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 OS ◊ The first day of the rest of your life.

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it's a revolution, i suppose
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The first day of the rest of your life.
« Yesterday is gone. Tomorrow has not yet come. We have only today. Let us begin. »

D
isparaître, une solution de facilité. Disparaître, une solution de survie également. Être là, pour qui, pour quoi, après tout ? Jack ? Il était éternel, immuable, figé dans le temps, il offrait un toit et une sécurité dont elle ne pouvait dépendre sans en éprouver cette inexplicable forme de culpabilité. Flocon parasite dans son univers. Sensation étouffante, à la longue. Routine presque trop tranquille. Prudence n’a pas posé de nouvelles questions sur ce qu’elle avait pu voir, sur les esprits, de même qu’elle n’a plus évoqué les cauchemars terribles. Qu’était-il sinon un rempart contre la réalité ? Qu’était Jack Frost sinon un ami imaginaire, celui qui l’avait aidé à fuir les douleurs de l’enfance ? Il était un stratagème, à bien des égards, comme tant d’autres choses.. comme cette mélancolie absurde. Un stratagème de fuite, pour ne pas avoir à affronter des vérités qu’elle ne voulait ni voir ni entendre. Les jours défilaient, les minutes s’étiolaient sans but ni fin et jusque là, elle s’en était contentée, elle s’était comportée comme si son seul et unique rôle consistait à ne pas prendre trop de place. Nul ne saurait dire ce qu’il s’est passé, un morne après-midi, pour qu’elle finisse par s’en aller. Elle n’a laissé aucun mot, aucun indice, parce qu’elle avait prévu de revenir, de réapparaître à la nuit tombée, ce qu’elle n’a pas fait.

Marcher était un remède, marcher comme si elle en avait le droit, comme si ne pas être recensée ne constituait pas un crime. Les risques ? Prudence s’en fichait, elle n’était pas là pour lutter contre une quelconque oppression ou rendre une justice dont cette planète était bien incapable. Elle avait juste voulu se vider la tête, une bonne fois pour toutes, tourner une nouvelle page. Certains deuils se font avec plus ou moins de douleur, à repousser les émotions, elle avait perçu les variations dérangeantes de sa propre température, la menace latente d’une tempête sourde qu’elle n’aurait pas su arrêter, pas là-bas. Elle a fait ce qu’elle faisait auparavant : elle s’est dirigée vers le premier lac sur une route dont elle n’a pas cherché à mesurer la distance, le point d’eau comme refuge. La surface a gelé, sans effort, lui permettant de traverser, de se poser entre les ombres de quelques arbres et n’est resté que ce rond froid sur lequel elle s’est assise, seule. Il n’y’avait sans doute rien de plus beau et apaisant que d’observer l’obscurité aqueuse au travers de l’élément translucide même si tout la ramenait au souvenir de l’Institut, même si elle se rappelait des châteaux féériques faits pour les gamins, des dîners à deux, des disputes, des rires aussi. Et des contes qu’elle se plaisait à matérialiser sur la surface ; ça lui manquait.

Avait-elle fait tout ce qu’il fallait pour aider les X-Men ? Avait-elle encore envie de se compter parmi des héros auxquels elle ne s’identifiait que trop peu, avec une ambivalence indéniable ? Une guerre après l’autre, c’était le pli de l’Histoire, l’essence de l’humanité. Les mutants n’auraient pas de paix, ni à la manière de Magneto ni à celle du Professeur. Défaitiste ? Blasée sans doute. De ce premier jour, elle n’a retiré qu’un calme hivernal, elle n’a fait que ramener à la surface les questionnements niés depuis cette nuit où elle avait cru voir quelque chose, dans le noir.

