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 (Icesnow#11) ◊ « Love covers over a multitude of sins. »

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Icesnow.
Love covers over a multitude of sins.
Trois heures du matin, un sursaut. La silhouette s’est redressée, les paumes refermées sur les draps. Aurait-elle un Jiminy Criquet l’empêchant de dormir ? Arrachée à la tranquillité d’un sommeil réparateur, elle s’est extirpée des draps pour sortir de sa chambre, discrètement. Aucun bruit dans les couloirs, pas âme qui vive pour percevoir ses pas vers l’étage supérieur. Devant la porte, elle change de consistance, se glisse à l’intérieur comme si aucun obstacle n’existait pour reprendre apparence humaine de l’autre côté. Elle se rapproche du lit, pose une main sur l’épaule de l’homme endormi. « Bobby.. je.. j’arrive pas à dormir. » Il n’en faut sans doute pas plus pour qu’elle puisse se glisser contre lui, pour qu’elle puisse prendre place entre ses bras, contre sa peau rassurante. Les battements affolés de son coeur finissent par s’apaiser, lui permettant de sombrer pour quelques heures de sommeil supplémentaire, bercée par le souffle du psychologue. Nul besoin que ses démons reviennent la hanter.

Prudence l’a senti se détacher, doucement. Elle a essayé de rattraper son bras, sa main, n’importe quoi. Elle a bien tenté de le retenir auprès d’elle mais il avait des rendez-vous et elle était bien trop fatiguée pour lutter, retournant presque aussitôt contre l’oreiller, dans le moelleux agréable du lit. Bobby devait être présent pour les étudiants, d’autant plus qu’il avait décalé des patients pour une sortie particulière en début d’après-midi. Il lui offrait déjà suffisamment, elle n’avait pas à se l’approprier, à le priver d’une quelconque liberté.

Elle ne s’est éveillée que vers onze heures, plus reposée que les jours précédents où elle avait tenté de passer ses nuits dans sa propre chambre. Elle avait ce drôle de désir de ne pas avoir de privilèges, de ne pas pouvoir toujours se trouver auprès de Bobby. Une envie de lui laisser de l’espace pour exister, de ne pas trop contrarier les autres pensionnaires moins tolérantes que le professeur Xavier. Snow avait cédé, pourtant. Le cauchemar l’avait encouragée à abandonner ce manège idiot pour se réfugier auprès de l’homme qu’elle aimait et qu’elle estimait ne pas mériter. La pièce devenait familière, bien qu’assez impersonnelle - dire qu’il s’était étonné du manque de décoration de la part de la jeune femme alors qu’il en faisait de même.

Une douche plus tard, Snow rejoignait le bureau au rez-de-chaussée, attendant patiemment contre un mur que le rendez-vous se termine. Elle a ajusté la robe blanche, plus stricte que ce dont elle avait l’habitude, la dentelle ornant élégamment le décolleté, une coupe près du corps mais classique. Elle avait adopté le style qui collait aisément à la peau des Rosebury, en plus attirant sans doute, jouant sur une provocation à peine perceptible pour des yeux étrangers. Sa mère lui aurait reproché de porter quelque chose au dessus des genoux, elle aurait jugé le décolleté aguicheur et la fermeture dans le dos indécente. Elle aurait critiqué le rouge de son rouge à lèvres et aurait mal assumé les escarpins modernes. Qu’importe ? Elle avait fait l’effort de s’éloigner de la fluidité qu’elle aimait tant et elle aurait presque l’air de volontiers prendre la relève d’une identité à laquelle elle devait apprendre à demander pardon.

Le repas a été plutôt silencieux. Si elle lui a demandé comment s’était passée sa matinée, si elle lui a posé quelques questions sur ses ressentis, elle a été peu réceptive, peu encline au bavardage. Lointaine. L’angoisse la prenait aux tripes à l’idée de sortir de l’institut et c’est accrochée au bras de Bobby qu’ils se sont rendus vers les véhicules. Elle n’a presque rien mangé, elle n’a pas vraiment parlé. Agoraphobie latente, soudaine. Elle n’avait jamais éprouvé une quelconque peur de l’extérieur jusque là. Les semaines privées du monde l’avaient fragilisée, à l’évidence.

« Je peux pas.. » L’Eglise Saint-Etienne se dresse devant eux et Snow ne parvient pas à bouger. Elle ne parvient pas à se détacher de la voiture, les mains repliées sur ses genoux. Les contrôles, le recensement, la possibilité de devoir justifier ce qu’elle était l’empêchaient d’aller au bout de son entreprise. Déjà, le froid émanait de ses doigts, se manifestait par la buée caractéristique, ne faisant qu’accentuer le noeud au fond de son estomac. Elle s’est obligée à faire les premiers pas vers la porte, jugeant finalement que rester à l’extérieur pourrait s’avérer suspect, qu’ils seraient plus en sécurité entre les murs du lieu saint. Son bras entourant l’un de ceux de Bobby, elle ne s’est plus détachée de lui, gardant la tête contre son épaule tandis qu’elle observait les vitraux. Glaciale et sous tensions, elle n’était pas certaine de pouvoir aller plus loin. Et si elle lui avait fait perdre son temps ?

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Ça dort. Ça se repose. La chambre est plongée dans le noir. L’homme dort, au milieu de ses draps. La joue collée à l’oreiller. Un sommeil reposant. Un sommeil réparateur. Il arrive enfin à dormir. Plus ou moins normalement. Plus ou moins efficacement. A moins que ça ne soit la fatigue qui l’assomme et l’oblige à dormir jusqu’à l’aube. Dans tous les cas, il profite de chaque seconde de repos. Chaque seconde qui pourra lui être utile au réveil. Chaque seconde qu’il pourra utiliser dans la journée. Il a appris à ne pas gaspiller les heures de sommeil. Une main légère se pose sur son épaule. Un grognement émane de l’homme. Il dort. Il a du mal à émerger. Il se contente de se tourner, le dos contre le matelas. Il en faudra plus pour le réveiller. Il en faudra plus pour le tirer de ses songes. “Bobby.. je.. j’arrive pas à dormir.” Il ouvre les yeux. Juste assez pour reconnaître la silhouette de Snow dans l'obscurité. Juste assez pour réussir à articuler quelques mots. Perdu entre le monde des endormis et des éveillés. Il ouvre un bras pour accueillir la jeune femme. “Viens par-là...” Les quelques mots sont marmonnés. Déjà, les paupières se referment. Déjà, le sommeil le regagne. Il ne se souviendra probablement pas de cette intrusion dans sa chambre. Il ne se rappellera sûrement pas que Snow est venue se réfugier auprès de lui. Prenant cette interruption pour un rêve. Un doux rêve. Ça ne rate pas. Le bras engourdi le démange, avant que le réveil ne se déclenche. Une main passe sur ses yeux endormis. C’est dur. Coup d’oeil à gauche. 6h58. Coup d’oeil à droite. Snow blottie contre lui. L’engourdissement de son bras s’explique. Il prend quelques secondes. Écoute attentive de sa respiration. Observation minutieuse des ses traits. Il semblerait qu’elle soit paisible. Il semblerait qu’elle trouve enfin le repos qu’elle mérite. Il libère doucement son bras. Glissade délicate. Tentative de ne pas la réveiller. Le bras retrouve son amplitude de mouvement. Il sent sa main s'agripper à son poignet. Il hésite. Un instant. Il finit par détacher son emprise. Il fait le tour du lit. Il dépose un baiser sur son front. “Rendors-toi, ce n’est pas encore l’heure.” Ce n’est l’heure pour personne. Sauf peut-être pour les premiers élèves qui ne veulent pas attendre pour se laver et se préparer. Bobby se joint aux matinaux. Il prend son petit-déjeuner dans la cuisine. Il discute avec quelques jeunes. Il file dans la salle de bains. Effacer les restes de la nuit. Faire disparaître les vestiges du petit-déjeuner. Se redonner apparence humaine.

De retour dans la chambre. Le miroir renvoie le reflet d’un homme. Rasé de la veille. Coiffé du jour. Élégamment enfermé dans une chemise blanche. Habillé d’un jean noir. Le reflet d’un homme prêt à aller à l’église. En tout cas, il faut l’espérer. Il n’a aucun moyen de savoir. Même Google ne peut pas l’aider, avec la requête “quoi porter pour aller à l’église”. Il n’y a jamais mis les pieds. Dans un pays aussi religieux que les Etats-Unis, les Drake font exception. Et ça n’a jamais manqué à Bobby. Il n’a jamais ressenti le besoin de se rapprocher d’une entité divine. Il n’a jamais eu la foi pour un Dieu. Quel qu’il soit. Encore moins quand on a vu en lui un monstre à chasser de la ville. Encore moins quand il a découvert que des dieux pouvaient débarquer à n’importe quel moment, venant d’une autre planète ou d’un autre univers. Dans ce monde, les croyances n’ont plus vraiment lieu d’être. Les croyances prennent vie ou sont détruites. Il lisse les pans de sa chemise. Effacer les plis imaginaires. S’approprier cette chemise. Il a l’habitude d’en porter, des chemises. Pas des blanches aussi éclatantes. Pas des modèles aussi cintrés. Pas des chemises aussi sérieuses. Les carreaux sont restés au placard. Il a ressorti la blanche que Snow lui avait offert, il y a quelques mois. Une éternité, plutôt. San Francisco semble tellement loin. Un vague souvenir où la luxure se mêle aux chocs du passé de la jeune femme. Dernier regard dans le miroir. Dernière inspiration. Ca va le faire. L’église n’est pas un endroit si différent que les autres. Il n’aura qu’à se tenir à quelques pas, derrière Snow pendant qu’elle allumera le cierge et se recueillera. Il y va seulement pour l’accompagner. Seulement pour la soutenir. Seulement pour la protéger. Elle n’attend pas de lui qu’il comprenne ou qu’il prenne part. Il attrape sa veste. Il est prêt. Mais avant cela, il a des rendez-vous à honorer. Des séances à préparer et à faire. Il jette un coup d’oeil à Snow. Endormie. Si paisible. Si détendue. Lorsqu’elle dort, elle est moins accablée par ses émotions, ses peurs et son passé. Elle est plus légère. Même si le sommeil lui fait encore défaut. Il l’abandonne là, dans les bras de Morphée. Avec une pointe de scrupule. Elle est venue ici pour trouver du réconfort et de la sécurité. Elle est venue en espérant qu’il veille sur son sommeil. Et il l’abandonne à ses cauchemars. Elle lui pardonnera, il le sait. Elle ne lui en tiendra pas rigueur. Ils savent tous les deux comme son job de psychologue lui tient à coeur. Ils savent tous les deux qu’ils ne peuvent pas être greffés l’un à l’autre à vie. La porte se referme doucement. Léger claquement.

La main sur la poignée. La porte du bureau s’ouvre. Snow apparaît dans l’encadrement. Plus élégante et stricte que jamais. Il aurait peut-être dû mettre le pantalon de costume, finalement. Il esquisse un sourire, malgré tout. “Tu es magnifique.” Baiser sur la tempe. A bien des égards, elle ne ressemble pas à la Snow qu’ils ont l’habitude de voir. Coincée dans une robe droite. Noyée par le stress. Il noue ses doigts aux siens. Il est anxieux. Elle l’est encore plus. La voir dans cet état finit de détruire ses propres inquiétudes. La suite n’est qu’une espèce de monologue. Lui discutant. Elle s’angoissant. Elle fait l’effort de lancer des questions. Sans écouter les réponses. Ce n’est qu’une fois qu’ils sont devant l’église qu’enfin, elle exprime toute sa frayeur. La voiture est garée le long du trottoir. Ils n’en sont pas encore sortis. Les mains masculines posées sur le volant. Les mains féminines reliées sur les genoux. Ils attendent. Enfin, Bobby attend pendant qu’elle lutte contre ses peurs. “Je peux pas..” Il lâche le volant. Il prend l’une de ses mains. Elle a peur. C’est compréhensible. Cette sortie n’est pas seulement l’histoire d’allumer un cierge. C’est aussi transgresser des lois. C’est aussi se mettre en danger. C’est aussi prendre le risque d’être contrôlé. Mais il lui a promis de l’emmener. Il lui a promis de l’accompagner à l’intérieur. Il lui a promis de veiller sur elle. Il s’assurera que rien ne lui arrive. Quitte à mentir. Quitte à faire une diversion. Il le fait avec elle, il pourrait le faire avec n’importe quel pensionnaire. Ils ont pris une décision, il veut les aider à la tenir. Plus encore, il veut prendre soin d’elle parce qu’il y tient. ”Tout va bien se passer. Je suis là.” Le contact de sa main vient réchauffer la peau froide. La sécurité de la voiture est abandonnée. Dehors, ils sont exposés. Au regard. Au jugement. Mais encore, ils attendent. Snow donne le rythme. Ils avancent quand elle le décide. Quand elle en trouve le courage. Il la laisse s’accrocher à son bras. Tel une ancre dans le chaos de ses frayeurs. Ils sont près de l’église, maintenant. Il n’y a que quelques pas qui les séparent. Bobby attend encore. Un peu. Quelques secondes. Les derniers mètres sont supprimés sous son impulsion. Il doit l’aider à faire ces derniers pas. Il doit l’inciter à aller jusqu’au bout de son initiative. La main posée sur la poignée. Il se tourne vers Snow. ”Tu le fais pour ta mère, mais surtout pour toi. Ne l’oublie pas.” Il pousse la porte. L’antre de Dieu se dévoile sous leurs yeux. Bobby y fait ses premiers pas. Dans un monde qu’il ne connaît pas. Dans un monde qu’il ne maîtrise pas. La main crispée sur son bras lui rappelle de ne pas flancher. D’être confiant et rassurant.

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Bobby Drake est un homme généreux. Il fait toujours passer les besoins des autres avant les siens. Il est patient, également, et il ne tient pas rigueur de son silence à la jeune femme. Elle est là, accrochée à son bras, fantôme tremblant d’une personnalité instable. Elle avait pourtant montré des prodiges de rémission psychologique, comme si une étincelle d’amour suffisait à cicatriser les failles ; elle avait retrouvé une stabilité qui laissait certains professeurs perplexes - pourquoi ? Comment ? On avait vu la blonde se détruire, chercher à se tuer et le retour du psychologue dans sa vie avait stoppé les phénomènes aussi sec. Juste une étincelle d’amour et la dangerosité s’était lissée. On aimerait y croire, au joli conte de fée. On aimerait bien se convaincre que c’est terminé, qu’elle ne risquera plus de figer la X-Mansion dans la glace ou de blesser un élève mais le fait est que, là, Snow montre les véritables fissures bien ancrées. Le Professeur Xavier n’a jamais l’air de commenter l’état, ce qu’il trouve dans cet esprit dont il fait tenir les fondations cependant.. peut-être qu’elle ne sera jamais plus normale. Il suffit d’un rien pour embraser l’un ou l’autre de ses traits de caractère les plus extrêmes. « Tu le fais pour ta mère, mais surtout pour toi. Ne l’oublie pas. » Le recensement ravive la froide créature endormie, il ravive la reine glacée qui ne demande qu’à leur faire payer le racisme et le sentiment d’insécurité. Tout le monde pouvait accuser la Confrérie d’intolérance mais l’humanité pouvait avoir le même comportement sans s’en sentir coupable. Le risque d’être contrôlée la plaçait dans une tension qui se ressentait par ce besoin vital de proximité avec Bobby. Il était le seul à pouvoir contenir les vieux réflexes, le seul à pouvoir ramener ses bons côtés. « Elle ne le mérite peut-être pas.. » C’est un murmure étrangement respectueux des lieux, paradoxalement très proche du comportement qu’auraient eu ses parents dans des circonstances similaires.

