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 Live fast, die old | Jazred

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Live fast, die old.

« And sometimes all I want, more than anything else in the world, is to go on a freaking date.  »

C
’est étrange. Le goût de ses lèvres sur les siennes, c’est étrange. Et elle se sent maladroite. Elle se sent idiote. Son coeur cogne dans sa poitrine, elle a l’impression qu’il va éclater, quand il prolonge le baiser. Elle ne sait pas quoi faire de ses mains. Elle ne sait pas quoi faire de sa peau. Elle répond, par instinct, sans trop savoir comment. Il a court-circuité l’esprit pragmatique, il a grillé le sérieux, la peur, les complexes - seulement quelques secondes. Il a déchiré le voile séparant la demoiselle de son monde de mots, de lignes, de pages couvertes d’encre. Elle n’a pas fait griller le jeune homme. Il ne souffre pas, il ne fuit pas, il ne hurle pas comme l’enfant sur lequel ses facultés se sont déclenchées, la première fois. Il est entier. Et elle se sent vivante. Vivante comme jamais. C’est peut-être l’alcool. Ou le goût de ses lèvres. Le goût mélangé à l’alcool. C’est trop court. « Tu sais que c’est incroyablement romantique ce que tu as fait ? » Les yeux se baissent. Les mains fines se nouent entre elles, nerveusement. Non, elle ne sait pas. Jazz ne regarde pas de films, elle lit des livres, des bouquins qui lui servent à apprendre, à s’améliorer. Elle ne lit pas de romances. Elle ne lit pas non plus des 50 shades of Grey. Elle lit des manuels, des récits historiques, pas des romans pour adolescentes en émois. Elle ne sait pas. Elle ne s’y intéressait pas. Comment le pourrait-elle, mal dans sa peau comme elle l’est ? Alors Jazz reste silencieuse, rougissante. Pourquoi son coeur bat-il si vite ? Pourquoi est-ce qu’elle a envie de retrouver sa bouche ? En plus c’est idiot, c’est comme échanger des microbes. Mais c’est agréable, apparemment, d’échanger de la salive. Pensé comme ça, c’est répugnant. Il a un joli nez. C’est ce qu’elle constate en l’observant, du coin de l’oeil, avant de fixer à nouveau ses mains.

« Alors, ça veut dire qu’on peut s’embrasser n’importe quand sans prendre rendez-vous six mois à l’avance ? » Tout les sépare. Comment ce pourrait être possible ? Elle ne peut rien lui raconter, sa vie est un secret, parce qu’elle vit pour son travail. Quel homme pourrait accepter de ne rien savoir ? Et Jared est curieux. Jared aime les héros. Il pourrait savoir et poser des questions. Elle pourrait mettre sa vie d’autant plus en danger. Elle a peur, terriblement peur de lui faire du mal malgré elle. Elle n’aurait pas dû l’embrasser. La panique semble la faire brusquement retomber de son nuage, s’écraser sur le béton de la réalité. Mais son baiser, il était agréable, comme un joli rêve. C’est absurde, elle ne peut pas se la jouer romantique. Elle est agent du SHIELD, pas adolescente écervelée. Il faut être réaliste, il devrait mentir à tout le monde, faire croire qu’il sait tout de la rousse sans jamais avoir un brin d’information sur ses activités. La fille que j’embrasse ? Elle est agent secret. Il pourrait tellement sortir ce genre d’âneries. Et c’est ce qui le rend mignon, tellement normal, tellement enthousiaste, tellement.. la détonation la coupe de ses pensées. Elle relève le nez. De petites explosions si rapprochées qu’elles font des étincelles, des petits feux d’artifice devant leurs yeux, devant le paysage qu’il aime tant (:happy:). Ca trahit ses émotions. Elle lui a dit qu’on l’appelait Sparks, elle n’a jamais vraiment expliqué pourquoi.

« Je ne veux pas te paraître intrusif ou curieux, j’ai envie de faire les choses bien… » Jazz relève le visage, des mèches rousses jouant contre sa joue. Sa phrase est longue. Elle est jeune. Mais Jared a quel âge ? Elle ne s’est pas posée la question sur son âge. En fait elle ne sait strictement rien de lui. Le minimum. Et qu’il n’aime pas danser. « quand tu dis que tu n’as pas l’habitude de sortir avec des hommes… tu veux dire que tu ne l’as pas fait depuis longtemps ou que tu ne l’as jamais fait ? » Une profonde inspiration. Elle ne parle pas. Elle n’a pas répondu depuis le baiser, comme sonnée, ou muette de stupeur, d’angoisse, de tout et n’importe quoi, embrouillée dans les bulles de ses émotions. Il y a de quoi se moquer d’elle. Les garçons de l’équipe pouvaient se ficher de son innocence, de son incompréhension, de sa naïveté, ça n’était pas bien grave - si, Keegan la faisait rougir des fois - mais elle n’avait pas envie que Jared la trouve ridicule. Il ignore tout des vraies raisons qui la poussent à refuser le contact, en dehors du risque élevé de combustion, il ne peut pas savoir combien elle se juge sévèrement, combien son enveloppe charnelle est un obstacle, parce qu’elle porte des tenues moulantes, parce qu’elle a de charmants décolletés, parce que si on ne l’embrasse pas, si on ne la drague pas, ça ne se voit pas - elle feint parfois si bien l’assurance ; pas là. « Jamais. » La réponse a le mérite d’être aussi concise que la question du coursier est longue. Les doigts se portent à ses lèvres, sur le fantôme du baiser. Elle semble un peu perturbée, incroyablement embarrassée. « Pas même.. » Pas même un baiser, justement. La suite se comprend aisément, même si la phrase meurt sur le bout de sa langue. Les explosions ont cessé, c’est déjà ça. Apparemment, il a survécu. Jared Hemingway avait un facteur chance d’origine divine.
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Ils viennent de passer un stade. Ils viennent d’avancer dans leur relation. Ce qui ne devait être qu’une relation amicale, un pardon pour un incident, se transforme en une relation amoureuse. Un couple né d’une attirance commune, d’une timidité respectée, d’une folie commune. Il ne pensait pas que leur relation progresserait aussi vite. Il pensait prendre son courage à deux mains plus tard. Dans quelques jours. Après quelques soirées. Mais au premier rencard, les voilà déjà qui s’embrassent. Il ne s’attendait pas à une évolution pareille avec Jazz. Elle l’a habitué à un comportement plus réservé, plus sérieux, plus distant. L’alcool aide. L’alcool aide toujours. Une agréable surprise. Une agréable nouvelle. Il ne va pas s’en plaindre. Il ne va pas râler. Il en profite. Il s’en réjouit. Il évite de sauter de joie (il vient d’embrasser la femme parfaite) pour ne pas l’effrayer ou lui donner l’impression qu’il est un gamin. Il redoute également le lendemain. Lorsque l’alcool se sera dissipé. Lorsque le sang sera sain de tout alcool. Lorsque Jazz réfléchira par elle-même. Ça s’est déjà vu. Des aventures d’un soir qui ont lieu à cause d’un peu trop de vodka. Des aventures qui conduisent à des lits inconnus et à des réveils surprises. Il a parfois regretté des nuits. Il s’est parfois maudit d’avoir trop bu. Alors, il n’est pas pressé d’avoir de ses nouvelles après cette soirée. Il n’est pas pressé qu’elle ignore ses messages. Il n’est pas pressé qu’elle se réveille, hantée par un mal de crâne paralysant, perdues dans des souvenirs brumeux et remplie de pensées claires. Maintenant, ils sont si proches. Les visages à quelques centimètres les uns des autres. Il réalise que ses prunelles sont magiques. Lumineuses. Irisées. Il n’avait pas encore remarqué cette particularité. Il s’absorbe dans la contemplation de ses yeux quand il capte le changement d’expression. La légèreté, la joie de vivre, le bonheur disparaissent de son visage. Comme chassés par une pensée. Soufflés par le vent. Il se recule. Pour mieux observer ses traits. Pour mieux contempler le changement. Il a encore loupé quelque chose. Un événement. Une réflexion. Elle doute. Elle a peur. Il le comprend. Il le perçoit. Elle réfléchit trop. Elle s’est probablement refusée le bonheur toute sa vie. Elle s’est seulement pensée monstrueuse et inintéressante pendant des années. Ses épaules s’affaissent. Il a toujours eu l’habitude de tomber sur des femmes confiantes, assurées. Des femmes qui savent ce qu’elles veulent. Des femmes qui n'ont pas peur. Avec Jazz, c’est tout nouveau. Tout neuf. Il ignore comment la rassurer, comment la réconforter, comment lui donner confiance. Il aimerait trouver les mots qui lui donneront l’assurance qui lui manque. Sauf qu’il ne les a pas. Il n’est pas habitué.

Une explosion. Une deuxième. Plusieurs. A quelques centimètres. Il sursaute. Il décroche son regard de Jazz. Il le reporte vers le lieu des explosions. Des étincelles parsèment l’air. Des filaments de couleur. Il pointe les feux d’artifice du doigt et laisse échapper un rire de surprise, digne d’un gamin émerveillé. “T’as vu ? C’est magnifique ! C’est… c’est toi ?” En croisant son regard, il comprend que ce n’est pas naturel. En croisant son regard, il réalise qu’elle en est la créatrice. Elle fait des choses tellement belles. Tellement magnifiques. Tellement fascinantes. Pour lui, ce spectacle est fabuleux. Ce spectacle est unique, magique. Pour Jazz, ce spectacle est autre chose. Sûrement le témoin des émotions qui la divisent. Des doutes et des opinions divergentes. Des peurs. Il efface son air enfantin pour quelque chose de plus sérieux. De plus concentré. Il pose la question qui le poursuit depuis leur premier repas. Il ose mettre des mots sur la pensée qui l’a frappée plus tôt. La potentielle inexpérience de Jazz. “Jamais.” Jamais. Pas de petit-ami. Même pas un. Elle est jeune. Elle a encore le temps. Pour preuve, elle vient d’embrasser pour la première fois. Il n’y a pas de honte à avoir. Il n’y a pas à avoir d’inquiétude. Tout le monde évolue à son rythme. Tout le monde expérimente la vie à son rythme. Elle n’a pas eu une vie facile et ce n’est sûrement pas au milieu des X-Men qu’elle a pu vivre une romance quelconque. L’opportunité ne s’est simplement pas présentée. Il ne peut pas la juger pour cela. Il ne peut pas la blâmer. Il ne peut pas la détester. “Pas même..” Elle n’a pas besoin de poursuivre sa phrase. Il comprend. Alors, il secoue la tête. La virginité ne définit pas une personne. Il veillera seulement à ne pas la brusquer. Il essayera seulement de la rassurer du mieux possible. Il essayera seulement d’être prévenant et attentif. Peut-être que les choses n’iront pas aussi vite qu’avec une autre femme. Mais Jazz n’est pas une autre femme. Elle n’est pas n’importe qui. Elle est LA femme. Celle qui le rend plus mature et responsable. Celle qui lui donne le sourire. Celle qu’il a envie de protéger et de découvrir. Celle pour qui il a envie d'arriver à l'heure. Il ramène son bras dans son dos. Il l’attire contre lui. “Tu sais quoi ? On s’en fiche ! On est bien là, à boire comme deux ivrognes et à profiter de la vue. En plus, on a même eu des feux d’artifice.” Lui montrer que sa virginité n’est pas un problème. Lui prouver que tout va bien. Lui assurer que son regard ne change pas. Il ne veut pas qu’elle se mette la pression. Il ne veut pas qu’elle se dévalorise.

De sa main libre, il dégage doucement son épaule. Il vient repousser les cheveux roux de son cou. Pour libérer l’oeuvre encrée sur sa peau. Ancrée dans sa peau. Un tatouage élégant. Un tatouage que l’on ne peut que remarquer. Il l’a vu dès le premier jour. Un motif marqué à vie sur sa peau qui contrebalance avec le sérieux qu’elle dégage. Il passe ses doigts dessus. Il les trouve magnifiques. Il trouve qu’ils apportent une touche de charme. Une preuve qu’elle n’est pas si sage. Un sous-entendu qu’il ne faut pas la chercher. “Est-ce que tes tatouages ont des significations ?” Deux écoles s’affrontent dans le monde du tatouage. Ceux qui se tatouent pour rendre leur corps plus beau, pour sublimer leur peau, pour arborer des pièces dignes d’une oeuvre. Il y a ceux qui ont vécu des moments marquants, qui décident de les garder à vie sur eux, qui donnent un sens à chaque tatouage. Les uns sont parfois spontanés, les autres sont souvent réfléchis. Dans les deux cas, les créations sont toujours impressionnantes. Jared s’est également fait tatouer. A des années différentes. A des périodes de sa vie. Quatre pièces dissimulées sur son torse et sur son bras. Il a choisi des emplacements spécifiques. Il a choisi des dessins et des phrases symboliques. A aucun moment il ne les regrette. Ils font partie intégrante de lui. Il ne les remarque même plus. Dans le cas de Jazz, il se doute que ce n’est pas un choix fait sur un coup de tête, par esprit de rébellion. Il y a forcément une raison, une motivation. Il y a forcément une explication. Il y a forcément une histoire derrière. Ils n’en ont pas encore parlé. Ils n’ont pas encore abordé le sujet. Mais il est temps. Pour qu’il apprenne à la connaître. Pour qu’ils se découvrent un peu plus.

