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 THROUGH THE NIGHT (Kasprzak siblings)

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Through the night
Rachel Kasprzak & Jacek Kasprzak

Peu à peu, le soleil déclinait. Il rougeoyait à l'horizon en une mince ligne enflammée et jetait sur la ville ses couleurs chatoyantes. Bientôt, il disparaîtrait dans l'océan, englouti par les eaux qui le berçaient depuis des millénaires. Lorsque cette heure arriverait, Jacek attendrait le temps que le calme s'installât dans l'habitation, puis il s'éclipserait discrètement. C'était devenu une coutume, une sorte d'habitude. Cependant, elle était encore imprégnée de risques, parce que, bien qu'il essayait de partir lorsque son père était couché, il pouvait se faire surprendre, à tout moment. Ça lui vrillait les tripes, et il adorait cette sensation. Tête brûlée. C'était un moyen d'échapper au contrôle paternel, comme un pied de nez à toutes ces règles — certes loin d'être inutiles ou déraisonnables, mais terriblement contraignantes. Petit souffle de liberté dans un univers confiné.
Pour patienter, il lisait. Of Mice and Men, de John Steinbeck. C'était sûrement très intéressant, mais l'impatience le rongeait tant qu'il ne prêtait guère attention aux lignes qu'il parcourait. Il était voûté, un coude posé sur son bureau, la main perdue dans ses cheveux pour soutenir sa tête, et le regard aussi bien captivé par les lettres qui défilaient que par les pensées qui se dessinaient en filigrane. Prévision, anticipation, imagination.
A la fin de l'été, il entrerait à l'université. Il avait l'impression qu'un chapitre se clôturait, et qu'un autre allait débuter, alors que tout n'était que vaste continuité — puisque, finalement, peu de choses allaient changer. Du moins, une suite logique. Et encore ! Oui, l'université, c'était logique. Le choix de la fac de droit, pas nécessairement. Il s'était fait à la surprise générale — la sienne aussi. Il avait lu le bouquin d'un avocat qui racontait quelques unes de ses affaires, il avait trouvé ça génial, et il avait décidé de s'engager dans des études de droit. Comme ça, subitement, lubie soudaine. Pourquoi pas ? s'était-il dit. Et voilà. L'inscription était terminée. Ça faisait bien marrer sa famille, qui s'amusait à l'appeler « the law ». Il ne s'en vexait pas, et même souriait lui aussi à ce surnom. Et puis, peut-être que ça ne durerait pas. Peut-être qu'il détesterait ça... Ce n'était pas grave, il changerait. S'il y avait bien une chose qu'il avait retenu de toute sa courte vie, c'est qu'on ne peut être certain de rien tant qu'on n'a pas essayé. Alors il essaierait ; et advienne que pourra !

Enfin, vingt-deux heures cinquante sonnèrent. Il faisait nuit depuis près de deux heures et demi. Avec précipitation, il posa son livre sur son bureau, se leva et se jeta sur son armoire. Il en sortit un sac dans lequel il fourra un pull, une bouteille d'eau, un briquet et un porte-monnaie — il vérifia que sa carte d'identité se trouvait bien dedans. Même s'il prenait un malin plaisir à braver la volonté de protection de son père, il ne pouvait jamais partir sans l'idée que quelque chose pouvait arriver ; au moins, on pourrait le reconnaître. Pas franchement rassurant, mais il s'agissait là aussi d'une vieille habitude, ou du moins des fruits d'une éducation bien enregistrée.
A vingt-deux heures cinquante-quatre, il était prêt. Le sac à dos fixé aux épaules, il ouvrit la porte de sa chambre et se glissa dans le couloir. Il aurait pu s'évader par la fenêtre mais cela aurait demandé de descendre par l'arbre qui jouxtait sa chambre et, clairement, il n'était pas à l'abri d'une chute ; les lampadaires de la rue ne suffisaient pas à éclairer les branches enchevêtrées, et il avait perdu de son agilité d'enfant. Le couloir était risqué, mais moins : au moindre bruit de pas, il retournait en courant dans son lit. Aussi, il s'avança, doucement, à pas de loup.
Il arrivait au bout, près de l'escalier, lorsqu'il eut une pensée fulgurante. Aussitôt, il pivota, et se dirigea vers une autre porte. Il toqua et chuchota : « Rachel ! » Il n'attendit pas de réponse, et entra pour refermer immédiatement derrière lui. Elle allait dire oui, évidemment. Elle vivait une période assez difficile ; revêche, elle s'opposait régulièrement à leur père, et il n'était plus rare d'entendre leurs deux voix raisonner entre les murs.
Lentement, les contours de la chambre se dessinèrent. Il faisait noir : seule une petite fente dans les volets filtrait la lumière de la rue. Dans le lit, une masse informe reposait. « Tu dors...? » demanda-t-il, désabusé, tandis que tous les muscles de son torse se relâchaient dans un long soupir. Il s'approcha et se pencha sur le corps qui lui paraissait plongé dans un sommeil profond. « Rachel ? » Pas de réponse. Un grand sourire étira ses lèvres. Il glissa un doigt dans le cou de l'adolescente et se mit à la chatouiller. « Racheeeeel. » Comme elle se redressait d'un coup, il s'écarta vivement — elle était bien capable de lui sauter dessus. « Allez viens, on s'casse ! »