Snow relâche sa prise sur le bras masculin et traverse la distance qui la sépare des cierges, sans se presser. Le coeur cogne dans sa poitrine comme s’il voulait s’en défaire, s’arracher de cette prison et pourtant elle ignore tous les sentiments qui pourraient lui faire faire demi-tour. Non, sa mère ne mérite pas ce geste mais Prudence ne méritait pas d’être encore en vie, de pouvoir se tenir là. Les doigts se referment sur un cierge dont la longueur lui semble acceptable après avoir déposé quelques pièces, sans laisser paraître une quelconque hésitation. Les choses se compliquent ensuite lorsqu’elle tente de l’allumer. Souffle froid qui l’éteint.

La demoiselle court jusqu’à l’Eglise, enthousiaste dans sa robe d’un bleu pâle. Le châtain de ses cheveux contraste joliment avec la clarté de sa peau. ‘’Tu viens, dis ? Prudence, on est en retard !’’ Et l’autre, une adolescente, n’a pas cette joie dans le regard. Ce qu’elle voit ? Un immense bâtiment, superbe, richement orné, dédié à l’ami imaginaire de toutes ces personnes qui n’ont, à n’en pas douter, plus toute leur tête. ‘’Tu trouves que c’est une tenue ? Tu veux nous faire honte, ma parole !’’ Oui, c’est ce qu’elle veut. Les boucles blondes détachées dans une cascade fluide, le rouge à lèvres d’un pourpre scandaleux et la robe noire, courte. ‘’Tu as bien des choses à confesser.’’

Mouvement de recul. Les esprits, ça n’existe pas. On n’est jamais réellement hanté que par soi-même. C’est son passé qui se manifeste, qui l’arrache à la réalité et, elle ne sait pas comment, c’est Bobby qui la maintient droite. Elle le sens, dans son dos. Il l’a rattrapée, n’est-ce pas ? Comment a-t-il vu ? « .. Il y a une brèche. » Il est la chaleur contre sa peau à température trop basse, il est l’ancre qui la rappelle à ce monde auquel elle a parfois la sensation d’échapper. « Il y a une brèche dans la barrière du Professeur. » La méthode avait fait ses preuves avec Jean, contre Phoenix. Si ça avait tenu face à une telle puissance, il devait y avoir une solution pour enfermer définitivement cette période de son existence qui la torturait. Ils savent malgré tout que quelque chose a toujours lutté, qu’elle a régulièrement subi l’effondrement de ce stratagème. Lorsqu’elle était prête à y survivre, elles disparaissaient, l’une après l’autre, c’était ainsi et c’était sans doute la volonté du télépathe. Les souvenirs se ravivaient, souvent de façon douloureuse. Snow se relevait toujours, n’est-ce pas ? Et c’était un fait dont elle ne parlait pas, qu’elle avait préféré ignorer toutes ces années, comme si la gravité de son état à son arrivée à l’Institut n’était qu’une illusion, un mirage.

Le cierge est allumé et déposé. La main a tremblé, un peu, mais elle l’a fait. « On est quitte.. » a-t-elle soufflé avant de recommencer, cette fois-ci pour Temperance. « Et je te pardonne.. tu serais devenue une personne extraordinaire.. » si je n’avais pas existé. Tout cela était sa faute, uniquement sa faute. La seule qu’elle ne pardonnait pas, en fin de compte, c’était elle-même. Snow a entraîné Bobby vers un banc sur lequel elle s’est assise, cherchant le réconfort de ses bras, de sa présence. « Je ne te mérite pas. Après tout ce que j’ai fait, je ne mérite pas un homme comme toi, aussi patient et généreux. » Elle énonce un fait qui, dans sa bouche, semble irréfutable. Ca n’est pas le bureau de l’Institut, ça n’est pas le manoir de San Francisco mais c’est un de ces endroits significatifs qui délient le silence récurrent de ses souvenirs, comme s’il n’y avait pas meilleure méthode pour déterrer la psychologie d’une reine des neiges.
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Elle ne le mérite peut-être pas..” Peut-être. Mais Snow mérite d’être en paix avec elle-même. Elle mérite de tirer un trait sur son passé. Elle mérite d’arrêter de culpabiliser. Elle mérite de se créer une nouvelle vie, loin du passé et du regard pesant de sa mère. Il ne répond pas. A quoi bon ? Il est du même avis qu’elle. Sans même avoir rencontré sa mère, il sait. Il s’est fait un avis. Il s’est forgé une opinion. Il en sait assez sur cette femme qui met Snow dans cet état. Qui l’oblige, dans un sens, à retourner dans une église. Elle a peur. Elle a conscience des risques. C’est vrai. Sa mère ne mérite pas que Snow se fasse contrôler. Elle ne mérite pas que sa fille soit arrêtée et jugée. Elle ne mérite pas que son enfant perde ses capacités. Tant de risques pour une femme qui n’a eu de cesses de rabaisser sa progéniture. Ils sont là, pourtant. Aux portes de Dieu. Aux portes du passé. Déjà, les voix résonnent. Echos dérangeants dans l’antre divin si silencieux. Intrusion dans un univers calme et fermé. La main autour du bras finit par se relâcher. Les yeux suivent les mouvements de la jeune femme. Elle avance. Elle est décidée. Il lui emboîte le pas. Distance raisonnable avec elle. Assez loin pour lui laisser de l’espace. Assez près pour la serrer dans ses bras, en cas de besoin. Comme une ombre. Il contemple le cérémonial. Pièces déposées dans une boîte. Cierge attrapé. Tentative de l’allumer. Il la regarde essayer. Et échouer. Jusqu’à ce qu’il avance. L’aider à aller jusqu’au bout. L’aider à faire naître la flamme. Il pose une main dans son dos, au moment où elle recule. Où les jambes semblent céder sous son poids. Une deuxième main vient attraper l’un des bras de Snow. Réaction instinctive. Il la maintient. Il l’aide à affronter son passé. Il l’aide à rester droite devant le regard divin. A deux, ils sont plus forts. Les regards se croisent. Ce qu’il voit dans les prunelles trop bleues attisent l’inquiétude. Quelque chose ne va pas. Quelque chose la perturbe. “.. Il y a une brèche.” Une brèche. Okay. Rien de grave. Ils vont la gérer. Ils vont l’affronter. Comme ils l’ont toujours fait. Tout va bien se passer. Son regard se fait rassurant. Attentionné. Son regard est le contraire de ce qu’il voit dans les prunelles de Snow. Il déteste voir cette frayeur, cette panique. Mauvaise surprise. Souvenir surgit de l’obscurité. “Il y a une brèche dans la barrière du Professeur.” Il hoche la tête. Il peut s’agir d’une volonté du Professeur comme d’une erreur. La deuxième possibilité est peu crédible. Le télépathe ne fait pas d’erreur. Il a conscience que jouer avec le cerveau des gens n’est pas anodin. Il n’a pas pu laisser passer une faille. Ils iront vérifier en rentrant. Ils lui poseront la question. Pour la rassurer. Pour réparer les dégâts. Pour comprendre. “On en parlera plus tard, d’accord ? Concentre-toi sur ta respiration.” Le souvenir a déjà surgi. Violent. Cruel. Il faut le gérer. Mais plus tard. Le principal est le cierge. Brûler les démons. Brûler la culpabilité. Brûler la rancune.

La cérémonie reprend son cours. Le cierge est allumé. Moment où tout croyant adresse une prière ou une pensée pour quelqu’un. Il imagine sans mal vers quoi les pensées de Snow se tournent. Le regard se met à parcourir les lieux. A détailler les vitraux. A observer le décor. Il se nourrit de cette ambiance pieuse. Il s’enrichit de ce lieu méconnu. Le deuxième cierge rejoint le premier. Chaque bougie est le symbole du pardon. Un pardon difficile à donner. Un pardon difficile à octroyer. Les Rosebury lui ont fait du mal. Un mal profond qui la poursuit encore. En silence, il patiente qu’elle ait terminé. Qu’elle ait exprimé tout ce qu’elle ressent. Il la suit. Le banc leur accorde un moment de réflexion, de répit. Le banc permet à Bobby d’accueillir Snow contre lui. Étreinte chaleureuse. Étreinte réconfortante. Une proximité qui n’est peut-être pas tolérable dans un lieu de culte. Tant pis. Il n’y a personne pour les voir. Si ce n’est une entité invisible qui les surveille depuis les cieux. “Je ne te mérite pas. Après tout ce que j’ai fait, je ne mérite pas un homme comme toi, aussi patient et généreux.” La confession résonne dans l’église. Toujours la même rengaine. Toujours la même illégitimité. Il la serre davantage entre ses bras. Il ne sait pas comment le lui dire. Les fois précédentes n’ont pas fonctionné. Il n’y arrivera pas plus, aujourd’hui. Il doit quand même essayer. Il doit quand même faire un effort. Il le lui doit. Pour la dédouaner. Pour lui faire comprendre. “Tu sais… j’ai été élevé comme ça. J’ai simplement continué à être le gamin que mes parents ont élevé.” Reprendre depuis le début. Retourner dans le passé. Revenir à son éducation. Partir de son enfance pour remonter jusqu’à aujourd’hui. Trouver les origines de son caractère si généreux et patient. Elle n’est pas la seule à bénéficier de cette gentillesse. Elle n’est pas la seule à profiter de lui, qu’elle se rassure. La générosité et la patience ne sont pas une question de mérite. Ils ne sont pas une récompense pour bonne conduite. Ils sont seulement l’expression d’une personnalité. Ces traits de caractère ont été mis en pause. Momentanément. Il s’est perdu pendant un temps, entre la douleur des ruptures. La patience s’est évaporée. Elle est revenue, maintenant. Snow est la première à en profiter, c’est vrai. Parce qu’elle est la plus présente dans sa vie. Parce qu’elle souffre. Parce qu’il tient à elle. “Tu ne dois pas te sentir privilégiée ou illégitime. Les autres élèves en profitent aussi. Tu as juste… un petit plus.” Pas de favoritisme. Pas de privilège. Juste une pincée d’attirance en plus. Juste un soupçon d’amour supplémentaire. La main caresse ses cheveux. Répétition de mouvements. Volonté de l’apaiser. Volonté de la rassurer. Volonté de marquer son affection.

Il cherche ses mots. De nouveaux mots. De nouvelles paroles. De nouvelles explications. Qui arriveront à abattre toutes ses réticences. Qui détruiront sa culpabilité. Tant qu’elle ne se sentira pas légitime, ils ne pourront pas vivre pleinement leur couple. Pas tant qu’elle ne sera pas totalement libérée. Pas tant qu’elle ne se sentira pas légitime. La comparer avec les autres élèves est la seule manière qu’il a trouvée. La seule méthode qu’il n’avait pas encore essayée. Néanmoins, pour lui, elle n’est pas que cela. Elle n’est pas qu’une élève parmi d’autres. Elle n’est pas une patiente de plus. Elle est bien plus. “Je t’apprécie beaucoup, Snow, et ce n’est pas une question de mérite. C’est parce que tu es toi-même. Tu es attentionnée, généreuse, altruiste, protectrice. Tu es quelqu’un de bien.” Ne pas pouvoir lui dire qu’il l’aime lui coûte. Ne pas y arriver le torture. Mais offrir son coeur à quelqu’un n’est pas sans conséquences. Il l’a appris. Il ne veut pas retenter. Pas tout de suite. Il ne peut compter que sur ses attentions, que sur son regard, que sur ses gestes pour exprimer tout son amour. Les gestes avant les mots. Les regards avant les paroles. Il fronce les sourcils. Pensif. Une idée lui traverse l’esprit. Il s’écarte légèrement. Pour faire face à Snow. Pour l’empêcher de se dérober. Pour lui interdire tout mensonge, toute fuite. “Est-ce qu’il est possible que, quelque part, tu te sentes encore coupable de nos affrontements ?” Il ne peut pas lui dire que toutes ses victimes lui pardonnent. Il ne peut pas lui assurer qu’elle est pardonnée de toutes ses fautes. Mais il peut alléger un peu le poids qui pèse sur son coeur, lui. Il a été l’une de ses victimes. Il a été l’une de ces choses dont elle a essayé de se débarrasser. Il peut lui offrir le pardon. Un parmi des centaines. Un, quand même.

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Inspiration, expiration. Se concentrer sur sa respiration, c’est ce qu’il lui conseille et c’est ce qu’elle fait, sans émettre la moindre protestation. Il a raison, elle le sait. Ils ont déjà affronté les crises, les déchirures de ce coeur rebelle, se heurtant sans cesse au passé. S’il n’avait pas été là, elle n’aurait pas eu le courage d’aller au bout. Le pardon est une chose difficile, une vertu qu’elle ne pensait pas posséder ; comment peut-on pardonner à une mère qui voit en vous le diable et autres manifestations démoniaques ? Constance avait préféré se convaincre de la présence de chimères plutôt qu’accepter la difficile réalité. La mutation avait ses détracteurs, nombreux. Lorsque Bobby la serre contre lui, elle se sent mieux. Lorsqu’il accentue l’étreinte, elle reprend un rythme de respiration plus normal. Il avait ce pouvoir sur elle, cette incroyable faculté à l’apaiser, sans doute gagnée après des années de lutte acharnée. « Tu sais… j’ai été élevé comme ça. J’ai simplement continué à être le gamin que mes parents ont élevé. » Un sourire triste s’esquisse sur les lèvres de la jeune femme. Il y a encore les jolis yeux de Jade dans sa mémoire, la douceur de cette gamine innocente qui ne méritait pas de vivre dans un monde pareil. Il y a aussi la tolérance de monsieur Drake, si différent de son épouse. « Tu tiens cela de ton père.. » c’est à peine un murmure près de son épaule, contre laquelle elle a posé sa tête. Ca ne lui avait pas échappé. Il n’était peut-être pas très à l’aise avec les mutants mais il n’avait pas l’intolérance de sa femme, et en un sens il lui avait fait pensé à son père, dans cette période où l’espoir existait encore. « Je me souviens que.. le mien était comme ça, aussi. Il subissait un peu. Et je n’ai pas voulu le voir. Il essayait simplement d’apaiser les tensions.. mais je m’en suis prise à Tempérance et il n’a pas pu le supporter. » Est-ce que monsieur Drake en aurait fait autant ? Est-ce que l’homme que Snow jugeait d’une grande bonté serait devenu son contraire pour protéger les siens ? C’est humain, après tout. « Il m’a fait penser à lui.. » Ce qui expliquait le respect relatif des règlements, ce qui expliquait qu’elle se soit momentanément fondue dans une sorte de normalité. Avant que la purée ne gèle, évidemment. Elle l’avait fait pour Bobby mais également pour un souvenir perdu. « Tu ne dois pas te sentir privilégiée ou illégitime. Les autres élèves en profitent aussi. Tu as juste… un petit plus. »

Un soupir à mi-chemin du rire, une réaction un peu nerveuse. Elle comprend où il veut en venir, toutefois elle n’est pas certaine d’apprécier l’idée. Il veut lui montrer qu’elle ne possède pas de privilège, qu’elle conserve le même statut, que ça ne change rien ; elle n’est pas tout à fait d’accord. « Je ne vais plus en cours et personne n’en dit rien. Je couche avec le psychologue et le Professeur ne commente pas. Pourquoi ? » Elle a bien voulu jouer l’aveuglement jusque là, agir comme si cette acceptation générale ne lui sautait pas aux yeux, c’était terminé. Elle avait besoin de savoir ce que cela faisait d’elle aux regard de l’administration de la X-Mansion. C’était une école pour jeunes surdoués, une savante couverture mais une école tout de même. « Sans vouloir offenser personne, je.. je n’ai pas été éduquée comme ça. Je ne peux pas rester entre ces murs comme on vit à l’hôtel, tu comprends ? » Ses cours, elle les suivait à distance désormais, elle rendait bien des copies, elle travaillait plusieurs heures le soir, et le reste du temps alors ? Ne pas en parler ne rendait pas la situation moins réelle. Elle prenait tout de même soin de rester assez évasive pour qu’une quelconque oreille indiscrète ne puisse pas situer ce dont ils parlaient. Peut-être se sentait-elle illégitime parce qu’elle se sentait inutile, parce qu'elle ne voulait pas se contenter d'être X-Woman comme justification d'hébergement.