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L
’alcool fait des miracles. Il déride la rouquine à l’air si sérieux. Est-ce qu’elle l’aurait embrassé, sans cela ? Certainement pas, mais c’était libérateur. Ca le serait sûrement moins le lendemain matin, avec la migraine et la nausée, mais mieux valait qu’elle l’ignore, mieux valait la laisser profiter. Est-ce qu’elle regretterait ? Non. Comment regretter le premier baiser ? Comment regretter cela devant un joli paysage, avec un gentil garçon ? La seule angoisse viendrait de l’impossible, de la normalité de Jared, de l’anormalité de Jazz. Elle allait se dire que c’était inconscient, que son existence était vouée au SHIELD. L’équipe avant tout. Le travail avant de vivre. La X-Mansion lui avait appris à se dévouer pour une cause, pour ce en quoi elle pourrait croire, le juste milieu ne lui était plus possible, pas avec des modèles comme Bobby ou Storm. Elle avait décidé de tourner son existence vers l’aide, vers une organisation capable de protéger ou éliminer des menaces, elle ne s’était pas faite une existence égoïste faite des plaisirs de la jeunesse. A vrai dire, on ne saurait que désapprouver sa rigidité, finalement source de certaines souffrances mais Jazz s’en fichait, elle était parvenue à atteindre son unique objectif. Est-ce qu’elle pouvait sacrifier le rêve pour la saveur étrange d’un baiser ?

Les explosions la sortent de son immobilité, lui faisant relever le nez. Pas ça, arrête, s’il te plaît tente-t-elle de se discipliner, ordonnant intérieurement à ses capacités de rester discrètes. En vain. Les étincelles sont là, incontrôlables. Parfois, la combustion ne provoque que de la chaleur, là, il y a les teintes orangées dans l’obscurité de la nuit - comme le cercle lumineux autour de ses iris. « T’as vu ? C’est magnifique ! C’est… c’est toi ? » Un hochement de la tête fortement embarrassé. Elle a honte de gâcher l’instant. Elle ne trouve pas cela magnifique, c’est dangereux, c’est contre-nature, ça pourrait le blesser. Elle a tellement peur de le blesser.

« Tu sais quoi ? On s’en fiche ! On est bien là, à boire comme deux ivrognes et à profiter de la vue. En plus, on a même eu des feux d’artifice. » Jared essaye de la rassurer, elle le sent bien. Lui il a le rire léger, il profite de la vie. Elle ne sait pas le faire. Jazz esquisse un sourire gêné. Des feux d’artifice, ce doit être beaux, ce doit être fait de différentes couleurs, ça ne doit pas tuer. Il ignore ce dont la rousse est réellement capable. Il ne voit que le positif.

Le contact sur son épaule lui arrache un frisson. Qu’est-ce qu’il fait ? Les doigts le long du tatouage. Elle a fermé les yeux, parce que son coeur bat plus vite, parce que tout son corps subit une réaction de rejet. Elle n’aime pas qu’on la touche. Elle accepte en mission, elle accepte par dessus ses vêtements, mais là, c’est sa peau, c’est l’épiderme brûlée, dont la teinte abîmée est dissimulée par l’encre. Elle déglutit difficilement. Elle l’a embrassé, elle n’a pas le droit de le repousser. « Est-ce que tes tatouages ont des significations ? » La main se pose sur celle de Jared et l’éloigne, la repose sur sa cuisse plutôt. Il y a la robe qui la protège, là. Voilà. Sinon elle va vomir. Elle se force déjà à respirer raisonnablement, à ne pas trop lui montrer ce que ça lui fait. « Ils couvrent .. des blessures. » Qu’est-ce qu’elle pourrait dire d’autre ? Ca n’a pas de significations particulières, ça suit simplement ce qu’il fallait dissimuler. Jazz a été si longtemps mal dans sa peau qu’elle a franchit cette limite, que la petite fille sage a opté pour une solution radicale, indélébile, plus acceptable que ce qui se trouve encore en dessous. Elle a été complexée toute son adolescence, elle s’est couverte de pulls de décembre en été, elle a refusé le regard des garçons, elle a rejeté son enveloppe charnelle. Elle la rejetait toujours, cette enveloppe, d’une certaine façon. Ne pas s’engager, ne pas flirter, ça évitait de devoir être touchée, être mise à nue, littéralement.

« Je ne suis pas une mutante.. » souffle-t-elle, détournant le regard mordoré vers le paysage nocturne, baigné de ces lumières artificielles. « J’avais treize ans quand mon père est mort. On en a entendu parler partout, la terrible explosion qui a ravagé un immeuble, un centre de recherches. » Le lien peut être difficile à faire. Elle cherche les mots, elle cherche la meilleure manière d’expliquer ce qu’elle ressent, ce que sont ces tatouages, ce qu’ils veulent dire malgré eux, malgré elle. « Je suis la seule survivante du carnage. Iceman n’a pas pu me protéger comme il l’aurait voulu, j’ai été brûlée par les flammes. » Les billes étranges se sont baissées vers le sol, vers ses escarpins. Jazz déteste parler de cet épisode, elle se sent faible et presque ingrate de ne pas accepter ce que le drame a laissé, parce qu’après tout elle est vivante, elle est l’unique rescapée, elle devrait remercier le ciel. Elle l’a fait, mais de façon contradictoire, elle s’est fermée physiquement. Plutôt jolie, dommage qu’il y ait ça. C’est ainsi qu’elle s’est construite. « L’encre couvre .. ça. » Si on s’approche, on peut voir qu’il manque des pigments, qu’il y a des nuances plus claires autour. « J’assume pas bien. » On aurait pas deviné ! Petite moue désolée. Elle n’est pas la femme parfaite, comme il le pense. Elle est juste une poupée un peu fêlée qui se répare en rendant ce qu’on a fait pour elle, à une époque où muter lui a été douloureux, difficile à assimiler.
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Sous ses doigts, il sent des irrégularités. Il sent des reliefs. Il sent le grain de sa peau. Il imagine des grains de beauté, il imagine des boutons, il imagine tout, sans poser de question. Il n’a pas le temps d’explorer davantage. Il n’a pas le temps d’apprécier les détails du tatouage. Sa main est retirée. Doucement. Délicatement. Mais le message est clair. Elle ne veut pas qu’il la touche. Elle ne veut pas sentir sa main sur lui. Elle la dépose sur sa cuisse. Il ne la laisse pas là. Il la ramène le long de son propre corps. Si elle ne veut pas qu’il la touche, il ne le fera pas. Il accepte. Elle a sûrement ses raisons. Elle a sûrement des explications. Sa réticence et son dégoût sont vexants, heurtants, blessants. Pour autant, il ne dit rien. Il ne s’agace pas. Il ne s’énerve pas. Il a compris dès les premières minutes de leur rencontre que rien ne serait pareil avec Jazz. Elle est réservée, elle est sérieuse, elle a un passif. Elle n’a pas eu la même histoire joyeuse qu’a pu avoir Jared. Lui n’a pas eu de père, mais il a eu la chance de grandir avec sa mère et ses grands-parents. Il a eu la chance d’être entouré. Pas Jazz. Il a compris que ce ne serait pas aussi facile qu’avec les autres. Qu’il ne pourrait pas découvrir toute son histoire dès le premier soir. Qu’il ne pourrait pas connaître chaque centimètre de son corps dès la première nuit. Il faudra du temps. Il faudra de la patience. Mais elle en vaut la peine. Il a le sentiment que lorsqu’elle se sera débarrassée de toutes ses barrières, ils pourront pleinement profiter de cette relation. Ils pourront vivre sans se poser de question. Elle pourra savourer le moment présent. Elle ne s’enfermera plus dans le mutisme et le recul. Il faut juste attendre. Attendre et patienter. Il est prêt. Même si cela augure une version du couple dont il n’a pas l’habitude. Même si cela signifie sortir de ses habitudes et redoubler d’ardeur pour la mettre en confiance et lui prouver qu’elle est la créature la plus magnifique sur cette planète. “Ils couvrent .. des blessures.” Couvrir des blessures ? Quelle drôle d’idée. Il comprend mieux le toucher granuleux. Il comprend mieux la raison de ces tatouages. Une manière de cacher, d’embellir, d’accepter. De sacrées blessures tout de même. Des blessures importantes qui la marquent à vie. Des blessures importantes qui recouvrent une partie de son corps. Il comprend mieux sa réticence à être touchée. Il comprend moins ses choix vestimentaires. Elle pourrait tenter de cacher ses cicatrices avec des vêtements. Elle pourrait éviter de les dévoiler aux yeux de tous. Au lieu de cela, elle arbore les stigmates de ses accidents. Elle les porte fièrement, cachés sous une couche d’encre.

Je ne suis pas une mutante..” Mutante ou pas, quelle importance ? Il ne change pas d’avis sur son sujet. Il la voit toujours comme une super-héroïne. Il l’imagine toujours combattre la nuit dans une tenue moulante, sauver les plus faibles, se mettre en danger. Peu importe comment elle a obtenu ces cicatrices. Peu importe la raison pour laquelle elle est marquée à vie. Ces cicatrices, ces tatouages, ne sont que la preuve qu’elle n’a pas eu une vie facile, qu’elle a su passer au-delà des obstacles. “J’avais treize ans quand mon père est mort. On en a entendu parler partout, la terrible explosion qui a ravagé un immeuble, un centre de recherches.” Il n’en a pas entendu parler. Sûrement trop jeune pour s’intéresser aux actualités. Sûrement trop innocent pour se douter qu’une gamine échappait à la mort, à des kilomètres de chez lui. Sûrement trop loin pour que l’histoire ait fait autant de bruit au Nouveau-Mexique. Il découvre également son histoire. Un père décédé dans une explosion. Accident tragique. Dans un sens, Jared a eu de la chance de ne pas avoir connu son père. Il n’a pas souffert quand il est parti. Alors que Jazz a sûrement dû passer par une période difficile. Treize ans. Trop jeune pour perdre un parent. Trop jeune pour devoir s’assumer seul. “Je suis la seule survivante du carnage. Iceman n’a pas pu me protéger comme il l’aurait voulu, j’ai été brûlée par les flammes.” Iceman. Elle a été sauvée par Iceman ? Un X-Man. Le moment n’est pas au fanboy. Le moment n’est pas à l’émerveillement. Pourtant, il ne peut s’empêcher de retenir l’information. Même si le mutant n’est pas parvenu à l’épargner totalement, il l’a sauvée. Elle a aussi perdu son père. Dans le même incendie qui a ravagé sa peau.  “L’encre couvre .. ça.” Elle semble s’excuser. Elle semble ne pas assumer. Alors que Jared ne voit que de la beauté en elle. Deux opinions qui s’opposent. Deux opinions se confrontent. Il ne comprend pas comme son joli visage peut lui échapper. Comment elle peut être aveugle devant son corps parfait. Comment elle peut se juger hideuse, au point de vouloir cacher les défauts sous un dessin. Mais cette modestie la rend encore plus séduisante, encore plus attirante. Elle serait conscience de sa beauté et imbue d’elle-même, elle serait insupportable. “J’assume pas bien.” Il retire son bras du dos de Jazz. Il s’écarte du banc pour retirer sa veste. Il tire sur sa manche droite. Il dévoile un premier tatouage. Il l’approche de la jeune femme pour qu’elle le voit.

Une phrase à la typographie soignée. Thor... I love him. Un tatouage fait sur un coup de tête, après avoir été sauvé par le dieu. Un tatouage qu’il regrette, même si il le trouve toujours idiot et drôle. Un tatouage qui lui correspond bien, au final. Il aime les super-héros. Il en a fait sa passion, son passe-temps. Il leur court après toute la journée. Mais le faire tatouer sur un bras est ridicule. Pour autant, il n’imagine pas l’enlever un jour. Il aura un souvenir de cette époque, au moins. “Ce que je n’assume pas chez moi, c’est ce tatouage. J’aime les super-héros, mais pas à ce point. J’étais idiot, à l’époque. Je ne dis pas que ce je ne le suis plus, mais je me suis arrangé.” Il s’est arrangé, en effet. Un peu. Il réfléchit à deux fois avant de faire un tatouage. Il réfléchit à sa signification, même si les autres ne sont pas mieux. Il redescend sa manche. Rideau sur Thor. Ils ont tous quelque chose qu’ils n’assument pas. Parfois, c’est de leur fait. Parfois, non. Mais il y a toujours pire. Il y a toujours une personne qui a des cicatrices plus horribles. Il y a toujours une personne qui a un tatouage plus affreux. Certains ont même des phrases contenant des fautes. Pas Jared. “Tu vois, tes cicatrices pourraient être pires.” Il esquisse un sourire. Il se veut blagueur, même si il est sérieux. Il a appris à vivre ainsi. En se disant qu’il y a toujours pire. En s’assurant qu’il a de la chance. C’est ainsi qu’il a pu grandir sans chercher son père. C’est ainsi qu’il continue de pédaler à travers la ville. C’est ainsi qu’il persiste à courir après les héros. Il n’a jamais connu son géniteur, il n’a pas de pouvoir. Mais ça pourrait être pire. Il pourrait être drogué dans un coin, il pourrait être mort, il pourrait vivre dans la rue, il pourrait avoir un accident. Il pourrait être malheureux. Il ne l’est pas. Il n’est pas épanoui dans son job. Il n’est pas passionné par les livraisons. Il a au moins le temps de courir après ses héros et de s’occuper de son blog. “Quand on te regarde, on ne s’arrête pas à tes tatouages ou à ce qu’ils cachent. On remarque tes cheveux, tes yeux, ta peau. On voit une femme sérieuse et pleine d’assurance.” Une femme qui croque la vie à pleine dents. Une femme à qui tout réussit. Une femme qui sait ce qu’elle veut et qui ne se laisse pas faire. Une femme d’affaires déterminée et studieuse. Une femme qui veut réussir dans la vie. On n’imagine pas les fêlures qui se cachent derrière les apparences. On n’imagine pas la souffrance qui se camoufle dans ses prunelles. On ne s’arrête qu’au physique et à l’aura qu’elle dégage.

