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 ICESNOW#3 ≤ « Fragments. » (-16)

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Fragments.
Iceberg ✧ Snow
« And it's hard looking back Knowing what I could've done. I’m never going back, I’m always on the run And you never really find The pieces that you leave behind. All I got from this place is fragments. »
- Jaymes Young, Fragments

JOUR 1.
« Bobby, je veux y aller.. » Mais il a refusé. Il n’a pas voulu céder à ses demandes, peut-être par colère, peut-être par inquiétude, elle ne sait pas trop. Son état s’était avéré largement préoccupant après l’attaque de North, et si glacer sa jambe avait momentanément stoppé l’hémorragie, rien n’assurait qu’elle se remette pleinement. Le choc émotionnel avait troublé son esprit, suffisamment pour qu’elle ne se rappelle plus exactement la manière dont elle avait été soignée. On lui avait demandé si elle avait quelqu’un à prévenir, de la famille, une personne de confiance, et le seul nom qui s’était échappé de ses lèvres avait été Robert Drake.  Elle voulait rentrer à l’Institut. Venir en aide avait été une mauvaise idée. Une X-Woman sans aide concrète n’était rien, une ex-confrériste sans son groupe habituel n’en perdait que plus ses repères. Oui, Bobby s’était énervé, mais quoi qu’il dise, elle avait fait ce qu’il fallait. Elle avait repoussé l’égoïsme pour tenter de protéger, et sans Shift, elle serait morte. C’était peut-être ce qui avait fortement contrarié le psychologue. Parce que Snow avait rejeté ce qu’elle fut trop longtemps, il aurait pu la perdre. Elle ne s’est pas excusée, et le mois qui suivit, sagement, elle accepta de parler, ne repoussa pas les séances, quoiqu’assez faible pour n’avoir pas grand chose à exprimer. Les grandes billes bleues l’observaient, noyées dans la culpabilité et l’amertume de l’échec. Aneliese avait raison : Snow n’avait pas les talents d’une X-Woman. Il avait fallut lui réapprendre à aligner les pas, à sortir sans glisser sur la neige - les soins furent particulièrement efficaces mais du temps s’était écoulé avant qu’il ne reste plus qu’une fine cicatrice le long de la jambe. Elle soupçonnait l’aide extérieure d’une mutation, ou de techniques trop avancées pour qu’elle en comprenne l’étendue. Enfin quand il ne fut plus obligé de l’aider à avancer, elle réitéra sa requête : « Bobby, tu as promis. »

…❅…

Les doigts passent devant les yeux de Bobby. Elle s’est glissée dans son dos avant qu’il ne rentre dans son bureau. Elle est malicieuse, joueuse et souffle à son oreille : « Surprise ! » Libérant sa vue, elle dévoile les deux billets d’avion achetés quelques jours plus tôt. Il avait toujours besoin de vacances et elle avait toujours besoin de se reconstruire. Jusqu’au manoir familial, le trajet serait confortable. Disons qu’elle avait claqué pas mal d’économies pour lui offrir un week-end agréable. Snow l’avait malmené, elle s’en voulait, elle voulait réparer. La rupture avec Malicia avait brisé quelque chose en lui. « Prépare tes valises, je t’emmène à San Francisco. » San Francisco, rien que ça. Elle songe que ça avait toujours été beau sous la neige, et s’efface pour le laisser travailler.

…❅…

La bâtisse est plus grande que dans ses souvenirs. La verdure a survécu, quoique le superbe rosier de sa mère n’eut pas la même chance. C’était comme si.. comme si le temps avait stoppé sa course. Snow se mord légèrement la lèvre avant d’avancer vers la porte d’entrée ornée de vitraux. Un manoir de famille bien comme il faut dans un quartier bien chic. Les doigts courent autour de la serrure, gelant le mécanisme, déverrouillant calmement, sans briser. Le hall est sombre, le salon lui, lumineux. Les grandes fenêtres font danser les reflets sur le bois des meubles, certainement hors de prix. Quelqu’un entretient les lieux. Il ne devrait y avoir qu’une ruine, ici. Il ne devrait y avoir que des surfaces bouffées par les mites ou dégradés par l’humidité, mais rien. Lorsqu’elle ferme la porte, Prudence semble troublée. Il y a des photos de famille. Une bourgeoise aux cheveux visiblement châtains, guindée dans une robe bien comme il faut, un homme en costume, peut-être blond grisonnant, une sage adolescente à la longue crinière à mi-chemin entre la teinte de ses deux parents, et une autre, à distance - Snow ne se reconnait pas vraiment, pourtant il y a bien la tresse blonde, mais le regard est triste, beaucoup trop triste, avec les bras toujours croisés, à distance. Faire bonne figure. Le mensonge est tout ce qu’elle perçoit de ces moments figés sur papier glacé. Il y a les petites filles complices et rieuse, puis ça.

