Partagez | .
 

 Alan T. Underwood

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant


not affiliated • leave me alone
avatar
MESSAGES : 340
it's a revolution, i suppose
not affiliated • leave me alone
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t2258-jeremiah-sterling-judi
MessageSujet: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 19:08
Alan T. Underwood
Ne montre jamais tes failles, elles disparaîtront. Un jour.


identité
Nom et Prénom : Alan T. Underwood Alias : Il en a terriblement honte mais il s'est fait appeler « l'étalon » depuis quelques mois, surtout quand il exerce son activité bis... C'est kitch mais c'est vendeur... Sinon il n'a pas spécialement de surnom. Certains l'ont souvent appelé "Al" mais il n'est pas particulièrement fan. Son grand-père a tendance à l'appeler "La grosse mule" quand ils sont en désaccord. Âge : 31 ans. Lieu de naissance & nationalité : Frenchburg, Kentucky, États-Unis. & Américain Métier : Il travaille actuellement comme agent de sécurité chez Oscorp industries & Il se prostitue Statut civil : Célibataire. Orientation sexuelle : Homosexuel. Il lui arrive toutefois de coucher avec des femmes, moyennant finances bien entendu. Particularités : Alan est un jeune homme somme toute ordinaire, en dépit de son mauvais caractère et de sa forte tendance à céder à des crises de colère. Il est impulsif et parfois intolérant quant aux faiblesses des autres. Lui déteste parler de ce qu'il peut ressentir, ce qui le rend un peu "ours" parfois. En général, il est du genre à esquiver les conversations gênantes, verbalement ou s'en allant et en revenant plus tard. Il n'aime pas être acculé, ça lui fait perdre ses moyens et son assurance. Il passe beaucoup de temps à marcher et à sortir pour rester le moins de temps chez lui.

En dépit du fait qu'il n'ait jamais appris à tirer ou combattre, il sait utiliser un fusil et ses poings, et ça lui suffit largement. Il est habile de ses mains et pas trop con. Ah si, il ne sait pas nager. Même s'il n'est pas terrifié à l'idée de passer sur une passerelle ou près d'un lac... Affiliation : Il n'y a pas un groupe pour les gros cons avec un bon fond ? Non ? Alors, jetez-moi dans les Neutres...

interview
ÊTES-VOUS POUR OU CONTRE LA LOI DE RECENSEMENT DES MUTANTS ? POURQUOI ? SI VOUS ÊTES UN MUTANT, AVEZ-VOUS DÉCIDÉ DE VOUS RECENSER ?  Alan est totalement contre cette loi pour plusieurs raisons. D'abord, elle a été votée pour de mauvaises raisons et profitant d'une émotion générale intense. Ensuite, elle ne peut que porter préjudice aux mutants. Il est persuadé qu'elle n'aidera pas au rétablissement d'un sentiment de sécurité et à la fraternité des hommes et qu'à un moment ou un autre, des personnes mal intentionnées s'en serviront pour causer à nouveau du tort aux mutants...
Pensez-vous que les Superhéros soient une bonne chose ? Oui... non... Il n'a pas vraiment d'opinion sur la chose car il considère les super-héros comme un phénomène local en fait... D'autant plus qu'ils s'accordent parfois des droits au-delà des lois, et il craint que ce soit dangereux. Mais ils agissent pour le bien commun et il est persuadé qu'ils pensent défendre les valeurs auxquelles lui tient, donc il les accepte même s'il n'est pas leur fan numéro un.
Qu'est-ce qui vous a poussé à combattre le crime / faire le mal ? Combattre le crime, très peu pour lui ! Jusqu'à cette année, Alan s'occupait surtout de ses affaires. Il ne cherche pas à sauver la veuve et l'orphelin, et en échange, il attend qu'on lui foute la paix. Il a toujours eu l'habitude de régler ses problèmes lui-même. Récemment, il a bien conscience qu'il n'est pas un grand modèle de perfection mais il s'en fout... Tant qu'il ne cause de tort à personne et qu'on ne vient pas lui en chercher...  
Quand vous avez découvert que vous étiez un mutant, comment avez-vous réagi ? Et vos proches, sont-ils au courant ? xxx
Dans quelles circonstances avez-vous obtenu vos pouvoirs ? xxx
Qui connaît votre véritable identité ? Comment faites-vous pour la cacher ? La seule activité qu'Alan veuille cacher est celle de gigolo. Il se contente d'être relativement discret et de ne pas le crier sur les toits. En général, il fonctionne par petites annonces mais il lui arrive aussi de lever dans des bars de temps à autres. Il ne donne évidemment jamais son vrai nom donc soit il utilise ce stupide surnom, soit il invente un prénom sur le moment. Évidemment, ses parents ne sont pas au courant, ni ses amis.
Êtes-vous satisfait de la profession que vous effectuez actuellement ? Absolument pas. Alan était responsable éditorial pour un magazine spécialisé dans les arts graphiques. Il a perdu son emploi en début d'année, ses bien ont été saisis et il a maintenant trouvé un travail chez Oscorp comme membre de la sécurité. Ils ont bien sur ses antécédents mais ils n'ont pas été un obstacle. Il faut dire que ce n'est pas un poste à responsabilités, à part faire des rondes by night, et surveiller l'entrée... il ne fait pas grand chose.



irl
Pseudo/âge/sexe (f ou m) ; Jer / … 22 ans, non ? Fréquence de connexion ; C'est ma maisooon Que pensez-vous du forum? ; Il y a des gens flippants des fois... et ils me font peur ! Comment l'avez-vous découvert ? Via PRD   Célébrité choisie ; Scott Eastwood Credits (avatar, icon etc.) ; … Ectra !



Dernière édition par Alan T. Underwood le Ven 19 Aoû - 13:35, édité 5 fois
Revenir en haut Aller en bas


not affiliated • leave me alone
avatar
MESSAGES : 340
it's a revolution, i suppose
not affiliated • leave me alone
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t2258-jeremiah-sterling-judi
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 19:09
biographie
À force de vouloir s'en convaincre,
Ça finit par devenir la vérité.

13 août 2016. Elle a joui, deux fois, c'est convenable. Je caresse sa poitrine et m'écarte doucement. Il n'est pas très tard. En ce soir d'été, un filet rose se dessine dans le ciel. J'ignore comment elle s'appelle, ça ne me regarde pas mais j'ai besoin d'un verre. J'aurais parfois besoin de plus mais le souvenir des sensations me suffit largement. Je me rhabille, mon visage est figé dans l'habitude, dans la routine et l'ennui. Je l'entends bouger entre les draps, partagée entre la satisfaction et l'envie de prolonger ce moment. Comme si nous étions des amoureux égarés après leur première nuit d'amour, comme si nous ne savions pas comment nous séparer. Et pourtant, j'enfile mon t-shirt sans plus poser le moindre regard sur elle. Les courbes de son corps ne m'intéressent pas, le jeu dans son regard ne m'excite pas, et quand elle me susurre qu'elle veut des mots d'amour, je ne peux pas les lui dire. Je me penche vers elle et tends le bras pour attraper l'enveloppe. Ce n'est pas dans la transaction. Je lui offre mes lèvres une dernière fois et m'efface dans le couloir, passant les doigts contre ma bouche comme pour effacer ce dernier contact. Je soupire, recompte une nouvelle fois l'argent et le met dans mon portefeuille avant d'abandonner l'enveloppe dans une poubelle du hall. Le réceptionniste me lance une œillade lourde de reproches, je m'en fous. Je n'ai pas à recevoir son jugement, ni son approbation. Celle de personne.

Je sors et m'allume une cigarette. Mais je n'ai pas le temps de m’apitoyer sur mon sort, je ne le ferai pas. Parce qu'ils comptent sur moi, mes parents et que je suis le seul maître de ma vie. Je l'ai toujours été, au temps des conneries, au temps des bonnes résolutions qui s'envolaient et s'effaçaient sur l'horizon du chaos. J'ai appris à vivre seul, et même si mon lit est rarement vide, j'ai fermé toutes les portes qui pourraient faire vaciller mes fondations. Je dessine quelques ronds de fumée, m'imagine Misha secouant la main devant son visage avec un air agacé, et sans doute Maddy qui me renverrait la fumée en soufflant légèrement dessus. Le rose du ciel a tourné en un pourpre hésitant. Dans ma tête un silence assourdissant. Près de moi, l'inconnue passe. La cliente s'efface et reprend le cours de sa vie. Je prends une profonde inspiration, les secondes s'attardent sur le cadran de ma montre. Elles ne veulent pas y retourner non-plus. J'écarte la cigarette de mes lèvres, observe le mégot puis la jette dans le caniveau. Allez, je dois y retourner...

09 juin 2016. La surveillance du parking, le poste le plus ennuyeux de tous ceux auxquels je peux me retrouver. Un gars a été embauché à peu près en même temps que moi chez Oscorp, et parfois nous nous retrouvons autour de minuit pour partager un café. Minuit moins dix, minuit dix-sept, j'aime arriver près de lui et claquer la main sur le coin de son bureau : Haut les mains ! Il sursaute à chaque fois, c'est facile de le surprendre. Alors on fait quoi ce soir ? Est-ce qu'on regarde les vidéos des visiteurs qui baisent dans le parking parce qu'ils n'ont pas vu les caméras ? Ce soir, c'est lui qui me rejoins. Il se colle à ma vitre en mode film d'horreur, je lui ouvre et il me balance une boîte qui contient le fameux brownie de sa femme. Pris d'un élan de conscience professionnelle, on jette un œil aux caméras qui filment en temps réel. Pas d'attaque en vue, le porno peut commencer. On regarde une vingtaine de minutes, le temps de bouffer le gâteau. Puis il repart sur son propre poste.