Tes cicatrices font partie de toi et elles n’empêcheront jamais personne de t’apprécier.” Elles ne l’empêcheront pas de la toucher, de l’aimer, de l’apprécier, de lui parler. Peut-être qu’elle a trop souffert du regard des autres, après tout. Tous les adolescents passent par une étape de remise en question. Parfois, elle dure longtemps. Parfois, elle poursuit la personne pendant des années. Jazz est jeune, terriblement jeune. Elle n’est pas encore sortie de cette phase. Elle n’est pas encore prête à accepter l’opinion des autres. Elle y arrivera, un jour. Il va l’y aider.

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L
es garçons ont souvent la réputation d’être impatients et tactiles, ce qu’elle avait constaté des années plus tôt à la X-Mansion et qui s’était avéré une des raisons valables de se couvrir de tissus - parce qu’en plus d’être pressants, ils jugeaient vite. Jared n’était pas comme ça. C’était certes un homme un peu immature mais il ne la brusquait pas, il ne l’obligeait à rien et elle le trouvait même plutôt rassurant dans sa parfaite normalité. Certaines rêvent du Superman capable de les sauver, elle avait les ambitions plus classiques. Il était maladroit, ça faisait son charme. Lorsqu’il a retiré sa veste, Jazz a détourné les yeux, peut-être par réflexe, un peu intimidée - qu’est-ce qu’il fait ? Il va attraper froid. Et elle comprend qu’il veut lui montrer quelque chose alors elle reporte son attention sur sa peau, sur le tracé délicat de l’encre. « Ce que je n’assume pas chez moi, c’est ce tatouage. » Elle rit. En effet, avoir Thor dans la peau ne doit pas être spécialement facile. D’autant que Jared n’a pas la rigidité psychique du dieu plein de principes. Il était idiot par moments, oui, et alors ? Il était drôle, il était plein de vie et d’optimisme. Qu’il s’arrange ou pas, elle s’en fichait. Il était bien ainsi.

« Tu vois, tes cicatrices pourraient être pires. » Jazz se demandait comment il faisait pour toujours avoir le sourire, pour ne pas se laisser abattre par des émotions ou des angoisses, elle dont le frein était son enveloppe charnelle, elle pour qui s’assumer passait par des phases assez paradoxales. Elle répond à son sourire par une esquisse, à son tour. Ses compliments la font rougir. Difficile de ne pas remarquer ses cheveux, en effet. Le roux était naturellement éclatant, un peu trop d’ailleurs, comme s’il n’était pas toujours naturelle - à croire qu’elle était chimique jusqu’au bout des ongles. Etrangement tout ce qui se rapportait à l’apparence, en dehors des deux tatouages, ne la dérangeait pas.

« Tes cicatrices font partie de toi et elles n’empêcheront jamais personne de t’apprécier. » Elle replace la crinière rousse derrière son oreille. Est-ce qu’il va arrêter de lui faire des compliments ? Ca l’embarrasse un peu. « Je sais.. rationnellement, je sais. Ca explique mes tenues.. seulement je n’ai pas l’habitude de devoir passer par le contact. » Elle n’est ni idiote ni aveugle, elle sait qu’être mince est un des critères de la beauté, que sa silhouette est agréable et que son visage n’a rien de désagréable, elle focalise simplement sur ce qu’il y a de mauvais, sur ces brûlures qui résultent de souvenirs traumatisants. Elle compte bien apprendre, elle compte bien s’en sortir, et puis maintenant il y a Jared. « Je.. tu me plais.. » Le regard se détourne légèrement puis revient sur le visage du jeune homme. « Est-ce que.. ? » L’interrogation meurt contre ses lèvres, contre la bouche qu’elle capture, doucement - un peu maladroitement. Est-ce que je peux t’embrasser ? Elle a un peu mal à la tête, avec tout ça. Puis elle a toujours chaud. Mais elle aime bien le goût de sa peau, ça lui plaît. Ca la fait sourire. Un baiser souriant. Elle a le coeur qui bat vite, encore. C’est étrange l’effet qu’il lui fait. Bon, l’alcool n'aide pas, aussi.

Jazz ne sait toujours pas quoi faire de ses mains. Elle en dépose une sur son épaule quand l’autre reste résolument accrochée au banc - faudrait pas qu’elle tombe en plus, ce serait ridicule. « Tu veux bien.. ? » Et ça meurt à nouveau. De la maladresse à la tendresse. C’est instinctif. Ca n’a pas l’air bien compliqué. Ce serait presque facile si il n’avait pas toute cette expérience et qu’elle ne se sente pas aussi nulle. « .. pardon. » Le rire tinte, sincère, quand elle se détache - à peine. Son nez touche encore son nez, mais là elle peut parler, elle peut finir ses phrases. « Tu veux bien m’apprendre .. ? » Innocente et tentante, bizarrement. Il y a quelque chose de presque charmeur dans cette drôle de timidité qui l’entoure. Elle voudrait qu’il lui montre la manière dont il la voit, qu’il lui apprenne à ne plus se sentir hors de la société, hors de tout ce qui fait l’humanité. Elle voudrait goûter un peu de son existence normale, de son quotidien, de sa facilité à apprécier le toucher, les baisers, la tendresse. Elle n’avait jamais vraiment eu l’occasion de demander à qui que ce soit depuis sa sortie de la X-Mansion, depuis qu’elle était officiellement agent et que son temps ne se limitait plus à devoir travailler et s’entraîner. Il était peut-être l’heure de rattraper le retard.
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Elle rit. Elle rit et c’est tellement plus simple, ainsi. Il connaît le rire. Il connaît ses nuances et ses raisons. Il maîtrise. C’est tellement plus clair. Quand on rit, soit c’est drôle, soit c’est méchant. Il y a des nuances. Il y a des tonalités. Mais dans l’ensemble, il n’y a que deux extrêmes. Il préfère quand elle rit. Il préfère quand elle montre son amusement. Parce que cela veut dire qu’il n’a pas fait d’erreur. Pas cette fois. Parce que cela veut dire qu’ils sont sur la même longueur d’onde. Complices. La révélation a eu l’effet escompté. Elle l’aurait vu à un moment ou un autre. Il préfère encore le dévoiler maintenant, avant qu’elle ne le découvre, avant qu’elle ne se moque. Autant anticiper les commentaires. Il tente de la rassurer. Il tente de lui montrer une nouvelle manière de penser, de considérer les choses. Elle peut manquer de confiance en elle. Tout le monde passe par cette étape. Il l’a lui-même expérimentée. Sauf qu’il a essayé de la dépasser en se costumant et en voulan sauver des gens dans la rue. Sans pouvoir. Sans préparation. Il a fini à l’hôpital, avec des os cassés et une grosse prise de conscience. Jazz n’a pas besoin de se faire tabasser à mort pour s’accepter. Elle n’a pas besoin de manquer de mourir pour accepter les imperfections de son corps. Elle n’a même pas besoin de les accepter. Seulement de se résigner et d’être fière de les porter. Personne n’est parfait. Même pas la femme parfaite. Sinon, elle est trop lisse, trop ennuyante. “Je sais.. rationnellement, je sais. Ca explique mes tenues.. seulement je n’ai pas l’habitude de devoir passer par le contact.” Mais dans quel monde vit-elle ? Au vingt-et-unième siècle, on se serre la main, on se fait la bise, on s’enlace. Alors, évidemment, tout le monde ne vient pas toucher le cou des autres. Tout le monde ne se permet pas de prendre sa main. Pourtant, ils ne sont plus à une époque où on se regarde de loin et où on évite tous les contacts. Il n’est même pas certain que cette distance ait un jour existé. Il n’insiste pas. Inutile. L’acceptation de soi se fait doucement, lentement, progressivement. Ses brûlures sont intervenues quand elle était adolescente. Pile au moment où les critiques sont les plus douloureuses. Où les gamins sont les plus cruels les uns envers les autres. Elle n’a pas dû passer une adolescence joyeuse. Loin de ses parents. Loin de ses habitudes. Il ne peut même pas imaginer ce qu’elle a pu vivre. Par contre, il en voit les ravages. Il en voit les conséquences. Il constate la faiblesse, la tristesse, la timidité. Elle n’a pas seulement été blessée physiquement. Elle l’a aussi été psychologiquement.

Je.. tu me plais..” Il baisse le regard vers elle. Une lueur malicieuse dans les iris. Il ne l’encourage sûrement pas aller plus loin dans sa confession avec son amusement, mais il ne peut pas s’en empêcher. Elle n’est pas du genre à exprimer ses sentiments. Alors, chaque petite confidence est précieuse. Chaque petite confidence est à mémoriser et à garder précieusement. Chaque petite confidence est une occasion de la taquiner. Il la voit hésiter, douter, chercher. Il la devine en train de peser le pour et le contre. A réfléchir si elle doit continuer sa phrase ou pas. A négocier avec sa raison pour se laisser aller à quelques émotions. “Est-ce que.. ?” La question est étouffée par le baiser. Question en suspension, tandis qu’il laisse sa main rejoindre sa nuque. Tant pis pour les contacts. Tant pis pour la distance. C’est elle qui l’a embrassé la première, après tout. Il a bien le droit de la toucher en retour. Manquerait plus qu’elle se plaigne qu’il soit actif dans cet échange ! Il répond à son baiser avec la même tendresse et la même pudeur dont il a fait preuve pour son tout premier baiser. Plus de quinze ans en arrière. Il se met à la place de Jazz. A la découverte. A la recherche de ses repères. Comme lors d'un premier baiser. “Tu veux bien.. ?” Il lève un sourcil. Ils ne se séparent plus. Impossible. Ils se sont trouvés. Elle s’est lancée. Hors de question de laisser les secondes s’égrener. Hors de question de lui donner une chance de réfléchir. Elle réfléchit trop. Terriblement trop. Jared aussi réfléchit. Mais il ne réfléchit pas à ses peurs. Il ne réfléchit pas aux conséquences. Il réfléchit à la beauté du monde, à ses mystères, à ses secrets. Il se pose beaucoup de questions, il fait parler sa curiosité. Dans ce chaos de pensées disparates, il n’y a pas de place pour la peur. Il réfléchit trop. Sauf à ce moment précis. Il est au bon endroit, au bon moment. Il n’aimerait être nulle part ailleurs. “.. pardon.” Il aime son rire. Il sonne selon des tonalités qui lui sont propres. Il sonne élégamment. Il résonne mélodieusement. Il aime son rire. C’est peut-être pour cela qu’il apprécie tant de l’entendre rire. C’est peut-être pour cela qu’il aime la voir sourire. Le sourire est le préambule du rire. Le sourire est l’introduction au rire. Et son sourire est tellement beau. Tellement éclatant. Tellement sincère. Il en a vu des sourires dans sa vie - non, il n’est pas la réincarnation d’un dentiste. Et celui-ci est tellement beau. Nez contre nez. Front contre front. Il y a une certaine harmonie dans cette position. Dans cette proximité. Pas forcément la position la plus agréable. Pas forcément la position la plus naturelle. Mais ils sont bien. Juste là. Heureux comme deux adolescents. Essoufflés comme deux gamins. Et Jazz qui ne parvient toujours pas à terminer ses phrases. Ivresse, bonheur, perte de contrôle ou peur. La réponse est entre ces quatre solutions. Il élimine la dernière. Son regard n’est pas effrayé par le moment. Son sourire le fait pencher pour le bonheur. Ou la perte de contrôle. Ou l’ivresse.