La mutante est déjà en contrôle, crispée, comme si elle était poussée à tenter une perfection factice. Elle a frissonné, légèrement. « Viens.. les chambres sont à l’étage. » Elle a contourné la cuisine, instinctivement, préférant faire un détour pas le bureau plutôt que couper vers ce qu’elle sait être la scène de crime. Les pièces sont spacieuses, donnant l’impression d’un bonheur bien rangé. Et elle fuit le regard de Bobby, rongée par la gêne. Elle sait qu’il analyse déjà son attitude, mais ne lui a-t-elle pas demandé d’être autant son ami que son psy, dans ce voyage ? Un soupir tandis qu’elle s’assied sur le lit de la chambre blanche aux légères teintes turquoises, sur les draps, sur le bois clair laqué du bureau. Comme un désert de neige, n’est-ce pas ? La robe crème et les escarpins lui donnent cet air différent, peut-être plus élégant qu’à l’Institut. Elle ne sait ni quoi dire, ni quoi faire. Après une inspiration, elle se lance : « Je n’ai plus de famille. Il n’y a eu personne à contacter. Ils sont tous.. morts dans la cuisine. Hypothermie. Je crois. »

Il n’y avait plus aucune trace du drame. Et la raison ne s’aligne pas dans le fragment de sa mémoire.
 
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Dernière édition par Prudence Rosebury le Ven 20 Nov - 12:56, édité 2 fois
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fragments

De la colère. Il en a ressenti lorsqu’il a appris ce qu’il s’était passé. Pas de la colère contre elle. De la colère contre lui. De ne pas avoir été là. De ne pas avoir pu l’aider. De la colère qu’il a retourné contre Snow. Bien plus facile. Bien plus pratique. Elle ne l'a repoussé pas. Elle ne s’est pas emportée contre lui. Elle a accepté. Elle a absorbé sa colère. Il l’a utilisée contre exutoire. Il n'aurait pas dû. Mais bordel ! Elle a été blessée. Lui qui l'a poussée à faire le bien autour d’elle. Lui qui lui a demandée de venir en aide aux autres. Pour une fois qu’elle lui a obéit, elle s'est blessée. Elle a risqué de perdre sa jambe. Il s'est énervé contre lui-même. Il n’a rien pu faire. Quand il a appris pour Snow, elle était déjà prise en charge. Quand il a appris pour Snow, il s’est senti responsable. Elle a voulu jouer les héroïnes au péril de sa vie. Voilà le résultat. La prochaine fois, il s’abstiendra de lui dire de sauver les autres. Ou alors, il lui apprendra à ne pas laisser sa jambe traîner derrière elle. Elle comme lui se sont enfermés. Il est retourné dans la peau du psychologue. S’attacher à Snow est trop douloureux. Vouloir faire d’elle une personne meilleure est dangereux. Pour elle. Il a préféré s’enfermer dans le rôle du psychologue. Il a imposé des séances. Elle n’en a pas raté une seule. Preuve que quelque chose a changé. Preuve qu’elle a été marquée par l’attaque. Il s’est assuré qu’elle ne manque de rien. Il a vérifié qu’elle reçoive les meilleurs soins. Il a veillé à son bon rétablissement. Il a passé des heures à tenter de la faire parler. De l’accident. De son passé. Il a réussi. Étrangement, la langue de Snow s’est déliée. Avec trop de facilité. Il a réussi à en tirer bien plus en un mois qu’en l’espace de trois ans. Et un jour, elle est revenue avec cette envie. Ce besoin. Cette volonté de retourner sur le lieu de son enfance. Il pensait qu’elle l’avait oublié. Il s’était trompé. L’idée était restée dans un coin de son cerveau. Elle attendait seulement. Elle lui a offert tout ce qu’il voulait, dans l’espoir infime qu’il en ferait autant de son côté, le moment venu. Il n’a pas pu. Il lui a dit que c’était trop tôt. Il lui a dit que ce n’était pas le bon moment. Il a assuré qu’elle ferait mieux de rester à l’Institut. Pour se rétablir. Pour réapprendre à marcher. Il veut la protéger. Il veut qu’elle reprenne ses marques. Il veut qu’elle s’ancre dans le présent pour mieux retourner dans le passé. Une ancre qui lui permettrait de ne pas sombrer, dans le cas où ses souvenirs seraient trop durs. Mais Snow ne voit pas les choses ainsi.

xXx

Il sursaute, en voyant des mains passer devant les yeux. Ses longs doigts fins obstruent sa vision. Un fragment de seconde, il pense à Malicia. Et cette idée s’évanouit. Elle ne laisse qu’une douleur profonde. Un rappel de cette blessure qu’il apprend à oublier. “Surprise !” La voix de Snow résonne dans le creux de son oreille. Il n’aime pas les surprises. Il n’aime pas ses surprises. La dernière en date est une blessure à la jambe. Il y a mieux. Elle retire ses mains. Il retrouve la vue. Il se retourne pour la voir brandir deux billets. Alors, elle l’a programmé. Elle l'a fait. L’expression de gamine qui illumine le visage de Snow est nouvelle. Il n’a pas le coeur d’anéantir sa joie. De piétiner son excitation. Alors, il esquisse un léger sourire. Il sait que, quoiqu’il dise, elle partira. Avec lui ou pas. Mais, ce n’est pas le genre de voyages que l’on fait seul. “Prépare tes valises, je t’emmène à San Francisco.” Il n’a jamais mis les pieds à San Francisco. Ce sera l’occasion de visiter. L’enthousiasme de Snow est communicatif. Mais il craint. Il a peur. Il appréhende ce qui les attend là-bas.