C'est sur le coup de six heures du matin qu'on se croise à nouveau pour laisser d'autres agents prendre la relève. J'aime travailler de nuit en général, que ce soit ici ou à mon propre compte, parce que le matin semble parfois hors du temps, comme dépossédé de cet empressement qui s'accentue au fur et à mesure que les heures meurent. J'enfonce les mains dans mes poches et remonte l'avenue à pieds. Je passe près d'un kiosque à journaux, jette un œil aux magazines qui s'entassent et reconnais immédiatement le nom de l'un d'entre eux, partiellement dissimulé. Je l'attrape par le coin, parcours quelques pages avant de finalement l'acheter. Ce n'est pas une grosse ruine. Je le roule et l'enfonce dans ma poche arrière de jean, je le lirai à l'appartement, quand je serai assez fatigué pour y retourner. Je n'aime pas cet appartement, tout y est trop petit. Ou j'y suis trop grand, peut-être. Et pourtant, dès que je ferme les yeux, je peux m'évader. J'ai toujours eu beaucoup d'imagination. Je suis un peu magicien, je suis un peu rêveur, je suis un peu stupide. Je lève la main vers le soleil et d'un seul mouvement, je le fais disparaître. Je me bouche les oreilles et la musique assourdissante d'un anniversaire passé me donne le sourire. Je chantonne et soudain, c'est un orchestre de petits bruits quotidiens qui m'accompagne joyeusement. J'étire les nuits d'un seul mouvement, je réduis le jour à coup de sommeil, à coup de jeux, à coup de discussions futiles avec des inconnus. Parfois, je me perds. Je me perds dans ma tête et je me perds dans la ville. Je vagabonde au hasard des odeurs, des couleurs, des chants, j'aime à penser que mes sens cherchent à être contrariés. Comme ce plat que j'affectionne tant, dont j'attends souvent qu'il a un goût infâme. Ils aiment me jouer des tours, dans ma famille, ils ont toujours été joueurs, farceurs. Je l'ai toujours été aussi. J'ai aimé jouer avec leurs nerfs, avec un bâton et une flaque d'eau, avec le temps, jouer avec le temps, jouer avec ma santé, jouer avec le réel et l'irréel.

La facilité avec laquelle mes pas me ramènent au cimetière est aussi surnaturelle parfois. J'ouvre la grille, ou je passe au-dessus quand c'est si tôt que je m'y retrouve. Combien de grilles j'ai passées comme ça ? Parfois je croise un enterrement, je m'assieds non-loin et j'écoute les éloges funèbres comme si c'était une pièce de théâtre. J'imagine le pauvre gars qui doit se dire « quelle bande d'hypocrites, putain. » Oh madame Prout-Prout était si généreuse, elle a d'ailleurs légué toute sa fortune à son Pékinois Kiki ! Quelle brave femme ! J'enjambe la tombe de cette brave dame. Je ne suis pas irrespectueux, non. C'est juste que c'est trop solennel, je n'aime pas ça. La dernière fois que je suis venu accompagné ici, j'ai dû ramasser ma mère qui a fait un malaise. Je n'aime pas les cimetières mais si je ne viens pas ici, personne viendra. Personne n'en a rien à foutre du trou où sont enterrés les criminels. Enfin les petits bouts de criminels plutôt. J'ai toujours détesté les puzzles. Oui je sais bien, faut commencer par les coins. Je m'assieds sur le coin du caveau. Au prix que ça coûte, je peux bien y poser mon cul. Je récupère mon magazine. Ah tiens, ils parlent de Munch, d'Edvard Munch. Je l'aime bien lui. Il y a une exposition qui lui est dédiée, elle est prévue depuis combien de temps, déjà ? Quinze mois. Ils vont amener « L'enfant malade », j'avais hâte de le voir. Ce sera pour une prochaine fois. J'y crois pas, ils ont repris cet incapable de Karl. Cet honteux plagieur d'articles qui ne sait pas pondre trois lignes à lui sans sortir des platitudes digne d'un élève du cours moyen, et c'est insultant pour le gosse. Vous vous rendez compte ? Moi là-bas, il n'aurait même pas eu le droit de distribuer le courrier !

Je me lève d'un bond. Oui oui, je n'y suis plus. Je remets le magazine dans ma poche et décide après avoir pris un café non-loin de rentrer chez moi. La clef accroche dans la serrure du portail et je descends les quelques marches avant de rentrer chez moi. Un rayon de lumière est sensé venir de la rue, par une lucarne de laquelle je vois habituellement... des pieds. Mais mon abruti de voisin a encore foutu sa poubelle devant ma seule fenêtre. Je me laisse tomber sur mon lit.

28 mai 2016. Je fume une cigarette en essayant de calmer les tremblements de ma main. Je me frotte nerveusement le nez en les regardant déplacer ce qu'il reste du monument de marbre noir. On devine encore les inscriptions. « assassins » Le vert n'a jamais été ma couleur, alors le tag vert fluo a été la première chose qui m'a sauté aux yeux. Quand j'ai découvert le saccage, les vases brisés, les lettres arrachées et la merde étalée partout, je me suis dit que le tag vert, c'était même plutôt élégant. « monstres » Je me suis imaginé prendre une batte et les surprendre, leur faire la surprise. Ça m'a arraché un sourire, ceux qui exhumaient les « corps » n'ont pas compris, m'ont demandé si ça va. C'est quand je me suis imaginé les tabasser que ça m'a soulagé. Qu'il soit seul, qu'ils soient cinq ou vingt, je les aurai eus. Je passe la main dans mes cheveux, fais quelques pas en arrière pour ne pas voir les urnes ressurgit à la surface. Les urnes ? Ouais, une explosion ne laisse pas beaucoup de corps. Une poignée de cendres, c'est ce qu'il reste maintenant. Le sable des morts. « assassins » Je me laisse entraîner par un rêve malade, je voudrais avoir été là cette nuit. Cette nuit ? La nuit dernière, celle d'avant, celle de leur disparition. J'aurais voulu être dans cet hôpital, en face d'eux, leur dire que quoiqu'ils aient entendu, c'est des foutaises. Je suis leur grand frère, je sais ce qui est bon pour eux. Je sais ce qui est le mieux pour nous. « monstres »

Je m'assieds sur une tombe voisine, sous le regard critique des employés qui ne me disent pourtant rien. Je baisse le regard sur le sol. Je suis un peu résigné, ce n'est qu'un effet boule de neige. Maintenant, tout ne peut que s'arranger. Je lève les yeux sur les urnes qu'ils sortent enfin et posent sur le côté. Ces grandes crevettes, j'aurais jamais cru qu'ils auraient pu tenir dans mes bras ainsi. Quand j'avale ma salive, une boule au fond de ma gorge rend ça douloureux. Je laisse tomber quelques cendres entre mes pieds. Quand on les aura déplacés, je mettrai leur second prénom et le nom de jeune fille de notre mère, ce qui réglera le problème des saccages récurrents. Et j'aurai du temps, tout mon temps. Tout mon temps pour trouver qui leur a fait ça. J'ai de l'imagination et quand je me fais baiser, j'ai du temps, tout mon temps pour réfléchir. Je n'ai pas peur de ce qui peut arriver. Qu'est-ce qui peut vraiment arriver de pire, maintenant ? Je tire une nouvelle bouffée. J'imagine qu'ils n'ont pas pensé qu'on pourrait tenir à ces mutants. Après tout, qui sont-ils ? Je les retrouverai, je leur ferai la peau. Même si ça prend des mois, des années. Je me suis déjà reconstruit une fois. Je ne suis pas mort, que démoli. Ça ne me fait pas peur. Je suis fort, et je me reconstruirai à nouveau.

23 mars 2016. J'ai noyé mon ennui dans une bière. Jay me contourne et vient s'asseoir près de moi. Jay, c'est un gars bien, dans un sens. Jadis, il a dirigé notre groupe. Quand j'étais jeune et que j'attends qu'on dirige ma vie, en me donnant toutefois l'impression de la vivre pleinement. Notre petit groupe, il l'appelait la Famille. Il dépose sa main contre mon épaule. Tout ce que ce geste signifie me donne envie de pleurer mais je ravale mes larmes, prenant une nouvelle gorgée de ma bière. Il lève le doigt, commande quelque chose de plus fort et accompagné d'un sourire malicieux, il vient glisser ses mains dans ma poche de veste. À l'extérieur, les flics semblent s'être multipliés et on en croise à tous les coins de rue. Je sais ce que c'est, je refuse d'un simple mouvement de la tête. J'ai la gerbe, j'ai envie de me fracasser la tête contre le mur du fond, là-bas tu vois. Près du téléphone, après le jeu de fléchettes. Je voudrais la claquer jusqu'à traverser les briques et frapper encore après ça. Au lieu de ça, je prends une grosse bouffée d'oxygène. Toujours avancer. Même si je dois ramper dans la merde, j'avancerai toujours. Je ne peux pas laisser les cadavres pourrir dans une fosse commune, je ne peux pas laisser les vivants crever de faim, je ferai tout ce qu'il faut. Mais je serai conscient de chacun de mes actes. Il reprend son bien dans ma poche, m'interroge du regard.

