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 TADEUSZ → daddy jew (lel).

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MessageSujet: TADEUSZ → daddy jew (lel).   Dim 29 Mai - 23:03

tadeusz kasprzak
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Identité
Nom et Prénom : Tadeusz Kasprzak. On fait difficilement plus polonais que ça. Alias : Decay  (© Le Patron). Âge : Il semble avoir une quarantaine d'années, quand en réalité, il a 107 ans. Lieu de naissance & nationalité : Il a vu le jour à Stetin, en Pologne. Aujourd'hui, il a des papiers clamant qu'il a la nationalité américaine.  Métier : Il siège au conseil de Xeres Laboratories depuis sept ans à présent. Ce métier lui procure une rentrée d'argent plus que nécessaire pour financer la Confrérie et l'occupe un peu.  Statut civil : Veuf, puis veuf, puis re-veuf. Du coup, il est célibataire pour le moment. Il a compris le message.  Orientation sexuelle : Hétérosexuel. Particularités : L'absorption vitale, qu'il a eu le temps de maîtriser à la perfection. Ça signifie qu'en plus de pouvoir piquer les dons des mutants qu'il touche et les utiliser sur un court laps de temps, il peut également absorber l'énergie vitale des simples humains, ce qui lui a permis de vivre aussi longtemps en paraissant toujours aussi jeune. S'il draine entièrement un mutant, il peut utiliser son pouvoir jusqu'à 24 heures, mais il évite d'assassiner ses confrères. Lorsqu'il draine l'énergie vitale d'une personne, qu'elle soit mutante ou humaine, il a accès à ses souvenirs, ses capacités. Il peut choisir d'en conserver certaines et se les approprier définitivement. C'est ainsi qu'il est capable de parler plusieurs langues et qu'au cours de sa longue vie, il a acquis bien des talents très utiles pour se faire une place dans ce monde. Affiliation : la Confrérie, aiiight.

Interview
Êtes-vous pour ou contre la Loi de Recensement des Mutants ? Pourquoi ? Si vous êtes un Mutant, avez-vous décidé de vous recenser ? Ha. Vous êtes marrant. Non, vraiment. S'il est recensé ? Non. S'il se recensera ? Jamais de la vie. On a noté son nom sur un registre de ce genre, une fois. Juste avant d'exterminer sa femme, ses deux enfants et de le transformer en série de chiffres. Vous voyez le tableau ? Alors non, le recensement, ce n'est pas pour lui. Et qu'ils essayent encore de le forcer à faire quoi que ce soit. Juste pour rire un bon coup.
Pensez-vous que les Superhéros soient une bonne chose ? Il n'a rien contre eux. Certes, ils ont tenté de les empêcher de libérer Erik, mais il comprend leurs motivations. Vraiment, il ne les déteste pas. Bien sûr, s'ils tentent de leur mettre des bâtons dans les roues, il se défendra, c'est évident. Mais il ne sera jamais du genre à s'en prendre à eux gratuitement. Il les aime bien, dans le fond. Eux aussi luttent pour des valeurs qu'il estime beaucoup.
Qu'est-ce qui vous a poussé à combattre le faire le mal ? Ceux qui ont fait plus de mal encore. Ceux qui ont changé un honnête homme, un père de famille, un simple éleveur de chevaux en bête assoiffée de sang et de vengeance. Il ne fait pas le mal. Il veille à ce que justice soit faite.
Quand vous avez découvert que vous étiez un mutant, comment avez-vous réagi ? Et vos proches, sont-ils au courant ? Il a paniqué. Il a cru que sa vie était fichue. Puis son grand-père lui a appris à maîtriser ce don terrible. Il s'est caché, pendant des années. Mais il a rencontré Anna et elle l'a aimé pour ce qu'il était. Il cache ce qu'il est aux étrangers, plus pour une question d'avoir la paix qu'autre chose. Mais ses proches savent tous ce qu'il est réellement.
Qui connait votre véritable identité ? Comment faites-vous pour la cacher ? Les membres de la confrérie sont les seuls à savoir qui il est vraiment. Et encore, pas tous. En Afrique du Sud, il se faisait appeler Thomas, ça lui a permis de passer inaperçu. Ici, il porte à nouveau son vrai nom. Personne n'ira faire le lien entre Tadeusz, le survivant d'Auschwitz et Tadeusz le membre du conseil de Xeres.
Êtes-vous satisfait de la profession que vous effectuez actuellement ? C'est d'un ennui... Mais ça paye bien. Et les gens qui l'entourent sont intéressants. Ce n'est pas le métier de ses rêves, celui-là, il l'a pratiqué il y a des années et ça lui rappelle trop de choses pour qu'il s'y risque à nouveau. Et puis, c'est un métier bien trop paisible pour un homme en guerre.


IRL
Pseudo/âge/sexe (f ou m) ; ♠ MOONY/23 ANS/F. Fréquence de connexion ; trop souvent. Que pensez-vous du forum? ; il est dégueulasse et les membres sont des gros fdp. Comment l'avez-vous découvert ? dans l'cul d'ta mère.   Célébrité choisie ; Christian Bale. Credits (avatar, icon etc.) ; check mon profil pétasse.

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Dernière édition par Tadeusz Kasprzak le Dim 29 Mai - 23:58, édité 1 fois
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chapitre I

survival
Longtemps, Tadeusz a pensé qu’il finirait sa vie seul. Tu as un don, Tadeusz, ça touche parfois certains hommes de notre famille et tu as été choisi, disait son père. A ses yeux, ce n’était rien de plus qu’une malédiction. Il ne pouvait toucher personne sans risquer de les tuer, après tout. C’est son grand-père qui lui a appris à maîtriser son don. Lui était capable de deviner les pensées des autres. Un télépathe, mais à l’époque, il était considéré comme un véritable sorcier. Pendant des années, Tadeusz a appris à ses côtés, comment toucher les autres sans que son pouvoir ne s’active aux dépends de sa volonté. Il s’est fait une raison : il ne pourrait pas partager ce secret avec quelqu’un, c’était trop risqué, après tout. Puis il y a eu Anna. Si belle, si féroce. Anna qu’il a manqué de tuer en voulant la sauver. Il l’a saisie par le bras pour l’écarter du chemin d’un cheval fou et dans la précipitation, a pensé à tout sauf à sa malédiction. Quand elle a enfin rouvert les yeux, pâle et affaiblie, il l’a suppliée de le pardonner et s’est enfui. Elle allait le dire à tout le monde. Qui ne le ferait pas ? Il était un monstre, après tout.
Mais Anna n’a rien dit. Elle est venue le trouver et l’a remercié de l’avoir sauvée. Quand il n’a toujours rien dit, les yeux ronds et la bouche ouverte, elle a ri et c’est le plus beau son qu’il ait jamais entendu.