Tu veux bien m’apprendre .. ?” Lui apprendre. Être son maître Yoda. Il peut le faire. Il est le mieux placé pour lui apprendre. A vivre. A profiter de la vie. En tant que célibataire et petite-amie. Il peut lui ouvrir les portes de son monde où les peurs n’existent pas, où les doutes ne sont pas acceptés, où le sourire est l’uniforme quotidien. Il peut lui montrer cet univers. Il peut lui en dévoiler tous les secrets. Il peut lui en montrer tous les coins et les recoins. Il sourit. Il est heureux qu’elle veuille sortir de ses bouquins et de ses aventures de super-héroïne. Il a peur, aussi. Peur qu’elle change. Peur qu’elle se perde. Peur qu’elle ne s’adapte trop à sa personnalité, uniquement pour lui plaire. Mais il ne l’oblige pas. Il ne l’oblige à rien. Peut-être qu’elle s’épanouira dans son monde d’insouciance et de lâcher prise. Peut-être qu’elle se plaira dans le positivisme. “Tu sais, en règle générale, les gens ne demandent pas l’autorisation avant d’embrasser. C’est ce qui rend un baiser magique.” Justement. Il en dépose un sur ses lèvres. Furtif. Rapide. Il pose sa main sur celle posée sur le banc. Ancrée au banc. Il passe ses doigts sur sa paume pour la décoller doucement. Les doigts se faufilent entre les siens. Il joue avec sa peau. Paume contre paume. Puis il ramène la main sur son épaule libre. “Leçon numéro un : tu dois arrêter de t’effrayer du moindre geste.” Il prend un ton faussement sévère. Il a toujours rêvé d’être professeur. De donner des devoirs aux élèves. De voir la tristesse et la déception dans leurs yeux, à l’idée de ne plus avoir leur après-midi de libre. De les martyriser avec un contrôle surprise. Il se serait amusé plutôt que de donner des cours. Il n’aurait pas été crédible un seul instant, aussi. Trop jeune. Trop maladroit. Trop idiot. Il aurait fait autant de conneries que ses élèves. Jazz sera sa seule disciple. Sa seule chance de devenir professeur pendant quelques minutes. Il reprend la suite de sa leçon. “Leçon numéro deux : tu dois accepter que nous avons deux corps différents. Et ce n’est pas parce que je te touche ou que j’enlève ma veste que je vais te sauter dessus parce que tu as de la poitrine, okay ? Je sais que les hommes sont souvent des porcs et des connards de première, mais j’ai été élevé par une mère tyrannique. Crois-moi, j’ai plus peur des femmes que toi, des hommes.” Il lui adresse un clin d’oeil. Sa mère est un monstre de méchanceté, de maternalisme et de cruauté. Elle lui a fait vivre les pires choses. Les pires atrocités. Tout cela sous prétexte de faire son éducation. Tout cela pour lui permettre de bien se comporter avec les gens. La politesse, qu’elle disait. Mais forcer un gamin à dire “merci” et “bonjour” en le disputant devant tout le supermarché n’est pas vraiment être poli. Il est encore terrorisé, le pauvre Jared. Et on en parle de son surnom ? Jaja. La honte éternelle.

Il sait qu’à bien des égards, il effraye Jazz. Il est un homme. Un sexe dont elle ne connaît rien. Une personne inconnue. Par définition, il est une créature venue d’une autre planète, dont elle se méfie. Elle a peur de lui, sans vraiment se l’avouer, sans vraiment en prendre conscience. En tout cas, elle a peur de ce qu’il représente. Parce qu’elle n’a jamais eu d’opportunité de le découvrir. Il lève trois doigts. “Leçon numéro trois : tu dois laisser parler tes sentiments. Arrête de réfléchir et fonce ! La vie est trop courte pour être paralysé par des peurs.” C’est plus facile à dire lorsque l’on travaille comme coursier et non comme agent-secret-chasseur-de-mutants. Evidemment. Mais lorsqu’elle range son uniforme. Lorsqu’elle passe la porte de son bureau. Lorsqu’elle retourne à la vie civile. Elle a le droit de se détendre et de devenir plus spontanée. Elle a le droit de s’émerveiller devant des pigeons qui se baladent au milieu de la route. Elle a le droit de s’amuser devant un écureuil qui grignote sa noisette. Et elle a aussi le droit de l’embrasser et de profiter de ce moment. “Les autres leçons, tu les apprendras par toi-même. Ou en cherchant sur Internet. Tu sais qu’ils font des listes horribles sur les cinq choses à faire pour être une parfaite petite-amie ou un parfait petit-ami ? Atroce ! Si tu tombes sur l’une d’entre elles, surtout ne la lis pas !” Un ramassis de bêtises, ces listes. Un concentré de stéréotypes. Mieux vaut que Jazz s’en tienne éloignée. Il ne faudrait pas qu’elle complexe sur des choses ridicules. Il ne faudrait pas qu’elle se mettre la pression à cause de listes à la con. Si il en croit ces points, il est loin d’être le copain idéal. Peut-être la raison pour laquelle il n’arrive pas à garder toutes ses petites-amies, cela dit. Il devrait peut-être se pencher sur la question, tiens. Faire le contraire de ce qu’il vient de conseiller à Jazz. Mauvais professeur. “Si ça peut te rassurer, tu gères plutôt bien la partie “baiser”. On n’a pas eu d’incident de nez ou de choc violent du menton. T’es une pro !” Il vient sûrement de faire naître chez elle de nouvelles raisons de s’inquiéter. Il vient sûrement lui donner raisons de flipper la prochaine fois qu’elle l’embrasserait. Il vient de souligner deux points qui ne la perturbaient peut-être pas. C’est chose faite, maintenant. Mais tout cours doit se terminer par des encouragements et des félicitations. C’est ce qu’il vient de faire. Pas forcément de la bonne manière. Pas forcément de la façon la plus parfaite.

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lus les secondes passent, moins le baiser est timide. Jared déplace une main dans sa nuque et elle ne proteste pas - sur le coup ça la crispe un peu puis elle se détend. Il a le don de la rassurer, même si c’est maladroit, même s’ils viennent de deux univers parfaitement incompatibles. Il la fait rire, il éclaire un peu son monde d’encre et de papiers. Elle est bien, front contre front, perdue dans les yeux du coursier, comme si plus rien n’existait autour. « Tu sais, en règle générale, les gens ne demandent pas l’autorisation avant d’embrasser. C’est ce qui rend un baiser magique. » Et le baiser furtif termine l’échange. Elle écoute les explications, elle l’observe, intriguée. Même en demandant, elle trouvait cela magique, elle trouvait cela doux, agréable, chaleureux - presque naturel, presque. La main est défaite du bois, détachée de son accroche pour se lier à celle du brun, en faisant ainsi son seul repère, hors de la réalité bien tangible de la matière. Pourquoi ? Elle ne doit pas avoir peur du moindre geste mais c’est difficile, elle a tellement peur de le faire exploser, de le tuer, de lui faire du mal, comme le petit de six ans quand elle en avait treize, comme le terrible accident. Il est intrépide, il pourrait sur sa peau se brûler les ailes. Elle a peur d’elle-même, peur d’être faible. « Je sais que les hommes sont souvent des porcs et des connards de première, mais j’ai été élevé par une mère tyrannique. » Un peu rougissante, elle baisse les paupières, gênée. Il a vu sa manière de fuir quand il a quitté sa veste. Deux corps différents, oui. C’est plus facile au travail, c’est plus simple dans le cadre du SHIELD où une enveloppe de peau n’est rien d’autre, où cela devient un outil de travail. Elle ne prétendrait pas que la tendance à la destruction vestimentaire de son pouvoir ne créait pas des moments vraiment désagréables mais avec Sacha, Nathan, Keegan ou Raphaël, elle était plus cool, moins complexée. C’était bizarre, que Jared la rende si réservée. Peut-être qu’elle n’avait juste jamais pensé à ses collègues comme elle pensait à Jared.

Jazz ne le croyait pas quand il affirmait avoir plus peur des femmes qu’elle des hommes. Ils étaient des OVNI en danger pour elle. C’était elle le danger, pas eux. La vie est trop courte, il a raison, surtout celle d’un agent, surtout celle de boulets comme les b r a v o. Elle pourrait soupirer. Elle pourrait le contredire. Elle ne le fait pas, elle est trop alcoolisée pour cela. Elle intègre la science Hemingway sans l’interrompre, en clignant des yeux pour ne pas avoir l’air complètement figée ou déconnectée. « Si ça peut te rassurer, tu gères plutôt bien la partie “baiser”. On n’a pas eu d’incident de nez ou de choc violent du menton. T’es une pro ! » Elle s’est accrochée à ses lèvres. Tellement bien en fait qu’ils ont glissé du banc pour finir par terre, Jazz sur Jared, avec élégance et fou-rire. Une pro, oui. Les escarpins ne lui ont pas vraiment permis de freiner la chute. Elle aurait pu, hein, sobre et préparée. Là, c’est plutôt le flou artistique. Elle n’a pas l’air ni morte de honte ni tétanisée. Allongée sur lui, elle a retrouvé sa place le nez contre son nez, bière contre vodka, yeux dans les yeux. « Je crois qu’on est passés à l’étape supérieure. » Ca y est, elle est déridée. Elle est moins coincée, moins sérieuse, tout à fait maladroite mais elle s’en fiche.

« Hey, Hemingway.. t’es vraiment confortable, tu sais ? » Sourire lumineux, sincère et joueur. Une main taquine glisse sous le t-shrit du jeune homme, sans qu’elle ne décroche ses billes mordorées des siennes. « Je dois pas m’effrayer au moindre geste.. comme ça ? » C’est définitif, elle a clairement trop bu, et elle a un peu trop assimilé ses conseils. C’est comme prendre un cours, après tout, et elle a toujours été douée pour les cours. On n’intègre pas le SHIELD si on est un âne bâté à peine capable de se servir de ses dix doigts, n’est-ce pas ? Et il était clair que pour se servir du contact, elle n’avait pas l’habitude mais elle avait de l’instinct. Peut-être qu’elle avait envie de vivre avec autant de légèreté que Jared, découvrir que finalement tout n’est pas terrible, qu’elle était peut-être un peu jolie, peut-être un peu agréable à regarder, peut-être un brin talentueuse, assez pour plaire à quelqu’un. Est-ce qu’elle lui plaisait ? Il s’était laissé embrasser mais quand il parle de la petite-amie parfaite, elle ne sait pas si c’est une sorte de message ou juste un moyen de l’envoyer trouver quelqu’un d’autre.
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Elle s’est prise au jeu. Il n’y a pas à dire. Elle a accepté une soirée, à nager dans l’alcool. Elle est même venue. Elle a bu deux verres. Elle a bu les bouteilles qui ont suivi. Elle a joué le jeu. Il ne pouvait pas en espérer autant. Il s’attendait presque à devoir l’encourager pour boire une simple gorgée. Il imaginait encore moins atteindre le stade du premier baiser. Il n’imaginait pas se retrouver avec Jazz pendue à ses lèvres. Mettez quelques gouttes d’alcool et une pincée de compliments et le tour est joué. Qu’ils s’embrassent n’est pourtant pas le but recherché. Ce n’est pas l’objectif de cette soirée. Du moins, pas l’objectif principal. Mais parfois, il faut savoir s’adapter. Il faut savoir profiter des opportunités. Il pensait créer des inquiétudes supplémentaires. Il pensait lui donner des raisons d’avoir peur pour chaque baiser. Le contraire s’est passé. Les voilà par terre. Le rire au bord des lèvres. Le sourire niais accroché au visage. Ils sont pathétiques dans leur bonheur. Ils sont ridicules dans leur innocence. Bon sang que ça fait du bien ! Simplement laisser les problèmes de côté. Se concentrer sur l’instant présent. Ne pas se poser de questions. Prendre les choses comme elles viennent. Il pose instinctivement ses mains sur ses hanches. A la recherche d’un contact qu’elle fuyait encore quelques minutes auparavant. La position est équivoque. La position est pleine de sous-entendus. Elle pourrait faire rougir n’importe quel vierge. Sauf que Jazz a oublié de rougir. Elle a oublié d’avoir peur. Jared a finalement réussi à abattre les dernières barrières. A moins que ça ne soit l’alcool. Il le prend tout de même comme une grande avancée. Une évolution dans leur relation. Une acceptation qu’ils sont différents, mais qu’ils restent seulement deux corps qui ne sont pas obligés de copuler. Là, l’un sur l’autre, impossible de lui épargner un contact. Impossible d’échapper à son regard magique. Il est conscient qu’il y a l’alcool derrière ce comportement. Il est conscient qu’elle ne se serait pas désinhibée aussi facilement, sobre. Raison pour laquelle il s’en amuse, mais ne s’en réjouit pas. Raison pour laquelle il reste stoïque devant une telle proximité. Il ne peut pas réellement s’enthousiasmer de ce que l’alcool créé chez elle. Pas dans ces conditions. Il ne veut pas en profiter. Il ne veut pas sauter sur l’occasion. Pas quand le comportement de Jazz est le résultat d’un verre de vodka. Il serait le premier des salauds de tenter quoique ce soit. Il ne peut qu’attendre une invitation, un signe, un comportement. Il ne peut qu’espérer un signal. Pour être en paix avec lui-même. Pour être en accord avec son caractère. Pour ne pas culpabiliser ou la pousser à le haïr. Mais il est bien, là. Couché à même le sol. Le fessier un peu douloureux à cause de la chute. Le regard accroché à ses prunelles mordorées. Amusé par son nouveau comportement.