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Dernière édition par Jacek Kasprzak le Ven 17 Mar - 21:05, édité 3 fois
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Rachel Kasprzak & Jacek Kasprzak

Rachel ne voulait pas de cette vie, elle se refusait à l'autorité de son père, elle la bravait souvent et ça clashait tout autant de fois. La seule chose qu'elle acceptait - et ce, probablement parce qu'elle n'avait pas le choix et qu'elle avait tout de même conscience que le manque de contrôle sur son pouvoir pouvait tuer les personnes qu'elle aimait le plus - c'était les entraînements intensifs. Rester dans le contrôle, ne jamais se laisser déborder, soumettre son don et non être soumis à lui. C'était là l'objectif, c'était là le seul terrain d'entente qu'elle arrivait à trouver avec son père. Pour le reste, elle se sentait bloquée, oppressée par la surprotection d'un père qui avait perdu sa femme quelques années plus tôt. Le souvenir de sa mère gisant sur le piano restait gravé dans l'esprit de l'adolescente et même si une partie d'elle comprenait son paternel, elle ne pouvait s'empêcher de se dire que la protection n'était pas la solution. Il fallait se rebeller, se battre. Déjà, elle commençait à comprendre les idées d'Isaak, a avoir les mêmes - probablement que le crush qu'elle avait pour lui mais que personne ne savait y était aussi pour quelque chose mais ça, c'était une autre histoire. Quoi qu'il en soit, en dehors des entraînements, elle avait tendance à fuir Tadeusz et ça passait aussi par s'enfermer dans sa chambre, par le sommeil plus précisément parce qu'elle savait que si son père frappait à la porte, qu'il entrait et qu'elle dormait, il ne la dérangerait pas. Question de principe. Au moins cette petite guerre familiale avait l'avantage de lui donner un bon cycle de sommeil bien réparateur.

Enfin ça, c'était avant que la condition sine qua non - à savoir ne pas être dérangée - ne soit détruite par son frère qui s'introduisait dans sa chambre pour la réveiller. Ce n'était une surprise pour personne, les Kasprzak étaient des personnes sanguines et la réaction à ce doigt chatouilleur ne se faisait pas attendre. Bondissant de son lit pour se mettre assisse, prête à user de son don, elle avait heureusement eu le réflexe d'allumer sa lampe de chevet pour constater qu'il ne s'agissait que de Jacek. Elle était prête à lui demander ce qu'il foutait là, ce qu'il voulait mais elle n'en avait pas le temps qu'il lui communiquait déjà ses intentions. Se casser? Où ça? Maintenant? Forcément le regard à peine réveillé de la jeune fille se tournait vers l'extérieur. Il faisait nuit, seules les lumières de la ville éclairaient les rues. Son réveil indiquait quasiment 23h. Dans un premier temps, elle buguait un peu et elle se disait seulement qu'il l'emmerdait et qu'elle voulait dormir mais très vite, l'interdit l'appelait, l'aventure aussi surtout. Elle en avait marre de ne rien avoir d'intéressant dans sa vie. En étant la plus jeune des deux et surtout la fille, elle était condamnée par son père à ne pas sortir seule, à rentrer des cours rapidement. Pour une fois, elle allait se sentir libre sans la pression de Tadeusz. « Donne moi 5 minutes. » Cinq minutes qui expiraient vite quand elle s'habillait d'un jean, d'un t-shirt et d'un pull, qu'elle se chaussait et qu'elle allait quand même passer un coup de brosse dans ses cheveux.