Après, peut-être, les premiers cris des deux enfants qu’ils ont eu, après s’être mariés un beau jour de mai. Un garçon et une fille, aussi beaux que leur mère. Lui qui pensait qu’il n’aurait jamais rien à cause de ce maudit don possédait finalement la plus belle des familles et était réputé dans toute la région pour élever et dresser les meilleurs chevaux. Une vie simple, qui lui convenait parfaitement.

Puis les Nazis ont envahi la Pologne.

_________________

Il a complètement perdu la notion du temps. Il ne sait pas depuis combien de temps ils sont entassés dans ce wagon, comme du bétail. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il ne cesse d’avancer. Qu’il est frigorifié, qu’il a faim, soif et qu’une odeur nauséabonde lui agresse les narines. Le misérable seau qu’ils leur ont laissé pour faire leurs besoins s’est renversé et a répandu son contenu sur le sol. C’est probablement ça. Misha et Andrezj sont pressés contre lui, tremblants de froid. Il a passé ses bras autour de leurs épaules pour leur tenir chaud et Anna a niché son visage dans son cou, à la recherche d’un peu de chaleur, elle aussi. Au début du trajet, il avait la tête remplie de questions. A présent, il ne parvient même plus à réfléchir correctement. Il veut juste que le train s’arrête. Qu’importe où ils vont, qu’importe où il s’arrête, il veut juste descendre.
Après trois heures, des enfants ont commencé à hurler. De froid, de faim, de peur. A présent, il n’y a plus un bruit. A part ceux qui toussent et reniflent, le claquement des dents. Le vent qui charrie les wagons dehors, le passage du train sur les rails. Mais plus personne ne parle. Les derniers chuchotements ont fini par se taire et Tadeusz a l’impression d’être entouré de fantômes.

« Erik ? » fait alors une voix angoissée, à sa droite. « Erik, réveille-toi ! » s’exclame une femme et quand il se tord le cou pour regarder un peu mieux, il voit que son fils, pas beaucoup plus âgé que Misha, a les yeux clos et ne bouge plus. Alors il retire ses bras des épaules de ses enfants avec une grimace. La femme se met à pleurer, tandis que son mari secoue l’enfant en criant. Tadeusz lance un regard à Anna qui a l’air triste, si triste, et se retourne vers le couple désespéré en se contorsionnant pour éviter les autres corps qui l’entourent. Enfin, il parvient à s’approcher du garçon qui est bien pâle et dont les lèvres sont presque bleues. Il lance un regard au couple pour leur signifier qu’il souhaite aider, puis se penche sur l’enfant et glisse deux doigts gelés dans son cou, pour vérifier que son cœur bat toujours.
Faiblement, mais c’est le cas. Alors il frotte ses paumes l’une contre l’autre pour essayer de les réchauffer et les plaque sur les joues glacées du garçon. S’ils ne trouvent pas un moyen de le réchauffer, il mourra. Le pauvre garçon n’a presque rien sur le dos, du moins certainement pas un manteau d’hiver. Tadeusz suppose qu’ils viennent de la ville, où il fait plus chaud. Heureusement, ses enfants et Anna sont emmitouflés dans de gros manteaux. Il soupire et commence à enlever le sien, mais il sent qu’on lui attrape le bras pour l’en empêcher. Quand il se tourne, il voit Anna, qui commence à retirer sa veste. « Anna ! » s’exclame-t-il mais elle lui sourit. « Le tien est plus grand, il nous tiendra chaud à tous les deux, » explique-t-elle d’une voix douce. Il veut d’abord refuser, mais il sait que ça ne sert à rien de débattre avec son épouse. Alors il la laisse faire, puis attrape le manteau et le passe autour des épaules du garçon pour l’emmitoufler dedans. Misha et Andrzej se détachent de leur mère pour venir se presser contre lui avec un sourire. « On va lui tenir chaud, » déclare la petite fille en frottant ses mains dans le dos du jeune Erik. La mère du garçon sourit à travers ses larmes et murmure un « Merci, » chevrotant, tandis qu’Anna, grelottante, vient se coller contre Tadeusz qui a ouvert sa veste pour l’entourer chaudement.
Erik ouvre faiblement les yeux en ayant probablement un peu plus chaud lorsque le wagon tressaute brusquement, manquant de tous les jeter les uns sur les autres. Il a l’air surpris de se voir entouré d’enfants qu’il ne connaît pas, alors Misha et Andrzej se présentent, avant de commencer à parler. De l’école, des chevaux, de tout sauf ce qui les attend. Parce qu’ils ignorent ce que c’est et c’est encore plus terrifiant. L’autre garçon les écoute et répond à leurs questions, parle de lui à son tour et il semble de plus en plus alerte.

Tadeusz presse ses lèvres contre la tempe d’Anna et se laisse bercer par les voix des enfants.