Le second jour, c’est un toit qui s’est révélé refuge, d’un vieux bâtiment délabré. Pur défi. Grimper, sans aide, sans trembler. Les marches de glace moins glissantes que sa propre terreur, que ce vertige encombrant, faiblesse dont elle ne voulait plus. Certains ont besoin de repousser leurs limites, elle a commencé à le faire en augmentant la hauteur, son point de vue sur la ville. Panorama dont elle n’avait jamais profité, toujours trop focalisée sur la distance qui la séparait du sol. Ca remontait à la mort de Tempérance, ça remontait à si loin qu’elle aurait dû oublier, comme bien des choses, qu’elle aurait dû se détourner de cette peur, sans remords. Si ils étaient ce qui la rongeait, au final ? Des remords, elle en avait à la pelle. Laisser aller, ce qu’elle ne savait pas faire. Snow avait appris avec le temps à contenir tout ce qui pourrait la faire craquer, à torts. Comment pouvait-elle avancer, accrochée au passé mille fois révolu ? Appuyée contre une barrière translucide, elle s’est forcée à respirer, longuement. Elle a pensé au vent dans ses cheveux et non au risque de s’écraser, elle a pensé à la lueur si proche de la lune et non au corps inerte de sa soeur. Et au pire, quoi ? Au pire elle mourrait d’une chute. L’ironie de sa peur s’est révélée si évidente qu’elle a eu envie d’en rire, sans pour autant le faire. Suicidaire et craignant d’achever son existence plusieurs mètres plus bas ? Pourtant chaque fois qu’elle baissait le nez vers la rue, le noeud réapparaissait, au fond de son estomac, au fond de sa gorge, accélérant la respiration. Ca n’était qu’un sentiment, un vulgaire sentiment qu’elle devrait apprendre à écarter progressivement. Descendre fut plus long que monter, la gravité restant une hantise qui nécessiterait plus d’une bataille mais elle y parvint, retrouvant la terre ferme.

Le troisième jour a été une sorte d’errance paisible, à observer d’un oeil extérieur les remous de la société. C’était tristement facile de s'évaporer, de devenir la flaque à laquelle on ne prête pas attention, de filer au travers d’une fissure, de n’être personne. Tristement facile et terriblement libérateur. Sa route s’est stoppée non loin d’une Eglise, ternissant la tranquillité du voyage. Tout cela pour ça, pour en revenir à ces mêmes réflexes, ces mêmes croyances. Prudence a pourtant poussé la porte, sans reculer. Elle en avait assez de reculer, ça n’était pas ce qu’elle était à l’origine et ça n’était pas ce qu’elle voulait devenir alors elle a allumé le cierge, éteint aussitôt par la froideur de son souffle, le givre évident sur sa peau dont elle n’avait pas remarqué la présence. « C’est mieux ainsi, n’est-ce pas ? Je ne suis pas très douée pour les adieux.. » La flamme s’y refuse, sans l’agacer pour autant. La dernière fois, elle avait effectué ce geste avec Bobby, et cette même dernière fois, la flamme avait été soufflée. « J’aurais été une mère étouffante, tu ne rates pas grand chose.. et ce monde là n’a jamais su préserver ce qui mérite de l’être. Moi non plus, d’ailleurs.. je n'aurais pas su te protéger. » D'un monde violent contre lequel il aurait été nécessaire de lutter. Un monde manquant de compassion, de tolérance, rendant les plus purs aussi malheureux qu’il est possible de l’être. Le feu ne fonctionne pas alors sa prière terminée, les adieux faits, elle a glissé l’index sur le haut de la bougie pour y forger une flamme de glace, la déposant parmi toutes celles qui brûlaient vraiment. Dernier acte de foi, en refermant la porte de l’Eglise elle savait qu’elle n’y reviendrait pas, elle savait qu’elle refuserait d’être à nouveau entièrement prisonnière de son passé. Bien sûr, elle aurait forcément des moments de doute, des instants où tout serait sombre, où la saveur des regrets se rappellerait à son bon souvenir mais elle ne serait plus seulement une enveloppe charnelle subissant l’existence. Sur le chemin du retour, Snow n’a pas pu s’empêcher d’esquisser un sourire, plus léger, plus serein, parce qu’elle n’avait peut-être plus d’avenir, plus de libertés réelles mais elle avait une personne qui serait toujours à la fois son ami et sa famille. Elle laissait derrière elle - pour un temps - la politique, Axel, Alec, Kitty, Logan, la Confrérie et la mort.
© Starseed
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