« Je t’apprécie beaucoup, Snow, et ce n’est pas une question de mérite. C’est parce que tu es toi-même. Tu es attentionnée, généreuse, altruiste, protectrice. Tu es quelqu’un de bien. » Toutes ces qualités ne lui ressemblent pas. Toutes ces qualités ne sont pas elle. Elle ne se sent ni altruiste ni généreuse, sa protection se révèle plus dangereuse qu’autre chose et son attention résulte souvent d’un amour un brin excessif. La gorge se serre. Ils sont incapables d’exprimer correctement leurs sentiments, ils sont incapables de s’attacher par les mots comme ils savent s’attacher par le toucher. « Est-ce qu’il est possible que, quelque part, tu te sentes encore coupable de nos affrontements ? » Ca fait mal. Ca crève le coeur. Et Snow choisit de se lever. Elle traverse l’Eglise pour sortir respirer. De l’air, juste un peu d’air. De l’oxygène qui ne sente pas le renfermé. Sensation de claustrophobie qui revient à la charge. Elle est allée s’appuyer contre la voiture, les bras croisés. Si quelqu’un la voit ? Elle s’en fiche. C’est bien la première fois qu’elle apprécie de sentir les rayons du soleil sur sa peau. Il y a les mêmes à l’Institut, mais il n’y a pas vraiment la pollution, les inconnus, les bâtiments qui changent. Après une hésitation, elle a récupéré les lentilles laissées dans son sac, à l’arrière de la voiture et elle a ainsi effacé le bleu intense de son regard par le gris foncé, artificiel. « J’ai besoin de marcher. S’il te plaît.. » L’enfermement peut créer des réactions étranges, se sentir piégé trop longtemps peut provoquer un besoin vital et irrationnel de fuite. Elle ne veut pas en arriver là. Elle ne veut pas finir par considérer son refuge comme une prison. Bobby n’a finalement peut-être pas besoin qu’elle réponde à sa question pour en tirer des conclusions ; bien sûr qu’elle se sent coupable, bien sûr qu’elle a des remords, pour lui comme pour tous ceux dont elle a arraché la vie, tous ceux qu’elle a blessé - c’est si facile de faire du mal, n’est-ce pas ? Si facile sur le coup.
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On dit souvent que les enfants héritent leur caractère de leur parents. Qu’ils apprennent de leurs modèles. Qu’ils imitent le comportement de ceux qui les entourent. inconsciemment, c’est peut-être ce qu’il s’est passé avec le petit Robert Drake. Élevé dans la tolérance, l’ouverture d’esprit et la gentillesse. La tolérance qui a des limites. La tolérance qui se fracasse contre le mur de la mutation. Il veut bien croire qu’il tient son caractère de son père. La figure paternelle a longtemps été un modèle. La figure paternelle a longtemps été une inspiration. Jusqu’à ce que le père et le fils ne s’éloignent. Jusqu’à ce que le regard maternel transforme cette relation. Le petit Robert a alors éprouvé de nouveaux sentiments. La méfiance. La honte. La peur. Il est devenu un animal traqué que même la bienveillance de son père ne pouvait épargner. Son père qui n’a rien fait pour arranger les choses. Son père qui s’est laissé faire. Son père qui n’a pas cherché à le défendre. Ou alors, si, un peu. Pas beaucoup. Pas assez. Il y a sûrement de la rancoeur, cachée en Bobby. Autant envers sa mère qu’envers son père. On attend des parents qu’ils acceptent tout, qu’ils aiment dans toutes les circonstances. On attend des parents qu’ils soient là, qu’ils aident, qu’ils protègent. Ca n’a pas été le cas pour Bobby. Abandonné à lui-même. Laissé à son propre sort. L’Institut est arrivé au bon moment. L’institut s’est présenté comme une solution, alors qu’il était à la croisée des chemins. Il aurait pu mal finir. Il aurait pu utiliser ses capacités encore hors de contrôle. Il aurait pu blesser des gens ou même, tuer involontairement. Il aurait pu rejoindre la Confrérie. Il aurait pu se lancer dans une vie de misère et d’errance. La tolérance, la générosité et la patience ont été préservées par les X-men. Sauvées d’un destin funeste. “Il m’a fait penser à lui..” Il n’en doute pas. Ils ont le même père. A ceci près que monsieur Drake est toujours en vie. Les pères jouent souvent le rôle de pacificateur, de négociateur. A la recherche d’un équilibre dans le cocon familial. Ils nourrissent moins d’attente. Ils sont plus aptes à accepter. Et pourtant, ils sont aussi les plus passifs. Ceux qui se battent le moins. Ceux qui baissent les bras. Ceux qui ne s’imposent pas. Le sentiment de trahison est alors fort. Immense. Son père est bon. Bobby le sait. Mais pas assez pour réussir à faire entendre raison aux autres. Pas assez pour oser protéger son fils. Pas assez pour affronter le regard des autres. Il n’était pas là quand son fils s’est fait pourchassé par des gens. Il n’était pas là quand son enfant a été enfermé pour sa sécurité. Malgré tout l’amour du père pour son fils, leur relation n’a plus jamais été la même après ces événements. Comme le pourrait-il quand la confiance ne peut plus exister ? Quand il n’est plus possible de compter sur cette figure paternelle que l’on a tant aimé ?

La rancoeur envers sa famille reste en silence. Comme mise de côté. Comme oubliée. Le temps de rattraper les années perdues. Le temps de soigner les plaies. Le temps de passer à autre chose. Sauf que ça n’ira jamais mieux. Il y aura toujours en lui, ce petit garçon qui aurait aimé être rassuré par son papa. Il y aura toujours ce besoin de protection paternelle. Il y aura toujours ce manque, impossible à combler. C’est trop tard. Malgré toutes les attentions. Malgré tous les sourires. Malgré tout l’amour. Le mal est fait et il ne peut être réparé. “Je ne vais plus en cours et personne n’en dit rien. Je couche avec le psychologue et le Professeur ne commente pas. Pourquoi ?” La question est légitime. Elle est comme immunisée de toute critique, de toute punition, de toute dispute. Si cela peut ressembler à un avantage, ça ne l’est aucunement. Dans une école où plusieurs générations cohabitent et où les uns et les autres sont forcément ensemble, on ne peut pas s’attendre à ce que chacun fasse voeu de chasteté. Ce n’est pas possible. L’amitié et l’amour sont logiques quand on vit vingt-quatre heures sur vingt-quatre sous le même toit. Les histoires entre pensionnaires sont nombreuses. Bobby aurait pu tomber amoureux de n’importe qui d’autre. Une professeure ou une élève. Charles aurait tiqué si la femme en question était mineure. Mais Snow ne l’est pas. Elle est en pleine possession de ses moyens. Pleinement consentante. Il n’y a donc aucune raison de s’y opposer. Quant aux cours… comment lui demander de suivre des matières qui ne l’aideront pas à trouver le métier qu’elle souhaite exercer ? Ils ne peuvent pas indéfiniment demander aux élèves de suivre les cours de l’Institut. Snow l’a bien compris, avec ses cours de Droit. “L’Institut Xavier n’est pas qu’un lieu où on apprend à utiliser nos dons. C’est aussi un endroit où l’on peut se réfugier pour vivre, en attendant qu’une cohabitation soit possible. On n’attend pas de tous les pensionnaires qu’ils prêtent mains fortes.” Il y en a quelques uns qui terminent leur formation à l’Institut et qui restnt. Il y en a qui veulent rester en sécurité, entre les murs du manoir. Il y en a qui intègrent les X-Men. Il y en a qui font partie du personnel. Snow est une X-Woman et une étudiante. Sur son temps libre, elle prend même l’initiative d’aider les plus jeunes. Elle remplit largement son rôle. D’autres en font moins. D’autres ne font rien du tout. Elle ne se tourne pas les pouces. Elle en fait bien plus qu’elle ne le devrait. Elle ne trouvera personne pour l’accuser de profiter de la générosité de la X-Mansion. “Sans vouloir offenser personne, je.. je n’ai pas été éduquée comme ça. Je ne peux pas rester entre ces murs comme on vit à l’hôtel, tu comprends ?” Il esquisse un léger sourire. Toujours fidèle à cette éducation. Toujours attachée à ces valeurs. Quel métier pourrait-elle avoir, ici ? Quel rôle pourrait-elle jouer ? Aucun. Pour le moment, du moins. Il faudrait attendre qu’elle ait fini ses études. Alors, seulement, ils pourront lui trouver une place parmi le personnel. Avant, ce serait prémédité. “Tu es déjà occupée entre ta mutation, tes études, les enfants et les X-Men, tu ne penses pas ? Quand tu en auras fini avec le Droit, le Professeur te demandera peut-être d’aider quelque part.” Ca se passe ainsi pour chacun d’eux. Bobby avait poursuivi ses études à l’université, se spécialisant dans la psychologie. A la fin de ses années universitaires, le Professeur lui avait proposé de rester pour être utile aux prochains mutants. Aux prochaines générations de gamins paumés.

Mais derrière sa question, il a le sentiment qu’il y autre chose. Une recherche de légitimité. Une envie de mériter sa place. Un besoin de comprendre pourquoi tout le monde l’accepte. Elle a commis des meurtres, oui. Elle n’a pas été la plus sociable, oui. Depuis, elle a changé. Elle est devenue une autre personne. Une nouvelle personne poursuivie par les remords. Bobby ne s’attend pas à une réaction pareille. Il ne sait pas à quoi s'attendait, en fait. Il a posé sa question, sans s’imaginer le mal qu’il pouvait causer. Et elle fuit. Elle s’éloigne. Son comportement vaut toutes les réponses du monde. Elle s’en veut encore. Il se lève d’un bon. “Snow… !” Le silence religieux est brisé. Son appel résonne entre les murs de l’église. Mais aucune réponse ne lui parvient. Seulement la fuite. Seulement les pas qui frappent le sol. La porte claque derrière elle. Il reste quelques secondes à en observer le bois. Elle s’en veut, alors qu’il lui a pardonnée depuis des mois. Lorsqu’il pose ses yeux sur elle, ce n’est pas la meurtrière qu’il voit. Ce n’est pas de la peur, de la méfiance, de la douleur qu’il ressent. Il est tellement loin de ce genre d’émotions. Il n’imaginait pas qu’elle puisse encore culpabiliser, qu’elle ressasse encore les erreurs du passé. Il est pourtant le maître dans ce domaine. Il est celui qui passe des heures à se triturer l’esprit. Il est celui qui veut tout recommencer jusqu’à ce que ce soit parfait. Il est celui qui aimerait remonter dans le temps. Il finit par rejoindre la sortie. Il retrouve Snow près de la voiture. Elle est occupée à mettre des lentilles. Cacher tous les indices d’une mutation. Se donner une apparence normale. Une préoccupation devenue essentielle pour elle. “J’ai besoin de marcher. S’il te plaît..” Il jette un coup d’oeil aux alentours. A la recherche d’une menace potentielle. Rien en vue. Pour autant, il n’est pas serein à l’idée qu’elle se promène dans New-York. Dans une voiture, ils passent plus facilement inaperçus. A pieds, c'est plus difficile. Il est coupé dans sa réflexion quand Snow esquisse un premier pas. Il attrape sa main. “Heeey… Prudence, s’il te plait… tu veux bien m’écouter juste une minute ?” Il va l’accompagner. Ils vont se promener. Ils vont prendre l’air. Mais avant, il doit lui parler. Avant, il doit lui dire. Avant, il doit lui donner son pardon. Ce n’est pas seulement le petit-ami qui parle. C’est aussi la victime. C’est aussi celui qui a failli mourir. Il récupère la deuxième main. Yeux dans les yeux. Pas d’échappatoire. Pas d’évitement possible. “Je ne vais pas te mentir… quand on t’a retrouvée près de l’Institut, je n’avais pas envie de te sauver. Mais j’y suis allé et tu connais la suite de l’histoire. Chaque jour, tu m’as montré que tu changeais. Tu aurais pu me tuer des centaines de fois depuis que tu es ici. Tu aurais pu tuer Kitty, Malicia et tous les autres qui t’ont fait chier. Et pourtant, regarde-toi ! Tu t’es ouverte aux autres, tu fais preuve d’une patience exceptionnelle, tu apprends tous les jours à mieux te contrôler.” Elle n’est plus la femme qu’il a récupérée un jour. Elle n’est plus cette personne fragile et froide. Elle n’est plus Snow Queen. Cet alias peut être abandonné pour de bon. Enterré. Jeté. Elle doit arrêter de regarder en arrière. Elle doit arrêter de s’en vouloir à chaque fois qu’elle pose les yeux sur lui. Il va bien. Il est même heureux, grâce à elle. Elle n’a plus rien à se reprocher. C’est tout.

Il finit par lâcher les mains de Snow. Il réalise qu’il a besoin de cette conversation, finalement. Il a besoin de lui excuser ses tentatives de meurtre. Il a besoin de tirer un trait sur leur passé. “Je ne peux pas t’en vouloir éternellement.” Depuis leur premier affrontement, ils ont grandi. Ils ont mûri. Ils ont appris. Ils ont progressé. Ces affrontements restent entre eux. Un obstacle. Un fossé qui les empêche de se réunir, de se retrouver, de s’aimer. Il est temps de passer à autre chose. Il est temps d’accepter qu’ils n’ont pas toujours été proches. Il est temps de balayer ces souvenirs pour profiter de chaque moment du présent. “Je te pardonne. Pour tout.” Il presse ses doigts contre la peau froide. Il n’a pas la foi. Il n’a pas de croyance. Il ne peut pas allumer de cierge. Mais il a les paroles. Il a les mots. Alors, il peut le lui dire. Il lui pardonne. Il oublie la douleur. Il oublie les méfaits. Il oublie tout. Il la libère de tous ses remords. Elle peut arrêter de lutter. Nul besoin de repentance, il lui accorde déjà tout son pardon.