La famille, c'était beaucoup de neige, un hiver sans lendemain. Un hiver sans espoir de voir pointer le printemps. La famille, c'était beaucoup de nuits, des étoiles filantes qui se fracassaient continuellement. Des montées vertigineuses, des descentes abrutissantes. Je ne pourrai pas arrêter le temps à nouveau, et je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir seul avec de la poudre au nez, du vomi dans la bouche, le regard perdu sur le vide, le corps brisé par les spasmes, le cœur brisé par la fatalité. Je ne mourrai pas, parce que je me relèverai, et je ferai payer tous ceux qui ont tué les miens. Si je dois renoncer à mes principes, à ma vie, à mes passions, à qui je suis, je le ferai. Je ferai tout ce qui est nécessaire mais je survivrai, je serai fort. Je frotte mon visage puis pivote pour faire face à Jay. Il a un sourire carnassier, de ceux qui savent immédiatement repérer les failles. Il se nourrit des faiblesses des autres avec un tel plaisir, que je me demande encore comment j'ai pu tellement compter sur lui. Il sent la faille. Il sent le gouffre en moi. Jay, c'était la famille. Et c'était tellement plus. Arrêté pour racolage, proxénétisme, pour détention et trafic de stupéfiants, c'est à se demander combien de gamins il a balancés en pâture aux autorités pour encore se promener tranquillement dehors. Je vais le faire. Il fronce les sourcils, penche son oreille vers moi. Je vais le faire. Il n'a pas bien entendu. On dit que lorsqu'on cherche du travail, on offre ses services. Il faut dire que l'on a quelque chose à offrir, et non qu'on est en train de chercher. Il me voit aux abois. Je l'ai appelé avec ces mots magiques, j'ai besoin de toi. Je m'étais dit que ça n'arriverait plus jamais. Je me l'étais promis. Menteur ! Salaud ! Tu es une merde, regarde-toi ! Je peux l'être, je peux le supporter. Je peux tout supporter. Je serre les poings. Je pourrais le frapper, je pourrais transformer son maigre visage satisfait en purée et mes poings en marteaux. Je pourrai lui cracher mon mépris au visage, mais si c'est pas lui, ce sera un autre. « Mets-moi sur le trottoir. »

18 mars 2016. Ils sont arrivés chez nos parents. Ma mère hurle à l'autre bout du fil, je ne comprends rien. Elle parle des agents, ils prennent tout. Je n'ai plus de travail, plus de logement et mes parents hurlent de panique sans que je puisse les aider. Je me cramponne au téléphone, ultime rempart contre la chute. Qu'est-ce que je peux leur dire ? Leur mentir, oui je sais leur mentir, je l'ai déjà fait. Allez, respire doucement, ça va aller. Allez chez Grandpa, il a une grande maison, il acceptera, il acceptera forcément. Ma voix tremble au téléphone, le cœur de maman bat en cadence avec le mien, il rate des battements, elle est fragile. Je prends une longue inspiration, je pourrais presque sentir la bise du matin contre ma nuque. Je me cloître dans le silence, m'éloigne des cris d'incompréhension, me plonge dans le calme d'un passé sans plus de nuage. Je chasse les immeubles, l'odeur de la rue, le goût de la bile dans ma gorge, je respire. Je voudrais que le cœur de maman batte en cadence avec le mien, parce qu'elle est fragile.

La réalité, je peux la travestir en l'espace d'un instant. Je remets une pièce et lui demande d'arrêter de crier. Elle n'écoute pas. Il n'écoute pas. Ils sont dans le moment présent. Je leur répète, encore, encore. « La ferme ! » Si elle était là, elle me foutrait sa main dans le visage, ça nous soulagerait tous les deux. J'ai encore de longues courbatures dans le dos, des bleus sur une majeure partie de son corps, j'appuie sur l'un d'entre eux pour faire disparaître la pression sur mon cœur. Elle attend, reste interdite. Elle a plongé dans le passé avec moi, il n'y a plus que nous deux maintenant, chacun à un bout de la ligne. J'ai son attention. Le rideau de mes paupières s'abaisse une fois encore. Ils veulent les briser, ils veulent des aveux. Quels aveux exactement ? Mon père, ce mutant terroriste qui envoie ses enfants au casse-pipe ? Ce méchant menuisier qui va faire exploser New-York avec un escalier ou un berceau ? Pourquoi est-ce qu'ils s'entêtent dans leur erreur ? Seul un agent de police semble comprendre que nous n'y sommes pour rien, et c'est pour cette unique raison que je ne dors pas en prison. « Maman, écoute-moi, il ne s'est rien passé pour moi. Ils vont comprendre leur erreur. En attendant, allez chez grandpa. Ils doivent tout vérifier mais ils vont voir qu'ils ont tort. Tout va bien pour moi, je vais rentrer à l'appartement et je vais t'envoyer du liquide, d'accord ? Mais non, ne dis pas n'importe quoi, s'ils devaient venir chez moi, ils l'auraient déjà fait, non ? » Elle soupire, ils iront. Elle me demande de venir avec eux si ça se passe mal ici. Je la rassure, tout ira bien. Tout ira bien, je raccroche. Garde la main sur le combiné.

Plus rien n'ira. Le champ des solutions possibles s'est considérablement amenuisé. Autant, je peux trouver des amis chez qui dormir en attendant de retomber sur mes pieds mais je ne peux pas laisser ce qui me reste de famille dans cette situation, pas après tout ce qu'ils ont fait pour moi. Il me faut de l'argent, beaucoup d'argent. Je frotte mon nez nerveusement et lance une œillade au-dessus de mon épaule. Il me faut de l'argent rapidement. Je dois rester debout pour eux, pour eux tous. Ils me tiendront debout.

03 mars 2016. J'attends dans le couloir, vois mon lit passer devant moi. Ah, et voici mon bureau. Depuis une heure, c'est le défilé de mes affaires que je ne peux empêcher. On m'a gentiment remis une ordonnance d'un juge qui a décidé de tous mes biens et mes fonds ont été confisqués car il y aurait un risque que je suis lié à une organisation criminelle. Je n'ai pas dormi depuis plusieurs jours, et j'ai les yeux gonflés. Je ne pensais pas qu'on pouvait être tordu ainsi. J'ai toujours cru que nos expériences nous rendaient plus forts, et pourtant je suis tordu, plié, contorsionné, un jouet brisé. Je suis assis dans le couloir, partagé entre des crises de larmes que j'avale douloureusement et l'envie de me réveiller. C'est un cauchemar, forcément. Un poing pénètre ma bouche, me pète les dents, rentre dans ma gorge, m'empêche de respirer, j'avale mon propre sang, ça a un goût dégueulasse. On enfonce un bras dans ma trachée. Je déglutis, je m'étouffe. Réveillez-moi, maintenant. Ils font des allers et retours. Chez moi.

Ont défoncé la porte. Sont entrés. Ont fait fuir le chat. Ont ouvert ma porte de chambre. M'ont plaqué au mur. M'ont tordu le bras. Ont parlé, lu mes droits. Ont parlé, piétiné mes droits. Ont parlé, ravagé mes droits. Et ont cessé de parler. Ont emporté mon ordinateur. Ont emporté les toiles sur mes murs. Ont emportés le téléphone. Ont emporté mes classeurs. Ont emporté mon carnet d'adresse. Ont emporté mes albums photos. Ont emporté ma télévision. Ont emporté le canapé. Ont emporté les assiettes. Ont emporté les bouteilles. Ont emporté mes médicaments. Ont emporté mes courriers. Ont emporté ma dignité. Ont emporté mon contrôle. Ont emporté la liberté. Ont tout emporté ! Suis dans le couloir, simplement vêtu d'un jean enfilé à la hâte et d'une chemise ouverte. Entre mes mains, tiens un cadre. Entre mes mains, m'accroche à une bouée. Entre mes mains, ai envie de chialer dessus. Entre mes mains, l'incompréhension. Un filet de bave entre mes lèvres. Un gémissement entre mes lèvres. Un goût de sang entre mes lèvres. Moi qui me mords la langue. Moi qui les regarde s'emparer de ma vie. Moi seul, au milieu de ce couloir déserté.