Je crois qu’on est passés à l’étape supérieure.” Il laisse s’échapper un doux rire. Léger. Comme la situation. Légère. C’est drôle de la voir si insouciante, si libérée, si souriante. Depuis qu’ils se sont rencontrés, il n’a pas vu autant de malice et de joie dans son regard. Pas même quand il plaisantait. Pas même quand il était maladroit. “Il semblerait, oui.” Ils sont passés à l’étape supérieure. Comment passer de l’appréhension de l’autre à la proximité à outrance. Il repousse les mèches qui encadrent son visage. De longues mèches. Une rousseur flamboyante. Pour retrouver ses traits devenus si familiers. Pour observer son sourire fou. Pour observer ses prunelles. Tout en elle est particulier, original. Pas original négativement. Original positivement. Elle n’est pas comme les autres. Elle se démarque grâce à son intelligence, à sa chevelure, à son pouvoir, à son regard, à son caractère. Elle se démarque des autres et cela en fait une créature tout simplement fascinante. Elle est dangereuse, aussi. Pas pour lui. Il est confiant et peut-être un peu fou, aussi. Il a toujours pris des risques pour courir après les super-héros. Il peut bien prendre des risques pour être avec Jazz. Surtout qu’elle semble parfaitement maîtriser la situation. Au contraire de lui qui se laisse embarquer par sa nouvelle joie de vivre, par son élan de folie. “Hey, Hemingway.. t’es vraiment confortable, tu sais ?” Il éclate de rire. Il veut bien le croire. Il n’en dirait pas autant du macadam qui lui sert de matelas. Même le parquet de sa chambre est plus confortable. Bon okay, il est froid, il laisse passer l’air mais, il reste plus agréable ! Il hausse les épaules. Désinvolte. Comme si c’était tout à fait normal. Comme si il avait l’habitude de finir au sol, dans les rues de New-York. Comme si il s’en servait régulièrement de matelas pour toutes les femmes de la ville. “C’est le résultat du savoir-faire français et américain… et de beaucoup de pizzas.” Beaucoup de pizzas. Peut-être trop. Il faut dire qu’il a un travail qui demande de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Il faut donc beaucoup de pizzas. C’est scientifique. Le jour où il ne pourra plus monter sur son vélo, il se posera des questions. Il se remettra en question. Il pensera à revoir son alimentaton ou à changer de travail. Pour le moment, il ne prend pas un gramme. Il peut continuer son régime. Son sourire se fige légèrement lorsqu’il sent ses longs doigts s’insinuer sous son tee-shirt. Bien sûr que c’est tentant de la toucher, de la frôler, de l’embrasser. Cette proximité n’a rien d’anodine de platonique. Il retient pourtant ses gestes. Cette main. Ce sourire. Cette audace. Il ne pensait pas Jazz en être capable. Il ne pensait pas qu’elle se libérerait aussi vite. L’alcool, foutu alcool. “Je dois pas m’effrayer au moindre geste.. comme ça ?” Elle n’aurait pas bu d’alcool si il ne lui avait pas proposé cette soirée. Elle ne l’aurait pas embrassé si elle n’avait pas bu d’alcool. Ils ne seraient pas couchés sur le sol, en plein New-York si ils ne s’étaient pas embrassés. Il l’a encouragé dans tous ses travers. Il ne l’a pas arrêtée. Au contraire. Il l’a encouragée. Il l’a complimentée. Il l’a félicitée. Le charme qu’il utilise sur les autres femmes est revenu au galop avec Jazz.

A son tour de trop réfléchir. A son tour de prendre peur. A son tour de se poser des questions. A son tour de ne pas être tranquille. Malgré les interrogations, il ne regrette pas de l’avoir traîné dans ce bar. Il ne regrette pas de la voir si déridée. Il ne l’a jamais vue aussi libérée de tout complexe et de toute timidité. Une femme nouvelle, née de l’alcool et de l’insouciance de la jeunesse. L’objectif est atteint, non ? Il baisse le regard sur cette main. Elle se dessine sous le tissu. Elle se veut taquine, exploratrice, curieuse. Il pose sa propre main par-dessus. Une manière de l’arrêter. Une manière de la mettre en pause. Il relève les yeux vers Jazz. “Tu n’es pas obligée, tu le sais ?” Pas obligée de jouer les femmes délurées. Pas obligée de boire et de devenir excentrique. Pas obligée de forcer sa nature pour devenir tactile et insouciante. Pas obligée de changer pour lui. C’est sa plus grande peur. De la voir changer à cause de lui. Il veut lui montrer son monde pour qu’elle en retire tout ce qu’elle peut. Pour qu’elle en retienne certaines choses. Pour qu’elle adapte ses conseils à son propre mode de vie. Pas qu’elle change entièrement pour devenir une copie féminine de ce qu’il est. Il ne cherche pas un double. Il ne cherche pas une Jared au féminin. Ce serait étrange et complètement glauque. “Tu me plais… beaucoup. Même un peu trop, si tu veux mon avis. Sûrement tes yeux…” Il a faculté de transformer ses sentiments en une grosse blague. Il ne peut pas s’en empêcher. Il ne peut pas se retenir. Pourtant, le regard qu’il pose sur elle n’est pas malicieux ou taquin. Il est sincère, empli d’affection. Elle lui plaît. C’est un fait. Depuis le premier jour. Depuis cette rencontre pour le moins violente. Depuis qu’elle a refusé son invitation. Sa manière de le regarder, de le fuir, l’avait amusé. Un amusement qui cachait une attirance. Il a eu raison de persévérer. Il a eu raison de se transformer en un chewing-gum collant. “Enfin, tout ça pour dire que je m’en voudrais que tu te forces.” Il lâche sa main. Il s’en voudrait terriblement. Inciter quelqu’un à changer pour que leurs comportements se confondent est la pire manière de foirer une relation. Il y aura forcément l’un des deux qui perdra sa personnalité, qui taira sa frustration. Il ne veut pas entrer dans ce schéma. Il veut libérer Jazz de sa solitude, mais sûrement pas l’inciter à avoir la même vie que lui. Il n’a pas une vie idéale pour un agent secret. Il sort tous les soirs, il boit, il passe son temps sur les écrans de son téléphone ou de son ordinateur… Il peut être fatigué, il n’a pas de danger à affronter. Il peut se coucher tard, il n’a pas besoin de toutes ses capacités pour livrer. Ce n’est pas le cas de Jazz. “Mais sinon, tu peux continuer. Mon corps est tout à toi !” Il écarte les bras, en signe d’offrande corporelle. Dans son mouvement, sa main frappe le bois. Shit de shit de shit. Ça fait mal. Tant pis. Souffre en silence. Le sourire sur les lèvres. Il est prêt à jouer au docteur. Il est prêt à lui servir de cobaye. Il est prêt à la laisser chatouiller son corps de ses doigts. Définitivement, l’humour n’est jamais bien loin. Le sérieux ne reste jamais longtemps.

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I
l semblerait qu’ils soient passés à la vitesse supérieure, oui. Elle est là, contre lui, percevant les mains sur ses hanches et elle contemple les teintes du regard de Jared, en silence. Le contact lui est étrange, même lorsqu’il repousse les mèches rousses, même lorsque ce n’est qu’un frôlement, alors dans cette position, elle est un peu sonnée, comme si son souffle était brusquement ralenti. Il fait de l’humour, il rit, il profite, elle en fait de même, et quand elle s’arrête, c’est pour mieux détailler les traits masculins, pour mieux imprimer chaque détail du visage dans sa mémoire. Elle note qu’il aime les pizza et les plats français. C’est vrai qu’ils ont sûrement tous les deux des ancêtres français. Et puis la main s’est glissée sous le pull et Jared a changé d’expression, comme si subitement les rôles basculaient, qu’elle devienne légère et lui si sérieux. Elle n’a pas baissé ses billes mordorées, elle est restée en contemplation tandis que ses doigts exploraient la peau - et le geste a été arrêté. Est-ce qu’il ne veut pas ? Est-ce que finalement elle ne lui plaît pas ? Jazz avait peut-être eu raison toutes ces années, de se dire qu’elle faisait peur, qu’elle n’était ni jolie ni assez bien. « Tu n’es pas obligée, tu le sais ? » Les lèvres se sont entrouvertes mais les mots ne sont pas venus. Elle ne sait pas ce qu’elle doit dire, si elle doit s’excuser et partir ou rester là et le défier. Les combats rapprochés sont plus simples que cette histoire, parce que dans une lutte elle sait où frapper, comment renverser, comment faire de sa souplesse une arme ou une défense ; dans une bataille, elle sait viser pour planter ses lames, avec Jared elle est perdue, démunie - désarmée.

Elle sait qu’elle n’est pas obligée et s’il pose la question, c’est sûrement une façon détournée de lui dire qu’il ne veut pas, qu’il a changé d’avis, qu’il veut juste rentrer chez lui et se regarder un film. « Tu me plais… beaucoup. Même un peu trop, si tu veux mon avis. Sûrement tes yeux… » Le temps s’arrête. Les neurones bloquent un instant. Jared vient-il d’affirmer qu’elle l’intéresse ou blague-t-il seulement pour la déstabiliser ? Non, il y a de la sincérité dans sa malice, ça se voit. « Enfin, tout ça pour dire que je m’en voudrais que tu te forces. » La main est libérée et la paume met une minute avant de remonter, d’offrir une caresse jusqu’au niveau du coeur. Elle ne sait pas bien ce qu’elle fait mais elle le fait, parce qu’elle est bien, installée sur Jared qui lui doit avoir affreusement mal au dos. « Mais sinon, tu peux continuer. Mon corps est tout à toi ! » Elle rit. Elle l’a vu se cogner et cela doit faire mal alors elle s’échappe du tissu pour capturer ce qui souffre et déposer un baiser sur l’épiderme cogné. « Est-ce que.. tu veux bien me ramener chez moi ? » La demande est gênée. Ils ont passé un stade où, avant de se livrer à l’ivresse absolue, il faut parler. Elle dépose un doux baiser au coin de ses lèvres avant de se relever, un peu malhabile, un peu vacillante. Elle y arrive. Heureusement qu’elle faisait du sport tous les jours de sa vie et qu’elle mangeait sain sinon son derrière n’aurait pas pu lutter contre la gravité avec un tel taux d’alcoolémie. Les cheveux sont rejetés en arrière dans un soupir, la robe est défroissée.

Ca va aller. Elle ne l’a pas fait exploser, elle n’a pas brûlé la chair, elle n’a pas désintégré les molécules. C’est bon signe. Peut-être que Jazz peut enfin envisager de vivre quelque chose sans prendre peur à chaque seconde, sans se sentir forcée de s’isoler sans cesse. Elle savait être un peu plus détendue avec les garçons de l’équipe mais eux savaient voir venir les catastrophes, ils étaient entraînés à la subir. Jared était un homme normal qui possédait une existence approximativement normale, est-ce qu’elle pouvait se permettre de passer plus de temps avec ? Est-ce qu’elle pouvait l’embrasser et croire que ses dangers quotidiens ne risquaient pas de glisser sur lui ? La rouquine était encore une inconnue pour la plupart des héros, vilains et autres fêlés en tous genres mais si cela changeait ? Elle s’en voudrait d’impliquer malgré elle le jeune homme dans quoi que ce soit.