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L’institut Xavier ne demande rien à ses pensionnaires, il offre un toit, de la chaleur et de l’affection et n’exige pas même un semblant de loyauté. C’était une de ces choses étranges qui laissaient Snow perplexe. Elle avait appris toute son enfance à rendre ce qu’on lui donnait généreusement et si elle n’avait pas su l’appliquer avec ses parents, elle avait toutefois toujours été reconnaissante envers Mystique et Tadeusz, envers ceux qui avaient pris soin d’elle. Plus encore, elle l’était envers le Professeur. Sans lui, elle ne serait plus qu’une coquille vide, sans sentiments, sans pensées. Pouvait-elle décemment avancer dans la vie en tournant le dos à un acte d’une telle portée ? Elle avait tenté à plusieurs reprises de tuer ses élèves, elle avait fait du mal à ceux qu’il protégeait. Et il avait quand même ouvert les portes de son école. « Tu es déjà occupée entre ta mutation, tes études, les enfants et les X-Men, tu ne penses pas ? Quand tu en auras fini avec le Droit, le Professeur te demandera peut-être d’aider quelque part. » Elle lève les yeux vers Bobby. Finir avec le droit ? Ca n’est pas vraiment ce qu’elle entendait pas ‘être utile’. Elle ne tenait pas à devenir membre du personnel de l’école, elle voulait simplement retourner un peu de ce qu’on lui donnait. Elle voulait seulement ne plus se sentir aussi redevable, ne plus porter cette culpabilité sans fin sur ses épaules. « J’ai déjà des projets pour .. après. » Des projets dont elle n’a parlé qu’à Xavier, une vague idée qui a semblé l’emballer, si tant est qu’on puisse interpréter ce sourire compréhensif et relativement fier comme un signe d’emballement. Il était toujours si paisible que se poser la question était légitime. Elle avait bien dû envisager un avenir, sans Bobby, sans affection, sans pouvoir mettre fin à tout cela.

La culpabilité a rompu ce dialogue, quoiqu’il en soit. Elle n’a pas précisé ce qu’elle entendait par « projets », parce qu’elle a pris la fuite. Elle est sortie prendre l’air, elle a espéré respirer un peu, s’éloigner de ce qu’elle ne voulait pas avoir à exprimer. Occupée à placer les lentilles, elle n’a pas échappé au regard du psychologue. Il ne la laisserait pas se voiler la face et elle en avait parfaitement conscience. « Heeey… Prudence, s’il te plait… tu veux bien m’écouter juste une minute ? » La main est kidnappée par Bobby mais elle n’a pas cherché à fuir ce contact. Il l’a appelée Prudence, pas avec cette colère ou cet agacement qu’elle lui avait connu. C’est un sentiment étrange qui l’envahit et, de fait, elle relève le nez pour rencontrer ses billes claires. « Je ne vais pas te mentir… quand on t’a retrouvée près de l’Institut, je n’avais pas envie de te sauver. Mais j’y suis allé et tu connais la suite de l’histoire. » Elle le sait. Elle le sait et ça n’en creuse pas moins ce vide au fond de son coeur qui la bouffe sans cesse, qui la ronge lentement, sûrement. Aurait-elle réellement pu tuer Kitty ou Malicia ? Non. Pas que l’envie ne lui soit jamais passée par l’esprit mais parce qu’elle n’en a pas la puissance, parce que ces deux-là sont entraînées à survivre, elle ne sont pas des enfants. Le fait d’apprendre chaque jour à se contrôler n’est pas un exploit, c’est une nécessité. Celle qui maîtrisait les aspects de sa mutation était morte durant l’invasion Chitauri, peut-être même avant sous la violence d’Axel. « Je ne peux pas t’en vouloir éternellement. » Il ne le peut pas, il a basculé dans ce drôle de sentiment inverse qui les unit désormais. Il ne peut pas la haïr ou lui en vouloir, ça serait un absolu non-sens. Ca n’est pas de lui qu’elle doute, c’est d’elle-même.

Il la pardonne pour tout. Les doigts pressent les siens et Snow ne sait pas quoi dire. Les bras se referment autour de la nuque de Bobby tandis qu’elle se réfugie contre lui. Elle cache son visage contre son épaule, elle cache sa peine là, tout près de son cou. « C’est.. je peux pas me pardonner tout ça, Bobby. Je peux pas. J’ai détruit ma famille.. de quel droit pourrais-je en avoir une, après ça ? » C’est donc le noeud du problème. Les mutants dont elle a pris le dernier souffle ne sont finalement qu’une liste d’inconnus dont elle peut s’accommoder. Les blessés au cours de combats sont des symptômes d’une guerre, pas de réels stigmates. Ce qu’elle ne se pardonnera pas, c’est la mort de sa mère, c’est ce qu’elle a fait de sa soeur, c’est l’alcoolisme de son père. Elle a fait éclater un cocon. Que la nature la prive de ces enfants qu’elle désire est finalement une punition qui coule de source, quelque chose qui serait presque normal, largement mérité. « Je n’aurais pas assez de deux vies pour réparer ça. » C’était souvent un traumatisme pour les jeunes mutants lorsqu’ils se découvraient ces facultés parfois destructrices, certains tuaient leurs proches et s’en relevaient, tant bien que mal. Snow n’était pas de ceux-là, elle avait tué en toute connaissance de cause, dans une effroyable maîtrise pour une adolescente à qui l’on avait rien enseigné de ses pouvoirs. « Tu as choisi Prudence.. finalement.. ? » La question se noie presque dans le regard embué. Les larmes ne coulent pas, elles se cristallisent au bord de son regard grisé. Elle lui avait donné l’autorisation de l’appeler comme il le voulait, de garder Snow ou d’user de Prudence et ses communs dérivés. Il n’avait pas semblé vouloir changer ses habitudes avant cette conversation. « .. J’ai faim. » Constat sorti de nulle part. Forcément, mademoiselle n’a rien mangé alors elle a faim ! Incorrigible hein !

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L’appeler Prudence a toujours le même effet. Cette même stupeur. Cette même émotion. Comme un rappel à la réalité. Comme un privilège dont il use sans en avoir l’autorisation. Comme une atteinte. L’appeler Prudence attire toujours attention. Ou plutôt la fige. Il l’a souvent prononcé en colère, agacé, triste. Rarement joyeux, heureux ou serein. Rarement pour la réconforter et la rassurer. Tel un adulte disputant un enfant, il en a usé pour la réprimander. Plus maintenant. Ce prénom est sacré. Il ne peut être utilisé pour la ramener continuellement à un passé douloureux, fait de conflits et de tension. Il a le temps de parler. De lui accorder son pardon. Non, pas de lui accorder. Plutôt de lui offrir. De lui donner. Il le fait. Sans réticence. Sans inquiétude. Seulement la motivation de l’aider. La motivation d’avancer. La motivation de les soulager tous les deux. Lorsqu’il a terminé, elle vient chercher refuge contre lui. Il a juste le temps de la voir bouleversée. Il a juste le temps de déceler la lueur triste. Il a juste le temps de capter son expression chamboulée. Et bientôt, ce visage se colle à son cou. Caché des regards. Caché de toute inspection. Il passe ses bras autour de sa taille. Un frêle corps qui a survécu à bien des choses. Un frêle corps dont il connaît les moindres détails. “C’est.. je peux pas me pardonner tout ça, Bobby. Je peux pas. J’ai détruit ma famille.. de quel droit pourrais-je en avoir une, après ça ?” Il n’a pas la réponse. Il pourrait lui dire d’être égoïste. Il pourrait lui dire d’espérer. Il pourrait lui faire croire n’importe quoi. Que ça serait un moyen de se rattraper. Que ça lui permettrait de se pardonner. Qu’elle ferait revivre sa famille à travers leurs enfants. Qu’elle doit cesser de lutter contre ses démons. Que sa famille lui a probablement pardonné. Il pourrait lui sortir des banalités. Il pourrait lui servir des paroles creuses. Il préfère lui opposer le silence de l’écoute. La culpabilité qu’elle porte est bien trop lourde, bien trop pesante, bien trop persistante pour qu’il puisse faire quoi que ce soit. Il n’a pas le pouvoir de l’en délester. Il n’a pas le pouvoir de l’accompagner. Il ne peut qu’écouter. Il ne peut que tenir sa main. Il ne peut que servir de refuge protecteur. “Je sais, je sais…” Murmure soufflé contre ses cheveux. Il n’y a pas de règles. Il n’y a pas de mode d’emploi. Pas quand on souffre d’une culpabilité semblable. Sinon, il le lui confierait. Il lui donnerait tous les moyens possibles. Tout ce qu’il a entrepris pour la sortir des remords a échoué. Vague tentative de lui offrir une vie plus agréable. Espoir avorté face à l’immensité du travail. “Je n’aurais pas assez de deux vies pour réparer ça.” C’est là que leur avis diverge. C’est là qu’ils ne sont pas d’accord. Elle a décimé sa famille. Elle l’a explosée. Elle l’a réduite à l’état de cendres. Elle en a payé le prix depuis. Elle s’est transformée en une machine à tuer. Elle s’est repentie. Elle a changé de tout au tout. Au point d’être prise dans les tourments des remords. Au point de se refuser de vivre. Au point de ressasser les événements. Être hantée par les fantômes de son passé est la pire des manières d’être punie. Elle regrette et rien que cela devrait être une raison de se pardonner.

Elle regrette. C’est le problème. Elle ne parvient pas à passer au-delà. Peut-être que le problème vient d’ailleurs. Peut-être qu’elle n’a pas envie de tourner la page de son passé. Peut-être que, cruellement, elle souhaite s’en rappeler. Indéfiniment. Perpétuellement. Coincée dans son passé. Piégée dans les souvenirs. “Tu y arriveras, tu as juste besoin de temps pour comprendre que le passé est irrévocable et que tu ne peux plus rien faire pour le changer. Te punir éternellement ne t’aidera pas à passer ce cap.” Il connaît ce sentiment. La culpabilité. Elle ronge. Elle contamine. Elle empoisonne. Elle empêche d’avancer. Elle interdit tous les plans du futur. Elle est cruelle. Il la connaît parfaitement. Il l’éprouve. Souvent. Bien trop souvent. Il s’en passerait, parfois. Il préférerait être libre de ses gestes, de ses mouvements, de ses décisions. Il préférerait prendre de la distance avec tout cela. Il préférerait s’en foutre. Mais cette culpabilité constante fait partie de lui. Elle est la raison pour laquelle il réfléchit toujours à deux fois, pour laquelle il n’agit pas au quart du tour, pour laquelle il s’efforce de rester calme. “Tu as choisi Prudence.. finalement.. ?” Elle pleure. Les larmes sont là, même si elles ne coulent pas. Gelées avant d’atteindre la surface de sa peau. Elle pleure et il ne peut rien y faire. Il déteste cette impuissance face à sa détresse, face à ses remords. Il déteste ne pouvoir rien faire. Il aimerait tant la soulager de sa culpabilité. Il aimerait tant tout balayer du revers de la main et la libérer. Impossible. Elle est la seule prisonnière de ses problèmes. Tant que le pardon ne sera pas accordé, elle n’y arrivera pas. Tant qu’elle ne cessera pas de se juger, elle se verra comme un être cruel, dangereux, instable. Ses mains s’installent doucement sur ses joues, chassent les larmes gelées. Simples billes froides. Les pouces passent délicatement sur ses paupières. Il devrait pouvoir l’aider. Lui, plus que quiconque. Petit-ami, ami et psychologue. Trois rôles. Trois moyens de la secourir. Et pourtant, il échoue. Pourtant, il se retrouve à la consoler. Encore et encore. Eternel recommencement. Il l’attire contre lui. Il veut effacer cette tristesse dans ses yeux. Il veut lui offrir tout son amour dans cette étreinte. Il a choisi Prudence, oui. Joli prénom. Reflet de sa réelle identité. Echo de la jeune femme qu’elle est, avec son passé, son présent et son futur. Prudence. Un prénom qui lui va bien. Attentive, attentionnée, soucieuse de ne jamais causer de dommage. Elle l’est devenue, finalement. Et si Prudence n’était pas la gamine élevée par ses parents ? Et si Prudence était simplement la femme qui s’est construite par elle-même, de ses erreurs, de ses réussites ? “J’aime bien ce prénom, il révèle qui tu es vraiment.” Esquisse d’un pauvre sourire qu’elle ne peut voir. Elle fuit ce prénom de la même manière qu’elle fuit son passé. Elle s’oppose à cette appellation comme si elle fuyait sa vraie destinée. Pour lui, elle est Prudence. Elle le sera toujours. Il s’est toujours plié à l’usage habituel du Snow. Alias qui lui colle à la peau. Alias dont elle oblige l’utilisation. Peut-être qu’en l’habituant, elle sera moins catégorique. Peut-être qu’en construisant une nouvelle image à ce prénom, elle sera plus encline à laisser les autres l’appeler ainsi. Peut-être. Personne ne devrait nier son prénom. Personne ne devrait tourner le dos à son identité. Chacun est maître d’en faire ce qu’il souhaite, de lui offrir une signification, de lui fabriquer un sens, de se l’approprier.

Pour lui, Prudence est la femme qui lui fait face. Pas totalement. Elle doit déjà accepter ses erreurs. Elle doit encore se pardonner. Quand ce sera fait, elle sera une femme accomplie, sûre d’elle, bienveillante, altruiste, attentionnée. Et prudente. “.. J’ai faim.” Évidemment. En n’avalant rien ce midi, elle ne pouvait espérer tenir jusqu’au soir. La faim peut aussi être un besoin de compenser les émotions qu’elle vient de subir. La faim peut aussi l’aider à compenser l’énergie brûlée à affronter sa peur. “On va essayer de trouver un restaurant.” Parce qu’il ne peut pas lui infliger un nouveau fast-food. Parce qu’ils sont bien habillés, autant en profiter. Parce qu’il veut lui faire oublier sa peine. Il rompt la proximité pour prendre sa main. Il n’a pas ses habitudes dans le quartier, ni dans New-York, d’ailleurs. Son enfance s’est déroulée loin des grandes villes. Son adolescence aussi, même si les quelques sorties avec l’Institut et les X-Men l’ont aidé à se repérer. Parfois, il reconnaît des endroits. Il retrouve des décors familiers. Se diriger dans une ville pareille relève du hasard, si l’on n’est pas muni d’une application de navigation.