xXx

Plusieurs heures d’avion. Des gamins qui se chamaillent. Des adultes qui discutent. D’autres qui tentent de trouver le sommeil. Il a pris l’habitude de voyager à bord du X-Jet. Il a oublié ce que cela faisait de passer plusieurs heures, enfermé dans un espace confiné, avec des inconnus. Désagréable. Irritant. Mais finalement, ils atterrissent. Ils débarquent près de San Francisco. Il se laisse guider par Snow. Il est perdu entre la curiosité et l’inquiétude. Le psychologue est curieux de connaître l’environnement dans lequel elle a grandi. L’ami se soucie des répercussions. Il a peur que ce voyage détruise davantage Snow. Il a peur qu’elle en revienne changé. Il a peur qu’elle ne revienne pas du tout. Ils embarquent dans un taxi. Il récupère les sacs dans le coffre. Elle ne l’a pas attendu pour avancer vers la maison. Plutôt un manoir. Il n’a jamais vu une demeure aussi impressionnante, si on excepte l’Institut. Il prend quelques secondes pour détailler la façade. Entretenue, propre. Il baisse les yeux vers Snow. Elle est déjà vers la porte d’entrée. Elle semble hypnotisée. Les souvenirs l’appellent, tel le chant des sirènes. Plus rien existe autour d’elle. Seulement son manoir. Seulement son passé. Il la suit. Il veut la garder sous les yeux. On ne sait jamais. Il s’attend à ce que quelqu’un vienne à leur rencontre. Les propriétaires actuels. Mais personne n’arrive. Elle ouvre la porte de la demeure. Comme si c’était toujours la sienne. L’intérieur est époustouflant. Bien loin de ce dont il a l’habitude. Bien loin du luxe modeste auquel ses parents l’ont habitué. Pas de brin de poussière. Pas de toile d’araignée. Tout est parfaitement entretenu. Un certain sentiment de malaise l’étreint. Comme si il n’avait pas sa place ici. Comme si ils entraient dans la vie d’une autre personne. Peut-être auraient-ils dû attendre les habitants ? C’est ce qu’il s’apprête à dire quand Snow lui parle. “Viens.. les chambres sont à l’étage.” Elle l’emmène à travers les pièces. Chaque endroit qu’il visite le surprend. Tout y est bien rangé. Tout y a sa place. Tout est tellement bien positionné. Son regard s’attarde sur certaines photos. Il n’a pas le temps de les détailler. Il ne souhaite pas perdre Snow. Il craindrait de mourir de faim dans un des couloirs avant de retrouver son chemin. Surtout, le comportement hypnotique de son amie l’inquiète. Ils montent un escalier. Elle pousse une porte. Et les voilà plongés dans un univers blanc et turquoise. Il dépose les sacs par terre. Son regard parcourt la pièce. Il finit par se poser sur Snow. Assise sur le lit. Quelque chose ne va pas. Mais comme toujours avec elle, il attend. Il lui laisse le temps de s’exprimer. “Je n’ai plus de famille. Il n’y a eu personne à contacter. Ils sont tous.. morts dans la cuisine. Hypothermie. Je crois.” Il fronce les sourcils. Il doit bien y avoir quelqu’un. Une personne pour entretenir le manoir. Un membre de sa famille ou un ami proche. Ou alors, de nouveaux résidents.