_________________

Le train s’immobilise enfin dans un crissement insupportable et les portes du wagon s’ouvrent brusquement. La lumière vive les aveugle tous et des gémissements résonnent en même temps que les ordres aboyés en allemand. La foule s’agite et du fond, Tadeusz comprend qu’ils les font sortir. Il comprend qu’on leur dit de laisser leurs affaires, qu’ils leur apporteront, mais surtout, qu’on leur dit de se dépêcher et qu’on les menace avec des armes. Alors il attrape la main d’Anna, qui saisit celle de Misha, tandis qu’Andrzej vient glisser sa paume dans celle de sa soeur. Ensemble, ils sortent du wagon en plissant les yeux et en essayant de ne pas regarder les corps étendus par terre, de ceux qui n’ont pas survécu. A la lumière du jour, il prend conscience de l’état déplorable dans lequel ils sont. Certains se sont faits dessus, et quoi qu’il en soit, une odeur nauséabonde les suit tous. La file continue d’avancer et il se cramponne à la main d’Anna pour ne surtout pas les perdre.
Puis il entend les cris, les pleurs, il voit les hommes qu’on attrape et qu’on force à aller dans une autre file, à droite, alors que les femmes et les enfants continuent à gauche. Les ongles d’Anna s’enfoncent dans sa main et bien vite, c’est lui qu’on agrippe pour le jeter à droite. Mais elle tient bon, elle refuse de lâcher. « Lâche-le ! Lâche-le tout de suite ! » s’écrie un soldat en pointant son arme sur elle. Mais Anna lui lance un regard noir. « Non ! Où va-t-il ? Pourquoi vous nous séparez ? » demande-t-elle et le soldat soupire. « Nous séparons les hommes des femmes et des enfants le temps que vous preniez une douche et changiez vos vêtements, » répond-il calmement et Tadeusz ouvre la bouche pour rassurer Anna, lui dire qu’ils se revoient juste après. « NON ! » hurle-t-elle en se cramponnant toujours à lui. « Je ne vous crois pas ! Ça fait des heures que nous sommes parqués dans ce train comme des bêtes, dans le froid, sans rien à boire ni manger, alors qu’on nous a dit qu’on nous transférait dans un autre ghetto ! J’exige de savoir où nous sommes ! J’exige de savoir ce que vous allez faire de nous ! » « Tu n’exiges rien du tout, femme ! » s’exclame un autre soldat, plus haut gradé que l’autre, de ce que Tadeusz peut comprendre. Il serre la main d’Anna dans la sienne. « Arrête, tais-toi, laisse— » « Non, Tadeusz ! Regarde ! » crie-t-elle en montrant les cadavres qui jonchent déjà le wagon. Hommes, femmes, enfants, nourrissons. « Regarde ce qu’ils nous ont fait ! Regarde ! » Ses yeux bleus remplis de larmes reflètent une rage indescriptible. Autour d’eux, les autres s’agitent. Ils bloquent la file et certains se mettent à crier que c’est une honte, qu’ils veulent des explications. Misha et Andrzej se tiennent la main, l’air terrifiés. Alors Tadeusz tire sur celle de sa femme. « Anna, je t’en prie, ne-- » Mais elle refuse de se taire. « Vous ne pouvez pas nous traiter ainsi, vous n’avez pas le droit de-- » La balle lui traverse le crâne. Les mots meurent dans sa gorge et elle reste un moment comme ça, immobile, les yeux écarquillés.
Puis elle s’effondre. Misha pousse un cri horrifié et plaque ses mains sur sa bouche. Alors ils en profitent pour attraper les deux enfants et les éloigner, ignorant leurs protestations. Tadeusz se jette en avant pour les récupérer, mais deux mains fermes lui saisissent le bras. « Non ! NON ! LÂCHEZ-MOI ! MISHA ! ANDRZEJ ! » hurle-t-il en se débattant de toutes ses forces. Son regard s’attarde sur Anna, étendue dans la boue qui se colore du rouge de son sang. « Anna, » hoquète-t-il d’une voix rauque. « Anna, non, non, non, » sanglote-t-il tandis que les soldats le traînent dans la file. « Si tu veux revoir tes gosses, tiens-toi tranquille, » claque une voix à son oreille. Les larmes brouillent sa vue, il perçoit à peine le cadavre de son épouse à présent. Anna. Sa douce, sa belle Anna. Un cri rauque lui échappe et il lève la main, prêt à la planter dans la nuque du soldat.

Andrzej. Misha.  

Tadeusz se fige, il sent qu’on le jette dans une pièce où se trouvent d’autres hommes comme lui, forcés de se dévêtir. Les soldats lui lancent un regard noir et l’un d’eux lâche un « Déshabille-toi, » qui résonne dans la pièce glaciale et silencieuse. Il s’exécute, à travers ses sanglots.

Il les laisse faire, quand ils ramassent ses vêtements pour les jeter avec les autres.

Il enfile les oripeaux qu’on lui tend, sans broncher.

Il les laisse faire aussi, quand ils lui coupent grossièrement les cheveux, avant de lui raser le crâne.

Mais quand ils désignent l’anneau qu’il a au doigt, celui qui a traversé des générations au sein de sa famille, celui qui représente le lien sacré qui l’unit à Anna, il refuse.

Ils le menacent et pendant un instant, il envisage de lutter jusqu’à la mort pour garder cet anneau.

Misha. Andrzej.

Tadeusz ferme les yeux. Il supplie Anna de le pardonner. C’est pour leurs enfants. Il doit survivre pour leurs enfants. Alors de ses doigts tremblants, il retire l’anneau et les laisse le prendre.

Il les laisse tout lui prendre.

_________________

Se lever. Travailler. Ne pas tomber. Surtout, ne pas tomber. Tenir bon. Manger. Boire. Eviter ceux qui toussent. Ne pas se blesser, ne pas prendre de coups. La moindre plaie peut s’infecter terriblement. Ne pas écouter les rumeurs. Essayer d’avoir plus à manger. Ne pas se faire prendre. Se coucher. Ne pas pleurer, ignorer les sanglots des autres. Essayer de dormir.

Survivre.

Pour Misha et Andrzej, survivre.

C’est ce qu’il ne cesse de se répéter. Il n’y a de la place pour rien d’autre. Pas même le chagrin. C’est à peine s’il se souvient de son prénom. Que faisait-il, avant tout ça ? Qui était-il ? Ça n’a pas d’importance. Ça n’en a plus. Manger. Travailler. Dormir. Ne pas tomber malade. Ne pas se faire remarquer. Mais il est faible, si faible. Il a tenu aussi longtemps qu’il a pu. Vraiment, il a tout fait pour survivre, aller de l’avant. Mais ce soir, il n’en peut plus. Malgré tous ses efforts, il est malade, lui aussi. La toux qui le secoue est affreusement douloureuse et il a commencé à cracher du sang.

Il va mourir. Il va mourir et ses enfants seront orphelins. Ils n’auront plus personne. Oh pauvre Misha, pauvre Andrzej qui doivent être terrifiés. Comment sont-ils traités ? Ils sont avec les femmes, disent les autres. Ils disent qu’elles souffrent moins, qu’elles travaillent à l’intérieur, qu’elles ont plus à manger. D’autres disent qu’ils ont tué toutes les femmes et tous les enfants. Il ne les écoute pas, ceux-là. Il refuse de les écouter.

Il doit survivre, pour eux. Parce qu’ils l’attendent, il le sait.