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Le restaurant est encore ouvert quand ils arrivent. Le service est presque terminé quand ils s’installent. Ils seront bientôt les derniers. Plus personne ne mange à cette heure-ci. Plus personne ne souhaite penser à une entrecôte ou à une soupe. C’est plutôt l’heure des encas et des confiseries. Ils s’installent à une table, dans un coin de la salle. La carte est décryptée, détaillée, analysée scrupuleusement par Bobby. Il n’a pas faim. Le ventre rempli par son déjeuner. Il referme bientôt le menu pour le poser à côté de son assiette. Il attend que Snow ait fait son choix pour prendre la parole. “Tu devrais utiliser un de tes carnets pour y écrire des lettres à destination de ta famille. Ca pourrait te faire du bien.” Il faut parfois revenir dans le passé pour se pardonner. Pour avancer. Ce sera peut-être le moyen pour Snow de se rappeler les bons et les mauvais moments. De se souvenir pourquoi elle en est arrivée à les haïr. De se rappeler le cheminement qui l’a conduite à vouloir les tuer. Il ne veut pas s’attarder davantage sur le sujet. Ce n’est ni l’endroit, ni le moment. “Alors, tu as des projets ?” Référence aux projets avoués à mi-voix tout à l’heure. Référence aux projets qu’elle lui a cachés. Encore des secrets. Encore des mystères. Elle devient une spécialiste dans le domaine. Alors qu’il lui a confié la manière dont il voit son avenir. Alors qu’il lui a parlé de ses envies de partir et de s’installer ailleurs. Alors qu’il a été totalement franc avec elle. Malgré tout, la question est posée avec le sourire. Un sourire bienveillant.

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La prudence est la première des quatre vertus cardinales. La prudence ou la sagesse, la capacité à user de la raison, en toutes circonstances afin de discerner le véritable bien et trouver le meilleur moyen de l’accomplir. Elle est l’acte de penser, en fin de compte. Dans l’ordre des biens divins vient la prudence, ensuite la tempérance. Il a choisi de l’appeler ainsi, il a pris la décision de ne pas user du diminutif et elle ne comprend pas pourquoi. Il la console, il la rassure. Il noue tendrement les contacts, il la couve dans cet amour soudain et si délectable. Il efface les larmes gelées, il efface par sa douceur cette peine immense. « J’aime bien ce prénom, il révèle qui tu es vraiment. » Il reflète ce qu’elle n’a pas su être, il reflète surtout les attentes d’une mère, d’une lignée, d’une éducation. Elle fuit cette identité parce qu’elle est trop lourde à porter, parce que le jour où elle est devenue la reine des neiges, la gamine nommée Prudence est morte. Elle n’a pas été sage, elle n’a pas été l’image d’une vertu, elle a été pour ses géniteurs le reflet du démon infiltré pour souiller l’âme d’une jeune fille. Alors elle est restée silencieuse, elle n’a d’abord pas commenté, serrée entre ses bras comme s’ils pouvaient la sauver de tout cela, comme si la présence de Bobby pouvait supprimer ses erreurs. Ca n’est pas le cas et il a raison, elle devra apprendre, elle devra s’y faire, accepter et tourner la page. Un sourire timide s’esquisse, finalement, lorsqu’elle recroise enfin le regard de Bobby. « Prudence alors. Seulement pour toi. » Son privilège à lui. C’est un symbole. C’est plus qu’une preuve d’amour, c’est une façon de s’abandonner entièrement à cette relation, sans barrière, sans rejet, sans devoir toujours se méfier qu’un mot dérape, qu’une dispute fasse tout éclater. Lui permettre de l’appeler Prudence, Prue ou Snow, c’est sa plus belle façon de lui dire qu’elle l’aime. Elle ne méritait aucun pardon pour ses actes, elle devrait payer une dette toute son existence mais il rendait son coeur plus léger, son âme moins lourde.

…✁…

Elle se laisse guider jusqu’au restaurant. L’Eglise est derrière, désormais. Sans doute devra-t-elle y retourner pour se pardonner, pour finir ce processus mais elle n’a pas encore la force d’aller jusqu’au bout. A chaque coin de rue, elle angoisse. A chaque fois qu’elle perçoit un uniforme, son estomac se serre. Ils passent la porte peu avant la fin du service et lorsqu’ils s’installent, ils sont presque seuls. Elle se dit que c’est mieux, elle se dit qu’il y a moins de chance de se faire contrôler ainsi parce qu’il n’y a plus personne, parce que la foule n’est alors pas en danger et qu’il serait stupide de détacher quelqu’un pour une vérification lorsque l’établissement va fermer. Elle n’est rassurée qu’une fois assise, qu’une fois qu’ils ont une carte entre les mains, on ne leur a rien demandé, rien imposé. Une salade composée suffira, elle n’a pas une grande affection pour la viande et elle risquerait de décaler ses repas, à se nourrir de quelque chose de trop consistant. La carte est refermée et posée sur le côté. Ce sera plus vite mangé et ça importunera moins longtemps le personnel. « Tu devrais utiliser un de tes carnets pour y écrire des lettres à destination de ta famille. Ca pourrait te faire du bien. » Le regard gris se relève. Il était vrai qu’écrire à Mystique - ou du moins découvrir par la suite que c’était elle - lui avait fait du bien mais cela serait-il aussi salvateur sans une réponse, sans un retour ? « Mon père est au Canada. » Ca glisse doucement. « Jeremiah Rosebury est peut-être mort, quelque part, ce jour-là.. mais il a refait sa vie. Il est sorti de l’enfer de l’alcool. » Et elle ne croit pas être à nouveau capable de lui faire face. Elle a retrouvé sa trace, à force de recherches, grâce à un détective, avec patience et discrétion. Il n’y avait pas eu de tombe à son nom sur laquelle se recueillir. Il n’y en avait pas eu parce qu’il vivait. « Il revient à San Francisco trois fois par an. L’anniversaire de ma mère, celui de ma soeur et Thanksgiving. » Triste réunion de famille pour un homme qui a dû changer d’identité, qui a perdu son passé et son avenir, qui n’aurait pas dû réchapper de la glace. Tempérance l’a sauvé avant de devenir la Watcher qui est tombée de l’immeuble, que Snow n’a pas pu rattraper. C’était l’une ou l’autre. La tempérance s’était montrée imprudente.

« Alors, tu as des projets ? » C’est une conversation plus légère, qui mène moins de tension. Elle détourne les yeux pourtant, parce qu’elle ne lui en a pas parlé, parce qu’il a confié son envie de quitter un jour l’Institut sans qu’elle ne lui parle de cela. Comment l’aurait-elle pu ? « Tu vas te moquer. » souffle-t-elle. Il y aurait de quoi, il serait légitime de rire gentiment de ce qui avait fini par germer dans le chaos de ses regrets. Elle consent malgré tout à lui expliquer, avec une sorte d’hésitation ou.. de pudeur, peut-être ? « Ca n’est pas abouti, c’est même sans doute irréalisable.. Le Professeur sait parce que, quand tu m’as dis que tu ne reviendrais jamais, il n’a perçu que cela de positif. » Il n’a trouvé que cette idée, que cette petite parcelle d’imagination au milieu de la noirceur, de la peine et de la douleur. Il y avait partout dans son esprit l’envie d’en finir, sauf là, sauf sur ce petit univers bien caché des autres. « Un orphelinat. Ou un centre social. Un endroit où tous les enfants différents pourraient profiter des mêmes chances, ceux qui ont une mutation active avant l’âge d’étudier à l’institut ou.. des jeunes comme Sterling, qui ont besoin d’aide, qui ont besoin d’une famille.. » Pas uniquement les mutants. C’est sa solution, c’est sa vision d’une autre société. « Si on élevait tous les gamins perdus ensembles, les mutants et les non-mutants.. ils n’auraient plus peur. Ils seraient tous différents, au même titre, pas parce qu’un serait autiste et l’autre porteur du gène x. » Ca demanderait des moyens, un temps de travail considérable, la présence de psychologues, de soignants, des structures particulières. Ca demanderait tant de choses qu’elle ne saurait par quoi commencer, et pourtant quelque chose se révèle dans cette idée : elle est prête à aider des homo sapiens. « Je sais, c’est idiot. » C’est ainsi qu’elle conclue, les yeux baissés sur le verre qu’elle tourne distraitement entre son index et son pouce.

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Il ignore ce qu’il se passe derrière ses yeux bleus. Toutes les études, tous les ouvrages, toutes les connaissances ne suffisent pas pour le savoir. Connaître son caractère ne suffit. Ce ne sera jamais assez pour anticiper ses réactions, comprendre ses pensées, trouver la logique de ses réflexions. Elle est une énigme à elle toute seule. Un mystère qu’il ne parvient pas à résoudre, malgré les années à se côtoyer. Malgré les efforts fournis. Un mystère plein de failles, de démons et d’espoirs. Un mystère qu’elle cultive précautionneusement. Il aimerait tant pouvoir lire, entendre, voir ce qu’elle a en tête. Il aimerait tant pouvoir comprendre ce qui traverse ses prunelles. Il en est incapable. Il n’y a qu’un pouvoir de télépathie qui pourrait l’aider. A moins qu’elle ne se décide à tout exprimer. De la plus simple des envies à l’ambition la plus folle. De la plus petite chose à la plus grande nouvelle. C’est peine perdue. Ils le savent tous deux. Ils ne sont pas doués pour se confier. Elle encore moins. Reine des secrets et de la dissimulation. Elle a un jardin secret qu’elle protège jalousement. Personne n’a le droit d’y entrer. Personne, sauf le Professeur. “Mon père est au Canada.” Au… Canada ? Il fronce les sourcils. Dans ces moments, il déteste ne pas pouvoir sonder le regard de Snow, ne pas pouvoir trouver dans ses pensées tous les détails. Elle découvre des choses et elle les garde pour elle, sans en parler, sans se confier, sans s’exprimer ? Il ne devrait plus être étonné. Snow a toujours fonctionné ainsi. Elle fonctionnera toujours de la même manière. Elle découvre des choses et ne les révèle que lorsque la conversation l’exige, que lorsqu’elle se sent obligée de le préciser. Il n’y a pas de doute, la communication est dure à établir. “Jeremiah Rosebury est peut-être mort, quelque part, ce jour-là.. mais il a refait sa vie. Il est sorti de l’enfer de l’alcool.” Comment ? Comment le sait-elle ? Quand l’a-t-elle découvert ? C’est comme si elle connaissait la nouvelle vie de son père. Comme si elle l’avait rencontré bien des années plus tard. Ce n’est pas possible. Il aurait été au courant. Informé par le Professeur ou par elle. Du moins, il le pensait jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à ce qu’elle lui révèle le lieu de vie de son père. Jusqu’à ce qu’elle avoue une vérité cachée. “Il revient à San Francisco trois fois par an. L’anniversaire de ma mère, celui de ma soeur et Thanksgiving.” Elle connaît des faits, elle présente des détails. Mais rien de précis. Rien de personnel. Elle ne l’a pas vu. Elle ne lui a pas parlé. Bobby en a maintenant la certitude. Reste à savoir comment elle l’a su. Une enquête a dû suffire. Peut-être la coopération de quelques personnes à l’Institut. Peut-être l’intervention d’une personne étrangère. Les moyens d’enquêter ne manquent pas. “Est-ce qu’il va bien ?” C’est finalement le plus important. Pour qu’elle se pardonne. Pour qu’elle soit en paix pour le cas de son père. S’il va bien, alors elle peut au moins s’excuser d’avoir voulu le tuer. Elle peut au moins faire un pas en avant. Quand on porte une telle culpabilité, ce n’est pas négligeable.

Et peut-être qu’en se concentrant sur ses projets, elle arrivera à passer à autre chose. Elle arrivera à se projeter dans un avenir meilleur, fait de joie, d’amour, de tendresse et d’affection. Un avenir où elle n’aura plus besoin de regarder derrière elle. Un avenir où elle se sentira enfin elle. A la fuite de son regard, il peut déjà dire que cet avenir n’est pas assumé. Pas confiant. “Tu vas te moquer.” Il lève les yeux au ciel. C’est vrai qu’il l’a habituée à se moquer. De tout. De ses yeux jusqu’au choix de ses vêtements. De son comportement à ses paroles. Elle ne peut pas réellement croire qu’il va la juger, qu’il va se moquer, si ? Elle ne lui fait pas confiance à ce point ? Cette méfiance qu’elle a son encontre à quelque chose de vexant. Sa méfiance le touche. Le blesse, quelque part. Pourtant, il affiche un masque serein, presque bienveillant. Alors que dans le fond, il réalise que regagner sa confiance est plus compliqué qu'espéré. Ce n’est pas avec des paroles, des promesses, des sourires, des baisers et des restaurants qu’il y parviendra. “Tu peux parler sans craindre mes moqueries.” Parce que c’est ce que l’on fait dans un couple. On se parle, on se chamaille, on rit, au pire, on se dispute. Mais la moquerie n’a jamais lieu. A moins d’avoir une bonne raison. Il se met à triturer la serviette. Perdu dans ses réflexions. Il cherche. A quel moment il a pu la dénigrer. A quel moment il a pu se moquer. La révélation n’arrive pas. Parce qu'il n'y en a pas. “Ca n’est pas abouti, c’est même sans doute irréalisable.. Le Professeur sait parce que, quand tu m’as dis que tu ne reviendrais jamais, il n’a perçu que cela de positif.” Il hoche la tête. Donc, l’idée de son projet mystérieux lui est venu quand ils se sont séparés. Quand il l’a repoussée. Elle a alors pu penser à son avenir et à ce qu’elle voulait faire, plus tard. Ils ont profité tous les deux de cette séparation pour faire le point. Pour imaginer la vie sans l’autre. Pour se projeter dans un futur proche. “Un orphelinat. Ou un centre social. Un endroit où tous les enfants différents pourraient profiter des mêmes chances, ceux qui ont une mutation active avant l’âge d’étudier à l’institut ou.. des jeunes comme Sterling, qui ont besoin d’aide, qui ont besoin d’une famille..” L’idée est bonne. L’idée est parfaite. Et elle ose encore dire qu’elle n’est pas attentionnée, qu’elle n’est pas altruiste, qu’elle n’a pas changé ? Elle ose encore en douter, alors que son comportement crie le contraire ? Comment fait-elle pour être aussi aveugle ?  Les preuves sont juste sous son nez. Juste là, devant elle, à agiter les bras, à hurler pour qu’elle les entende. Mais non. Rien n’y fait. “Excellente idée…” Il souffle son avis. D’une voix douce. D’un murmure léger. Comme s’il ne voulait pas rompre ce moment en intervenant trop tôt dans la conversation. Elle s’ouvre à lui. Il ne veut pas la stopper dans son élan. Il ne veut pas la refroidir. Chaque révélation est précieuse. Un cadeau qu’elle lui consent. Un privilège qu’elle lui fait.