« Je me sens pas très bien.. » Elle lui dira plus tard qu’elle ne se sent pas obligée, qu’elle a juste arrêté de réfléchir, qu’elle a essayé de suivre des instincts qu’elle ne se connaissait pas, pour le moment elle avait la nausée, elle avait chaud et tenait difficilement debout. Elle s’est même rassise, certaine que la bière n’allait pas tenir encore bien longtemps dans son estomac. Pitoyable. Ridicule. L’agent du SHIELD capable de braver tous les dangers mais vaincue par un peu d’alcool.
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Pendant un instant, il se demande si il n’a pas fait une erreur. En croisant son regard, il se dit que, peut-être, il aurait dû se taire. Que peut-être, il l’a blessée. Mais au final, elle rit. Elle se moque. Il s’en fiche. Les maladresses sont son quotidien. Les maladresses font partie de sa vie. Il se fait mal tout le temps. Si ce n’est pas un choc, c’est une griffure, une coupure, une cheville pliée, une chute. Il les accumule tellement. Il n’y prête plus attention. Il ne se soucie même plus de la douleur. Il n’y a que le soir, lorsqu’il se change, qu’il réalise les blessures qu’il s’est fait dans la journée. Les hématomes fleurissent. Les coupures décorent. Il a le corps d’un gars qui a une vie dangereuse. Sauf qu’il se contente de prendre le métro, de pédaler et de reprendre le métro. A aucun moment, il ne se met en danger. A moins que rouler en plein New-York, sans aucune protection, est considéré comme tel. Cette fois, le coup a au moins le mérite de la faire rire. Il a même le droit à un bisou magique. Du genre que les mères appliquent pour faire disparaître la douleur. Sauf que venant de Jazz, ce geste est synonyme de tendresse et d’affection. Jared a un sourire idiot sur le visage. Comme toujours. Une version plus heureuse et probablement aussi plus amoureuse. Il y a quelque chose qui se passe entre eux. De la complicité. De la proximité. Plus que de l’amitié. “Est-ce que.. tu veux bien me ramener chez moi ?” La ramener chez elle. Il sait que derrière cette proposition, il n’y a rien. Si ce n’est peut-être un plat de spaghettis. Elle lui a déjà fait le coup. Le jour où il est parvenu à lui offrir un café. En y repensant, ils ne sont toujours pas quitte. Il lui a acheté un café qu’elle lui a ensuite remboursé en lui faisant à manger. Il doit encore trouver un moyen de se faire pardonner de son accident de vélo. Il ne se fait d’illusions sur la suite. Il va simplement la ramener chez elle. Il va s’assurer qu’elle atteigne son lit et il va s’eclipser. Il hoche la tête. “Oui, bien sûr !” D’ailleurs, il n’a pas encore visité sa chambre. Il a déjà été impressionné par le salon et la cuisine. Il avait trouvé son appartement immense et démesuré par rapport au sien. La chambre de Jazz doit sûrement faire le double de la sienne. Il observe la jeune femme tenter de se mettre debout. C’est fou ce que l’alcool arrive à faire chez les agents sur-entraînés. A croire qu’ils ne boivent jamais d’alcool. Peut-être qu’ils n’ont pas le droit, tiens ! L’histoire du “pas en service”. Il lui tend sa main pour l’aider. A son tour, il finit par se mettre sur ses deux jambes. Avec bien plus d’aisance et de classe que Jazz. Il faut dire que l’expérience joue. “On dirait que tu as un peu trop bu. C’est pas sérieux ! Je vais me faire disputer par le monsieur de l’épicerie, moi mantenant.” Il se moque gentiment. Il récupère sa veste pour l’enfiler. Il rassemble les bouteilles vides et les capsules pour les ranger dans le pack. Il ignore ce qu’il va en faire. Sûrement les ramener dans son appartement. Baldr et lui trouveront bien une utilité à toute cette bière.

Il lance un regard à Jazz. Elle est de nouveau assise. Il grimace. Il compatit. Elle doit être dans un état affreux. Si il devait désigner un responsable, ce serait assurément la vodka. Trop forte pour une novice. Le verre a dû l’assommer d’un coup. Surtout si elle avait l’estomac vide. Est-ce qu’elle a l’estomac vide ? Il ne lui a même pas posé la question ! Erreur fatale. Il aurait dû lui sommer de manger avant de venir. En plus, avec son poids, elle doit être imbibée d’alcool. Heureusement qu’il voulait être l’adulte responsable. Heureusement qu’il voulait s’assurer qu’elle irait bien. Raté. “Je me sens pas très bien..” Elle est blanche (encore plus que d’habitude, si c’est possible). Elle va vomir. Mayday Mayday. Il n’a pas de sac. Il n’a pas de serviette. Il ne peut pas laisser la femme parfaite vomir dans l’herbe ou sur le trottoir. Et si ses collègues agents secret le découvrent ? Ils sont sûrement en train de les surveiller via les caméras de surveillance. Il ne peut pas la laisser vomir. Il fouille dans les poches de sa veste. Il cherche une barre de céréales. Un chewing-gum. N’importe quoi pour remplir son estomac. N’importe quoi pour qu’elle aille mieux. Il trouve seulement un mouchoir froissé et un ticket de métro. Génial. Il pose un regard inquiet sur Jazz. “Tu as mangé quelque chose avant de venir ?” Il croise les doigts pour qu’elle réponde ‘oui’. Il prie tous les dieux pour qu’elle réponde positivement. Sinon, il  a de quoi se claquer. Il aurait dû la prévenir. Il aurait dû la mettre en garde. Il aurait dû la forcer à manger. Il ferait un piètre professeur, mais aussi un piètre père. Incapable de faire attention. Incapable de veiller sur le bien d’une seule personne. Incapable de vérifier que toutes les précautions sont prises. De toute manière, il n’emmènerait jamais ses enfants dans les bars. Endroits infréquentables. Endroits dangereux. Endroits où l’alcool coule à flot. Mauvaise foi, vous avez dit ? Il passe un bras dans son dos. Il se sert de sa main libre pour la soutenir et l’aider à se relever. Là, voilà. Doucement. Lentement. Ne pas y aller trop vite pour éviter la nausée. “On va marcher doucement, ça va te faire du bien.” Il esquisse un sourire rassurant. En réalité, il n’est pas sûr de son coup. Pas du tout. Peut-être qu’avec le mouvement de la marche, elle aura encore plus envie de vomir. Il garde un bras dans son dos pour la maintenir. Pour s’assurer qu’elle ne s’effondre. Pour éviter qu’elle ne tombe en pleine rue. De l’autre main, il récupère le pack de bières. Ils sont l’image typique du couple d’ivrognes. Il va encore passer pour le gars irresponsable qui saoule la fille, dans le but d’abuser d’elle. Ce qui n’est pas totalement faux pour une partie de l’hypothèse. Il jette un regard en biais vers Jazz. “Si tu as envie de vomir, tu me préviens en avance. J’essayerais de trouver une magnifique poubelle.” Une magnifique poubelle qui ne puera pas trop pour ne pas soulever son coeur. Une magnifique poubelle pour ne pas qu’elle finisse totalement éméchée sur le bord de la route, au-dessus d’une bouche d’égout. Il sent que le chemin du retour va être long. Très long.

Il fait le choix de marcher. Plus long peut-être, mais moins il y a de secousses, mieux c’est. La marche a aussi l’avantage de ne pas devoir nettoyer la banquette arrière du taxi et de ne pas se faire haïr par ledit taxi. De toute manière, il connaît les rues de New-York par coeur. Il a appris à trouver des raccourcis pour diminuer ses retards. Il a appris à se repérer dans cette immense ville. Ils arrivent devant l’immeuble de Jazz. Il dépose les bières par terre. Il lâche Jazz pour se placer devant elle. Il tente de détailler son visage. De voir sa couleur. Mais entre l’éclairage extérieur et la lumière de l’immeuble, elle a teint jaune. Jaune, rouge et un peu vert. Un drôle de mélange. En se basant sur ce mélange, il ne peut pas dire qu’elle soit en parfaite santé. Il serait même tenté de l’emmener à l’hôpital de toute urgence. “Tu… veux que je monte pour m’assurer que tu ne te trompes pas de porte ?” Elle en serait bien capable. La soirée aura finalement été courte. Courte, mais intensive. Elle va mettre du temps à s’en remettre. Des heures. Ce soir, elle dormira rapidement. Elle s’effondrera dans son lit. Demain, elle n’arrivera pas à quitter la chaleur de as couette. Il en fait le pari. Elle n’aura même pas le droit aux conseils maternels et à la recette dégueulasse mais miraculeuse pour couper court à la gueule de bois. Elle a loupé des choses, dans son adolescence. Des souvenirs qui restent ancrés. Des souvenirs qui sont là à jamais.

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L
’humour ne passe plus. Il essaye de la faire rire mais elle se sent trop mal pour cela. Il essaye de la détendre mais elle craint que si elle esquisse ne serait-ce qu’un sourire, la vodka ne reste pas dans son estomac. Comment peut-on se sentir si mal si vite ? Elle s’accroche à Jared comme si sa vie en dépendait et elle se demande si ça n’est pas un peu le cas. « Tu as mangé quelque chose avant de venir ? » Un non d’un signe de tête. Elle n’a pas pensé à manger, et elle n’a pas vraiment eu le temps, en y réfléchissant bien. Elle n’imaginait pas se saouler, elle n’imaginait pas arriver à se détendre ainsi, et si on lui avait dit qu’elle embrasserait Jared, elle aurait pris la fuite. Cette soirée lui avait glissé entre les doigts, lui avait échappé, totalement hors de contrôle. « On va marcher doucement, ça va te faire du bien. » Pas vraiment. Ca tangue. Elle aligne les pas convenablement, en puisant dans toute la concentration possible, mais là ils ont vraiment l’air d’un duo d’alcooliques errant dans les rues - si le SHIELD la voyait, quelle honte !

Si elle a envie de vomir, elle doit le prévenir. D’accord. Mais ça fait dix minutes qu’elle sent l’alcool aller et venir sans trop savoir si elle va pouvoir digérer tout ça.. ou patienter jusqu’à son appartement. Rien que la pensée de l’odeur de la poubelle fait remonter la nausée. Quelle horreur. Plus jamais ça. C’est son immeuble là. Il la fait rentrer dans son immeuble et elle sent qu’elle approche de la libération, sauf que Jared se place devant elle et l’observe. Encore un effort, il ne faut pas lui vomir dessus, ça ruinerait ses chances de sortir avec. Non mais qu’est-ce qui lui passe par la tête ? « Tu… veux que je monte pour m’assurer que tu ne te trompes pas de porte ? » Elle hoche la tête. Direction les étages. L’ascenseur lui paraît d’une lenteur interminable. Le son libérateur, la clef dans la serrure, la porte ouverte, trois pas. Elle quitte les escarpins, promène son regard sur le salon parfaitement rangé, la cuisine ouverte presque trop propre et finit par filer directement dans la salle de bains. Le verrou provoque un clac sonore.

…*…

Quinze minutes. Dont trois à se laver les dents et vérifier approximativement son état. Elle ne peut pas sortir comme ça. Jared croit qu’elle est parfaite et elle vient de prouver que ça n’est pas du tout le cas. Elle réordonne un peu ses cheveux et consent enfin à sortir, un peu penaude. Si les gars la voyaient. Elle est morte d’embarras, à se montrer comme ça, elle qui tente d’être toujours digne de son travail et de ses responsabilités. Les bras viennent entourer la nuque de Jared, le nez vient se cacher contre son épaule. « Reste avec moi.. » Qu’il reste, elle ne veut pas être seule, elle ne veut pas passer la nuit à tourner et retourner les dernières heures. Elle ne veut pas repenser à ses baisers sans l’avoir près d’elle pour se rassurer.

Jazz l’entraîne dans la chambre, sans se défaire de sa chaleur. La chambre est aussi ordonnée que le reste de l’appartement, on devine l’immense dressing, à gauche, le bureau dans la pièce d’en face, mais ce qui dénote, ce sont les photos sur un pan de mur, épinglées sur le tableau de bois noir. Des instants volés de la X-Mansion, de la fillette qu’elle était, de l’adolescente un peu complexée, de ses premiers jours avec les b r a vo. Des clichés superposés, accrochés les uns aux autres. Elle se laisse échouer sur le lit, sans libérer le pauvre Jared qui goûte ainsi au matelas sans doute plus cher que tous les meubles qu’il possède. Elle se sent un peu mieux, mais vraiment elle ne comprend pas ce qui lui a pris de boire ce verre. Le stress sans doute. La rouquine pouvait gérer les situations d’urgence mais pas les pseudo-rancards. Il faudrait qu’elle demande de l’aide à Bobby, il sait comment doit être la copine parfaite, lui.
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Il a posé la question. Il en connaissait déjà la réponse. Non, en fait, il ne connaissait pas la réponse. Il savait seulement ce qu’il ferait dans un cas comme dans l’autre. Il ne pouvait pas la laisser remonter dans son appartement et l’abandonner dans un état pareil. Il prend ses responsabilités. Alors, il est soulagé qu’elle accepte. Qu’elle hoche la tête. Qu’elle le conduise dans l’ascenseur. Ce hall, il a l’habitude de le voir. Pour des livraisons. Pour des rencontres plus personnelles. La deuxième fois qu’il vient comme un invité. Les voisins de Jazz vont finir par croire qu’elle a de mauvaises fréquentations. Ils n’auraient pas tout à fait tort. La jeune femme devrait s’entourer d’intellectuels, d’artistes, de scientifiques. Sûrement pas d’un coursier maladroit et sans culture. Une fois dans l’appartement, il est abandonné au profit de la salle de bains. Il était prêt à la suivre pour l’aider à… à quoi, déjà ? Aucune idée. Il ne peut pas rester derrière la porte. A écouter le moindre bruit. A imaginer le moindre geste. Il lui laisse un peu d’intimité, un peu de discrétion. Elle le mérite, après l’avoir traînée dans un bar et de l’avoir enivrée. Il se rapproche des fenêtres. Une magnifique vue sur New-York et ses immeubles encore allumés. En-bas, une voiture jaune passe. Il reste bloqué devant la vue pendant quelques instants. Il finit par bouger. Il revient vers le canapé. Toujours sa console de jeu et sa télévision débranchées. Un scandale. Un outrage. Des gens s’amusent à créer des jeux et des appareils qu’elle laisse prendre la poussière. Il s’en rapproche. Ah non, il n”y a pas de poussière. Il finit par dégainer son téléphone. Il ne l’a pas touché depuis que Jazz est apparue au Raina Lounge. Un miracle pour ce grand accro à son smartphone. Il a quelques notifications, mais dans l’ensemble, personne ne s’est affolé à cause d’un super-héros. Heureusement. Il aurait dû choisir entre Jazz et un héros. Pour une fois, il se peut qu’il choisisse de rester dans le monde réel avec la jeune femme. Il y a des moments où il faut savoir être ancré dans la réalité. La porte finit par s’ouvrir. Il se retourne, un sourcil haussé. Est-ce qu’elle va mieux ? Elle vient se réfugier dans ses bras. Il l’accueille avec plaisir. Il referme ses bras contre elle. Elle sent l’alcool et le dentifrice. Un parfum qu’il n’aurait jamais pensé sentir sur elle. Cette initiation aura vraiment été pourrie jusqu’au bout. Même si il est fier de l’avoir déridée. Même si il est fier de lui avoir montré son univers. “Reste avec moi..” Il esquisse un sourire. Il ne comptait pas partir, de toute manière. Il comptait la surveiller toute la nuit et lui préparer un petit-déjeuner de championne. Il comptait s’assurer qu’elle ne s’étouffe pas dans son sommeil. Il n’allait pas l’abandonner aussi vite. Il a vu bien pire qu’une cuite. Il a vu bien pire qu’un peu de vomi. “Je ne vais nulle part.” Le mythe de la femme parfaite en a un pris un coup. Mais il s’en fiche. Elle le reste quand même. Elle n’a pas besoin d’être sobre pour être parfaite. Elle n’a pas besoin d’être apprêtée pour être parfaite. Elle a seulement besoin d’être elle-même, avec ses forces et ses faiblesses. Et son odeur d’alcoolique.