Bientôt, l'adolescente et le presque adulte se glissaient dans les couloirs et sortaient de la maison à pas de loup. Rachel ne pouvait pas s'empêcher de jeter un regard derrière eux pour voir si une lumière s'allumait, signe que leur père était réveillé. Rien. Tant mieux. C'était avec le sourire aux lèvres qu'elle s'échappait avec son frère en courant pour s'éloigner avant de stopper leur course quelques mètres plus loin pour mieux ranger les clés de la maison dans le sac à dos de Jacek. Faudrait pas les perdre! « Bon, maintenant qu'on est dehors, tu veux aller où? » demandait-elle en attachant ses cheveux en une queue de cheval informe. Maintenant qu'ils étaient dehors, il était hors de question de se contenter de rester dans un coin. Elle voulait bouger, braver d'autant plus les interdits, s'amuser avec son frère comme des gamins normaux finalement. En continuant de marcher, son regard se portait sur les enseignes ouvertes de nuit ainsi que les bars. « Toutes ses opportunités me donnent envie de te mettre au défi avant que monsieur l'avocat ne puisse plus rien faire de criminel. » Elle se moquait gentiment de son choix de fac qu'il avait fait et qui surprenait tout le monde. Dans deux ans, ça serait son tour mais pour ça, personne n'était vraiment étonné parce que la petite brune rebelle restait une bonne élève et plus particulièrement sur le domaine des maths et des sciences. Pour sûr qu'elle se tournerait vers ça et que cela n'étonnerait personne. « J'ai faim. Je te défie d'aller me chercher des gâteaux dans cette épicerie... et sans payer évidemment. » Quoi? Un paquet de gâteaux, c'était pas trop criminel non plus, fallait pas abuser. Et puis il l'avait réveillé, il lui devait bien ça! « Et n'oublie pas, un Kasprzak qui ne révèle pas un défi, c'est pas un vrai Kasprzak. »

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Through the night
Rachel Kasprzak & Jacek Kasprzak

Un large sourire courut sur les lèvres de Jacek lorsque l’adolescente demanda cinq minutes. Il la laissa se préparer tranquillement, puis, dès qu’elle fut prête, ils se faufilèrent dans les couloirs, rasant les murs, et parvinrent jusqu’à la porte. Sa sœur enfonça la clé dans la serrure le plus doucement possible, tourna ; le clac qui retentit coupa le souffle du garçon, mais rien ne suivit. Elle abaissa la poignée, et ils sortirent. A eux la liberté !
Sans se consulter, ils se mirent à courir pour s’éloigner au plus vite de la maison familiale. Il avait toujours le sourire aux lèvres et, en s’arrêtant au bout de la rue, il riait presque. Comme les clés, pendues au bout du doigt de Rachel, dansaient sous ses yeux, il se retourna afin qu’elle les glissât dans le sac à dos. « Pique rien hein. » fit-il d’un air malicieux, avant qu’elle ne le refermât et qu’ils ne reprissent leur route. « Bon, maintenant qu'on est dehors, tu veux aller où? » - « Hum… » Lorsqu’il sortait, il rejoignait souvent des amis. Mais il n’emmènerait pas Rachel là-bas : c’était sa petite sœur, et eux des potes dont il n’était pas toujours très fier – l’alcool que certains consommaient ne les rendait pas vraiment plus délicats. Lorsqu’il ne faisait pas les quatre cent coups à leurs côtés, il se promenait, prenait les transports, marchait, un petit peu au hasard – du moins, au gré de son humeur. Il laissait tout s’échapper, il s’évadait. New-York n’était plus la même, la nuit. Une sorte de mystique l’auréolait, et tout semblait être nouveau, poli par le souffle des étoiles. « On s’laisse guider par l’aventure ? » glissa-t-il, un air malicieux collé sur le visage. Puis, il haussa les épaules. « Non, on va où tu veux, j’te laisse choisir. » Il y avait forcément un endroit où elle avait envie d’aller, et que la main paternelle cachait à leurs yeux – de toute manière, la nuit, elle masquait tout, et tentait de les retenir fermement à la maison. Jacek comprenait les raisons de leur père : cette peur qui lui serrait l’estomac lorsqu’il les voyait s’éloigner, il pouvait essayer de se l’imaginer. Il comprenait bien que la vie n’était pas qu’une belle opportunité de faire ce qu’on voulait ; parce qu’elle est volatile, et donc fragile. Il comprenait bien tout ça, mais même si les interdits étaient raisonnables, ils demeuraient des interdits, des mots et des volontés à braver. Il savait que Rachel cherchait la moindre occasion de s’y dérober – et le comprenait aussi. Parfois, il se sentait un peu coincé, tiraillé, entre les deux, entre la raison de l’adulte et la rébellion de l’adolescente. Peut-être était-ce parce qu’il grandissait, et que peu à peu, le monde lui apparaissait sous un nouvel angle ? Peut-être était-ce à cause de cela qu’il s’échappait, parfois ?