Il ferme les yeux et se retient de pleurer. C’est de l’eau gâchée. Anna, douce Anna. Il est désolé, tant désolé. Collé contre lui, un autre prisonnier dort profondément, pas même dérangé par sa toux. Il ne l’entend plus, il est trop fatigué pour ça. Joseph. Il est arrivé en même temps que lui. Il est épuisé, mais il n’est pas malade. Pas encore.
Il tend une main tremblante vers lui et saisit ses doigts froids. Il est désolé, tant désolé. Il ferme les yeux et ôte la barrière qui l’entoure en permanence. Le souffle de Joseph se précipite, tandis que son cœur tente de lutter désespérément. Puis son pouls se fait plus lent et il ouvre les yeux, la bouche, probablement pour crier.

Mais il n’émet que son dernier soupir.

Il sanglote. Tant pis pour l’eau. La toux est partie, il va mieux, beaucoup mieux.

Mais il se hait de toutes ses forces.

_________________

Il prend juste assez pour survivre, juste de quoi tenir un peu plus longtemps, quand ils dorment. Il ne veut pas leur faire de mal. C’est la dernière chose qu’il souhaite, vraiment. Mais malheureusement, juste assez pour qu’il puisse survivre, c’est aussi juste assez pour qu’ils tiennent jusqu’à la prochaine ration. Alors ils meurent juste avant et il s’en veut. Il s’en veut tant. C’est pour Misha, se dit-il. C’est pour Andrzej. Ses enfants, ses tout petits. C’est tout ce qu’il lui reste.

Ils l’ont dépouillé de son nom. Il n’est plus qu’un numéro, un matricule parmi tant d’autres. Ils l’ont privé de sa force, aussi. Il peut à peine soutenir son propre corps pâle et amaigri désormais. Sa peau est pâle, ses cheveux ne poussent plus, sinon en plaques éparses sur son crâne. Ses yeux sont vides. Il regrette de ne pas être né dans une famille de musiciens. Ceux qui savent jouer d’un instrument sont mieux traités. Ils mangent mieux, ne s’intoxiquent pas avec les émanations de pétrole, eux. Ils amusent les nazis et ils sont bien récompensés pour ça.

Lui n’est qu’un éleveur de chevaux. Etait. Il a le physique. L’avait.
S’il avait su jouer d’un instrument de musique, ce serait peut-être plus simple.

Au lieu de cela, il soulève, se brûle, traîne et se traîne. Comme tous les autres. Mais il tient bon. Pour revoir ses enfants.

Jusqu’au jour où au lieu de l’emmener à l’entrepôt où ils travaillent toute la journée, les nazis et quelques kapos viennent le chercher avec d’autres hommes pour l’entraîner vers les cheminées du Block 13 qui ne cessent de fumer depuis quelques jours. Il suit sagement, même s’il ne comprend pas pourquoi on l’emmène là-bas. Personne ne revient jamais du Block 13. Qu’a-t-il fait ? Un autre prisonnier formule la question qu’il n’ose poser. Sonderkommando, dit un des kapos. Il ne comprend pas ce que ça veut dire. Puis les portes du grand bâtiment s’ouvrent.

Ils sont étendus là, les uns sur les autres. Nus. Les vieillards, les femmes, les enfants. Ils ne bougent plus, les traits figés dans une expression de détresse et de souffrance. Même le nourrisson encore coincé dans les bras de sa mère semble avoir souffert le martyr avant de rendre son dernier soupir.

Ils ne sont plus que des corps blancs, entassés à même le sol. Les vieillards, les femmes, les enfants.

Les enfants.
Les enfants.

Un haut-le-cœur le secoue et il fait demi-tour. Derrière lui, un soldat aboie quelque chose mais il ne l’entend pas. Il tombe à genoux, plus loin et il vomit. Il n’a rien à vomir, c’est affreux. Rien d’autre que son propre estomac, peut-être. La bile lui brule la gorge, les larmes lui montent aux yeux. Le nazi continue d’aboyer, il perçoit vaguement un « Retourne là-dedans ! » mais il n’arrive pas à se lever. Il entend le cliquetis familier d’un Luger qu’on arme. Puis une voix : « Laisse. » « Quoi ? » marmonne le soldat qui ne sait décidément qu’hurler.

« Le pauvre con vient probablement d’comprendre où ont fini ses gosses, » répond un des kapos en haussant les épaules.

Misha. Andrzej. « Et alors ? » Ses enfants. Ses tout petits. « Donne-lui une minute. Trois clopes qu’il fait un truc con t'façons. » Ils les ont massacrés. « Tad ? Tad, relève-toi mon vieux. » Il n’a pas su les protéger. « Tad, on te l’avait dit, on-- » « Ta gueule, n’en rajoute pas. » « Oui mais on l’avait prévenu qu’ils étaient sûrement-- » « Ta gueule ! Tad ? Allez, viens ! » Pour quoi faire ? S’il a tenu, c’est pour eux. C’est pour les revoir. Mais s’ils ne sont déjà plus là… alors il a fait tout ceci pour rien. Il a enduré tout ça pour rien. Il a volé des vies pour rien.

Rien.

Il n’arrive pas à pleurer. Il ne peut même pas hurler. Ça demande de l’énergie et il n’en a plus. Il fixe un point inexistant, devant lui. « Allez vider la chambre, vous. » « J’vais l’achever. » Ils lui ont tout pris. Il n’a plus aucune raison de vivre, à présent. A quoi bon ? Il est déjà mort depuis longtemps déjà. Ils s’en sont assurés. Il ne lui reste plus rien.

Il sent le métal froid du canon, contre l’arrière de son crâne.

Rien d’autre que la haine.

Ses mains tremblantes s’appuient sur le sol, dans la boue. Il pousse et se relève. Il se tourne, fait face au soldat qui le fixe sans comprendre. Puis il va rejoindre les autres, qui peinent à traîner les corps jusqu’aux fours.

Il s’accroupit près d’une petite fille. Elle doit avoir le même âge qu’Andrzej. Il approche une main de son visage et écarte des mèches brunes de son visage figé par la terreur. Il passe ses bras sous le corps de l’enfant et ignore ses genoux qui tremblent, ses muscles atrophiés qui hurlent, ses articulations qui le supplient. Il la soulève, la prend contre lui et l’emmène, lentement, jusqu’à la bouche brulante et puante qui sera sa dernière demeure.

Il a tenu tout ce temps pour retrouver ses enfants.

Mais ils n’étaient déjà plus là, n’est-ce pas ?

Son regard s’attarde sur les traits de la petite. Il presse ses lèvres contre son front glacé, comme il l’aurait fait pour Andrzej et Misha, pour leur souhaiter bonne nuit. Comme ses parents devaient probablement le faire pour elle.