01 mars 2016. Je n'ai pas dormi, à nouveau. John ne m'a pas salué d'une main sur l'épaule comme il peut le faire habituellement. J'ai l'impression d'avoir une maladie contagieuse. Les chuchotis sur mon passage me mettent mal à l'aise. J'avance sans tonus, me laisse guider par mes pas, par la routine mais je passe devant mon bureau sans m'y arrêter. Je défaits ma cravate, j'ai besoin d'oxygène. Dans les box de l'open space, plusieurs bureaux sont vacants. Mais nous ne sommes pas du même côté. Je le vois bien. Je ne suis pas aveugle. Je serre les poings, essaie de ne pas vaciller. Je continue, dans ma tête, des mots résonnent, prisonnier d'un écho qui ne me laisse pas en paix. Avant mon rendez-vous, je me réfugie dans les toilettes. Je cours au lavabo, et me passe de l'eau sur le visage. Ça va aller. Je n'ai pas demandé de congés, je veux me plonger dans le travail, je veux oublier que j'existe, ne pas rester seul. J'ai toujours détesté rester seul, à regarder le plafond de mon appartement. J'aime sortir, plaisanter, m'amuser. Une nausée monte, je vais vomir. Je me précipite dans une cabine et reste un moment la tête au-dessus de la cuvette. Ça va aller, je peux le supporter. Ça va aller, je trouverai une explication, je trouverai une solution. J'ai toujours trouvé des solutions aux problèmes qui n'en avaient apparemment pas. Je pourrai faire face. J'ouvre grand la bouche. Respire, ça va aller. Ça va aller ! Je passe les mains sur mon visage. Deux de mes collègues discutent, la voix du deuil chez l'un, la compassion chez l'autre. Je suis désolé. Merci.

J'inspire profondément et sors de ma cachette. Il est bientôt l'heure. Ils se retournent sur moi. Silence glaçant. Affrontement glacial. Qu'est-ce qu'il fait là ? C'est de moi qu'il parle ? De moi ? Mais pourquoi ? Je fronce les sourcils, je ne veux pas comprendre ça. Je sors. Le bureau du directeur s'éloigne. À chaque fois que je fais un pas, il s'éloigne deux fois plus. Qu'est-ce qu'il fait là ? Je me retourne. Je m'arrête. Qu'ils parlent ! Quoi ? Quoi ? « Quoi ? » J'avale douloureusement ma salive. Je prends Misha dans le bras droit, je prends Maddy dans le bras gauche. Je presse le pas. Assassin. Je le fixe une seconde, pourquoi tu as dit ça ? L'instant suivant, tout a disparu. Mon patron qui me répète, incrédule, qu'il m'avait demandé de prendre un congé sans solde. John qui pince les lèvres avec gêne. Le gars au secrétariat qui a appelé la sécurité. Lucy-Ann qui a proclamé que les mutants sont des assassins. Je ne suis pas un mutant, mais je suis un Underwood. Et à cet instant, je ne vois plus rien. Mon coude brise un nez. Mon arcade éclatée éclabousse ma veste. Mon poing semble traverser un visage. L'électricité traverse mon corps lors d'une première décharge. Je prends Misha dans le bras droit, je prends Maddy dans le bras gauche. Et j'arrache les deux fils qui crachent le jus qui a parcouru tout mon corps. La douleur me tient, la colère me lâche, la douleur me met à terre, la rage me relâche. Un cri rauque s'échappe de mes lèvres pour seule réponse. La douleur me fait du bien, elle efface les fissures à l'intérieur. Qu'ils continuent. Je n'ai pas peur, je veux avoir mal. Qu'ils continuent. Ma famille a disparu, qu'est-ce que j'en ai à faire ? Frappez-moi, insultez-moi, méprisez-moi, noyez-moi mais laissez-les ! Laissez-les tranquille, je vous en supplie ! Pas eux... Je tombe à genoux. Prenez-moi ! Je vous en supplie, prenez-moi ! Mais laissez-les... Ils n'ont rien fait... Misha à droite, Maddy à gauche et ma vue qui se trouble. Pourquoi faut-il que vous les tuiez à nouveau ? Encore et encore ? Arrêtez ! Ne leur faites pas de mal ! Laissez-les... Pourquoi faut-il que vous les tuiez à nouveau ? Encore et encore ? Encore... et encore...

19 février 2016. C'est une petite pièce, une petite pièce grise avec une glace sans teint. J'attends là depuis plus d'une heure, ils sont venus me chercher à l'appartement. Ils m'ont mis les menottes, je n'ai pas compris. Dans mes protestations, je n'ai rien écouté, il faut dire. Je frotte mes poignets et fais les cent pas dans la pièce. Je n'ai pas le temps pour ces conneries. Depuis les attentats, je n'ai aucune nouvelle de mes proches. Mes parents me harcèlent quotidiennement pour des nouvelles que je n'arrive pas à obtenir. La liste des victimes est provisoire, semble s'allonger de jour en jour. Sans parler de ces fils de pute de terroristes dont on ne connaît pas encore le nom... Je passe une main dans mes cheveux quand un homme entre dans la pièce. L'assurance dont je fais habituellement preuve est effritée par la peur. Je cale mes mains tremblantes sur le dosseret de la chaise :
▬ Écoutez, je v...
▬ Non, c'est vous qui allez écouter ! me coupe-t-il.

Je fronce les sourcils et croise les bras sur mon torse. En dix minutes, je peux faire intervenir les dix-sept avocats de mon entreprise donc j'espère que c'est important. Il me présente des excuses pour son service et je m'assieds en face de lui. Il me pose des questions sur mon frère Misha et ma sœur Madelyn, tous deux mutants. Je retiens mon souffle. Pourvu qu'il me dise qu'ils les ont retrouvés torchés à une fête étudiante, ailleurs, loin, si loin.
▬ Votre frère, Underwood Misha et votre sœur, Underwood Madelyn, comptent parmi les mutants terroristes à l'origine de ces attentats meurtriers.

Nous savons ce qu'il est advenu de ces mutants. Je me remets debout. Un sifflement. Une seconde. Je tends le bras dans sa direction, lui demandant d'attendre quelques instants. J'ai chaud, terriblement chaud. Je m'adosse au mur. Une seconde, une seconde. Outre ses accusations, ce que je retiens, c'est qu'il compte ma famille parmi les morts. Il est sûr de lui, j'ai besoin d'air. Une seconde ! Je n'ai pas le temps de demander quoique ce soit que je sens mes jambes se dérober sous mon poids et je m'écroule simplement au sol.

Quelques heures plus tard. Quelques dialogues de sourds plus tard. Quelques... J'enfonce mes ongles dans mon visage et tire aussi fort que je peux. Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville ; Quelle est cette langueur qui pénètre mon cœur ? Je me retrouve seul dans la rue, hébété par la nouvelle. Qui dois-je appeler, qu'est-ce que je dois faire ? Je me retrouve totalement démuni. Je ne peux pas voir leur corps, on m'a dit crûment qu'il n'en reste rien, que des fragments, des pièces, des morceaux ! Qui a fait disparaître mon petit frère, ma petite sœur ? Ils sont étudiants ! Ils ont des amis, des histoires de cœur, des rêves, des ambitions, ils ne sont pas des tueurs ! Pas des fous ! Pas des fanatiques ! C'est moi qui suis malade, dans cette famille. Ils font la fête ailleurs, ils sont ailleurs ! Je laboure mon visage, je ne veux pas entendre ça ! Je voudrais ne pas avoir entendu ça ! Qu'est-ce que je dois faire ? Où dois-je aller pour les retrouver ? Je ne sais pas... Je suis démuni, perdu dans le monde qui ne s'arrête pas de tourner. Je voudrais l'attraper, le serrer puissamment entre mes mains et arrêter le cauchemar ! Attendez, une seconde... Ses mots résonnent dans ma tête. Non... Il doit y avoir une autre explication ! Je souris, non évidemment que ce n'est pas possible. Ils sont trop malins pour faire ça, ils sont trop malins pour tomber dans ce piège. Je ne souris plus, ils ne répondent pas à mes appels. Je souris, ils vont me donner des nouvelles. J'écarte mes doigts de mon visage. Où est-ce que je suis ?

8 – 18 février 2016. « Salut... C'est encore encore encore moi. Écoute, j'ai appelé à la fac, tous tes amis et personne ne t'a vu alors je m'inquiète... Et personne n'a de nouvelles de Maddy non-plus. Je... J'ai fait tous les hôpitaux, les morgues et c'est le bordel partout ! J'aimerais que tu me rappelles... S'il te plaît... Je... enfin comme... Comme vous n'êtes pas joignables depuis avant l'attentat, je me dis que vous êtes peut-être simplement en sortie... C'est pas grave si t'as séché des cours... Je m'en fous mais rappelle-moi. » « Coucou, comme notre frère ne répond pas, je compte sur toi pour me rappeler dès que possible ! Ça ne m'amuse pas d'attendre de vos nouvelles ! Donc où que vous soyez, vous me rappelez et je viens vous chercher ! » « Misha... Rappelle-moi. » « Vous n'êtes que des idiots, de parfaits idiots ! Alors vous disparaissez comme ça, sans donner de nouvelles et moi je suis sensé faire quoi ? Qu'est-ce que je dis aux parents ? Papa est inquiet, il n'en dort plus et maman est furieuse, elle est à deux doigts de l'arrêt cardiaque dès que je l'ai en ligne. Suffit les escapades et vous vous ramenez ici ! » « Hey c'est moi... Bon... ça doit être mon septième message... Appelle quand tu peux... »

8 février 2016. Dans ces moments-là, on se souvient toujours de ce qu'on fait, pas vrai ? Je suis dans mon appartement. Le téléphone sonne dans le vide, mes yeux sont perdus sur la catastrophe. Des colonnes de fumée s'élèvent dans le ciel, et le chaos rivalise avec les cieux, brise la douceur d'un jour pourtant plein de promesses. Les émeutes des derniers jours me semblent loin maintenant, insignifiantes. Je reste spectateur de ce triste spectacle, ne sachant pas si je devrais m'y précipiter et essayer d'aider ou appeler mes proches, appeler mes collègues, appeler mes parents. Je reste figé, lâchement protégé au vingt-septième étage de mon immeuble. Je reste figé, prostré dans le luxe de mon appartement loin du sang, loin du feu, loin des cris. Je fais un pas en arrière, réalise que la télévision crache toutes les informations qu'elle a, mais aussi celles qu'elle n'a pas. Je contourne Léonard qui ronronne avant de s'éloigner dans un petit bond et je me saisis de mon manteau. J'attrape le cadre qui se trouve sur le bar et en sors la photographie où j’apparais avec Misha et Madelyn, quelqu'un les aura peut-être vus.

