, griffe. Derrière ses paupières il voit Sara, sa sœur. Il voit Theodor. Pourquoi voit-il Theodor ? L'air se fait rare. Sa vue s'estompe, les contours, les couleurs, tout ça commence à disparaître. C'est la fin.

Ses pieds qui s'agitent trouvent enfin le bitume. Il est droit sur ses bottes à nouveau, la gorge toujours enserrée, mais quelque chose se produit. Il n'ose pas ouvrir les yeux, alors il les garde clos et il sent une chaleur dans les doigts du démon, une énergie qui le dépasse. Étrangement familière. C'est un berceau dans lequel il dort parfois, lorsque les cauchemars ne sont que des rêves étranges, presque agréables. La peur qui avait envahi Seth ? Elle a disparu. Ses muscles se relâchent, il ouvre les yeux lentement. Une aura, c'est une aura autour du squelette ? Les morts autour d'eux sont calmes, certains admirent la lumière qui émane. Seth admire aussi. Puis les doigts sur son cou se détendent, et glissent sur la peau avec douceur, avant de s'en séparer. La froideur de la nuit rejoint Seth. Les bons sentiments qui l'avaient envahi s'estompent petit à petit. Or, la panique n'est que moindre face à la curiosité de cet échange, et au lieu de prendre ses jambes à son cou, l'ancien prêtre reste là, à regarder l'autre de la tête aux pieds. « Cette chaleur... cette lumière... » Il a la voix qui tremble, pleine d'émotions. Oui, voilà, il est ému. Seth essuie brusquement ses joues humides avant de reprendre. « C'était magnifique. » Le voilà un peu plus inquisiteur. « Qui es-tu ? Tu n'es ni fantôme ni démon, tu n'es pas un homme non plus. » L'idée folle qu'il soit son Dieu le traverse, et il hésite à tomber sur ses genoux à nouveau. Mais il en est incapable. Il ne peut pas bouger, il ne peut que rester là, stoïque, à contempler l'autre face à lui. A s'abreuver encore un peu du pouvoir qu'il a ressenti jusque dans ses os. « Tu es quelque chose de complètement différent. »

Une main vient se glisser dans la sienne, alors ballante. Seth tourne la tête. C'est le petit fantôme, le petit mort qui s'accroche à lui. Il aurait dû faire la grimace, repousser l'enfant – mais il serre la main du petit plus fort. Il lui fait un grand sourire. Il peut le toucher, chose rare. Il peut et il veut le toucher, le réconforter, l'aider à passer dans l'autre-monde, plutôt que rester parmi les vivants, à errer en peine. Son regard embrasse les autres enfants, les autres fantômes et un élan de compassion, un élan d'amour le gagne. Seth ne comprend pas vraiment pourquoi, ni comment sa perception des défunts a changé aussi brusquement. Ne sont-ils pas les enfants de Dieu, eux aussi ? Ne méritent-ils pas rédemption, pardon, soutien et amour ? Il regarde l'autre à nouveau. « Tu es quelque chose de complètement différent. » répète-t-il. « Je ne comprends pas comment, mais je comprends ce que tu disais. Je comprends l'importance de ce don. Il me terrifie mais... je comprends. »


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