Lorsque Rachel prit la parole, il reporta son attention sur elle. Il leva les yeux au ciel quand elle évoqua son choix de faire une fac de droit, sans pourtant se départir d’un sourire. « Fais gaffe, j’pourrais noter toutes les conneries que t’as faites et en faire un petit rapport dans quelques années… » Il lui donna un petit coup de coude dans les côtes. « J’suis sûr qu’avoir quasiment brûlé les rideaux du salon et m’avoir accusé pour ça, ça vaut au moins vingt ans de prison ! » Ils étaient encore petits, lorsque Rachel avait craqué une allumette pour allumer les bougies imaginaires qu’elle avait placées sur un gâteau en plastique, et que celle-ci lui avait échappé des mains pour atterrir sur les rideaux du séjour. Pas de chance pour Jacek qui jouait juste à côté et qui avait été accusé à tort – il fallait dire qu’il était, à l’époque, le plus turbulent des deux, et donc certainement le plus à même d’avoir fait cette bêtise. Sur le moment, il n’avait pas trouvé ça amusant du tout – il était parti bouder dans sa chambre –, mais aujourd’hui, cet instant relevait des bons souvenirs, de ceux dont on peut rire. Ils allaient en collectionner quelques autres, ce soir-là… Il haussa les sourcils à la demande de Rachel, relativement surpris. « Et n'oublie pas, un Kasprzak qui ne révèle pas un défi, c'est pas un vrai Kasprzak. » ajouta-t-elle. « Tu m’prends pour qui ? C’est toi la petite joueuse de l’histoire ! » Et aussitôt, il rabattit sa capuche sur son visage et s’engouffra dans la dite épicerie.