Tout ce qui concerne Snow est compliqué. Il n’y a jamais rien de simple. Jamais de choses faciles à comprendre. Elle est une énigme. Une énigme mystérieuse et impossible à résoudre. Il hésite un instant. Il se rend compte de plus en plus qu’ils ont des comportements à la limite du raisonnable. Des comportements ambiguës. Des comportements décriés par beaucoup. Alors, il hésite avant de la rejoindre sur le lit. Le moindre geste devient une torture. Le moindre geste déclenche un débat intérieur. Ici, personne ne les voit. Ici, personne ne les juge. Alors, il peut bien s’asseoir sans arrière-pensée. Finalement, il s'installe. Il se sent étranger dans cet environnement. Comme une tâche au milieu du front. Comme le mouton noir d’un troupeau. Il n’est pas dans son milieu. Quoiqu’il touche. Quoiqu’il regarde, il a le sentiment de ne pas avoir le droit. De risquer de tout déranger. De tout casser. “Pourtant, il doit bien y avoir quelqu’un qui tient à ce manoir. Un oncle, une cousine éloignée, un ami… ?” Ses parents sont morts d’hypothermie dans la cuisine. Chez eux. On passera sur la réalité de la chose. Sur la faisabilité. S’il y a eu hypothermie, ce n'est pas parce qu’ils ont laissé la fenêtre ouverte en pleine nuit. Depuis leur décès, un proche a bien dû entretenir les lieux. Sinon, les pièces ne seraient pas aussi bien entretenues. Les herbes folles auraient pris le dessus dans le jardin. Le manoir ne serait plus qu’une ruine. Pourtant, il est dressé, fièrement. Il est encore là. Comme la dernière preuve du passé de Snow. “C’est ta chambre ?” Autour d’eux, il n’y a que du blanc. Du blanc et du turquoise. Les couleurs de le neige et de la glace. Sa question n’est qu’une forme de formalité. Une demande de confirmation pour ce qu’il sait déjà. Cette chambre ne peut qu’être celle de Snow. Il ne la voit pas vivre dans une pièce recouverte d’affiches. Il ne la voit pas organiser des pyjamas party avec ses copines. D’un autre côté, elle a changé ces dernières années. Elle s’est transformée de tout en tout. Il ne serait qu’à moitié étonné si elle lui apprenait qu’elle avait été une de ces filles. Tant de chemin semble avoir été parcouru. Cependant, de ce qu’il imagine de l’éducation reçue, elle n’a pas dû beaucoup s’amuser. Ses yeux courent le long des murs froids. Blancs. Presque inhospitaliers. Ils courent à la recherche d’indices sur l’enfance de Snow. Ils courent à la recherche d’une personnalisation. Et si la personnalisation de la chambre se trouvait dans la couleur ? Ils courent, sans s’arrêter. Ils finissent par retomber sur Snow. A la recherche d'indices.

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Le silence s’étire dans une gêne palpable. Elle sent bien qu’il est différent, qu’il ne se comporte plus avec la même aisance qu’avant et elle ignore ce qu’elle a pu faire de mal pour être désormais étrangère, pour n’être plus qu’une patiente parmi tant d’autres. Elle n’a pas voulu le dire mais ça la blesse. Elle ne tente plus d’approches, de peur d’être repoussée. La blonde vient de se murer dans un mutisme dérangeant, détournant le visage pour ne pas croiser les grands yeux clairs de Bobby. Non, elle ne pense pas qu’il reste quoique ce soit de sa famille ou d’amis encore aptes à entretenir les lieux. Aucun nom noté dans ses recherches. « C’est ta chambre ? » Question rhétorique, il l’a déjà deviné. Calmement, elle retire la veste qu’elle portait en sortant de l’avion, par souci de normalité ; ici, elle n’avait pas besoin de faire semblant, d’offrir une image de ce qu’elle n’était pas. Elle plie consciencieusement le vêtement qu’elle pose près d’elle et finit par souffler, fuyant toujours le regard de l’autre mutant : « Tu peux partir. » Une pointe de tristesse dans le timbre doux. « Tu n’as aucune envie d’être ici et .. je déteste cette façon que tu as de mettre toute cette.. cette distance. » Elle se mord la lèvre, un instant, puis poursuit, jouant nerveusement avec ses doigts. « J’ignore ce que j’ai fait de mal, pourquoi tu m’en veux mais.. » La phrase meurt au bord de sa bouche quand elle relève le nez vers lui. Elle n’a pas besoin d’en dire plus, il sait. Elle est bien trop sensible à sa présence, à ce qu’il pense, et ça l’énerve, ça la rend folle d’être dépendante de quelqu’un, situation inextricable quand il la repousse ainsi. Pourquoi ? Pourquoi est-il assis tout près alors qu’elle a la sensation qu’il est encore à des kilomètres ?

« Je n’ai pas été à la hauteur. » Ca tombe comme un flocon dans la neige. Elle croit, un instant, tenir la réponse, la raison de son attitude, et si elle ne l’a pas formulé pendant les séances, elle ne peut pas garder cela pour elle plus longtemps. « Je t’ai déçu, j’en suis désolée. » Lorsqu’elle avait été intégrée à l’équipe des X-Men, elle s’était vite rendue compte qu’Iceberg désapprouvait, ne la jugeant sûrement pas capable de tenir le coup, et si elle avait fait mentir les préjugés jusque là, l’échec cuisant de ce qui n’avait même pas été une mission avait eu des répercussions - lui avait sans doute donné raison.

Un soupir s’échappe. Elle se lève, se dirige vers son sac, dont elle extirpe la combinaison noire, la posant près du psychologue. « Le Professeur Xavier est informé. Il faut que tu ramènes ça à l’institut, ça pourrait servir à quelqu’un. » Comme si c’était le cas ! Il n’y a pas de gants, et en fin de compte, la seule spécificité de la tenue, c’est qu’il n’y en a aucune, comme un refus de choix, une volonté de s’effacer. Elle raccroche. Quant aux Professeur X, qu’il soit informé, certes, mais tout le monde savait qu’il pouvait aussi prévoir les changements d’avis - il avait dû voir le trouble, la culpabilité.