« Je vous le promets, » murmure-t-il d’une voix rocailleuse. Il n’a plus l’habitude de parler, c’est douloureux. « Je vous le promets. »

Il les tuera. Tous.  

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chapitre II

revenge
Peter Strauss. Il est le premier sur sa liste. Et c’est une très longue liste. C’est lui qui a tiré la balle qui a tué Anna. C’est lui qui a tout commencé. C’est donc lui qui mourra en premier. Il a mis tant d’années à le retrouver. Quinze ans. Quinze années durant lesquelles il n’a cessé de le chercher. Il a employé tous les moyens nécessaires pour remettre la main sur ce chien. Il en a trouvé d’autres, en chemin. Il les a tués, eux aussi.

Tadeusz sort de la voiture et observe la petite maison qui se dresse un peu plus loin, sur la colline. Il fait une chaleur incroyable, ici. Il comprend pourquoi Strauss est venu se perdre en Amérique Latine. Il baisse les yeux sur la manche remontée de sa chemise, qui dévoile son avant-bras. Les numéros inscrits à l’encre noire sur sa peau lui tire une grimace de dégoût. Ce n’est pas le seul stigmate qu’il conserve encore quinze ans après. Il y a les cicatrices, sur tout son corps, mais ce n’est pas le pire.

Le corps guérit, surtout le sien.

Son âme n’a jamais cessé de saigner, elle. Son cœur a fini par se gangréner. S’il a tout fait pour rester en vie, reprendre tout le poids qu’il avait perdu, sculpter à nouveau ses muscles, c’est dans un seul et unique objectif.

Les tuer. Tous. Comme ils ont massacré les siens.

C’est ce qui le maintien en vie. Sans ça, il n’a plus rien. Alors il s’y accroche. Il s’y accroche jusqu’au jour où il pourra faire face à Anna, Misha et Andrzej sans avoir honte.

La portière claque brusquement quand il la referme et Tadeusz s’avance calmement vers la maison. Son cœur cogne douloureusement dans sa poitrine. C’est étrange, il ne pensait pas encore en avoir un. Quand il arrive enfin près de la porte, il constate qu’elle est entrouverte. Ses sourcils se froncent et il pénètre dans la vieille bicoque. « Où est Schmidt ? » fait une voix rauque. Devant lui, Strauss est épinglé au mur par des barres en métal pliées autour de ses poignets. Un homme se tient devant le SS, la main tendue vers lui. « OU EST SCHMIDT ? » s’écrie-t-il et la barre de fer qui entoure sa gorge se resserre.

Non.
Non.
Il est à lui.
A LUI.

« Non ! » s’exclame-t-il en voyant Strauss devenir rouge à force de suffoquer. L’autre homme se retourne vivement et lève une main. Aussitôt, les barreaux de la table s’arrachent et se plient pour se refermer autour du torse de Tadeusz et le plaquer contre le mur le plus proche, lui coupant le souffle. « Non, » grogne-t-il. « Il est à moi ! » Il se débat, mais rien n’y fait, il est coincé. L’autre homme s’approche et la colère laisse place à l’étonnement, sur ses traits. « Vous… ? » balbutie-t-il, l’air de ne pas y croire. « Si, c’est vous, » répète-t-il d’une voix blanche. Les barreaux se desserrent et Tadeusz touche à nouveau le sol. Il reprend son souffle et observe son vis-à-vis. « Qui êtes-vous ? » demande-t-il une fois qu’il peut à nouveau parler.

« Erik. »

Il fronce les sourcils. Erik ? Qu’est-ce censé lui rappeler ? Il ne connaît pas de—ces yeux. Il connaît ces yeux. Brillants de fatigue et de peur. Mais aussi d’excitation, aux récits joyeux de Misha et Andrzej. Des yeux d’un autre temps. Des yeux qui n’avaient pas encore été témoins de l’horreur.

Des yeux désormais remplis de haine. Des yeux comme les siens.

« Erik, » murmure-t-il dans un souffle. Il s’avance, lève une main et la pose sur la joue du jeune homme. « Oui, c’est bien toi. » Il a survécu, lui aussi. Il n’était pourtant qu’un enfant. Comment ? Comment a-t-il survécu ? « Vous êtes comme moi, » dit-il et Tadeusz retire sa main. Son regard se pose sur les morceaux de métal qui clouent toujours Strauss au mur. Oui, comme lui. Tadeusz hoche la tête. « Il est à moi, » répète-t-il en désignant l’ancien SS. « Je veux Schmidt. Celui-là ne m’intéresse pas. » Schmidt, oui, il connait ce nom. A force d’interroger ceux qu’il a trouvés, il a entendu parler de ce Doktor qui étudiait les gens comme eux.
« Je sais où est Schmidt, » réplique Tadeusz sans quitter Strauss du regard. Il approche une main de celle d’Erik. « Je peux ? » demande-t-il d’une voix douce. Le jeune homme fronce les sourcils et le plus âgé sourit. Ses doigts frôlent les siens et Lehnsherr pâlit et titube un peu. Alors il peut le sentir. Le métal qui l’entoure, qui l’appelle.

C’est prodigieux. Alors il lève une main et soulève un barreau de la table. Il le ramène jusqu’à lui, un sourire étonné aux lèvres. Puis il reporte son attention sur Strauss et le barreau file droit vers lui, avant de s’enfoncer dans son estomac. L’homme hoquète, pousse un cri de douleur. Tadeusz s’avance, plonge son regard dans le sien. « Elle s’appelait Anna Kasprzak. Elle était la femme la plus belle et la plus incroyable que ce monde ait jamais porté. » La barre s’enfonce un peu plus, creuse ses chairs, perce ses entrailles. « Ma femme. La mère de mes enfants. Et toi, tu l’as abattue sous leurs yeux. » Strauss crache du sang, ouvre la bouche pour supplier. « Elle s’appelait Anna, » murmure-t-il d’une voix rauque. Les couverts en métal sortent de leur tiroir. Les autres barreaux s’élèvent, l’entourent.

Strauss vit seul. Il n’a personne à perdre. Quel dommage.

D’un autre geste, il envoie tout se planter dans toutes les parcelles du corps de Strauss qu’il peut atteindre. A l’exception de sa tête et de son cœur. L’homme crie, puis se met à chouiner, il crache un peu plus de sang.