Je commence par le centre commercial. Autour de nous, c'est le bordel. La poussière rend l'air presque irrespirable et les personnes qui sortent de ce chaos sont grises, toutes grises. Les gens se cherchent, certains crient qu'il y en a toujours dedans, d'autres s'embrassent, je ne sais pas quoi faire dans cette scène. J'avance doucement et finis par plier le bras pour cacher le bas de mon visage avec ma veste. Je progresse lentement, ma photo se met à trembler entre mes doigts. Ça fait cinq jours, qu'est-ce qu'ils feraient ici ? Je lève les yeux au ciel, n'aperçois rien d'ici. Mais je suis persuadé d'avoir vu plusieurs colonnes de fumée. J'interpelle un pompier, lui colle presque la photo sous le nez sans savoir quoi lui demander, il me pousse sans regarder dans ma direction. Je reste là à errer un moment puis entreprends de rejoindre le parking souterrain. Les secours s'affairent aussi par là mais je parviens à m'approcher assez pour manquer de glisser sur une flaque rougeâtre. J'arrête les gens qui sortent, essaie de distinguer le menton de mon père, le regard de ma mère sur ses visages affolés. Les secouristes vont et viennent, une jeune fille passe à travers un mur. Je m'arrête un instant quand un civil, de toute évidence, me colle une femme entre les bras. Elle pleure et ses larmes creusent des sillons noirâtres parmi la poussière qui colle à son visage. Je la garde contre moi un instant et finis par lever ses jambes pour rebrousser chemin. Je fais attention de ne pas tomber maintenant qu'elle est recroquevillée contre moi et je l'abandonne près d'une ambulance dans laquelle le personnel essaie manifestement de réanimer quelqu'un. Je m'éloigne, la regarde, reviens. « Vous saignez, à la tête... » lui dis-je désignant gauchement la blessure d'un geste du doigt. Ah non, je ne sais pas quoi lui dire ni comment m'occuper d'elle... Je regarde autour de moi puis finis par mettre ma veste sur ses épaules et me penche au-dessus d'elle. Elle croise mon regard, je me sens mal à l'aise, terriblement. Bon, j'ai déjà vu du sang – sa blessure n'est pas pire que de foutre son bras dans le cul d'une vache dirait Madelyn – et en grosses quantités mais je ne sais tout simplement pas quoi lui dire. D'abord parce que je n'ai jamais les bons mots, et ensuite parce que je ne sais pas ce qui arrive. J'écarte ses cheveux, c'est superficiel. Finalement, je me mets accroupi en face d'elle, prends sa main dans la mienne. Est-ce ça ira ? Je dois retrouver quelqu'un ? Est-ce que je peux vous laisser ici ? Elle serre ma main. Tout va bien mademoiselle, vous êtes là, je suis là, c'est terminé. Respirez, fermez les yeux, pensez que vous êtes ailleurs. J'essaie de la rassurer quand elle vient à nouveau dans mes bras. Ah euh... oui... d'accord... Finalement, une secouriste vient s'occuper d'elle. Je la regarde partir et machinalement, agrippe le bras d'un homme qui passe : « Attendez, attendez, vous avez vu ces deux personnes ? Non... D'accord... »

3 février 2016. Personne chez Maddy, personne chez Misha, absents toute la journée. J'ai une clef alors je fouille consciencieusement les deux logements, ils m'en voudront plus tard. Tant pis. C'est le bordel chez Misha, lui qui range tout avec un soin presque maniaque. Machinalement, je commence par les cendriers, je retourne les poubelles, j'en viens même à regarder dans les toilettes pour voir s'ils n'ont pas fait de connerie. Ils n'auraient pas raté leurs cours, ni leurs examens. Je retourne le canapé et plus mes recherches demeurent infructueuses, et plus je sens que je m'énerve. Il avait un devoir auquel il devait assister pour valider son année, où est-il parti cet idiot ? Nous nous inquiétions de ne pas avoir de nouvelles de Madelyn alors je me dis qu'il a été la chercher. Pourquoi ne m'a-t-il pas prévenu ?

Je m'attache à des détails, j'en viens à regarder sous le lit. Parce qu'en général, c'est là que moi je cache tous mes secrets. Des conneries, ticket de bus, place de ciné, un porte-clef, un bouton, parfois des petits objets sans valeur quelconque mais ça me rassure en quelque sorte. J'imagine qu'on a tous nos manières... Mais rien sous celui de mon frère. Ni sous le matelas. Rien dans les placards. Pourquoi la seule peur qui me vienne est la plus improbable ? J'en viens à ne plus savoir où regarder. Au moment où, ouvrant trop vite un tiroir de la cuisine, je le fais tomber. Je donne un coup de pied dedans, comme un abruti je donne un coup de poing dans le frigo. Le frigo gagne mais je ne pourrai pas expliquer à Mish comment j'ai bousillé son bien. Je lance un dernier coup d'oeil autour de moi sans trop d'espoirs et sors finalement. Je vais retourner à la fac pour voir si ses amis n'ont rien remarqué de bizarre ou aperçu notre petite sœur. Je ferme la porte à clefs et vois la voisine qui fais mine d'arranger son pot de fleurs. Elle me sourit poliment, jette un œil à ma main que je dissimule en croisant les bras : Je suis leur frère, où sont-ils ? Vous qui êtes une petite curieuse, vous devez avoir vu quelque chose. Pas en ces termes, assez explicitement pour que le rouge lui monte aux joues et qu'elle fasse appel à ses souvenirs. Non personne de bizarre... Un futur locataire avec qui il a discuté il y a quelques jours... un monsieur à lunettes qui écoutait Vivaldi, elle le sait parce que son fils l'écoute aussi. Mais elle n'a pas pu bien le voir, parce qu'elle parlait avec un gentil Pasteur qui était en mission dans le quartier. Un bigleux mélomane et un curé, peut-être qu'eux auront des informations pour moi. Autant dire que je ferai mieux de chercher du côté de leurs amis, parce qu'autant chercher une aiguille dans une botte de foin.

17 juin 2014. Johnny, habille-toi, on va être en retard. Mon compagnon peine à quitter le lit, se dandinant à travers les draps comme pour me narguer. Je le rejoins et m'assieds au bord du lit pour profiter de cet instant de paix. Je laisse mon corps vaciller pour caler ma tête contre ses cuisses. L'invasion des Chitauri semble tellement loin, pourtant il parle encore souvent de rejoindre l'armée. Je lui dis de ne pas le faire, de ne pas se laisser aveugler par les Avengers et leurs beaux discours, je lui dis de ne pas se préoccuper du monde car le monde ne se préoccupe pas de ses habitants. Je lui répète souvent qu'il ne faut s'occuper que de ses affaires mais il est idéaliste, je ne le suis pas. Et pourtant, quand je ferme les yeux, je me sens en sécurité quand il est là. Je dors bien. Finalement, je m'accroche une dernière fois à ses lèvres, je ne veux pas qu'il se sente prisonnier du confort dans lequel je nous cache dans une forteresse. Et pourtant, c'est cette superficialité qui me permet de lui parler à cœur ouvert.

J'entreprends de partir quand Johnny sort du lit et se dirige silencieusement vers l'armoire. Cette journée est importante, je deviens responsable éditorial pour Eye. Mes parents envisagent de bientôt prendre leur retraite, les problèmes de santé de maman leur causent des soucis. Quant à mes M&Ms, ils sont en pleines études. J'entends souvent, depuis Alcatraz, des propos douteux sur les mutants mais à mes yeux, cela ne représente pas un danger. Des médisants, il y en a toujours eu. Johnny parvient parfois à calmer mes colères quand un mot dépasse l'autre. D'autres fois, je choisis la fuite pour relâcher un peu de pression. J'ignore si Johnny est un mutant, on n'en a pas parlé. J'ai profité de ces mois passés ensemble, partagé entre l'espoir de conjuguer au futur avec lui, et la déception de le voir dépassé par des envies de sauver le monde.

Nous nous rendons à la rédaction à pieds. Nous attendons que la journée se termine et quand nous jugeons que nous avons assez bu et bavassé, on décide de sortir. Il me demande comment je vois l'avenir. Je n'en sais rien trop rien. Ma vie me convient comme elle est. Je me rends à Frenchburg de temps en temps, je suis très proche de Misha et Maddy, j'ai un travail intéressant, et lui. En quoi le bien de l'humanité pourrait m'importer ? Il hausse des épaules. Et si on faisait du mal aux gens auxquels je tiens ? Je tourne le regard vers lui, on n'en a jamais parlé mais ses différences ne me dérangent pas. Naïvement, je n'envisage pas qu'on veuille s'en prendre à lui pour ce qu'il est. Sans doute est-il plus facile de se battre quand on n'a plus rien à perdre, on s'attache aux futilités matérielles et on s'en contente. Ce à quoi j'aspire ? Je voudrais que rien ne change...