Il se faufila immédiatement entre les rayons, la tête baissée, et jeta des coups d’œil sur les côtés pour repérer la rangée des gâteaux. Les mains dans les poches, il essayait d’avoir l’air assez décontracté, mais son pouls rapide et la raideur qu’il sentait dans ses jambes lui mettaient le doute. Là ! Il regarda rapidement les différents paquets, en attrapa un en se disant qu’il avait déjà vu Rachel en manger, tenta de le glisser subtilement sous sa veste, quand… « Eh ! Toi là ! » L’adolescent manqua de lâcher les gâteaux et releva vivement la tête. Un homme se tenait à quelques mètres de lui, les sourcils froncés. « Qu’est-ce que tu fais ? » Il s’approcha de lui, et son sang ne fit qu’un tour : il se précipita vers la sortie, le paquet serré contre lui, déboula dans la rue, attrapa le bras de sa sœur en criant « cours ! » et accéléra. Le vendeur se lança à leur poursuite. « Par-là, par-là ! » Il tira Rachel par la manche et bifurqua dans une petite rue. Ils la remontèrent, tournèrent encore, puis l’aîné avisa la clôture blanche d’un jardin, derrière laquelle poussaient d’épais buissons. Il s’arrêta et intima à sa cadette : « Enjambe-la. » Il l’imita et se glissa, avec elle, à l’abri des feuillages.
Dans le silence le plus total, ils attendirent quelques minutes. Pas de bruits de pas, rien. Jacek retint un énorme soupir et s’extirpa du buisson. Il se débarrassa des feuilles coincées dans ses cheveux et ses vêtements, puis jeta un regard en coin à sa sœur, aussitôt suivi d’un sourire. Il brandit le paquet de gâteaux et lança : « Tadaaam ! » Puis, il le lui envoya et ajouta : « Prends-en d’la graine, gamine. » Enfin, il se laissa tomber, assis, dans l’herbe du jardin, et souffla : « Passe m’en un, s’te-plaît, j’le mérite. »

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Through the night
Rachel Kasprzak & Jacek Kasprzak

S'échapper, s'évader, oublier. La nuit offrait des opportunités qui n'existaient pas en pleine journée. Elle s'ouvrait sur un monde où l'autorité paternelle est endormie, où les décisions sont les leurs et où personne ne semble pouvoir les arrêter. Telle était la joie de Rachel: n'avoir de compte à rendre à personne. Son frère et elle pouvaient aller où leurs pieds les menaient, ils pouvaient traverser la ville en bus, ne rentrer qu'au petit matin avant que leur géniteur n'ouvre un œil et ne remarque quoi que ce soit. Ces moments étaient rares mais c'était déjà arrivé qu'ils s'échappent et que la fatigue sur leurs visages laissait croire à Tadeuzs que leur nuit n'avait pas été des plus paisibles sans que jamais il ne sache réellement pourquoi. Ses enfants étaient souvent bombardés de cauchemars alimentés par cette peur que leur père lui-même créait en les entraînant un peu trop, en leur répétant combien le monde est sans pitié et combien les mutants ne sont pas forcément les bienvenus.

Ce soir, leur nuit allait être paisible mais d'une façon que Tadeuzs regretterait sûrement. Les savoir seuls, en pleine nuit, dehors et en proie à ses nombreux dangers dont ils n'avaient pas forcément conscience. Pour sûr que ça ne lui plairait pas mais Rachel n'y pensait pas alors qu'elle attendait sagement son frère en dehors de la boutique. Elle l'avait mis au défi de voler un paquet de gâteaux. Elle avait faim, certes, mais elle aurait pu survivre sans avoir à manger. C'était surtout pour le jeu et cette pique d'adrénaline qu'elle avait défié l'hypothétique futur avocat.

C'était des pas lourds et rapides qui la sortaient un peu de ses rêveries et autant dire que quand Jacek l'attrapait par le bras en lui ordonnant de courir, elle comprenait très vite le pourquoi du comment. Ils étaient probablement poursuivi par le commerçant. Le brun s'était fait prendre et il fallait maintenant échapper à l'adulte le plus vite possible. Si Rachel avait peur du commerçant? Non, absolument pas, elle avait plus de caractère que ça. Si son père lui faisait peur? Pour sûr. S'il était réveillé en pleine nuit pour venir chercher ses deux garnements voleurs, pour sûr qu'il dormirait dorénavant avec la clé de la porte d'entrée sous l'oreiller. Fort heureusement, ça n'allait pas arriver. Après quelques rues à courir, le commerçant avait certainement abandonné sa course, contraint de retourner à son épicerie grande ouverte.