Maman, je crois que Prudence ne va pas bien. Le flash est vif. Elle a même eu le réflexe de se retourner, comme si sa soeur était encore là, à courir dans les escaliers pour avertir les parents. La température de la pièce a brusquement chuté, glaçant lentement les murs, dessinant la décoration que Bobby semblait chercher - sur la plus grande surface blanche, un flocon se dévoile, grande fresque qui justifie l’absence de cadres ou fioritures. Le miroir, dans le coin, subit le flou, ne reflète plus rien que le froid qui le couvre. Maman, maman, il neige dans la chambre de Prue ! Ca se cristallise, autour d’eux. Le souffle forme la buée caractéristique d’un hiver particulièrement difficile. Ca a la saveur de cette première fois pour tous les mutants, celle où ils découvrent leurs facultés. C’est ce qui se rejoue sous les yeux de Bobby, à la différence que Snow ne semble pas malade, juste.. déconnectée, momentanément.

Elle bouge enfin, claque la porte, pour repousser les images, les sentiments agressifs et elle recule de quelques pas. « Tu devrais partir maintenant, Bobby. Avant que ça se dégrade. » Avant que ce soit pire, avant que le Manoir ne redevienne un tombeau de glace.
 
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Ça ne va pas. Il le sent. Elle fuit son regard. Elle l’ignore presque. L’excitation du voyage a disparu. Ils sont seuls dans sa maison familiale. Enfin, dans son manoir familial. Il n’y a plus de comédie. Il y a seulement eux deux. Encore une fois, il y a quelque chose qui ne va pas. Des non-dits qui les pourrissent. Des reproches qu’ils ne prononcent pas. Des inquiétudes qu’ils n’expriment pas. Il n’y a que le silence. Il vient combler les blancs. Bobby ne sait pas quoi faire. Il ne sait plus. Elle lui demande de s’éloigner. Elle souffre de ses marques d’affection. Alors, il arrête de la toucher. Il arrête de se montrer proche d’elle. Il s’éloigne. Maintenant, ils sont plongés dans un silence étrange. Un silence qui n’aurait jamais existé auparavant. Il y a quelques semaines, les silences étaient doux, agréables. Maintenant, ils sont lourds, pesants. Ils ne sont pas agréables. Ils annoncent des problèmes. Il n'aime pas ce genre de silences. A chaque fois, il pense avoir compris ce qu'elle attend de lui. A chaque fois, il se trompe. Trop de tendresse. Pas assez de gestes. Il n'y a pas de juste milieu. Il n'y a que l'adaptation. Un jour sur l'autre, elle change d'avis. Par le passé, il l'a comparée à la météo. Changeante au gré des anticyclones. Mais, Snow est pire. Elle change bien plus vite. Elle est bien plus instable. Avec la météo, il est possible de prédire le temps qu'il fera demain. Pas avec Snow. Impossible d'anticiper quoi que ce soit. "Tu peux partir." Bobby se tourne vers elle. Il ne saisit pas le sens de sa phrase. Elle l'a traîné jusqu'ici. Elle l'a supplié pendant des semaines. Elle lui a demandé de venir. Elle l'a choisi. Tout ça pour qu'elle le renvoie à peine arrivé ? Cela n'a aucun sens. A aucun moment, il ne pense lui avoir montré du désintérêt. A aucun moment, il n'a imaginé lui faire croire qu'il ne voulait pas venir. Il a accepté le voyage. Il a partagé son enthousiasme, dans une moindre mesure. Il a fait sa valise. Il l'a accompagnée. "Tu n’as aucune envie d’être ici et .. je déteste cette façon que tu as de mettre toute cette.. cette distance." Cette distance. Alors, c'est ça. C'est ce qu'elle lui reproche. Cette distance qu'elle a elle-même demandé. Cette distance qu'elle a dit mériter. Voilà qu'elle n'en veut plus. Il soupire. Il devrait en avoir assez de ses changements d'humeur. Mais, il continue à passer outre. Il continue à les repousser d'un geste de la main. Il continue à s'accrocher. Alors qu'elle n'a pas l'air de savoir ce qu'elle veut. Alors qu'elle le manipule pour obtenir ce qu'elle veut quand elle le veut. De l'attention quand elle se sent seule. Des conseils quand elle se sent perdue. De la distance quand elle veut la paix. Il est un pantin. Il est une peluche qu'elle prend dans ses bras pour apaiser ses peurs. Rien de plus. Mais, il reste. "J’ignore ce que j’ai fait de mal, pourquoi tu m’en veux mais..." Son coeur se pince. Il la dévisage. Elle en vient à penser qu'il l'accuse. Elle est bien trop susceptible. Elle est tellement sensible qu'elle considère chacun de ses gestes comme étant une de ses fautes. Comme si elle les causait. “Ce n’est pas ça.” Il lâche sa réponse. Il la lâche, telle une goutte d’eau. Elle tombe. Elle s’écrase au sol. Elle fait ploc. Aucun impact. Aucune signification.