18 mai 2011. Je reste à me regarder dans le miroir, accompagné de Misha et de Madelyn. Je suis habillé comme un pingouin mais n'est-ce pas ce qu'on attend de moi ? Alors que mon frère s'amuse à essayer des chapeaux en se prenant en photo, je suis pris d'une sorte de crise de panique. Mon dieu, je ne me sens pas prêt à faire ça. J'ai l'impression d'être assis sur une chaise électrique. Ma sœur s'approche de moi, cherche à savoir ce qui ne va pas. Non non, ça ira... Maddy me donne un judicieux conseil avant de monter en voiture, Misha nous regarde comme deux aliens.

Nous nous rendons aux répétitions. Les répétitions de mon mariage. J'ai toujours cru que me marier ferait de moi un homme comblé. Mais quand je regarde Olivia, je pense à Jennie et j'ai envie de se cacher. Elle prend ma main, je ressens une profonde tendresse pour elle, et elle en est consciente. L'écho de nos voix, la perspective de toutes ces fleurs qui couvriront les bancs de l'église. J'ai l'impression d'étouffer, je déteste les églises. Même Misha imite Jésus en me fixant pendant qu'Olivia me tease ses vœux sans me les révéler dans leur intégralité. Le prêtre se tourne vers moi. Je ricane et mets la main devant ma bouche, marmonne quelque chose que personne ne comprend. Oh non, je sens la crise de fou-rire arriver... Respiration.

Le prêtre se penche vers moi, me demande de répéter. Misha tape du coude à Madelyn en lui chuchotant de récupérer son sac car je suis en train de péter un plomb. Mes parents doivent arriver demain pour le jour J. J'essaie de contenir mon rire mais Olivia s'agace, me tape le bras et exige que je dise ce que j'ai à dire. Je me racle la gorge puis essaie de reprendre contenance. Mais finalement, je me mets à ricaner de nouveau, à masquer mon sourire de mes mains. « Je crois que je suis gay » Le prêtre croit mal entendre, me fixe avec des yeux ronds. Olivia manque de s'étouffer avec sa salive. Je me tourne vers le témoin de mon ex future femme qui lui fait de l'air. Je fais un pas vers la porte, retire mes mains de mon visage pour laisser apparaître mon sourire serein : « Je... Désolé messieurs-dames, chers amis. Je suis gay ! » Je lève bravement les bras autour de moi. C'est ce moment que choisit Misha pour tirer Maddy par le bras en lui chuchotant « Tirons-nous, il va faire chaud ici. » Ils me précèdent et nous sortons de l'Église. L'une des nuits où j'ai le mieux dormi, à ma connaissance.

20 février 2009. Misha est étudiant, il part le matin. À chaque entretien d'embauche, j'ai l'impression de devoir me construire une vie. Je révise comme un étudiant, je m'angoisse bêtement et j'essaie d'avoir l'air totalement dans mon élément. Ce matin, je me rends chez « Eye ». Ils sont au vingt-quatrième étage, et c'est un magazine trimestriel sur les arts graphiques. J'y connais foutrement rien. Je suis quelques dix autres candidats jusqu'à une salle où aura lieu un entretien commun avant de passer aux individuels. Je m'arrête avant la porte, fais un pas en arrière. Inutile, ils sont tous calés sur tous les sujets. Je vais passer pour un con. Je fais demi-tour, m'arrête devant une photo en noir et blanc. Je fronce les sourcils, je la connais. Du moins, je connais la personne qui y est représentée.

Une jeune femme arrive dans mon dos, s'arrête près de moi. Nous nous enfermons dans un bref silence que, contre toute attente, j'abrège. « Il est mort ». Le garçon sur cette photographie. On dirait de la photo de guerre, tout est flou autour de lui, même une partie de sa main l'est. J'approche ma main et face à l'air horrifié de la femme, j'esquisse un sourire. Je caresse les traits du visage à quelques millimètres du cadre sur lequel il ne faut apparemment pas mettre les doigts. Je suspends mon souffle et je tourne doucement le visage sur la droite. Le reste de la série, comment ai-je pu passer à côté. Sur la dernière, un gars se tient le visage façon « le cri ». Elle joint les mains devant elle, me demande ce que je ressens. Ah pitié, pas cette maudite question. De Brooklyn à Madagascar, en passant par le Nigeria et l'Argentine, les sujets se mélangent entre horreur, poésie, voyage, détresse. C'est incohérent, et je ne manque pas de lui dire. Elle répond que c'est l'humain. L'humain, mes fesses. On discute un peu, je lui donne mon sentiment puis tends la tête vers la porte où l'entretien doit avoir commencé. Elle pose une main sur mon torse et me balance qu'elle me prend en stage deux mois pour voir ce que j'ai à dire et qu'après on verra si elle me prend. Pourquoi pas... j'accepte. À moi les cornets de frites toute la soirée pendant deux mois, le temps que madame décide.

2006 – 2008. Lierbrté ! Gosh, j'ai l'impression d'avoir pris dix ans dans la tête : Liberté ! Mon grand-père paternel tient un ranch, avec sept employés et quelques chevaux... Assez pour qu'il donne assez de boulot à ces messieurs et me propose de le rejoindre. Porté par la joie de le revoir, j'ai rapidement été mis au parfum. J'ai eu droit à la grange les deux premières semaines parce que je n'avais pas « de quoi payer ». Il m'a offert l'anonymat d'un nouvel employé et surtout, je me suis dit en arrivant que c'est l'occasion pour moi de découvrir quelque chose de nouveau, de reprendre véritablement ma vie en mains. Le passé fait partie de moi. Non, quand j'ai mal au cul, j'ai pas des réminiscences qui me donnent envie de pleurer. C'est juste que j'ai dû accepter ce que j'ai fait, et comprendre mes erreurs. Chaque fois que le doute m'habite, je me dis que c'est ma dernière chance que je dois être plus fort que la tentation d'une vie couverte de paillettes. Parce qu'une glace à la merde, même avec de la chantilly et une belle cerise posée dessus, ça reste une glace à la merde.

À chaque réveil, outre l'envie de gerber à cause de l'odeur, je m'éloigne et je marche longuement dans la forêt qui se trouve à quelques kilomètres. Décrire ces trois années, c'est impossible. Mais elles ont été parsemées de longs silences qui ont fini par m'être familiers. Souvent, Garry – mon grand-père – me rejoignait le soir et me demandait à quoi je pensais. Quand je lui disais que c'était à ma famille, il me jetait du papier et un stylo au nez en me disant que leur écrire. Je n'étais pas prêt pour les revoir, pour les retrouver. C'est en écrivant la première lettre pour eux que j'ai vraiment réussi à pleurer, à réaliser que tout cela était derrière moi. Je restais en retrait de toutes les activités que me proposait Garry, les employés me traitant souvent de « lopette » d'ailleurs.

J'ai commencé par apprendre à jouer du lasso, parce que ça m'amusait terriblement et que j'avais envie de choper du connard au bout d'une corde. D'abord à pieds, puis à cheval. Ne contrôlant pas encore mes crises de colère, j'appris toutefois qu'il est malvenu de frapper le cul d'un cheval quand on est de mauvaise humeur. « Cyclone » m'a bien fait comprendre qu'il n'était pas prêt pour supporter ma mauvaise humeur. Après avoir eu la certitude qu'il ne m'avait pas changé en paquet de pop-corn, je me suis dit que lui et moi, on allait forcément devenir copains. J'ai appris à le monter. Enfin d'abord, suivant les conseils déments de Garry, j'ai appris à lui parler. Je me suis souvent retrouver à m'asseoir au bord de la pâture pour lui raconter tout et n'importe quoi. Au début, il était à la fois indifférent et passablement irrité par ma présence. Ses sympathiques ruades dans ma direction alternaient avec son ignorance. Vous pensez que je vais dire que j'ai réussi à le monter ? Que je suis aussi prévisible que ça. Et bien oui Motherfuckers, je suis prévisible et j'ai réussi à le monter après cinq mois à lui faire la causette ! Lui caresser le nez en évitant qu'il ne tourne pour m'envoyer valser plus loin ! À lui brosser la crinière ! À lui caresser le flanc en lui répétant que tout se passera bien. À un moment donné, je ne suis demandé si j'allais l'inviter à un thé dansant ou grimper sur son dos.