Si on élevait tous les gamins perdus ensembles, les mutants et les non-mutants.. ils n’auraient plus peur. Ils seraient tous différents, au même titre, pas parce qu’un serait autiste et l’autre porteur du gène x.” Elle a tout compris. Ca a toujours été l’objectif du Professeur. Faciliter la cohabitation. Développer ce vivre ensemble qui lui est si cher. En habituant les plus jeunes à se côtoyer le plus tôt possible, ils seront plus tolérants, ils seront plus ouverts. Il ne sera alors plus question de cette tolérance, justement, mais d’une normalité. Elle a parfaitement compris la situation. Elle a trouvé la solution parfaite pour éduquer une génération future unie. Mutant et non-mutant. Homo sapiens et Homo superior, ensemble. Elle, qui était si froide à l’encontre de ces simples humains, espère leur offrir un hébergement, un accompagnement. “Je sais, c’est idiot.” En fait, le vrai problème est son manque de confiance en elle. Sa modestie maladive, également. Elle est incapable d’assumer ses projets devant quelqu’un dont l’avis compte. Si elle l’exposait à une personne antipathique, elle se ferait un devoir de le défendre et de l’argumenter. Là, ce n’est pas le cas. “Ne dis pas ça, ce n’est pas du tout idiot !” Le regard de Bobby se perd dans le décor. Ses pensées, elles, sont noyées dans les réflexions. Noyées dans le projet si ambitieux et incroyable de Snow. Ce projet est parfaitement réalisable. Bien sûr, il nécessite une structure organisée, avec des équipes de spécialistes et un personnel formé à la gestion des pouvoirs. Mais elle pourrait voir son rêve se concrétiser. Elle pourrait arriver au bout de son ambition. “Tu as déjà pensé à l’étendre à tous les gamins qui auraient des pouvoirs ? Les optimisés de tous les genres. Ils ont aussi besoin d’aide.” Les idées fusent. Les pensées naissent, se multiplient, se mélangent, s’emmêlent, se transforment en paroles. L’idée est brillante. Elle a juste besoin d’être travaillée, alimentée, enrichie. Elle a juste besoin d’être peaufinée. Et Snow pourra se lancer. Elle pourra devenir la gérante d’un établissement novateur et dont ils ont terriblement besoin aujourd’hui. “Est-ce que tu as réfléchi à l’emplacement de l’établissement ? Il faudrait un endroit aussi calme que celui de l’Institut, mais pas trop à l’écart. Ils pourront se mêler aux autres et ne pas se sentir différents.” Il s’emballe. Il s’emballe et il s’en rend compte. Il ferme la bouche brutalement. Il s’est laissé aller. Il a exprimé tout son enthousiasme. Au point de devenir envahissant. Au point de donner son opinion, alors qu’elle ne l’a pas demandé. Au point de s’approprier cette idée, en quelque sorte. Il a un faible sourire d’excuse. Elle a son projet. Il doit le respecter. Il doit lui donner de l’espace. Il doit lui permettre de respirer. Ils viennent à peine de se retrouver. Ce n’est pas le moment de l’étouffer. Ce n’est pas le moment d’être omniprésent. Ce n’est pas le moment de reproduire la même faute qu’avec Malicia. “Je suis désolé, je ne voulais pas… désolé.” Il expulse un soupir. Il n’arrive pas à rester à sa place. Il n’arrive pas à se cantonner à son rôle. Il faut toujours qu’il empiète sur les plates bandes des autres. Un peu trop envahissant. Un peu trop insistant. Un peu trop étouffant.


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Est-ce que Jeremiah Rosebury va bien ? Elle ne saurait vraiment le dire. Elle aimait à croire qu’il était parvenu à oublier mais le fait est qu’elle n’avait aucune preuve, qu’elle n’avait que quelques photographies volées et, pire, elle ne pouvait nier la réalité de la souffrance cumulée : si il revenait trois fois par an, c’est que son coeur restait fêlé. « Il n’a jamais eu d’autre enfant. Il n’est pas malade. J’imagine donc que ça va. » Pragmatique. Elle n’a pas le discours de quelqu’un qui s’est déplacé pour une rencontre, qui a renoué quoique ce soit. Elle est la distante observatrice d’un passé qui restera à jamais hors de portée. Snow aurait aimé être assez forte pour aller le voir, pour franchir le pas - ça n’est pas le cas. Elle préfère envisager qu’il la pense morte et faire comme si tel était le cas. Pourquoi la meurtrière devrait survivre, après tout ? « Il ne va plus à l’Eglise. » Ce qui expliquait l’absence de cierge à l’intention de son père. Les Rosebury, connus pour leur Foi, l’avaient perdue. Prudence tentait de s’y raccrocher, tant bien que mal, en lisant cette foutue Bible qui l’ennuyait ou en essayant de se souvenir de quelques prières. Rien n’y faisait. Elle ne gardait que les sermons en tête, que le négatif de chacun de ses actes.

Communiquer est compliqué. Communiquer reste un défi. Ca n’est pas qu’elle s’y refuse, c’est qu’elle ignore comment faire, comment nouer une relation d’entière confiance sans prendre trop de place. Bobby a un quotidien chargé et, en fin de compte, elle ne lui confiait ses pensées qu’à cette séance de dix-huit heures. Le reste du temps, elle offrait de la tendresse de façon tactile, sans trop savoir comment aborder l’avenir. Peut-être ne réalisait-elle pas encore que leur couple pourrait durer quelques années. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle devait réprimer son envie de construire les choses trop vite, sans certitudes. Bobby avait besoin de certitudes. « Ne dis pas ça, ce n’est pas du tout idiot ! » Elle a baissé le regard. C’était idiot parce que ça n’était pas à elle de construire un tel endroit. Elle n’était pas légitime pour prôner un idéal de tolérance quand elle pouvait en manquer cruellement. Par dessus tout, elle était bien trop jeune pour imaginer le concrétiser, quand bien même la fortune de sa famille le lui permette. « Tu as déjà pensé à l’étendre à tous les gamins qui auraient des pouvoirs ? Les optimisés de tous les genres. Ils ont aussi besoin d’aide. » Il est enthousiaste. Il est réellement enthousiaste. Ca n’est pas de la politesse ou de la simple gentillesse. Il ne fait pas semblant de se montrer intéressé. Il y croit vraiment. Et lorsqu’elle repose les yeux dans ceux de Bobby, c’est pour répondre avec une certaine timidité. « Oui.. aux jeunes dont les parents sont absents ou n’ont pas les moyens de les élever, également. » Ce qui ferait énormément de monde, de paramètres et de possibilités. Il faudrait faire des choix, à un moment ou un autre, toutefois elle ne comptait pas vraiment voir un établissement pareil ouvrir ses portes. C’était impossible.

« Est-ce que tu as réfléchi à l’emplacement de l’établissement ? Il faudrait un endroit aussi calme que celui de l’Institut, mais pas trop à l’écart. Ils pourront se mêler aux autres et ne pas se sentir différents. » Un sourire s’esquisse sur les lèvres de la jeune femme qui ne répond pas immédiatement. Elle reprochait à l’Institut son isolement, sa situation certes sublime mais à l’écart du monde au sein duquel ils voulaient tous faire évoluer les gamins par la suite. C’était un peu comme élever des animaux en captivité et les relâcher dans la nature ; le succès n’était pas garanti. La X-Mansion était une solution mais ne représentait pas son idéal. Le psychologue s’excuse et elle ne comprend pas pour quelle raison. Elle allait lui poser la question lorsqu’un serveur leur a demandé ce qu’ils désiraient. Les plats sont commandés, poliment. Ils sont déjà sympathiques de les recevoir, inutile de faire sentir la gêne qui s’est glissée entre eux.

Finalement, elle s’est levée, elle a contourné la table pour venir voler un baiser plein de cet amour inconditionnel qu’elle avait du mal à lui transmettre depuis son retour. Cette fois, elle y parvient, il n’y a ni la peur ni la réserve, seulement ses sentiments. Le froid qui résulte de l’échange créer une fine buée qui s’évapore aussitôt le souffle retrouvé et elle offre contre sa bouche un sourire. Lorsqu’elle retrouve sa place, ça n’est que pour mieux prendre sa main, nouer ses doigts aux siens. « Cesse de croire que tu n’as pas ta place dans mon avenir, Bobby. » Le ton reste calme, apaisant. Elle veut qu’il comprenne qu’elle n’est pas Malicia, qu’elle ne peut pas lui reprocher de l’étouffer de sa bienveillance parce qu’elles sont différentes, là où l’une avait besoin d’espace, Prudence manquait si cruellement d’affection qu’elle avait besoin de le sentir proche, impliqué, présent à chaque seconde de sa vie. « J’aurais voulu.. j’aurais voulu qu’on fasse ça ensemble. Que ce soit notre projet mais.. à quoi bon ? Il n’y a pas un endroit dans le monde qui soit suffisamment tolérant pour accepter un établissement ouvert sur la société et composé d’exceptions multiples. » Un lieu qui rassemble autant de mutants et optimisés que de gamins normaux, abandonnés ou malades. Le gouvernement aurait forcément une fâcheuse tendance à y mettre son nez. « Bien sûr que j’aimerais pouvoir ouvrir un refuge pour tous ceux qui en ressentent le besoin, donner à des enfants un endroit où se sentir en sécurité après les cours mais je ne suis pas recensée et je n’ai aucune formation en psychologie. Ca n’est pas mon domaine. » Il fallait forcément être formée, avoir les notions nécessaires pour gérer des jeunes en difficulté, atteints de troubles divers. Il fallait qu’on lui fasse confiance et pour cela, il fallait une montagne de diplômes. Pour l’heure, elle ne voyait pas de solution rapide alors elle se concentrait simplement sur le droit, une voie qui l’aiderait dans tous les cas, quelque soit sa décision. « Tu ne veux pas juste.. juste être toi-même ? Pourquoi toute cette retenue, cette réserve ? » Elle sent bien qu’il est toujours méfiant, pas envers elle mais contre lui-même, comme s’il s’interdisait tout enthousiasme, toute liberté, toute décision hâtive. « Est-ce que tu penses que je ne t’aime pas.. ? » Il faut qu’elle sache, qu’elle comprenne ce qu’il se passe dans sa tête.

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Il ne va plus à l’Eglise.” Tout comme elle. Les Rosebury ont, semble-t-il, perdu leur foi. Qui pourrait leur en vouloir ? Sûrement pas Bobby pour qui la religion est un moyen de se rassurer et de se décharger. Pour qui croire en une force divine est se soustraire à la responsabilité de ses décisions. Dans leur monde où des dieux peuvent se promener dans la rue au milieu des mortels, il est impossible qu’une divinité barbue les surveille du haut d’un nuage. Esprit terre-à-terre qui ne l’empêche pas de comprendre ou du moins, d’essayer. Si les gens ont besoin d’être rassurés par une simple croyance, cela ne fait de mal à personne. Les doigts triturent la serviette. Le regard est perdu dans le vague. Elle ne sait pas vraiment si son père va bien. Elle ne sait pas vraiment ce qu’il est devenu. Alors qu’elle pousse Bobby dans les bras de ses parents. Alors qu’elle tente de le convaincre que la famille est importante. Mais pour elle, sa famille ne l’est pas ? Certes, ils lui ont tourné le dos. Ils l’ont transformée en un monstre. Ils l’ont repoussée. Pour autant, cet homme est son père. Elle devrait aller le voir. Elle devrait s’en rapprocher. Juste assez pour lui demander pardon. Après, elle ne sera plus obligée de le revoir. Comme avec Mystique, finalement. Snow y a trouvé un certain réconfort. Et même si cela déplaît à Bobby (bon sang que ça lui déplait), c’est probablement la meilleure chose qu’elle puisse faire pour avancer. Il abandonne la serviette. “Tu devrais aller le voir.” Le dire lui fait mal. Il se doute que le père ne sera pas réceptif ou accueillant. Il se doute que le père aura une réaction violente et choquante. Il se doute que Snow sera égratignée, blessée, brisée par cette rencontre. Il se doute que ça ne sera pas de tout repos. Pourtant, a-t-elle le choix ? Quand elle se rendra compte que tout le monde lui pardonne et qu’elle est la seule à regretter ses gestes, elle réalisera qu’elle peut arrêter. Arrêter de s’en vouloir. Arrêter de ne pas vivre. Arrêter de regarder en arrière. Personne n’a dit que le chemin du Pardon est facile. Personne n’a dit qu’obtenir la grâce des autres se fait rapidement. Il faut se battre pour l’obtenir. Il faut souffrir pour l’avoir. Il faut le mériter pour y arriver. Bobby sait déjà qu’il sera là. Qu’il ne la laissera pas faire ce pas toute seule. Qu’il lui tiendra la main. Qu’il se tiendra dans son dos. Qu’il veillera à ce que le père et la fille ne s’abîment pas trop. Il sera là. Elle ne sera pas seule pour remonter dans le temps. Elle ne sera pas seule pour rencontrer son père. Elle ne sera pas seule.

Il s’excuse. Après tout, il prend de la place. Beaucoup de place. Et comme si ce n’était pas assez, il vole son projet pour le faire sien, pour le nourrir de ses idées. A croire qu’il n’a déjà pas assez. A croire qu’elle ne lui donne pas assez. Pour qu’ils survivent, ils doivent se trouver des activités séparées. Ils doivent avoir leur moment loin l’un de l’autre. Ils doivent apprendre à s’éloigner pour mieux se retrouver. Sinon, il y a risque d’asphyxie. Il y a risque de rupture. Il suit Snow du regard. Intrigué et inquiet. Inquiet à l’idée qu’elle quitte le restaurant. Inquiet qu’elle le juge trop présent. Il doute. A chaque fois. De ne pas faire assez. De dire trop. Il doute. Il n’est pas vraiment le modèle de petit-ami parfait. Toutes ses relations se sont interrompues brutalement. Même avec Snow. Il pourrait reproduire les mêmes erreurs qu’il ne s’en rendrait pas compte. Seuls ses parents peuvent être pris en exemple. Et encore. Ils sont issus d’une génération où l’on se rencontre au lycée et où on ne se quitte plus. Il n’a même pas la certitude qu’il y ait encore de l’amour entre eux. De l'affection, tout au plus. De l'amitié, sûrement. Mais plus d’amour. Snow ne poursuit pas son chemin jusqu’à la porte. Elle ne traverse pas la salle. Elle ne l’abandonne pas face à ses doutes. Non. Elle vient l’embrasser. Elle vient lui prouver tout son amour. Un baiser dans lequel il se perd, tant les sentiments l’enivrent. Elle ne le rejette pas. Au contraire. “Cesse de croire que tu n’as pas ta place dans mon avenir, Bobby.” Il est devenu défaitiste sur ce point. Depuis qu’il sait qu’on peut rompre en quelques secondes. Depuis qu’il sait que les sentiments, les peurs, les questionnements ne se maîtrisent pas. Depuis qu’il sait qu’il peut faiblir devant la pression. Il esquisse un sourire, malgré tout. Un sourire teinté de tristesse. Il n’est pas convaincu d’avoir une place dans son avenir. Il y a tellement de ‘si’. Il y a tellement de possibilités. Et puis, si ce ne sont pas eux qui se déchirent et se séparent, ce sera peut-être l’extérieur qui s’immiscera entre eux. “Tu n’as peur que je te brise de nouveau le coeur ?” Il la fait une première fois. Il pourrait récidiver. Il pourrait continuer. Inlassablement. Il ne l’espère pas. Mais si il en a été capable une fois, pourquoi pas deux ? Pourquoi pas trois ? Il ignore où elle puise sa confiance en lui. Il ignore comment elle fait pour passer outre. Peu importe la manière, elle y arrive. Pas lui. Il a promis de ne plus recommencer. Il a promis de la rendre heureuse. Il a promis de la protéger. Pourtant, il ne se fait plus confiance. Il se sait influençable. Il se sait manipulable. Et si un jour, il plie de nouveau face aux critiques et aux sentiments des autres ?