Il se laisse entraîner jusqu’à sa chambre. A l’entrée, il ralentit le pas pour admirer la pièce. La bouche grande ouverte en un “wow” silencieux. La bouche bloquée dans cette expression d’émerveillement. Il tente de rejoindre le mur de photos, mais elle l’attire vers l’objet central de la pièce. Le lit. Elle est sérieuse, là ? Ils tombent sur le matelas, toujours empêtrés ensemble. Toujours accrochés l’un à l’autre. Il dépose un baiser dans ses cheveux. Perdu au milieu de sa rousseur. “En principe, on n’invite pas un garçon dans son lit, à moins d’avoir des intentions. Mais j’vais mettre ça sur le compte de l’alcool.” Il dégage les mèches qui lui chatouillent le menton. Rester sur ce lit est tentant. Ils pourraient s’endormir ici et maintenant. Ils pourraient rester collés l’un à l’autre pour le restant de la soirée. Mais ce n’est pas le programme qu’il a en tête. Il doit réparer ses erreurs. Il doit réparer les dégâts dans l’estomac de Jazz. Il se dégage doucement de son emprise. Il se relève. Il attrape ses mains et la tire doucement, à bout de bras, pour qu’elle se redresse. Là, voilààà. Il faut y aller lentement pour ne pas générer de dérèglement dégueulasse de son estomac. La situation semble être maîtrisée. Son visage n’est pas devenu blanc (ou vert) d’un coup. Tout est sous contrôle. “Jouer à la princesse te va à merveille, mais faut pas rester là, jeune fille.” Deuxième étape. Il l’aide à se remettre sur pieds avec la même délicatesse et la même prévenance. L’étape la plus compliquée. Avec l’alcool, elle peut avoir le tournis. Il faut donc procéder avec précaution. Il faut être délicat dans chaque geste. Il a le sentiment de manoeuvrer un paquebot. Mais il s’agit de Jazz. La comparaison ne lui plairait sûrement pas. Raison pour laquelle il se tait. Pas besoin qu’elle s’agace et tente de le pulvériser. Pas besoin qu’elle le foudroie de son regard d’ivrogne. Jazz est stabilisée. Il lâche ses mains. Il se met dans son dos et la pousse doucement vers son dressing. Un immense dressing. Il y jette un oeil. La pièce pourrait faire la taille de sa salle de bains. Il laisse Jazz entrer dans son royaume vestimentaire. “Tu devrais te changer, mettre un truc dans lequel tu serais plus confortable. Et je vais te chercher un récipient, si jamais…” Inutile de finir sa phrase, elle a compris. Il l’abandonne dans sa chambre. Il retrouve le chemin de la cuisine. Il fouille dans ses placards. Trop de portes. Trop de tiroirs. Trop d’ustensiles dont il ne soupçonne même pas l’utilité. Une casserole. Parfait. Il retourne aussitôt dans la chambre. Il toque à la porte avant d’y entrer. Il prend aussi la précaution de fermer les yeux. Il n’est plus à un corps nu de femme près, mais il en sait assez sur Jazz pour savoir qu’elle n’apprécierait pas. Elle détestait déjà de savoir sa main sur lui, alors ses yeux… Il avance à l’aveugle dans la pièce. Son pied percute un meuble. “Je ferme les yeuuuuux. J’te la pose là… OUCH ! Put… ! Ca va, ça vaaa. J’vais bien.” Le meuble n’était pas un meuble. Par contre, son pied était bien un pied. Il décide de laisser la casserole par terre. Il décide de ne pas prendre de second risque. Il a sûrement trois orteils cassés. Faut pas déconner. Il pivote sur lui-même. Il rouvre enfin les paupières. C’est tellement mieux avec les yeux ouverts ! Il rejoint la porte pour laisser Jazz tranquille. “Il faut que tu manges quelque chose. Je peux utiliser ta cuisine ?” Il n’attend pas sa réponse. Il est déjà sorti de la chambre. Il a pris l’habitude de ne jamais attendre les réponses des gens. Que ce soit ‘oui’ ou ‘non’. Que ce soit pour une décision importante ou pas.

Il est mieux placé que Jazz pour savoir ce dont elle a besoin, là tout de suite. Il sait par quoi elle passe. Il sait que son corps est en état de siège. Il sait que son organisme est attaqué par l’alcool. Jared espère arranger les choses en la nourrissant. L’alcool sera mélangé avec de la nourriture. Ce devrait aller mieux. En théorie. Il n’est pas médecin, après tout. Il a seulement son expérience. Plusieurs années d’expérience. Il fonce vers la cuisine. Il ouvre son réfrigérateur. Il attrape la bouteille de lait. Il passe ensuite aux placards. Il a cru voir un paquet de flocons d’avoine tout à l’heure. Il a juré les voir… Gagné ! Juste là. Il part ensuite à la recherche d’un bol et de sucre. A chaque fois qu’il trouve l’objet de ses recherches, il le dépose sur le plan de travail. Maintenant qu’il a tout, il peut mettre en oeuvre ses talents de cuisinier. Ou de cuisinier flemmard. Il ne fera pas des spaghettis à la bolognaise. Il est un peu trop tard pour ça. Il s’active au-dessus de la plaque de cuisson. Il lève la tête de son lait en ébullition pendant quelques secondes pour se tourner vers la chambre. “Dès que tu es changée, tu viens à table. Et pas de protestations !” Son ton est autoritaire. Son ton ne laisse pas de place à la discussion. Si elle ne coopère pas, il ira la chercher par ses propres moyens. Il la jettera sur son épaule. Il la portera jusqu’à sa chaise. Il la forcera à manger. Il peut être tyrannique. Il peut être infernal. Il a eu un bon exemple durant toute son enfance. Il récupère la casserole et verse le lait et les flocons d’avoine dans le bol. Non sans s’être brûlé avec le lait, au préalable. C’est ce qui fait la réussite du plat, on dira. Il pose ensuite son porridge chaud sur la table. Il récupère une cuillère qu’il enfonce dans sa mixture. Okay, le mélange n’a pas l’air appétissant du tout. Il n’a pas une apparence très engageante. Mais Jazz a besoin de manger. Elle a besoin de remplir son ventre. Elle a besoin d’imbiber toute la vodka qu’elle a bue. Elle a besoin de donner des forces à son organisme. “A taaaable !” Il se fait l’effet d’un père qui appelle ses enfants. Non pas qu’il sache à quoi cela correspond. Un père. Un parent qu’il ne connaît pas. Sa mère a dû jouer les deux rôles, sans les dissocier. Il a eu le droit à la discussion sur la sexualité avec elle. Le pire moment de sa vie. A ce souvenir, il a des frissons d’effroi. Il en cauchemarde encore. Bon sang, est-ce que Jazz a eu le droit à cette discussion avec les X-Men ? Elle a trop de chance !

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azz avait énormément de mal avec la normalité, sans doute parce qu'au cours de sa courte vie, rien n'avait jamais vraiment été normal ; la mort de son père, le sauvetage de justesse, tous ces morts, la ‘mutation’, tout avait dérapé trop tôt. C’est ainsi qu’étalée sur le lit, elle ne comprend pas immédiatement ce qu’il veut dire. Quelles intentions pourrait-elle avoir ? Après tout, elle se méfiait de chaque contact excessif, de peur de lâcher sa prise permanente sur ses facultés, elle avait toujours évité le moment gênant où un baiser risquait de lui tomber dessus - sait-on jamais que la tête du voisin n’y survive pas. Et puis ça finit par monter jusqu’à son cerveau, par allumer la case lumineuse du danger imminent - elle rougit, embêtée de ne pas avoir anticipé ce qu’il pourrait penser. Est-ce qu’elle allait le frustrer ? Est-ce qu’il la prenait pour une fille facile ? Elle ne voulait pas.. cette discussion avait été assez éprouvante à l’époque pour ne pas avoir à souffler qu’elle préférait rester sage quelques années encore, histoire de ne faire de mal à personne. Oui, c’était tentant, trop alcoolisée, de se laisser aller aux bras de Jared mais elle avait encore assez conscience de ses actes pour ne pas dépasser les bornes.

« Jouer à la princesse te va à merveille, mais faut pas rester là, jeune fille. » Jazz tient mal sur ses pieds. Elle ne se sent pas bien, elle a la migraine, elle n’a plus grand chose à vomir heureusement. Est-ce que cet état vaseux allait lui passer ? « Tu devrais te changer, mettre un truc dans lequel tu serais plus confortable. Et je vais te chercher un récipient, si jamais… » Le dressing s’ouvre et elle sent la crainte l’envahir. Il est assez maladroit pour activer le fond de la pièce, pour que les quelques armes planquées et les diverses tenues de travail tentées ne se dévoilent à ses yeux. Par chance il se détourne de l’endroit, il ne se laisse pas aller à la curiosité. Jazz passe une main dans ses cheveux en soupirant ; cette soirée est un désastre. Il lui a demandé de se changer alors elle attrape un t-shirt kaki large, se défaisant de la robe avec hésitation. Elle ne sait pas si cela se fait, de troquer l’élégance pour ce qui correspond à un pyjama. C’est un peu court, quand même, songe-t-elle en se fixant dans l’unique miroir présent.

Elle allait changer d’avis quand le jeune homme s’est pointé, avec une casserole, fermant les yeux et manquant se casser quelques orteils. Comment pouvait-on être aussi maladroit ? Elle se surprend à sourire bêtement en repensant à la chute du banc, aux baisers échangés. Et elle chasse les pensées comme si elle méritait la pire des sentences pour cela. Est-ce qu’il peut utiliser la cuisiner ? Pas le temps de répondre, il a filé et elle est plantée au milieu de son dressing, bouche bée. Elle retire le t-shirt, finalement, retourne dans la salle de bains prendre une douche froide, parce qu’elle en a besoin, parce qu’elle a l’impression d’être littéralement imbibée de Vodka. En sortant, elle sèche ses cheveux, le regard dans le vague, enroulée dans une serviette.