Le pouvoir d’Erik s’efface. Mais il en a terminé.

Strauss vaut moins qu’un animal pour lequel il pourrait éprouver de la compassion.

Il ne l’achèvera pas.

Tadeusz s’écarte, fait face à Erik qui le regarde sans ciller. « Schmidt a tué mes parents, » dit-il finalement. L’aîné hoche la tête.

« Ils paieront tous, » lui promet-il.
_________________

Il a essayé. Vraiment, il a essayé de mener une vie normale. Il a arrêté d’utiliser son don pour voler des vies afin de prolonger la sienne. Il s’était vengé à présent, ils étaient tous morts, comme il l’avait promis à sa famille, à cette fillette, à Erik. Il a rencontré Elizabeth et il a pensé qu’elle lui permettrait d’être un homme à nouveau, plus le monstre qu’il était devenu. Il ne lui a même pas parlé de ses pouvoirs, ni de son passé, il n’a rien révélé, pour enfouir tout ça profondément, pour ne plus jamais y repenser. Ils ont même eu un fils.

Mais quand il a posé ses yeux sur George pour la première fois, il a revu Andrzej. Quand il l’a pris dans ses bras, il a revu ces bambins blancs et froids qu’il devait arracher des bras du cadavre de leur mère pour bruler leurs restes.

Quand il posait son regard sur Elizabeth, il ne voyait qu’Anna.

Il a essayé. De toutes ses forces, il a essayé. Il a joué avec George, lui a appris tout ce qu’il sait, l’a pris sur ses genoux, a insisté pour le coucher chaque soir, lui dire qu’il l’aime.

Mais ce n’était pas suffisant. Elizabeth a fini par le quitter, quand elle a découvert ce qu’il était. Il n’a même pas eu la force de lui en vouloir. Elle lui a promis qu’il pourrait continuer de voir son fils – il a eu envie de rire à cela, comme si elle pouvait l’en empêcher – mais elle lui a dit qu’elle ne pouvait pas vivre avec quelqu’un comme lui.

Soit. Il a rencontré Jane. Une mutante, comme lui. Il s’est dit que cette fois, ça pourrait marcher. Il lui a tout raconté et elle a compris. Elle a pleuré pour lui, parce qu’il n’a plus de larmes à verser. Ensemble, ils ont eu Jacek et Rachel. Un garçon et une fille, comme ses premiers enfants. Puis Jane a été tuée par un groupe d’anti-mutants. Alors la traque a recommencé. La folie l’a repris et il s’est vengé.

C’est là qu’Erik est venu le trouver. Il était père, à son tour. D’un jeune télépathe qui ne parvenait pas à maîtriser son pouvoir. Il lui a dit qu’il avait besoin de son aide. Qu’il était à la tête d’un groupe de mutants et qu’ensemble, ils se serraient les coudes, luttaient contre les homo sapiens qui voulaient les exterminer. Il lui a dit qu’avec eux, ses enfants seraient en sécurité. Alors il a pris Jacek et Rachel. Il aurait pu prendre George, aussi. Mais George avait sa mère, George était humain. Alors il est parti sans un mot.

C’était plus simple comme ça. Moins douloureux. George n’avait pas besoin d’un père comme lui, de toute manière.
_________________

J’y arrive pas.
Concentre-toi, Isaak.
Je n’y arrive pas !
Empêche-moi d’entrer.
JE NE PEUX PAS !

Tadeusz grimace et se recule, le crâne douloureux. Il se masse les tempes et pose son regard sur Isaak. L’adolescent est trempé de sueur, ses yeux brillent de colère et de désespoir. L’homme grogne et se redresse, avant de se diriger vers le frigo pour en sortir  deux bières. Il les décapsule, et en tend une au garçon qui lui lance un regard intrigué. Tadeusz hausse les épaules. « C’est qu’une bière, kiddo. » Isaak attrape la canette et en boit une gorgée, tandis qu’il se remet assis en face de lui. « Tu fais des progrès, » poursuit-il et le jeune homme détourne le regard, l’air renfrogné. « Tu n’as pas fait de crise depuis près d’un mois. Crois-moi, tu fais des progrès. » Isaak soupire et se passe une main sur le visage. « C’est trop lent, » grogne-t-il et Tadeusz laisse échapper un léger rire. Il ébouriffe tendrement les cheveux déjà bien emmêlés de l’adolescent et saisit son menton, pour le forcer à le regarder droit dans les yeux. « Tu es jeune, et tu as un don puissant. Tu es bien plus fort que nous tous, Isaak. Maîtriser une telle force prend du temps, c’est normal. » La porte s’ouvre sur Erik, qui s’apprête à les saluer, mais se fige en voyant son fils, une canette de bière à la main. Il arque un sourcil et se tourne vers Tadeusz qui lève les yeux au ciel.
« Je t’en prie, Lehnsherr. Tu avais probablement déjà descendu ton premier verre de Schnaps avant d’avoir du poil au menton, » fait-il, railleur. « Comment ça avance ? » demande le mutant en s’approchant d’eux, pour s’asseoir à côté d’Isaak et attraper la bière en ignorant ses protestations. Il en boit deux gorgées, et après une légère hésitation, la redonne à l’adolescent. « Ça avance, » répond simplement Tadeusz et Erik hoche la tête, avant de poser son regard sur lui, d’un air entendu.

« Jacek et Rachel sont bien silencieux. Tu peux aller voir s’ils ne se sont pas entre-tués ? » demande-t-il avec un sourire. Isaak comprend et termine sa bière avant de se lever, pour se rendre dans la chambre du garçon où les deux sont censés faire leurs devoirs. Erik attend que son fils ait refermé la porte et reporte son attention sur Tadeusz. « Merci d’avoir accepté de venir, » souffle-t-il avec un mince sourire. « Je ne savais plus quoi faire. J’aurais pu demander à Charles, mais… » Il laisse sa phrase en suspens, les sourcils froncés. Tad se penche vers lui et pose une main sur son épaule.
« Tu as bien fait. Et tu avais raison. Il n’y a pas de retour à la normale possible. Pas après… pas après ce que nous avons fait. » Ses traits s’assombrissent. « Je pensais que nos enfants ne connaitraient jamais tout ça, en revanche. Mais ça aussi, ce n’était qu’une illusion. » Il soupire, vide sa bière d’une traite. « Un jour, Tadeusz. Un jour, » promet Erik et il hoche la tête.
_________________