Je n’ai pas été à la hauteur.” Il se perd dans les suppositions. Il se perd à essayer de comprendre. Il fronce les sourcils. Il réfléchit. Mais rien y fait. Il ne voit pas quand il lui a reproché de ne pas être à la hauteur. Peut-être quand il lui a dit qu’elle était folle. Peut-être quand il a hurlé qu’elle aurait pu mourir. Peut-être quand il lui a jeté ce regard mi-effrayé mi-énervé. Il ne sait pas. Snow a tendance à tout prendre au sérieux. Elle a tendance à tout prendre pour elle. “Je t’ai déçu, j’en suis désolée.” Elle l’a déçu, lui. Il ouvre la bouche pour protester, mais rien ne sort. Rien. Il est stupéfait qu’elle puisse penser cela. Il pensait faire attention. Il pensait mesurer ses paroles. Il pensait maîtriser ses gestes. En fait, il n’en est rien. Il a encore du progrès à faire de ce côté-là. En fait, il devrait laisser Snow mener la danse. Il devrait attendre qu’elle lui dise ce qu’elle attend de lui. Ainsi, il ne pourrait plus se tromper. Il ne pourrait plus lui donner l’impression qu’elle a mal agi. Elle se lève du lit. Elle laisse une empreinte froide derrière elle. Il l’observe sortir un vêtement de son sac. Il reconnaît presque immédiatement la combinaison des X-Men. Il se lève. Il ne peut pas admettre qu’elle est en train de donner sa démission. Elle ne peut pas partir comme ça. Ils ont déjà eu cette conversation. Ils ont déjà débattu. Elle ne peut pas s’en aller. “Le Professeur Xavier est informé. Il faut que tu ramènes ça à l’institut, ça pourrait servir à quelqu’un.” Le Professeur, évidemment. Et il ne lui a rien dit ! Bon sang. A quel moment est-ce qu’on cache les allers et venues des effectifs ? Depuis quand est-ce qu’on décide dans son dos ? Alors, oui, il n’a pas approuvé l’intégration de Snow aux X-Men. Il n’a pas été d’accord. Mais depuis, son avis a changé. Pourquoi partir maintenant ? “Tu dis n’importe quoi ! Tu vas reprendre cette combinaison et oublier cette idée absurde.” Il attrape la combinaison. Il est prêt à la fourrer dans les bras de Snow. Mais elle a une expression étrange. Absente. Il arrête son geste. Il la dévisage. Elle a le regard dans le vide. Elle n’est pas là. La chambre se transforme. Elle revêt une décoration glaciale. Hivernale. Il fait froid. Beaucoup trop froid. Son souffle se transforme en une nuée de gouttelettes cristallisées. La chambre se pare d’un flocon géant. Comme si il avait toujours été là. Comme si il faisait partie intégrante de la décoration. Il rejette la combinaison sur le lit. La réalité semble rattraper Snow. Elle change d’expression. Elle se déplace. “Tu devrais partir maintenant, Bobby. Avant que ça se dégrade.” Dans sa tête, la décision est déjà prise : il ne partira pas. Il est là où on a besoin de lui. Il traverse la distance qu’elle vient de mettre entre eux. Il n’est pas ses parents. Elle ne le trouvera pas mort, dans un coin du manoir. “Tu sais très bien que je ne vais pas partir.” Ils jouent au chat et à la souris. Ils se repoussent. Ils finissent toujours par se retrouver. Ce n’est pas de l’amour. C’est une espèce d’attirance, comme il l’a si mal expliqué l’autre jour. Une attirance platonique qui les empêche de vivre l’un sans l’autre. Une attirance étrange qui les fait souffrir dès que l’un repousse l’autre. Il n’est plus qu’à un pas. Un seul. Il tend la main dans la direction de Snow. Paume en l’air. “Tu dois arrêter de me repousser.” Une invitation muette. Une invitation à la confiance. Il sait qu’elle va hésiter. Elle ne veut pas s’attacher à lui. Elle ne veut pas le blesser. Il connaît son discours. Il l’entend régulièrement. Mais il est temps qu’elle accepte. Il plante ses yeux dans les grandes prunelles de Snow. Pas de mensonge. Juste la vérité.

Je n’ai pas peur.” C’est tout. Clair comme de l’eau de roche. Il n’a pas peur. Il a confiance en elle. Elle ne lui fera pas de mal. Elle ne lui en fera plus. Il lui confierait sa vie, si cela devait arriver. Sa main est toujours tendue dans sa direction. Toujours dans l’attente de recevoir celle de Snow. “Je ne suis pas déçu, Snow. C’est moi qui devrais m’excuser pour t’avoir fait croire cela. Tu as eu un comportement héroïque.” Elle ne doit pas abandonner. Elle ne doit pas le repousser. Pas elle. Elle doit revenir à l’Institut. Elle doit retrouver sa place. Elle doit arrêter de faire le vide autour d’elle. Elle doit l’accepter, une nouvelle fois. Sans craindre de le blesser. Sans craindre de le décevoir. Juste eux deux. Sans craintes.