« A taaaable ! » Elle ne répond pas tout de suite, elle remet le t-shirt trop large dont elle espère qu’il cachera un minimum ses formes - elle n’a pas honte de ses jambes, ce détail là ne lui pose pas de problème et, pour être honnête, elle ne voyait rien de particulièrement attractif dans des jambes. Jazz attrape son téléphone et prend le temps d’envoyer un SMS à Bobby pour savoir s’il a un peu de temps à lui consacrer le lendemain avant de s’installer à table, un peu à contrecoeur. La mixture n’est clairement pas appétissante. Elle s’oblige à manger, pour lui faire plaisir, parce qu’elle l’a déjà forcé à avaler des spaghettis dont il ne voulait pas. Le silence dure un moment avant qu’elle ne se décide à prendre la parole : « Jared.. est-ce que ce baiser voulait dire quelque chose ? » Elle n’y connaît rien, après tout, et elle ne peut pas appeler Sacha pour lui demander conseils, il lui raconterait sûrement n’importe quoi et naïve, elle serait bien foutue de les appliquer. « .. parce que tu sais, j’ai pas une vie classique et pas vraiment de vacances ou de week-end.. et avec la loi sur le recensement, on pourrait croire que tu passes du temps avec une mutante, je voudrais pas t’attirer des problèmes avec ta famille ou tes amis. » Si c’est gênant comme discussion ? Absolument mais c’est aussi absolument nécessaire, comme manger cette drôle de bouillie. Un traiteur c’était pas plus efficace ?
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Le temps qu’elle arrive, la table s’est garnie. Un verre de jus de fruits. Un bol de fruits. Un verre d’eau. Des couverts. L’objectif est clair : la faire manger et boire. Au risque de la remplir à l’excès. Au risque de devoir la rouler jusqu’à son lit. Au risque de l’entendre se plaindre. Il est déterminé à la voir manger. Tout manger. Elle aura au moins le ventre rempli. Elle aura absorbé tout l’alcool. Elle n’aura plus aucune raison d’avoir la nausée. Avec un peu de chance, elle n’aura même pas mal à la tête le lendemain. Il y croit peu. Il n’a pas beaucoup de chance dans la vie. Il rassemble la vaisselle sale dans l’évier. Il entreprend de laver la casserole. Lorsque c’est fait, il s’installe tranquillement contre le plan de travail. Elle met une éternité à venir. Elle met un temps fou. Elle s’est peut-être évanouie dans son dressing. Elle est peut-être tombée dans le coma. Il se retient d’aller voir. Il se retient de vérifier. De toute manière, il l’a entendue bouger. Le bruit de la douche. Le claquement des portes. Les pieds claqués contre le sol. Elle est vivante. Pas de souci à se faire. Il profite de l’attente pour grignoter son paquet de flocons d’avoine. Il a faim, lui aussi. Il va bientôt devoir lutter contre une légère gueule de bois. Il doit prendre des forces. Il doit faire le plein d’énergie. Il va aussi veiller toute la nuit pour s’assurer que la demoiselle en détresse dorme paisiblement. Il ne peut pas faiblir à cause d’un petit creux. Elle finit par apparaître. Un simple tee-shirt sur elle. Et elle a de jolies jambes. De très jolies jambes… Il concentre son attention sur les prunelles de Jazz. Pourquoi tout est si parfait chez elle ? Il aimerait connaître son secret pour rivaliser avec sa beauté. Au lieu de cela, il doit se contenter de ses jambes de coquelet, à peine musclées par le vélo. Il doit se contenter de ses bras maigrichons. Il pose un regard sévère et autoritaire sur Jazz. Il attend la première cuillère de porridge. Il la guette comme il attendrait la venue du Père Noël. La première bouchée est avalée. Super. Elle ne fait même pas la grimace. Il a réussi sa recette. Il peut reprendre son souffle. Faut dire que ce porridge était seulement le deuxième qu’il cuisinait de sa vie. Le premier ayant fini cramé au fond de la casserole. Il reporte son attention sur le paquet de flocons d’avoine. “Jared.. est-ce que ce baiser voulait dire quelque chose ?” Il lève les yeux pour croiser les prunelles de Jazz. Sa main en suspension entre le sachet et la bouche. Pris au dépourvu par sa question. Sujet trop sensible. Sujet trop sérieux. Sujet trop important pour l’aborder alors qu’elle est ivre. Il ne s’est même pas posé la question. Il n’a même pas pris le temps d’analyser ce baiser. Pour lui, ce n’est pas une embrassade parmi tant d’autres. Ce n’est pas une aventure de quelques soirs. Ce n’est pas une amie qu’il a embrassée dans l’ivresse dans la soirée.

Il se remet en mouvement. Il avale le flocon qu’il tenait. Ils sont déjà à des conversations sérieuses, alors qu’ils se sont embrassés il y a à peine une heure. Qu’est-ce que ce sera dans quelques mois ? Mais elle a besoin d’être rassurée. Elle a besoin de comprendre les choses. Trop terre à terre. Trop réfléchie. Il mâche avec précaution son flocon, non sans manquer de se mordre la langue. “.. parce que tu sais, j’ai pas une vie classique et pas vraiment de vacances ou de week-end.. et avec la loi sur le recensement, on pourrait croire que tu passes du temps avec une mutante, je voudrais pas t’attirer des problèmes avec ta famille ou tes amis.” Elle réfléchit vraiment trop. A s’inquiéter des conséquences. A imaginer des scénarios pas possibles. Ils ne voient pas le monde de la même manière. Il pense à foncer tête baissée quand elle analyse toutes les solutions, leurs avantages et leurs inconvénients. Leur relation passe par le même processus. Dans sa tête, elle doit imaginer quels sont les risques et les avantages. Elle doit se demander si cela vaut le coup. Il s’assoit à table, sans lâcher le paquet. Il n’a jamais paru aussi sérieux depuis qu’ils se connaissent. Il y a de rares moments où il laisse de côté tout humour, toute moquerie. Il y a de rares moments où il sait retrouver toute la maturité de son âge. La maturité de la vie et de l’expérience, dirons-nous. “J’crois que tu réfléchis trop, Jazz.” Le jugement tombe. Elle réfléchit trop. A tout et à n’importe quoi. Elle a sûrement le cerveau qui fume. Elle a sûrement le cerveau en surmenage. Il faut qu’elle arrête de se mettre autant de pression. Qu’elle se pose autant de questions. S’inquiéter pour ses proches est adorable, attentionné. Mais ses amis et sa famille le connaissent assez pour savoir qu’il soutient les super-héros. Ils savent à quoi s’en tenir. Ils savent tout de sa passion des héros. Ils savent tout de son engouement. Ils ne seront même pas surpris qu’il sorte avec une femme capable d’exploser des objets. Ce serait même prévisible. C’était quelque chose qui devait arriver. Il devait au moins sortir avec une héroïne une fois dans sa vie. “Je veux dire… je suis majeur, vacciné et totalement indépendant. Je suis capable de prendre mes décisions et de les assumer.” Il en est parfaitement capable. Il est peut-être immature, parfois irresponsable, mais il sait défendre ses choix. Il sait argumenter, il sait hausser le ton. Il n’est pas toujours l’adulte-gamin. Il est aussi l’adulte responsable qui assume jusqu’au bout. De toute manière, Jazz ne peut qu’être appréciée. Elle est adorable, gentille, attentionnée, intelligente. Son pouvoir ne sera un obstacle pour personne. Sauf si elle casse les bibelots de ses grands-parents. Là, il ne donne pas cher de sa vie. Mais si elle épargne le musée des horreurs de mamie alors, tout ira pour le mieux.

Il pioche un nouveau flocon d’avoine. Il comprend qu’elle se pose des questions. Qu’elle veuille s’assurer qu’il est conscient des ‘risques’. Qu’elle se soucie des conséquences sur sa vie. “La loi, je m’en fous. Je la trouve même complètement nulle et inutile. Tout ça pour dire que si j’avais voulu une petite-amie normale, j’aurais foncé sur quelqu’un d’autre avec mon vélo.” Dès le premier regard, il a su qu’elle n’avait rien de la petite-amie gnangnan. Jazz est plutôt du genre explosive, à vous réserver des surprises inattendues. Il aurait pu la trouver bizarre. Il aurait pu prendre la fuite. Il aurait pu s’effrayer. Il aurait pu arrêter de lui courir après. Sauf que ce n’est pas du tout ce qu’il a fait. Malgré les risques. Malgré les conséquences. Il s’en fiche que sa petite-amie puisse être assimilée à une mutante. En fait, non, il ne s’en fiche pas. Il pourrait s’énerver, il pourrait s’agacer, il pourrait hausser le ton. Il pourrait leur rappeler que les mutants ne sont pas des êtres monstrueux. Il pourrait prendre sa défense. Il fourre le flocon d’avoine dans sa bouche. Il s’est déjà pris la tête avec sa famille. A cause du temps passé à se mettre en danger. A cause du temps écoulé sur les écrans. A cause de ses lubies. Il s’est déjà disputé avec ses amis. A propos de la loi sur le recensement. A propos des super-héros. A propos des dangers de la société actuelle. Il n’aurait pas peur de recommencer. Il n’aurait pas peur de se fâcher avec quelques uns. Si ils ne sont pas capables de l’accepter comme il est, avec ses convictions et ses opinions, à quoi bon s’embêter ? “Alors, j’accepte pleinement que tu ne sois pas là tous les week-ends, que tu n’aies pas le temps de me voir la semaine ou que tu veuilles juste être tranquille. Et le jour où je râlerais, tu n’auras qu’à m’exploser les fesses pour me rappeler à l’ordre. Deal ?” Elle serait la première à ne pas lui envoyer cent messages par jour pour savoir où il est, ce qu’il fait. Elle serait la première à lui laisser assez de temps pour courir après les super-héros. Elle serait la seule à ne pas le juger sur son passe-temps favori. Il serait idiot de fuir. Il serait idiot de laisser tomber. Ils peuvent essayer. Ils peuvent tenter le coup. Qu’est-ce qu’ils risquent ? Ils sauront au moins si cela peut fonctionner. Ils se donneront au moins la chance de vivre leur relation. Au pire, ils feront machine arrière. Au pire, ils rompront. L’air sérieux est chassé au profit d’une expression taquine. Sourire en coin. “Alors, je crois qu’on peut dire que ces baisers étaient les premiers d’une longue série, non ?” Ils auront toujours ce conflit de pensées. Ils auront toujours cette manière de fonctionner différemment. Mais c’est ainsi qu’ils vont grandir, qu’ils vont apprendre, qu’ils vont se tempérer. Les trop grandes réflexions de Jazz ne l’effrayent pas. Il sait qu’il pourra l’inciter à plus de spontanéité et de folie. Elle en est capable. Elle l’a prouvé aujourd’hui. Certes, avec un peu d’aide de la vodka. Mais quand même.

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azz réfléchit trop, c'est un fait. Elle réfléchit aux conséquences de ses actes parce que c'est ce que la X-Mansion lui a enseigné ; elle a été élevée telle une mutante et dans cette optique elle sait que ses pouvoirs sont aussi extraordinaires que dangereux pour son entourage, elle sait que si elle a pu partir c'est qu'elle était prête, qu'elle avait les armes pour affronter le monde extérieur et s'offrir une vie normale.. Mais le veut-elle au prix d'une vie ? Elle avait accepté d'entrer au SHIELD, comme un lien maintenu avec ce en quoi elle croyait, avec ses convictions. L'existence classique n'était pas faite pour elle et elle l'avait longtemps pensé, elle s'était imaginée vivre un quotidien d'éternelle célibataire au service d'une organisation dont elle ne pouvait pas parler.. Et Jared lui avait foncé dessus à vélo. Alors oui, Jazz réfléchissait trop parce qu'elle se refusait à faire du mal à un garçon si tolérant et joyeux.

Il tente de la rassurer. Bien sûr qu'il est majeur, bien sûr qu'il est capable de prendre des décisions mais est-il seulement conscient que se lier avec un agent secret peut impliquer des dérapages ? Il est impulsif, il est passionné, elle ne veut pas ternir sa vision de leur société, des héros, de tout ce qu'il aime tant. Qu'il trouve la loi stupide n'était finalement pas si étonnant, comment pourrait-il accepter une quelconque forme d'oppression ? Jazz, elle, était coincée entre ses principes, sur le sujet, et si elle avait été mutante, elle ne serait pas allée se recenser - à quoi bon ? Était-ce donc une nouvelle forme de discrimination à offrir aux pires pourris de la politique extrémiste ? Elle observe Jared en silence, esquissant parfois un sourire vaseux, finissant ce qu'il lui a préparé. Il la rassure, il est compréhensif et s'il ne se défait pas de son humour, Jazz sait qu'il est sérieux, qu'il ne parle pas dans le vent.

Une petite amie normale. Ca trotte dans sa tête. Pourquoi utiliser ce terme ? Est-ce qu’ils en sont déjà là ? Elle fronce les sourcils. Il accepte. Il accepte tout ce que personne n’accepterait, les absences, les semaines chargées, les emplois du temps incompatibles, et elle reste muette, le mal de crâne l’empêchant d’avoir les idées tout à fait claires pour le contredire, pour émettre des objections. « Alors, je crois qu’on peut dire que ces baisers étaient les premiers d’une longue série, non ? » Son sourire en coin est craquant. Elle rougit un peu, baisse les yeux. Elle ne sait pas trop si elle est sensée donner une réponse. Encore une fois, la main passe dans les cheveux, un soupir s’échappe. Elle se sent tellement fatiguée, tellement engourdie. Elle se lève, toujours appuyée à la table et elle s’installe sur ses genoux, poussant un peu le paquet de flocons d’avoine. Si c’est vraiment ce qu’il veut, s’il est sûr de pouvoir y survivre, elle tentera de lui faire confiance. Lèvres hésitantes sur les siennes. Baiser tendre qui demande presque la permission. « Qu’est-ce que ça veut dire ? Oserais-tu me voler au célibat, Jared Hemingway ? » La tête de ses parents s’ils la voyaient avec un simple coursier. La tête de Bobby face à un comique quand il a connu la gamine si complexée et sérieuse. Les surveillances des B r a v o protecteurs. S’il survit à cela, en plus des dangers inhérents à sa condition de simple homo sapiens, alors Jared sera peut-être vraiment l’homme de sa vie. « Tu veux bien rester dormir .. ? » Pause. « Juste dormir. » Billes fuyantes tandis qu’elle joue avec le col de son haut, triturant une étiquette que la perfectionniste n’apprécie guère. Ca ne le gratte pas ? La matière n’est pas terrible, qui plus est. « J’ai un grand lit et tu pourras compter les héros en photo plutôt que les moutons. »
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