Une fois sur Cyclone, j'ai eu la satisfaction d'attraper celui qui me traitait de lopette pour le traîner sur une vingtaine de mètres. Je ne me souviens avoir ri de bon cœur comme ça. Cet excellent souvenir s'est ponctué par une bagarre mais pourquoi développer puisque... j'ai gagné. Après ça, Garry a eu la grande délicatesse de reconnaître que j'étais son petit-fils. J'ai même eu le droit de manger à la même table que Monseigneur ! Nos éclats de voix ont ponctué plusieurs repas d'ailleurs. La seule fois où j'ai vraiment pu lui parler à cœur ouvert reste la fois où il m'a foutu par terre avec le bras tordu dans le dos quand je voulais m'en aller. À défaut d'aller fulminer au grand air, j'ai vidé mes poumons dans la cuisine. Avec les mois, nous n'avions plus besoin de mots. J'aurais pu rester là, j'aurais pu travailler avec Garry car cet environnement me plaisait trop mais je sentais qu'il y avait d'autres choses à découvrir, plus loin. Et puis Misha arrivait à New-York, il était hors de question que je l'y laisse tout seul.

mars 2006 – novembre 2006. L'audience préliminaire devait avoir lieu en janvier. À croire que ce mois m'en veut. Je n'y suis pas allé. Non pas que je ne voulais pas, mais j'étais aux obsèques de Malcolm. C'était mon second enterrement, après celui de notre hamster Zeus. Là, c'était étrange. Un policier nous a accompagné. En février, je rentre chez moi. À Frenchburg, j'ai vu Misha qui a déjà quinze ans, Maddy m'en veut de mon absence, une boule de nerfs de douze ans. On a parlé, beaucoup parlé. Je suis malade, bla bla j'ai un problème. Ils ne m'en veulent pas, je les aime trop,  pour ça. Je les ai toujours aimés, et quoique j'ai pu faire de ma vie, ils le savent. Je n'ai pas voulu m'éloigner d'eux, juste trouver ce que je ne savais pas comment chercher. Je sais bien que cette quête m'a coûté cher. Entre autre, mon amour propre y est passé. Mes parents ne savent pas que mon corps a été changé en une marchandise quelques fois, assez pour que je puisse goûter aux paradis artificiels. Seul Misha le sait. Parce qu'il m'a demandé si un jour, je l'emmènerai. Il ne comprend pas, ne comprend pas que le mois prochain je vais en cure, pas à la plage. Je bouffe vingt pilules à la journée pour compenser le manque, et bientôt plus rien ne pourra servir de substitution. Je l'ai pris entre quatre yeux, je lui ai dit qu'il ne devrait jamais faire la pute pour un peu de rêve, qu'il devrait rester maître de sa vie. Il me l'a promis. Misha est intelligent, il ne se laissera pas convaincre par un peu de poudre aux yeux.

Au moment de partir, j'ai pleuré dans les cheveux de Madelyn. L'impression de partir en prison. Après une fouille dans les règles, la confiscation de ce que j'avais cru emmener pour tenir le coup, le séjour a commencé. J'ai été dépassé, j'ai cru mourir tant de fois que je ne les compte plus. Dormir seul m'est devenu insupportable, parce qu'à la solitude s'ajoute l'angoisse de mourir dans mon sommeil. Je ne m'entends pas respirer, et ça me fait peur. Je cache de petits objets sous mon lit, avec cette crainte de ne plus rien posséder. Et avec le temps, je m'habitue à ce mec insupportable... moi. On fait connaissance. Il est plutôt sympa bien qu'il ne soit pas du tout causant. Je reste prostré dans le silence des heures durant, je n'arrive pas à m'intéresser aux problèmes des autres. Je m'occupe de mes affaires, et ça me suffit bien largement. Parfois, quand j'ai l'impression que l'un d'entre nous est près à craquer, je lui parle de Malcolm, ce pauvre type dont ses parents ne savent peut-être pas qu'il est mort. Je ne parle pas de Jay, jamais. Et pourtant, je suis persuadé que c'est lui qui m'a balancé. Nous nous sommes séparés, il voulait passer à la vitesse supérieur. Je me dépanne, je ne suis pas un gigolo. Et bizarrement, une semaine plus tard, on m'écrase la face sur le trottoir en me lisant mes droits. J'ai trouvé un refuge dans la course. Pas dans la méditation, ma patience est petite joueuse en général. J'essaie de travailler là-dessus. Je n'arrive pas à me livrer lorsque nous sommes tous assis bêtement en rond, à nous raconter nos... sentiments ? Alors moi j'ai fait pipi au lit jusqu'à sept ans, bla bla, ma sœur m'a tiré les cheveux, bla bla, la vie est trop injuste. Et tu l'assumes quand tes putain de responsabilités ? Des lâches, tous des lâches. Je conclus mon tour en disant que je suis un idiot, qui a cru à une vie facile, sans contraintes, sans questions, sans avoir conscience de soi. Je l'ai eue, et maintenant c'est l'heure de passer à la caisse. C'est ma faute, ça s'arrête là. Je me déteste.

Je ne suis plus un étranger mais je me déteste. Je suis tombé au plus bas, à jouer ma vie sur des promesses chimériques. Mais je sais désormais que ça n'arrivera plus. Je serai conscient de tout, de mes décisions et je n'abandonnerai plus les miens. Tout ça, c'est derrière moi.

Janvier 2006. L'audience préliminaire devait avoir lieu en janvier. À croire que ce mois m'en veut. Je n'y suis pas allé. Non pas que je ne voulais pas, maman est venue jusqu'à New-York pour m'accompagner. Elle nous a pris une jolie chambre d'hôtel, de laquelle je me suis enfui après une demi-journée. Elle est magnifique, mais elle a trop de caractère. Elle n'aime pas parler, elle veut de l'action, des décisions, des résolutions. Je ne suis pas comme ça, je ne veux pas qu'ils comptent sur moi, je ne veux pas porter quelque responsabilité sur mes épaules. Je suis rentré à l'appartement, retrouver la famille. Jay était absent. Les lumières étaient rouges, et tout ce que j'ai retenu de ce soir-là, c'est que Malcolm est mort. Oh Malcolm n'était pas un ami d'enfance, de ceux avec qui on partage des souvenirs et des délires sur tout et rien. C'était un brave gars qui avait fui une situation familiale catastrophique. La totale, père fou, mère qui boit, frère violent. Ça l'a amusé que je me sois enfui d'un paradis, comme il se l'imaginait. J'avais confiance en lui, on échangeait parfois nos seringues. Ils essayaient de le réanimer. Je suis resté interdit au milieu de la rue, au milieu des curieux et des voyeurs. C'est à cet instant que j'ai compris que la partie était terminée. On ne joue plus.

13 décembre 2005. Allez, bouge tes fesses ! Je traverse la route sans me préoccuper des voitures qui passent, leur klaxon enragé – d'un seul ton – me pousse à ne pas me retourner. Derrière moi, un cri et une sommation de m'arrêter. Bouge tes fesses, alors ! Je me faufile entre les passants, traverse quelques ruelles et m'engouffre dans une manifestation. Reconnaissez le mariage gay ! J'ai un sourire béas au visage, je ne risque rien. Je suis invincible ! Mes cheveux mal coupés, mes fringues trop grandes, ses doigts qui puent la nicotine et mon saignement de nez intempestif, je suis une grosse tache parmi ces gens sérieux qui gueulent à droite, et à gauche. À un moment, j'arrive sur la fin de la manifestation. Mes jambes me portent au-delà de mes forces.

Quand j'étends les bras de part et d'autre de mon corps, j'ai la sensation de m'envoler. Je ne fais de mal à personne, je veux simplement rester dans les lumières artificielles. Je ne veux plus jamais du silence abrutissant, je ne veux plus du vide, je déteste me retrouver seul. Je veux que chaque soir, une tête se repose contre mon épaule, je veux croiser des tas de personnes dans notre appartement miteux, je ne veux plus de serrure. Les mutations de mes frère et sœur sont des secrets, moi je ne veux aucun secret. Simplement faire ce que je veux. Je m'élance sur le pont, enjambe la rambarde. Je suis sûr que je pourrais plonger, nager jusque de l'autre côté. Je serai une sorte de héros. Mais avant, comme tout bon héros, je prépare mon uniforme. Je retire une basket, manque de perdre mon équilibre sous les soupirs affolés des passants qui se sont arrêtés. « Ne fais pas ça mon garçon. » Mais de quoi ils parlent ? Je laisse tomber ma basket, elle tombe exactement où je l'avais prévu ! Tout est prévu, vous voyez. Alors je vais plonger aussi ! Je me mets dos à l'eau, me cramponne à la rambarde. Je ferme les yeux. C'est parti...

Une main m'empoigne brutalement au col. Mon corps s'envole de l'autre côté, en dépit de ma vaine tentative de me dégager. Arrêtez, je peux voler ! Je ne risque rien, arrêtez de crier, bande d'idiots ! « Alan Underwood, vous êtes en état d'arrestation pour consommation et... » il fouille ma poche de pantalon et en sors un petit sachet. Ah mais non, ça c'est du sucre, pour le gateau au chocolat de ma grand-mère. « … détention de stupéfiants. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous devant un tribunal. Vous avez le droit à un avocat et si vous ne pouvez pas vous en payer un, un avocat vous sera commis d'office. » Oulala, un avocat me sera commis d'office. « Ça dépend, il est comment l'avocat commis d'office ? » demande-je avant de m’esclaffer comme un abruti.