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Ses yeux clairs la captivent. Il a attrapé son attention et plus rien ne semble exister autour. « Je n’ai pas peur. » La tempête est arrêtée avant de naître. Le rythme cardiaque se calme et s’il fait toujours très froid, la pièce semble stabilisée. Elle a oublié les pas de sa soeur courant dans les escaliers, cette journée interminable à grelotter sur ce lit, sans comprendre, sans aucune aide. Il n’a pas peur, il lui tend la main et elle la saisit. Le contact est chaud tant elle est glacée mais elle ne recule pas, elle s’adapte, son corps s’adapte à celui du psychologue. « Je ne suis pas déçu, Snow. C’est moi qui devrais m’excuser pour t’avoir fait croire cela. Tu as eu un comportement héroïque. » Un comportement héroïque ? Elle n’intègre pas immédiatement. C’est entre ses bras, qu’elle finit. Pas comme les fois précédentes, pas comme lorsqu’elle se débat ou s’agite, pas avec toute la retenue qu’impose l’institut - non, ce sont toutes les barrières qui tombent, le nez contre son cou, la main qui passe dans son dos. « Je n’ai pu aider personne.. » Elle cesse de prétendre qu’elle se remet bien de l’attaque. Elle cesse de faire bonne figure dans le silence. Certes, elle a parlé lors des dernières séances mais pas assez, pas suffisamment pour cicatriser. Snow avait été du côté de ces mutants incontrôlables capable de créer des dégâts monstres, de tuer sans pitié. Elle aurait dû être impassible. Rien ne s’était passé comme prévu. « J’aurais dû les empêcher de jeter cette voiture, on ne s’attaque pas à un mutant dont on ignore les exactes capacités.. » Elle se sentait tellement idiote de n’avoir pas insisté. Mystique l’aurait sermonnée dans de telles circonstances et pourtant ça n’est pas à elle qu’elle pense, lovée contre Bobby. C’est à ce bruit crissant de métal et la douleur vive imprimée dans son esprit, comme marquée au fer rouge.

Elle n’a aucune faculté de guérison et elle en est terriblement consciente, sa frêle enveloppe pouvant se casser telle une allumette. La glace conserve, cela dit, et c’était peut-être ce qui lui avait permis de limiter les dégâts - elle ne se souvient même pas vraiment avoir couvert la plaie de cette épaisse couche froide. En rouvrant les yeux, sonnée et loin de l’environnement familier, elle avait eu du mal à croire qu’elle s’en était sortie. Les séquelles existaient, quoiqu’enfouies.

La stabilisation est lente mais effective. La pièce retrouve son aspect originel tandis que s’étire le silence. Elle écoute les battements apaisants du coeur, les yeux clos. Elle n’a pas peur d’être surprise, elle ne craint pas l’intrusion d’un élève ou d’un professeur, coupée des sources de stress et d’agitation qui règnent toujours autour d’eux. De l’affection, c’était tout ce dont elle avait réellement besoin, seulement le repousser se révélait presque être un instinct de survie, une seconde nature arrivée à essoufflement. Elle prend autant qu’elle donne dans l’étreinte muette, fait indéniable autant qu’involontaire, la tendresse qu’elle offre ne paraît avoir aucune limite. Avec lui, elle n’est pas obligée. Avec lui il n’y a pas de contrainte, elle n’a pas besoin d’être redevable, de céder pour ne pas être jugée ou rejetée. Certes, elle ne le comprend pas toujours, le montre souvent mal, mais elle sait qu’il est là. Il revient quand elle tente de l’affaiblir. Il a pardonné la violence, l’acidité. Il a toujours été là, même dans l’opposition.

« Si je reviens, Aneliese sera en danger. » Les nuits sont encore plus difficiles qu’avant. Elle dormait, oui, parfois même profondément, mais il est arrivé qu’elle se surprenne non loin du lit de sa camarade, ou au beau milieu d’un couloir, la neige à fleur de peau. « Tu ne m’as pas retrouvé dans ta chambre mais je me suis réveillée devant la porte de ton bureau, il y a deux nuits. » Elle ne se détache pas. Le visage se lève légèrement, pour le regarder, ne pas fuir encore, même si le sujet est tendu, délicat. « Liese pourrait ne pas y survivre. » Ca n’est pas hostile, c’est presque coupable. Si elles ne s’apprécient absolument pas, si elles ont plusieurs fois ouvertement souhaité la disparition de l’autre, le fait est que Prudence refuse d’être responsable d’un tel drame sans avoir eu le choix. « On a tout essayé.. tu as tout essayé. Est-ce que ça a fait de moi quelqu’un de meilleur ? Non. Philosophie, psychologie, histoire, rien n’a de réponse. Même quand je ne rate pas les séance.. » La langue se délie. Elle se sent impuissante face à ses propres failles. Avaler les livres, les recherches, dans un coin de l’Institut, n’a mené à rien. Elle a cessé de suivre les cours, petit à petit, après la mésaventure avec Malicia et elle n’a pas eu la force de les reprendre. Les carnets se sont remplis de notes personnelles sans que quoique ce soit ne s’accorde. Il y a des incohérences. Et les amnésies peuvent être définitives, elle le sait.