La vie de couple avec Malicia avait quelque chose de plus sûr, de plus tangible, de plus facile. Ils étaient ensemble depuis tellement d’années. Les événements les avaient rapprochés. Avec Snow, tout est plus difficile. Tout est plus fragile. Il ne se l’explique pas. Il ne comprend pas la raison. C’est cette fragilité qui rend leur relation encore plus belle, encore plus chère. “J’aurais voulu.. j’aurais voulu qu’on fasse ça ensemble. Que ce soit notre projet mais.. à quoi bon ? Il n’y a pas un endroit dans le monde qui soit suffisamment tolérant pour accepter un établissement ouvert sur la société et composé d’exceptions multiples.” Le défaitisme doit être un trait commun. Lui en l'amour. Elle en l’avenir. Pourtant, il espère qu’un futur meilleur les attend au tournant. Un futur qui se construira sûrement sur les morts qui vont venir. Un futur qui sera plus propice à la cohabitation. Un futur où ils pourront vraiment s’imaginer en tant que parents. Un futur où son établissement pourra ouvrir. En tout cas, il se battra pour avoir ce futur. Il se donnera les moyens pour offrir un avenir joyeux à Snow et à tous les gamins de la X-Mansion. C’est ce que devrait faire chaque adulte de l’Institut. C’est ce qu’ils devraient tous faire. Mutant ou non. “Bien sûr que j’aimerais pouvoir ouvrir un refuge pour tous ceux qui en ressentent le besoin, donner à des enfants un endroit où se sentir en sécurité après les cours mais je ne suis pas recensée et je n’ai aucune formation en psychologie. Ca n’est pas mon domaine.” Il hausse les épaules. Si le Professeur s’était résigné face à tant de détails, il n’aurait jamais ouvert les portes de son manoir. Il n’aurait jamais accueilli des centaines d’enfants perdus. Ils ne seraient pas là, à discuter. La question du recensement sera réglée dans quelques années, quand le gouvernement s’apercevra qu’il est inutile. Les connaissances psychologiques poussées ne sont pas nécessaires si elle s'entoure intelligemment avec du personnel compétent. Son refuge est réalisable. Elle doit juste s’en donner les moyens. “Tu oublies tous ces livres de psychologie que tu lis. Tu as les connaissances de base. Et un établissement pareil a besoin d’une personne pour le gérer, en dehors des aspects psychologiques.” Elle a déjà les moyens financiers. Des moyens qui ne sont pas négligeables. Elle pourra employer des personnes compétentes. Elle pourra donner les outils à ces personnes d’aider les enfants. Elle pourra leur offrir une belle infrastructure où évoluer, apprendre, grandir.

Il est confiant. Son idée peut se réaliser. Avec ou sans lui. Il suivra l’avancée de loin. Il l’aidera si elle le demande. Il ne jouera pas les gars collants et imposants. Il a lui-même des projets. Enfin, il en avait. Jusqu’à ce qu’il se remette avec Snow. Jusqu’à ce qu’elle lui parle de son ambition. Il rêvait de partir s’installer ailleurs. L’idéal aurait été dans une ville moyenne. Il aurait ouvert son cabinet et il aurait vécu normalement. Il serait resté présent pour les X-Men, en cas de besoin. Maintenant, il doute. Il doute affreusement. Il est trop tôt pour tout remettre en question. “Tu ne veux pas juste.. juste être toi-même ? Pourquoi toute cette retenue, cette réserve ?” Il plante son regard dans les prunelle de Snow. Des yeux qu’il ne reconnaît pas. Des yeux gris. Ils n’ont rien à voir avec les yeux d’un bleu extraordinaire qu’elle arbore tout le temps. Un camouflage qui lui donne un autre air. Il préfère ses yeux naturels. Il préfère lorsque sa vraie nature est affichée. Il préfère quand elle ne se cache pas. Il n’a qu’une réponse à lui offrir : il a peur. Il est dans la retenue parce qu’il a peur de la faire souffrir, de souffrir lui-même. Il a peur de lui-même. Snow ne sera jamais celle qui le blessera. Elle ne sera jamais celle qui le quittera. Par contre, lui, il pourrait l’être. Il pourrait être la cause de leur chagrin. “Est-ce que tu penses que je ne t’aime pas.. ?” La bouche s’ouvre. Les sons ne sortent pas. Comment peut-elle croire une chose pareille ? Il connaît la réponse. A cause de lui. A cause de son comportement trop en retrait. A cause de ses doutes. A cause de ses peurs. Il pensait réussir à se comporter normalement et ne laisser rien entrevoir. Il se trompait. “C’est tout le problème, Prue. Je sais et je sens que tu m’aimes, mais j’ignore comment te rendre tout ce que tu me donnes.” Il y a tellement d’amour dans tous ses gestes, dans tous ses regards, dans toutes ses paroles, dans toutes ses attentions. Tellement d’amour pour le pardonner et revenir auprès de lui. Il ne sait pas s’il aurait été capable de lui donner son pardon. En fait, si, il sait. Il l’aurait fait. Il ne serait pas passé à côté d’une nouvelle chance d’être heureux. Il n’aurait pas dit non à la possibilité de vivre aux côtés de celle qu’il aime. Mais il lui a brisé le coeur de la pire des manières. Il l’a quittée pour une autre. Il ne s’est pas battu pour garder son couple en état. Une trahison sans nom. Une trahison cruelle. “Je suis persuadé qu’il y a quelqu’un quelque part qui saura mieux t’aimer que moi… et qui saura te le dire.” Il ne lui a pas encore dit. Qu’il l’aime. Qu’il voudrait faire sa vie avec elle. Qu’il espère qu’ils seront heureux jusqu’à la mort. Il ne lui a encore rien dit.

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« Tu devrais aller le voir. » Les yeux gris se sont levés pour rencontrer les perles bleues. Elle aurait aimé lui dire qu’il avait raison, qu’en effet elle allait aller le voir, le lendemain ou la semaine suivante. Elle aurait aimé, oui, mais ça n’était pas le cas. A quoi bon lui faire des promesses qu’elle ne tiendrait pas ? Si elle poussait Bobby à aller vers les Drake, c’est qu’elle ne voulait pas qu’il vive avec les mêmes démons, lui qui avait encore une chance de renouer, de retrouver ce qu’était sa famille. « Pour lui dire quoi ? Navrée de t’avoir arraché la femme de ta vie, sous tes yeux ? » La scène est encore vivace, derrière les prunelles hantées par les remords. Il avait vu la glace envahir la demeure familiale comme si, soudain, l’adolescente était sortie d’un triste conte de fée duquel aucun Prince Charmant n’aurait réchappé. « Navrée d’avoir éliminé ta petite fille chérie, ton rayon de soleil ? » Elle a appuyé sur l’expression. C’était cela, qu’était Tempérance, le rayonnement chaud quand Prudence n’était que la mort, le froid. Un soupir s’extirpe de ses lèvres, sans qu’elle n’ajoute rien à ce sujet. Puis quelque chose s’est éclairé, dans son esprit, une inquiétude soudaine qu’elle a eu besoin d’exprimer. « C’est peut-être un Watcher. » C’est ce qu’était devenue sa petite soeur, c’est ce qu’elle était en tombant de l’immeuble, une mutante tuant d’autres mutants, rien ne garantissait que le premier contact ne soit pas Jeremiah Rosebury. Elle n’avait plus le droit d’être une gamine inconsciente allant vers le pardon à l’aveuglette, parce qu’elle n’était plus vraiment dans une situation légale et tranquille, désormais.

Et ce baiser a été un délice. Elle l’a senti lâcher prise, quelques secondes, sans chercher à réfléchir, à contrôler, sans avoir peur. Un baiser enivrant qui arrache un sourire à la blonde. « Tu n’as pas peur que je te brise de nouveau le coeur ? » Froncement de sourcils tandis qu’elle retourne à sa place. Il lui a souvent dit d’arrêter de se torturer, de tourner ses doutes en boucle et il semblait pourtant qu’il possède le même défaut. Que lui dire sinon qu’elle l’aimait ainsi ? Elle paraît chercher ses mots, pour ne surtout pas l’induire en erreur sur ses sentiments. « J’y ai déjà survécu. » J’y survivrais encore, songe-t-elle. Evidemment qu’elle y survivrait, parce qu’elle n’avait pas le choix, elle serait obligée d’avancer si, du jour au lendemain, il décidait de retourner auprès de Malicia. Sa promesse ne changeait pas, et le sourire doux le lui indiquait : elle l’attendrait autant de temps qu’il le faudrait. Pour l’heure, la brune n’était plus un problème et si ça contrariait énormément de monde, elle se sentait plus en sécurité sans le pouvoir d’absorption vitale comme menace latente. Triste réalité égoïste.

« Tu oublies tous ces livres de psychologie que tu lis. Tu as les connaissances de base. Et un établissement pareil a besoin d’une personne pour le gérer, en dehors des aspects psychologiques. » Pas assez. Elle baisse les yeux, consciente qu’elle était bien trop exigeante, qu’elle ne se laissait plus rien passer, comme si pour rattraper son passé, elle se devait d’engranger toutes les connaissances possibles, comme si elle devait lisser chacun de ses défauts. Et il y avait eu Sterling, qui l’avait poussée malgré lui à étendre le champ de ses lectures à des sujets plus complexes, comme les difficultés liées à l’autisme. Malgré cela, elle n’avait jamais osé poser les questions à Bobby, désireuse de séparer leur couple de la psychologie, pour quelques temps encore ; il y avait bien assez de flou dans leur relation pour ne pas laisser le professionnel empiéter sur l’univers de l’homme. « Tu sais.. j’ignore encore quoi faire de tout ce temps.. » Parce que du temps, elle en avait. Elle ne supportait pas l’inactivité, avec ce besoin compulsif de toujours s’occuper l’esprit, alors les cours, les entraînements et les enfants finissaient toujours par ne plus suffire maintenant qu’elle était prisonnière de la X-Mansion. Elle était capable de travailler sur ses cours des heures entières sans en ressentir la moindre lassitude, trait de caractère sans doute développé à la Confrérie où elle passait la moindre petite minute de libre à apprendre. Elle a toutefois relevé les yeux gris lorsque les plats sont arrivés pour poliment remercier le serveur.

« C’est tout le problème, Prue. Je sais et je sens que tu m’aimes, mais j’ignore comment te rendre tout ce que tu me donnes. » Un sourire est venu fleurir sur les lèvres. Prue, c’est inhabituel. Elle se demande comment elle se reconnait encore dans ce diminutif, ses parents ne l’utilisaient jamais, il n’y avait guère que Tempérance qui s’en servait, elle qui râlait toujours que son prénom ne permettait pas les raccourcis. Prue, dans la bouche du psychologue, c’était presque tendre, presque agréable. « Je suis persuadé qu’il y a quelqu’un quelque part qui saura mieux t’aimer que moi… et qui saura te le dire. » Le sourire devient cette expression amusée si rare sur ses traits, malicieuse à souhait lorsqu’elle lui souffle. « Faut-il que je demande votre main, monsieur Drake, pour taire vos inquiétudes ? » Et Dieu savait qu’elle en était parfaitement capable si cela pouvait apaiser ne serait-ce qu’un peu la peur dans le coeur de Bobby. Elle n’aimait pas le savoir réticent, le sentir tendu ou contrarié. Il se rongeait l’âme à toujours se méfier de lui-même, au lieu de seulement profiter de l’instant. « Je ne veux de personne d’autre, ni aujourd’hui ni demain. Et tu n’as pas besoin de le dire. » Il n’en a pas besoin. Certes, elle se sentait toujours si loin de ce qu’il méritait, de la femme qui le rendrait heureux, qui saurait faire de lui le père de famille qu’il rêvait d’être, qui pourrait lui permettre de partir et d’exister en dehors de sa mutation mais elle n’ignorait pas ses preuves d’affection. Ca n’était peut-être pas l’amour inconditionnel qu’il avait sûrement porté à Malicia mais c’était bien aussi, c’était tendre, c’était passionné, ça leur correspondait. « Tu me le montres très bien. » Inutile d’expliciter le sous-entendu qui se cache derrière lorsqu’elle glisse, mutine, sa cheville contre la sienne. Ca ne dure pas longtemps, parce qu’elle ne tient pas à le rendre mal à l’aise mais il était avec elle toutes ces nuits partagées, il la consolait quand elle avait peur, il la prenait dans ses bras quand elle n’arrivait pas à dormir, il savait l’embrasser comme personne ne l’avait jamais fait auparavant ; il avait sa propre façon de l’aimer et ça la rendait heureuse, au moins le temps que leur bulle existait, jusqu’à ce que la journée reprenne son cours.

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Pour lui dire quoi ? Navrée de t’avoir arraché la femme de ta vie, sous tes yeux ? Navrée d’avoir éliminé ta petite fille chérie, ton rayon de soleil ?” Un simple pardon. Ce serait déjà plus que son père n’a eu ces dernières années. On sous-estime souvent la force d’un mot. Un tout petit mot. Deux syllabes. Un pardon qui peut être fort, selon l’émotion qu’on y met. Selon les regrets qu’on exprime sincèrement. Il sonde son regard devenu gris. Il ignore si ses réponses sont le résultat de l’amertume, de la douleur ou de la culpabilité. Il ignore si elle a seulement peur. Dans tous les cas, elle tourne le dos à son père. Elle tourne le dos à son pardon. Si elle est incapable de faire ce pas en direction de son père, elle ne pourra jamais en faire de même avec elle. Elle ne pourra jamais se pardonner. Il secoue la tête. Il est le seul à voir l’importance de cette rencontre. Il est le seul à imaginer quel bien elle pourrait en retirer. Oui, ce serait source de souffrance, de conflit, de violence. Oui, ce serait revenir sur le passé. Juste pour la dernière fois. Et après, le père et la fille pourront reprendre leur vie. Chacun de leurs côtés. Aussi loin possible l’un de l’autre. Deux sphères qui se repoussent et qui jamais ne se croisent. “C’est peut-être un Watcher.” Raison pourrie. Son père l’est peut-être, oui. Mais c’est aussi risqué de se pointer chez les Drake. Ses voisins pourraient en faire partie. Son propre frère pourrait l’être. Pourtant, ce n’est pas quelque chose qui la bloque. Ce n’est pas un danger qui l’empêche d’envoyer Bobby dans leurs griffes. Peut-être que son père est un Watcher. Peut-être. Là est la nuance. Elle ne peut pas le savoir. Sous prétexte de ne l'ignorer, elle préfère ne pas lui demander pardon ? Au cas où ? Elle choisit la solution de facilité. Mais peut-être qu’elle lui doit ce pardon. Peut-être qu’il en a besoin pour avancer. Peut-être qu’il a besoin de savoir que sa seule fille encore en vie regrette et essaye d’avoir une vie normale. Il n’y a qu’une seule façon de le savoir : le rencontrer. “On sait très bien qu'i ne pourrait pas te faire du mal.” Elle sait se protéger. Elle sait se défendre. Et quand bien même, elle se retrouverait paralysée par le passé, Bobby serait là. A veiller sur elle. A s’assurer que les retrouvailles ne tournent pas en tuerie familiale.“Et je ne te laisserais pas y aller seule.” C’est aussi ça, le rôle qu’il s’est donné. La protéger. Contre lui. Contre les autres. Et même s’il doute encore de sa capacité à ne pas lui briser le coeur, il compte bien empêcher les autres de le faire. Il est vrai qu’elle a déjà survécu au chagrin. En s’accrochant à l’espoir qu’il revienne. On ne peut pas vraiment parler de survivre. Mais c’est assez pour qu’il esquisse un sourire. Elle est forte. Terriblement forte. Elle peut surmonter n’importe quelle épreuve. Elle s’accroche aux ruines de sa vie et elle avance. Il l’a vu faire quand elle a perdu la mémoire. Elle continue encore et encore. “Tu sais.. j’ignore encore quoi faire de tout ce temps..” Il ne peut pas lui proposer de lui servir d’assistante. Les gens ne manqueraient pas de tiquer. Et surtout, il est déjà difficile pour les pensionnaires de se confier à lui seul. Ce le sera encore plus avec deux paires d’yeux pour les fixer. Mais il y a d’autres moyens de s’occuper. Il y a d’autres moyens d’agir.