Quand les traits de Jacek se détendaient enfin, le stress redescendant doucement, ceux de Rachel l'imitaient sans mal, un rire bref passait même le seuil de ses lèvres. Il avait réussi ce fou! Attrapant le paquet au vol, elle se fichait bien de son allure de gosse de rues avec les feuilles dans les cheveux et même un peu de terre sur la joue - résultat de sa magnifique cascade loupée pour enjamber la barrière du jardin. Elle ne voulait qu'une chose: ouvrir le paquet de ses gâteaux préférés pour tous les dévorer. « Hummm, ils ch'ont trop bons! » La bouche presque pleine, son petit sourire en coin laissait savoir comme cette bouchée un peu trop grande était un vrai bonheur. Restée debout, elle profitait de sa supérioté physique - pour une fois - pour se jouer un peu de son frère. « Tu le mérites, vraiment? T'as failli nous faire prendre tous les deux quand même. » Comment ça elle l'aurait mérité si c'était le cas parce que c'était elle l'initiatrice de ce défi? Comment ça elle l'aurait boudé s'il l'avait abandonnée pour courir seul?

Elle le comprenait très vite et cédait alors rapidement à sa demande, lui redonnant le paquet - après avoir pris soin de s'en garder trois dans les mains - et prenant place à côté de lui. Allongée dans l'herbe, le ciel était aussi noir que de l'encre de chine. Il était rare de voir les étoiles ici à cause des lumières artificielles de la ville. C'était une chose qui lui manquait de l'Afrique du Sud. « P'pa nous tuerait. » Pour la fuite, pour le vol, pour manger ses saloperies industrielles et la liste risquait encore d'être longue s'ils envisageaient réellement une nuit blanche.

Peu attentive à ce qu'il se passait dans la maison qui allait avec le jardin qu'ils squattaient, elle n'avait pas de suite remarqué cette femme à la fenêtre, qui semblait les observer dans la pénombre de sa pièce de vivre. Deux ados dans un jardin, en train de manger des gâteaux, avec un style pour le moins... particulier, un air fatigué sur le visage, sans adulte aux alentours. Cette femme qui n'avait jamais eu d'enfant avait pourtant l'intime conviction que la situation n'avait rien de normale. Aucun des deux ne semblaient particulièrement affamés - bien que Jacek n'avait pas un pète de gras, comme son père finalement - mais elle avait cet instinct maternel qui se réveillait, convaincue qu'elle devait agir pour leur bien.

Dans un silence presque parfait, elle ouvrait sa fenêtre et pour signaler sa présence, elle allumait le plafonnier. En un éclair, l'attention des Kasprzak lui était offerte. Rachel, de son côté, c'est la crainte de se faire engueuler qui l'avait animée, assez pour la faire se redresser et se mettre sur ses deux jambes, prête à courir de nouveau mais la femme s'exprimait bien avant. « Il fait plus chaud à l'intérieur et un grand verre de lait irait très bien avec vos gâteaux au chocolat. » Pendant un instant, Rachel restait interdite face à ses paroles. Elle les invitait vraiment à entrer? Elle était débraillée à ce point? Ils avaient vraiment une tronche de miséreux? Hésitante, c'est vers Jacek qu'elle se tournait. Elle n'irait pas seule, pour sûr, même si intérieurement la situation l'amusait et qu'une partie d'elle voulait continuer à en profiter. « Vous avez une baignoire? » Quoi? Rachel rêvait de prendre un bain, il n'y avait que des douches à la maison et puis le sourire de la femme qui leur faisait face valait carrément la question, n'est-ce pas?

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Rachel Kasprzak & Jacek Kasprzak

La nuit avait cette mystique inénarrable, qu'on sentait portée par les étoiles et le firmament, par la fraîcheur et l'humidité, par la pénombre et le scintillement du ciel. Il y avait dans l'air un parfum de mystère. Les astres soufflaient des chants qui, alors même qu'ils étaient muets, paraissaient soulever les cœurs et étourdir les esprits. La nuit, tout était permis. Les règles n'existaient plus, les lois étaient abolies, et il ne subsistait qu'un vaste et enivrant sentiment de liberté inébranlable. Tout était possible.
L'écrin nocturne les étreignait, petits trésors échappés qu'on ne voulait pas égarer. Jacek se sentait tout puissant. Rien ne pouvait les arrêter, rien ne les arrêterait. Juste sous l'invisible voie lactée que dévoraient les lumières urbaines, leurs paquets de gâteaux entre les mains, leurs visages salis et leurs cœurs tambourinant, ils étaient les rois du monde.