Tout est en ruines. Les meubles, la vaisselle, les bibelots, entassés dans un amas de débris, irréparables. Même les murs ont souffert. Isaak est là, à genoux, la tête entre les mains, secoué de sanglots. A côté de lui, un cadavre de bouteille, sûrement pas le premier. Tadeusz sent son cœur se serrer et s’approche doucement, méfiant. « Va-t’en, » croasse le jeune homme d’une voix rauque. « Isaak— » commence-t-il. DEGAGE ! tonne une voix dans son crâne. Il titube, mais tient bon. Il s’agenouille à côté de lui, et approche doucement une main d’Isaak, avant de la poser sur son épaule. Il ne dit rien. Il n’y a rien à dire. Lui, plus que quiconque, sait très bien cela. Alors il l’attire contre lui et de toute évidence, le Lehnsherr n’a même plus la force de résister. Tadeusz l’entoure d’un bras, glisse son autre main dans ses cheveux et le plus jeune s’accroche à lui dans un sanglot. « Ils me l’ont prise, ils— Tad, ils me l’ont enlevée, Leah-- » hoquète-t-il contre son torse. Le Kasprzak ferme les yeux en espérant contenir sa propre peine.
Il ne sait que trop bien ce qu’Isaak éprouve. « Je peux pas—je peux pas-- » Il écarte son visage et attrape la main de Tadeusz, pour la mettre dans sa nuque. Alors il lève un regard brillant de larmes, ravagé par le désespoir vers lui. « Fais-moi oublier, » supplie-t-il. L’homme fronce les sourcils et soutient son regard, l’air de ne pas comprendre. « Prends mon pouvoir, fais-moi oublier, je veux—c’est trop dur, je ne peux pas, je veux oublier, » hoquète-t-il d’une voix misérable.

Tadeusz écarquille les yeux et retire vivement sa main de la nuque du jeune homme. « Isaak— » « Si tu ne le fais pas, je le ferai moi-même ! » s’écrie-t-il alors il prend son visage entre ses deux mains. « Non ! » s’exclame-t-il durement. « C’est trop dangereux, tu pourrais-- » « Je m’en fiche ! Je m’en fiche, je veux juste-- » « Non, Isaak, » fait-il fermement. « Je ne te ferai pas oublier Leah. » Il est catégorique. Il peut bien le supplier, rien ne le fera jamais changer d’avis. « Je ne te laisserai pas oublier la femme que tu aimes. Je ne te laisserai pas effacer la mère de ta fille de ta mémoire. » Le visage d’Isaak se décompose et ses sanglots redoublent. Autour d’eux, les débris du mobilier se mettent à léviter dangereusement.
« Arrête ça, » ordonne-t-il. Il soupire et ses traits se radoucissent. « Isaak, regarde-moi. » De son pouce, il essuie les larmes qui maculent les joues du Lehnsherr. « Je sais, » murmure-t-il d’une voix rauque. « Je sais que tu as mal. Et je ne vais pas te dire que ça ira mieux. » Son regard s’assombrit, se voile de douleur. Il pense encore à Anna chaque jour. « La douleur ne disparaît jamais. Elle devient seulement supportable. » Isaak ferme les yeux. « Comment tu fais ? » croasse-t-il faiblement.

Un sourire triste se dessine sur les lèvres de Tadeusz. « Comme ton père, » répond-il doucement. « La haine. » Il secoue la tête, l’air las. « Mais ce n’est pas la solution. Tu dois en trouver une autre. » Regarde ce qu’elle a fait de nous, pense-t-il tristement et il sait qu’Isaak peut l’entendre. « Tu es plus fort, tu as toujours Blake. Tu dois trouver une autre solution, pour elle. » Erik et lui n’avaient plus rien. C’est ce qui les a consumés. « Je ne peux pas—je—je ne sais pas-- » « Shhhh, » l’interrompt-il doucement, avant de retirer la barrière. Isaak cligne plusieurs fois des yeux, puis il se fait de plus en plus lourd, contre lui. « Dors, maintenant. » Finalement, ses paupières se ferment, les débris retombent au sol dans un bruit sourd et Tadeusz le garde contre lui, le cœur lourd.
_________________

La porte du convoi saute et il peut enfin le voir. Son fils. Ses cheveux sont plus longs, une barbe mal taillée mange sa mâchoire, après six mois enfermés au SHIELD. Mais il est là, bien vivant. Il se précipite à l’intérieur, suivi de près par Rachel et s’agenouille devant Jacek qui cligne faiblement des yeux. Ces chiens l’ont drogué. Tadeusz gronde et prend le visage du jeune homme entre ses mains. « Jace ? Tout va bien, nous sommes là. » Six mois. Six mois à planifier leur évasion avec Raven, à attendre le bon moment, à ne surtout rien faire de stupide. Six mois à avoir les entrailles nouées à l’idée de perdre encore un autre enfant. « P’pa ? » marmonne Jacek d’une voix rauque et un sourire soulagé se dessine sur les traits de Tadeusz. « Je te tiens, fils, » assure-t-il avant de porter ses doigts sur l’étrange bandeau de métal qui enserre le crâne du jeune homme. Sa mâchoire se crispe. Il a bien fait de prendre un peu du pouvoir d’Isaak. D’une main, il retire l’appareil et Jacek pousse un soupir de soulagement.
Avec l’aide de son père, il se redresse sur des jambes tremblantes. « Partons d’ici, » ordonne Tadeusz avant de sortir du convoi. Dehors, c’est le chaos. Du coin de l’œil, il aperçoit Erik, dans les airs, son casque vissé sur sa tête. Il doit mettre Jacek en sécurité, il n’a pas le temps de jouer avec les Avengers. Va, on s’en occupe, fait une voix qu’il reconnaît sans peine. Il cherche Isaak du regard, le trouve au milieu d’une bande d’agents du SHIELD qui tentent de l’arrêter, mais c’est peine perdue. Tu es sûr ? demande-t-il et il peut presque l’entendre soupirer. Tu n’es pas utile, dans cet état, lui répond froidement le télépathe.