Ils sont interrompus par l’arrivée du serveur. Les salades sont déposées. Le bon appétit est prononcé. Les voilà prêts à manger. Il n’a pas plus d’appétit que tout à l’heure. Il délaisse la fourchette et le couteau pour le moment. “Et pourquoi pas militer pour les mutants sur Internet ? C’est anonyme et il y a forcément des gens pour t’écouter.” Le risque serait de pencher dans la haine envers les homo sapiens. Mais elle a changé. Elle est prête à leur tendre la main, ce n’est pas pour les assassiner sur Internet. Tout le monde peut se servir de ce médium. Tout le monde peut s’exprimer librement. Enfin, aussi librement que les droits le permettent. Il y a bien des Watchers qui ont leur propre site. Il y a bien des fans de super-héros qui blablatent pendant des heures sur des hommes en collants. Snow pourrait y trouver sa place. Elle a ce sourire dont il a appris à se méfier. Ce sourire qui veut dire qu’elle se moque, qu’elle s’amuse, qu’elle se fait taquine. Il sait d’avance qu’il va se mordre les doigts d’avoir osé dire qu’elle trouverait mieux ailleurs. “Faut-il que je demande votre main, monsieur Drake, pour taire vos inquiétudes ?” Un sourire amusé naît sur ses lèvres. Il lève les yeux au ciel. Okay, il l’a mérité. Il l’a cherché. A trop douter, il en devient ridicule. A trop réfléchir, il s’attire les moqueries de Snow. Mais quand même. Comment pourrait-il la rendre heureuse ? Lui qui a broyé son coeur une première fois. Lui qui n’est jamais aussi présent qu’il devrait l’être. Des questions qu’il laisse en suspens. Il préfère se concentrer sur le moment présent. Sur la tentative de Snow de le rassurer. “Je t’en prie, ma belle-soeur ferait un scandale si elle l'apprenait. Elle me reprocherait de ne pas avoir pris les choses en main.” Snow l’habille correctement et, en plus, elle doit faire la demande en mariage. La femme parfaite pour Bobby. Voire, la femme trop parfaite pour lui. Sa belle-soeur ne manquerait pas de le lui faire remarquer. Sans aucun tact. Elle a une manière si particulière de lui dire qu’elle est heureuse pour lui. Finalement, ils ont presque une relation de frère et de soeur. A se chercher. A se chamailler. A s’envoyer des piques. “Je ne veux de personne d’autre, ni aujourd’hui ni demain. Et tu n’as pas besoin de le dire.” Le sourire se ternit. Il n’est pas d’accord. Il doit le lui dire. Il doit lui dire qu’il l’aime. Sinon, comment croire ses sentiments, si il est incapable de mettre les mots dessus ? Il ne lui dit pas qu'il l'aime, mais il le pense, il le ressent. Le temps fera le reste. La cicatrisation d’un coeur encore fragile l’aidera. Dans quelques jours. Dans quelques mois. Il ne peut pas le savoir, mais il le lui dira. Il prononcera le tant voulu “je t’aime”. “Je te le dirai.” Et quand ça sera fait, ils pourront vraiment s’interroger sur l’avenir. Ils pourront vraiment se projeter. Ils pourront vraiment avancer ensemble.

Il s'extrait du sérieux de la conversation en attrapant ses couverts. On est loin du burger de leur premier restaurant (ou fast food) en tête-à-tête. Il devrait quand même s’en sortir avec deux feuilles de salade. C’est dans ses cordes. Se prendre une barre dans l’abdomen est deux fois plus difficile que de grignoter une salade, qu’on se le dise. “Tu me le montres très bien.” La fourchette s’arrête à mi-chemin entre sa bouche et l’assiette. Le regard descend sous la table. Qu’est-ce… ? Il n’a pas rêvé. Il y a bien eu un truc. Un pied qui l’a frôlé. Il reporte son regard sur Snow. Elle a encore cette malice dans le regard. Même le gris des lentilles ne permet pas de la cacher. Il a un sourire en coin. “Fais gaffe, on pourrait finir mariés plus rapidement que tu ne le penses, si tu continues.” Ca ne la dérangerait sûrement pas qu’ils se fiancent tout de suite, cela dit. Elle qui était prête à l’attendre jusqu’à la mort. Elle qui lui a tout pardonné. Le mariage est sûrement la chose qu’elle attend. La concrétisation de son attente, de sa patience, de son pardon. Malgré ça, il ne se sent pas oppressé. Il ne se sent pas pressé. Elle attendra, il le sait. Et finalement, ils ont peut-être besoin de cette lenteur tous les deux. Ils ont besoin de temps pour s’apprivoiser, pour apprendre à vivre ensemble. Pour être sûrs qu’ils ne font pas une erreur. Pour s’assurer qu’il n’y aura pas de coeur brisé dans le lot. “Est-ce qu'après, tu veux qu'on aille au cinéma, au parc ou quelque part ailleurs ?” Ils sont là uniquement parce qu’elle étouffait. Parce qu’elle souffrait d’une claustrophobie soudaine. Sa soif de liberté n’est peut-être pas repue avec une simple salade. Alors, ils pourraient en profiter pour faire des choses normales. Pour avoir une vie normale. Pour agir comme un couple. Ce serait avec joie qu’il le ferait. S’il n’y avait pas le risque d’un contrôle. S’il n’y avait pas les Registration Acts. Il la suivra, quoi qu’elle décide. Même s’il préférerait qu’elle choisisse la voie la plus sûre : rentrer à l’Institut.

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Jeremiah lui ferait-il du mal ? Fut un temps, l’on aurait juré que non, mais à cette même époque, on aurait parié que la tête blonde qu’était Prudence ne serait jamais une vilaine fille. Elle est toutefois touchée par sa volonté de ne pas la laisser seule affronter son passé, de ne pas l’abandonner aux griffes de reproches qui, malgré tout, pourraient très bien la tuer. Les yeux baissés sur sa salade composée, elle n’a pas su lui donner de réponse. Pas encore. Elle n’était pas prête à ça, à sortir de sa rancoeur pour demander ce pardon qui ne s’extirperait peut-être jamais de ses lèvres. Rosebury était encore un nom auquel elle peinait à survivre, auquel elle était accrochée, enchaînée telle une prisonnière. « Où est donc passé mon bad boy.. ? » Le souvenir est presque doux. D’une certaine manière, Bobby avait rencontré sa famille, en une seule incarnation : Faith. Et le terrible duo qu’ils ont formé lui a rappelé combien elle avait besoin de rester à distance, de ne plus retomber dans ses travers, dans cette violence latente. Il avait joué le jeu du mutant dangereux et l’éclat dans son regard rappelle cette drôle d’attraction éprouvée, sur le coup. Je suis condamnable.. n’est-ce pas.. ? Les paroles, les gestes, ça lui revient en vague de tendresse, ça lui arrache un sourire un peu rêveur, tellement lointain. Ils étaient bien à San Francisco, ils étaient ensemble, loin de la violence et des obligations. Ils chassaient des traumatismes et pourtant, elle ne pensait pas avoir été plus heureuse qu’en partageant un semblant de quotidien dans ses bras. Quelque chose d’elle-même s’est perdu au moment où elle a décidé de ne pas se recenser, de ne pas être libre de ses mouvements pour être seulement libre de ses choix. Quelque chose était en train d’étouffer, la ramenant sans cesse en arrière. « .. San Francisco me manque.. » Elle en a longtemps rejeté la chaleur écrasante et pourtant l’immensité de la ville laissait un vide, les souvenirs perturbés de leur voyage paraissaient toujours mieux que le confinement, que partager une chambre de temps en temps. Ils reproduisaient pourtant le schéma : la crise, les retrouvailles, le repas au restaurant, mais toutes les saveurs sont ternies par une société faite d’intolérants, de milliers de copies des Rosebury, de leurs préceptes, de leur regard effrayé parce que quelqu’un a la peau plus foncée ou possède une mutation, dangereuse ou non.

« Et pourquoi pas militer pour les mutants sur Internet ? C’est anonyme et il y a forcément des gens pour t’écouter. » Les billes se relèvent, cette fois le sourire est plus sceptique. Il l’avait vue de nombreuses fois sur l’ordinateur, ou du moins avait-il croisé la machine sur son bureau, dont la modernité ne représentait pas pour elle la douceur d’un livre. Quand bien même, là n’était pas le problème. « Je ne veux pas être cela. Je ne veux plus.. » Elle ne veut plus parce qu’elle connait le risque, elle sait qu’elle peut se noyer dans les excès, retrouver le chemin d’un rejet, d’une manière ou d’une autre. « Si Hyperion est parti, c’est ma faute. Et je ne le regrette pas, il est mieux où il est mais.. pas d’engagements, d’accord ? Le jour où j’engagerai mes pensées, ça ne sera pas anonyme. Ca ne sera ni un écran ni un pseudonyme, pas d’Enola ou de Snow. » Prudence finirait peut-être par exister, elle avait peut-être un jour une consistance, une existence palpable, sociale, en dehors des bras de Bobby. D’ici là, elle serait sans doute très différente, et pour agir, il fallait choisir ses mots avec soin. « Quand ces foutues lois me seront aussi familières que le grain de ta peau, je pourrais me permettre de négocier avec la bêtise humaine. » Elle n’a pas précisé, elle n’a accusé ni l’Homo Sapiens ni le Superior, simplement l’Humanité toute entière. Maintenant, il savait ce qui se trouvait dans sa tête, pourquoi elle se donnait tant de mal, pourquoi elle se torturait de la sorte, pourquoi elle restait sagement cloîtrée à l’Institut au lieu de retrouver l’ombre de ses vieux démons. Snow avait certes renoué avec Mystique et Tadeusz, elle ne retournerait jamais auprès de la Confrérie parce qu’elle avait choisi son arme : la légalité, les failles, les vides juridiques. Le psychologue soignait l’âme, aidait à s’accepter, elle voulait autre chose, elle voulait aller plus loin. Elle avait retrouvé le chemin perdu, pas seulement devenir profiler comme elle l’avait supposé en croisant ses vieux bouquins, simplement contrer les attaques par un large savoir. Si ça devait lui prendre des décennies, tant pis, son impatience se plierait au nécessaire. Elle ne voulait pas être dépourvue de tout ce qu’il fallait connaître pour entrer dans ce débat sans fin, et si elle ouvrait un jour un établissement, le droit serait autant un appui que la lecture des comportements.

Et le sérieux s’est envolé, enfin. Le sourire amusé de Bobby est rafraichissant, il est tout ce qu’elle demande, tout ce qu’elle veut voir, parce que pour une fois il n’est plus noyé de doutes, de questions, d’angoisses insurmontables. « Je t’en prie, ma belle-soeur ferait un scandale si elle l'apprenait. Elle me reprocherait de ne pas avoir pris les choses en main. » Elle a ri de bon coeur. Sa belle-soeur, oui. C’était une femme sympathique, tellement loin de ce qu’elle aurait imaginé entre les Drake dont la tolérance était l’équivalent d’un petit pois, comment supportait-elle tout cela ? Mais derrière l’ombre de cette famille, il y avait toujours dans sa mémoire les grands yeux de la petite Jade, cette princesse à qui elle avait fait ses adieux lorsque la rupture avait été effective ; elle s’était faite à l’idée de ne plus revoir aucun d’entre eux, jamais, sans explication, sans dernier câlin aux enfants. Il n’y avait plus de palais, ni pour Sterling ni pour les autres. Et il lui promet de lui dire qu’il l’aime, faisant monter le rose à ses joues. Elle ne sait plus où poser son regard, ni quoi dire, ni quoi faire. La solution évidente devient le flirt, cette cheville rencontrée, taquinée furtivement. La fourchette du psychologue ne termine pas sa course, restant en suspend entre le plat et les lèvres, tandis que le sourire de la blonde reste en coin, plein de malice. « Fais gaffe, on pourrait finir mariés plus rapidement que tu ne le penses, si tu continues. » C’est amusant. Ca lui plaît. Sa façon si naturelle et détendue de lui répondre lui plaît, c’est une facette de sa personnalité trop rare, qu’il enterre derrière le sérieux et la méfiance. « Tu n’oseras jamais ! » Ca n’est pas un reproche, c’est ce qui lui semble une évidence amusante. A cela, elle a renoncé aussi, et ça ne la fait plus souffrir, ça ne compte plus. Bien sûr, qu’elle accepterait, qu’elle ferait tout pour le rendre heureux mais ça n’arriverait sans doute jamais et ça n’était pas grave ; tout ce qu’elle voulait, c’était une place dans sa vie, celle qu’il voudrait bien lui donner. Quoiqu’il en soit, elle entame enfin sa salade, retrouvant presque celle qu’elle était autrefois, à la différence qu’elle n’était pas avec un homme qui la violentait, la dominait ou s’en servait comme d’une poupée.

« Est-ce qu'après, tu veux qu'on aille au cinéma, au parc ou quelque part ailleurs ? » Ca ne lui était jamais arrivé. Elle ne se rappelait pas d’une seule fois où ce genre de phrase lui avait été adressé, parce qu’elle n’avait pas vraiment eu d’adolescence normale, elle était devenue Snow Queen avant de goûter à une relation classique, à une amourette, et les hommes de sa vie étaient de ceux qui repéraient ses failles, les utilisaient - voire l’utilisaient elle, tout simplement. « Est-ce que tu es en train de me proposer un rancard ? » Ils avaient tout fait à l’envers, si bien qu’elle réalisait qu’avec lui non plus, il n’y avait pas eu le traditionnel dîner aux chandelles ou les sorties pour apprendre à se connaître. Elle avait commencé par vouloir le tuer, ça n’aidait pas. « Serions-nous donc un couple normal ? Comment tu vas faire, si tu ne peux pas me ramener chez mes parents pour voler un baiser devant la porte d’entrée ? » Elle prend cet air faussement outré, comme s’il était parfaitement scandaleux de ne pas avoir commencé par là, comme si ces normes sociales étaient devenues brusquement essentielles, libérée du tragique de l’extérieur pour quelques heures encore. La bulle autour d’eux semblait se reformer, donner enfin quelque chose d’à peu près stable et évident. « On a peut-être raté une occasion dans ta chambre d’ado.. » Oh la vilaine fille. Oh la vilaine petite moqueuse qui retrouve le contact de sa cheville, l’air de rien, en glissant la fourchette entre ses lèvres. Alors, serait-ce donc un vrai rancard ?

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(Icesnow#11) ◊ « Love covers over a multitude of sins. »

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