2003. Le vent glisse dans mes cheveux. Sans bagage, sans passé et sans avenir ! Sans responsabilités, et sans contraintes ! Misha a déjà douze ans, il comprend tout ça mais il a toujours la tête dans un bouquin, quand il n'apprend pas à contrôler son pouvoir. J'aspire à la liberté, j'aspire aux grands espaces, j'aspire à vivre ! Je n'ai rien contre mes parents, contre mon frère ou ma sœur. C'est juste que je suis amoureux de la liberté, des promesses de jours sans nuits, d'étés sans hivers ! Rien que là, je conduis, alors que je ne sais pas conduire ! Jay est assis près de moi, il sourit à pleines dents, et il y a des jeunes de mon âge que je connais, d'autres que je connaîtrai. Au moment où j'accélère, tout s'envole. Frenchburg devient toute petite, comme les jurons de ma mère. Elle m'a mis un coup de balai dans le dos avant que je ne monte dans la voiture, pendant que mon père lui répétait que je reviendrai tôt ou tard.

Nous nous arrêtons sur une aire d'autoroute. Je laisse le plaisir fondre sur ma langue quelques instants, déjà grisé par la perspective de ces portes qui s'ouvrent enfin. Mon cœur bat fort dans ma poitrine, le regard de Jay sur moi m'emplit de courage. Tu vois, c'est ça se libérer. Les sons, c'est ça que je préfère. La musique qui naît de toute chose, de chaque craquement sous les roues de la voiture qui déchire les murs de vent. J'ai la sensation que nous disparaissons de la surface de la planète, la musique me claque dans la tête. Je hurle à m’époumoner, ma voix disparaît dans une traînée bleue. Les notes de musique deviennent rouges. Les crissements des pneus au moindre freinage sont verts, j'aime pas le vert. Le rire hystérique raisonne partout autour de nous. J'attrape les joues de Jay, il voit les failles en nous, il prend du plaisir à nous voir ainsi partir dans tous les sens. Je m'en rends bien compte mais je m'en fous ! On va partir, et on va vivre !

7 janvier 1999. Cette conversation, je l'ai déjà eue. Pas celle des abeilles et des fleurs, celle du sexe. Celle des capotes. Celle des sentiments. Celle de la précipitation. J'enfouis mon visage entre mes mains, cette sensation, elle me donne envie de vomir. Et pourtant, Jennie est belle. Tout le monde sait qu'elle est belle, elle a toujours été ma meilleure amie. Mais ses mains contre mon torse ont été des brûlures, ses lèvres une pénétration d'une intimité que je n'avais aucune intention de lui laisser. Il fait nuit noire dehors, elle me caresse l'épaule, essayant de me consoler d'un « Ça allait tu sais... » Je ne veux pas savoir si ça allait, je m'en fous d'avoir tenu trois minutes, j'aurais voulu ne pas être là. Je repasse mon t-shirt. Jennie aurait dû me plaire, mais ma main sur son corps brûlant ne procure aucun plaisir.

Quand je l'attends l'après-midi à la sortie de son entraînement de handball, je laisse souvent mon regard se balader sur le terrain. Je regarde les footballeurs courir, s'attraper et je glisse ma main contre mon entrejambe pour calmer le feu qui s'y propage. Je regarde autour de moi, un peu coupable, de peur que quelqu'un ne saisisse ce moment. Je les observe silencieusement, ça passe pour de l'admiration. Je ne suis pas le genre de garçons dont on soupçonnerait l'insistance du regard. Avoir eu la chance de travailler un peu avec mon père dans son atelier et à la maison m'a taillé assez pour ne pas me faire emmerder et pour, semblerait-il, ne pas « passer pour un pédé ». Parfois, on me demande pourquoi je ne rejoins pas l'équipe de foot. Je souris, dis comme songeur que peut-être un jour. Les curieux, s'éloignent, mon sourire s'effacent. Jennie me rejoint, elle vient noyer ses lèvres dans les miennes. « Désolé Jennie... on ne pourra plus se voir. »

1994. Elle est minuscule, je ne me souviens pas que Misha ait été si petit. Maman m'a dit qu'apparemment, je voulais le jeter à la poubelle ou le rendre au magasin pour rester fils unique. Tant de compassion en moi. Aujourd'hui, il partage le fauteuil avec moi, et nous observons cette petite chose qui a déjà tant de cheveux ! Maman se repose, papa est dans son atelier pour finir une importante commande. Je n'ose pas me lever, en dépit de l'envie de pipi qui me fait gesticuler dans tous les sens. J'aurais trop peur de la faire tomber. Misha n'arrête pas de parler, il prévoit de l'emmener à l'école, aussi. Chut, arrête de piailler, elle va s'endormir. Il saute du fauteuil puis court vers la cour. Alors je me lève quand même, avec toute la prudence du monde. Je la serre contre moi et l'ombre de maman se dessine au-dessus de nous. Tendant les bras pour récupérer le petit colis, elle me chuchote que j'ai l'air de bien l'aimer ma petite sœur. Oui, un frère et une sœur, c'est sympa... Je lève les yeux avec inquiétude vers elle et demande : « Mais nous n'allez pas en faire d'autres ? » Elle rit à voix basse et secoue la tête. Je caresse la main de Madelyn du bout du doigt et quand maman me dit que je devrai veiller sur eux, je lui réponds en chuchotant, pour ne pas réveiller son récent et fragile sommeil : « Oui, c'est promis. »  


Dernière édition par Alan T. Underwood le Jeu 18 Aoû - 21:33, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas


Invité
avatar
it's a revolution, i suppose
Invité
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 19:28
Citation :
CREDIT : Mon cul xD
NON MAIS DIS DONC
Revenir en haut Aller en bas


secret avengers • not. okay.
avatar
MESSAGES : 1335
it's a revolution, i suppose
secret avengers • not. okay.
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t2020-kayden-the-denied-son-
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 19:40
OMG OMG OMG
*se calme, respire*
...

Salut :hé:
Revenir en haut Aller en bas


Invité
avatar
it's a revolution, i suppose
Invité
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 19:57
*Bave partout*

T'es bonne! :keur:
Revenir en haut Aller en bas


not affiliated • leave me alone
avatar
MESSAGES : 491
it's a revolution, i suppose
not affiliated • leave me alone
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t1924-primrosae-dahl-o-noteb
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 20:21

:keur: :keur: :keur:
Revenir en haut Aller en bas


Invité
avatar
it's a revolution, i suppose
Invité
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 20:54
Re-bienvenue et bon courage pour ta fiche I love you
Je suis d'accord, dit donc vous êtes vulgaire très cher :hé: :hé:
Revenir en haut Aller en bas


not affiliated • leave me alone
avatar
MESSAGES : 340
it's a revolution, i suppose
not affiliated • leave me alone
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t2258-jeremiah-sterling-judi
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 21:01
Robert : C'est dit avec tendresse, voyons :leche:

Harper : :beegees: uuuuh merci hé hé

Merci Primrosae :hug:

Mais non Phil, voyoooons ! :cutie:

Kayden : Awhi t'es là aussi toi
Revenir en haut Aller en bas


secret avengers • not. okay.
avatar
MESSAGES : 1335
it's a revolution, i suppose
secret avengers • not. okay.
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t2020-kayden-the-denied-son-
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 21:02
Comment jsuis relégué en bas de la liste!
Ça va que j'aime bien ton avatar! Jsais pas c'est qui le con qui l'a fait mais j'aime bien. *sort*
Revenir en haut Aller en bas


not affiliated • leave me alone
avatar
MESSAGES : 340
it's a revolution, i suppose
not affiliated • leave me alone
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t2258-jeremiah-sterling-judi
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 21:03
J'avais oublié que tu avais posté là, j'ai édité ensuite

Vouais, c'est en attendant tu sais...
Revenir en haut Aller en bas


secret avengers • not. okay.
avatar
MESSAGES : 1335
it's a revolution, i suppose
secret avengers • not. okay.
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t2020-kayden-the-denied-son-
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 21:04
Sale petit..

En attendant quoi? Que le dit con susnommé en fasse d'autres? *sort again*
Revenir en haut Aller en bas


not affiliated • leave me alone
avatar
MESSAGES : 340
it's a revolution, i suppose
not affiliated • leave me alone
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t2258-jeremiah-sterling-judi
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 21:09
Pas impossible
Revenir en haut Aller en bas


secret avengers • not. okay.
avatar
MESSAGES : 1335
it's a revolution, i suppose
secret avengers • not. okay.
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t2020-kayden-the-denied-son-
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 21:10
'foiré U_u Seulement si t'es pas sage!
Revenir en haut Aller en bas


not affiliated • leave me alone
avatar
MESSAGES : 340
it's a revolution, i suppose
not affiliated • leave me alone
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t2258-jeremiah-sterling-judi
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 21:43
Oust, squatteur de fiche !
Revenir en haut Aller en bas


secret avengers • not. okay.
avatar
MESSAGES : 1335
it's a revolution, i suppose
secret avengers • not. okay.
Voir le profil de l'utilisateur http://www.age-of-heroes.com/t2020-kayden-the-denied-son-
MessageSujet: Re: Alan T. Underwood   Jeu 18 Aoû - 21:44
Jamaaaaais
Revenir en haut Aller en bas


Contenu sponsorisé
it's a revolution, i suppose
Revenir en haut Aller en bas
 

Alan T. Underwood

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 3Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant

 Sujets similaires

-
» Alan Kesey [terminé]
» Alan Humphries
» ALAN LANGFORD
» THE ALAN PARSONS PROJECT
» ALAN LEE

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
THE NEW AGE :: DATABASE :: identity card :: présentations validées-