Tadeusz plisse les yeux. Ils vont avoir une petite discussion, quand tout ceci sera terminé. Mais soit. Il jette un regard au jeune mutant qu’ils ont recruté il y a peu de temps. Il est capable de se téléporter, un petit tour bien pratique dans ce genre de situation. Le garçon hoche la tête et ouvre un portail dans lequel ils s’engouffrent sans plus attendre. Ils se retrouvent au QG en une fraction de seconde et Tadeusz dépose délicatement Jacek sur un canapé. Rachel s’agenouille à côté de son frère et le prend dans ses bras, avant de nicher son visage dans son cou. Le jeune homme sourit et lui tapote gentiment le crâne. « J’vais bien, j’vais bien, » croasse-t-il faiblement.
Tadeusz s’autorise un soupir de soulagement. Il a récupéré son fils. Il a réussi à le protéger. Il a réussi. Il se penche vers eux, glisse une main dans les cheveux de Jacek pour les caresser tendrement, niche son nez dans ceux de Rachel et ferme les yeux. « Merci, » murmure-t-il dans un souffle. Il ne sait pas vraiment à qui il s’adresse, ça fait longtemps qu’il ne croit plus en Dieu. Mais il est reconnaissant. Incroyablement reconnaissant.
_________________

La porte s’ouvre brusquement sur Isaak qui semble furieux. Le jeune homme s’immobilise en le voyant, la mâchoire crispée. Tadeusz ouvre la bouche, mais le télépathe lui tourne le dos et s’éloigne d’un pas décidé. Il soupire et regarde à l’intérieur de la pièce. Erik est là, assis à son bureau, le regard perdu dans le vide. L’air dépassé. Alors il s’avance, referme la porte derrière lui et va vers son vieil ami. « Toi aussi, tu condamnes mon geste ? » demande Magneto d’un ton las. « Oh, Erik, » fait-il doucement avant de se planter devant lui. Il pose une main sur son épaule, la serre un peu. « Non, je ne le condamne pas. Tu as eu raison. » Il lève un regard vers lui et un sourire triste se dessine sur ses lèvres. « Je ne peux même pas lui en vouloir. Quand lui ai-je montré autre chose que la colère et la vengeance ? » Tad grimace, retire sa main et s’appuie contre le bureau derrière lui, les bras croisés sur son torse. « J’ai fait les mêmes erreurs, Erik. Il est jeune, il ne voit pas encore que sa rage le consume, » tente-t-il de le rassurer.
« S’il continue sur cette voie, il ne restera bientôt plus rien de lui, » murmure Erik. Puis il secoue la tête, fronce les sourcils. « Je me fais vieux, » crache-t-il subitement et Tadeusz lâche un rire rauque. « Et moi donc, » réplique-t-il avec une grimace. Son ami lève les yeux au ciel. « S’il te plaît, » fait-il en le désignant d’un geste de la main. « Les années ne t’ont pas rendu plus faible, Erik. Seulement plus sage. » Le regard de Magneto se perd à nouveau dans le vide. C’est vrai qu’en cet instant, Tadeusz le trouve plus vieux. Lui toujours si confiant, si droit, il semble tellement désemparé, c’est étrange de le voir ainsi.

« Il aura besoin de toi, Tad, » dit-il finalement. Kasprzak fronce les sourcils. « Quand je ne serai plus là, il aura besoin de toi. » Son cœur se serre, sa gorge se noue. Il ne veut pas penser à cela. Il ne veut pas penser au jour où il aura survécu à une autre personne qu’il aime. Il refuse. « Tu devras le guider. Tu devras tous les guider. » Tadeusz soupire, mais il hoche la tête. « Je protégerai Isaak. De lui-même également, » promet-il.
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« Papa ! » s’écrie une voix et Tadeusz se tait, fait volte-face. Rachel se tient là, tremblante, pâle. Une entaille sur sa joue saigne et une ecchymose se dessine sur sa pommette. Il se lève d’un bond, se précipite vers elle et saisit ses épaules. « Rachel ? » fait-il d’une voix rauque et les yeux de sa fille se remplissent de larmes. « Jacek, ils-- » Son cœur cesse de battre. Ses yeux s’écarquillent. « Quoi ? QUOI ? » hurle-t-il et Rachel vacille. « Ils l’ont pris, je—je n’ai rien pu faire, ils avaient-- » « Qui ? Qui l’a pris ? Rachel, qui ? » Elle secoue la tête. « Je ne sais pas, je—Ils ont débarqué sans prévenir et Jace a tenté de les arrêter, mais ils—ils lui ont tiré dessus et-- » Les larmes roulent sur ses joues. « Il les a retenus, le temps que je m’enfuie, je—je suis désolée, papa, je suis désolée, je ne voulais pas le laisser, je te le jure, je ne voulais pas-- » Elle hoquète et Tadeusz l’attire contre lui, la serre dans ses bras. « Ne t’excuse pas, ne t’excuse surtout pas, tu as bien fait, » murmure-t-il d’une voix tremblante. « Ils l’ont enlevé, ils voulaient—son pouvoir, c’est pour ça qu’ils le voulaient. » La mâchoire de Tadeusz se crispe. Ses poings se serrent.
Il sent qu’une main se pose sur son épaule. « Je te l’avais dit, Tadeusz. Nous sommes en guerre. Nous ne cesserons jamais d’être en guerre, » murmure Isaak. Il ferme les yeux. Il ne veut pas céder. Pas encore. Pas après toutes ces années, il ne peut pas en revenir à ça.

Pourtant, il n’a plus qu’une envie. Mettre le pays à feu et à sang, jusqu'à ce qu'on lui rende son fils. Et même après ça, ne plus s'arrêter tant qu'ils n'auront pas tous compris.

Compris qui sont les géants et qui sont les insectes, dans ce monde.
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Dernière édition par Tadeusz Kasprzak le Mer 1 Juin - 19:00, édité 7 fois
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OH DADDY DADDY JEW, OH DADDY JEW !

Re-bienvenue :hé: :hé: I love you
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Re-bienvenue et magnifique début de fiche :hé: :hé: :hé:
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SENSEIIIIIIIIIII

Bon t'as un nom à coucher dehors mais RERERE(...)REBIENVENUUUUUUUUUUUE :keur:

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Bienvenue :)
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merci les enfants.

Hannibal : rentre chez ta mère toi.

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:sad: :sad: :sad:
Re ♥
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maaaaah faut pas pleurer mon petit. :keur:
c'que l'début. :hé:

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Isaak Lehnsherr a écrit:
Bon t'as un nom à coucher dehors

J'confirme, mais bon on te pardonne :hé:
rebienvenuuuue avec lui I love you

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:mdr: REBIENVENUUUUUE!

Amuses-toi bien avec lui! :love:
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ta fiche, ça va pas être possible
réécris-la
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tg, valide moi sale fragile.

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