Rachel souriait. Et ça faisait du bien de la voir sourire ; parce qu'il se souvenait trop bien de ses soupirs. Il se souvenait trop bien de son air défait, de ses yeux humides, de son mutisme ; de cette complicité qu'il avait cru voir s'envoler. Ils auraient pu perdre bien plus, après la mort de leur mère... Mais ils étaient des Kasprzak. Peu importait les épreuves et les coups : ils se relèveraient. Toujours. Du moins, Jacek aimait y croire.
Il allait protester, mais sa sœur lui lança finalement le paquet de gâteaux. « Aaah, merci ! » Il en attrapa un et le fourra avec empressement dans sa bouche, avant de se laisser tomber en arrière, près d'elle. Le ciel était noir, mais leurs yeux brillaient bien assez. « Ouais... mais pour ça, faudrait qu'il le sache. » rétorqua-t-il dans un sourire espiègle. Et il dormait. Profondément, paisiblement. Il dormait. Et eux, ils vivaient. Ils vivaient leur jeunesse préservée dans une cage dorée, ils revendiquaient la liberté dont leur père se méfiait, ils abandonnaient la méfiance et accueillaient l'univers.

« Tu crois qu'on retournera en Afrique du Sud un j- » Il se redressa brutalement. Une lumière venait de se propager dans le jardin, et projetait l'ombre d'une troisième personne. L'adolescent, debout, prêt à bondir à nouveau par-dessus la clôture, dévisagea la femme. Tous deux devaient avoir l'air d'animaux sauvages, effarouchés. Cependant, avant qu'ils pussent déguerpir à toute vitesse, l'habitante de la maison prit la parole. Elle les invitait à entrer...? S'il n'avait pas été aussi surpris, Jacek aurait probablement éclaté de rire, parce qu'il se serait imaginé l'allure que Rachel et lui devaient avoir. Celle-ci, avant qu'il eût le temps d'ouvrir la bouche, demanda si la dame avait une baignoire. « Je dis pas non pour le lait... » souffla-t-il, presque gêné, mais amusé, au fond, de cet étrange jeu qui s'instaurait. « Venez. » Elle leur adressa un geste de la main, et le gamin brun jeta un coup d'œil à sa petite sœur, avant d'obtempérer. Il entra par la porte-fenêtre, et découvrit un salon accueillant. Le canapé faisait face à une cheminée vide, dont on avait chassé toutes les cendres à l'arrivée de l'été. Deux fauteuils étaient positionnés à côté, face à une télévision. Entre eux, il y avait une table basse, en bois, sur laquelle reposait le journal de la semaine et divers papiers. Une bibliothèque se dressait contre un mur. Elle supportait le poids de nombreux livres, et de quelques bibelots. « La cuisine est par là. » leur dit la femme. Ils suivirent, curieux. Jacek ne pouvait pas s'empêcher d'adresser des sourires malicieux à Rachel dès que leur hôte avait le dos tourné.

La femme les pria de s'asseoir, et ils obéirent sans broncher. « Ou vous préférez peut-être vous laver, avant ? » Une lueur d'intérêt brillait dans ses yeux noisettes. L'adolescent secoua la tête, et il sembla que la cadette était du même avis. L'hôte se détourna et attrapa une brique de lait rangée dans le réfrigérateur. « Je m'appelle Odile. Et vous ? » - « Charlie. » répondit-il presque du tac au tac, dans l'espoir que Rachel le suivît dans son jeu - ou sa prudence. Odile hocha la tête, un sourire accroché aux lèvres, puis ouvrit un placard, en sortit deux grands verres, et les remplit de lait. Jacek, qui avait gardé le paquet de gâteaux sur ses genoux, le posa alors sur la table. « Voilà. » Elle poussa les verres vers les adolescents, et prit à son tour place autour de la tablée. « Où sont vos parents ? » La fameuse question, la question fatidique. Le regard du brun coula lentement vers sa sœur. Elle était bien meilleure que lui pour mentir, la preuve en était de toutes les bêtises qu'elle avait réussies à retourner contre lui. Il retint un sourire.

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