Ca se dérobe. Elle s’accroche fermement. Il n’y a jamais eu une si longue proximité. Elle aurait duré si la jambe n’avait pas faibli. Elle n’est même pas certaine que ce soit entièrement physique, elle ne prend cependant pas le risque et retourne s’asseoir sur le lit, l’entrainant au passage - elle refuse de le lâcher. Elle a besoin de son contact. Les escarpins sont retirés, calmement, pour éviter d’aggraver la sensation. Et sans un mot de plus, elle cherche à nouveau son affection, juste un peu d’amour dans cet enfer passé.
 
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Tout n’est qu’une question de confiance. Sans confiance, on se méfie. Sans confiance, on oublie. Sans confiance, on doute. En trois ans, ils n’ont pas encore trouvé cette confiance. Ils n’ont fait que se repousser, se chercher, se retrouver. En trois ans, ils n’ont pas encore assez confiance en l’autre et en eux-mêmes pour lâcher prise. Ils remettent tout en question. Ils essayent de comprendre. Alors qu’ils devraient se fier à l’autre aveuglément. Ils devraient simplement penser que si quelque chose ne va pas, l’autre le dira. Avoir confiance en l’autre pour être franc. Ils en sont encore loin. Ils n’ont même pas assez confiance pour exprimer clairement ce qui les dérange. Il veut lui dire. Il veut lui dire qu’il n’a pas peur de mourir de sa main. Il veut lui dire qu’il lui fat confiance. Tout simplement. Il s’exprime. Bien plus que ces dernières semaines. Bien plus que dans la peau du psychologue. Il s’exprime. Elle dépose sa main dans la sienne. Comme une bouée de sauvetage. Bobby la tient fermement. Il ne la laissera pas s’échapper. Il ne la laissera pas partir. Elle franchit le dernier pas. Elle se réfugie dans ses bras. Il la serre contre lui. Il sent son visage dans son cou. Il sent son corps contre le sien. Il sent que c’est ce qu’il faut faire. Pas besoin de la repousser. Pas besoin de lui dire que ce n’est pas concevable. Elle a juste besoin d’une paire de bras. Ses cheveux viennent lui chatouiller le menton. Il ferme les paupières. Elle a besoin de cette proximité, mais lui aussi. Depuis combien de temps n’a-t-il pas eu de contact ? Il y a Kitty, évidemment. Mais Kitty, ce n’est pas pareil. Les marques affectives passent à travers des blagues, des inquiétudes, parfois des câlins. Avec Snow, ils sont tous les deux en manque. Manque affectif. Un mal qui les ronge. Un mal qui les pousse à la frustration. Un mal qui les pousse l’un vers l’autre. Lui a appris à s’en passer. C’est encore nouveau pour Snow. Elle a beau repousser tous ceux qui s’approchent d’elle. Elle a beau s’enfermer dans son palais de glace. Elle a besoin d’affection. Elle a besoin d’une personne pour la serrer contre lui. Pour lui tenir la main. “Je n’ai pu aider personne..” Elle recommence. Elle est trop dure. Elle est trop critique. Elle ne voit pas le bien qu’elle a fait. Il rouvre les paupières. Elle en devient pénible. A croire qu’elle cherche l’approbation. A croire qu’elle attend des compliments. On en revient toujours au même problème : la confiance. Elle n’a pas confiance en elle. Elle n’a aucune assurance. C’est à lui de la lui transmettre. “J’aurais dû les empêcher de jeter cette voiture, on ne s’attaque pas à un mutant dont on ignore les exactes capacités..” Après trois ans à l’Institut, elle n’a donc rien appris. On a beau refaire le scénario dans sa tête, rien ne sert de ressasser le passé. On a beau vouloir faire les choses autrement, ce n’est pas possible. En trois ans, elle n’a pas appris à accepter l’échec. Il serait temps qu’elle y arrive. Parfois, cette dureté qu’elle s’impose, il a envie de la prendre et de la retourner. Il a envie de lui montrer qu’elle est ridicule à tout remettre en question. Il faut accepter. Tout simplement. Accepter ce qui a été fait. Accepter les conséquences. Accepter le présent.

Si je reviens, Aneliese sera en danger.” Aneliese… il l’avait presque oubliée. La pauvre femme n’a pas eu de chance de tomber sur Snow. Il y a plus agréable et coopératif comme colocataire. Aneliese le lui rend bien. Elle se met à fourrer son nez n’importe où. Il a croisé son regard dans les couloirs. Mélange de désapprobation et de pitié. Elle a l’impression qu’il se passe quelque chose entre le psychologue et la reine des neiges. Elle croit savoir ce qu’elle a vu. Alors qu’elle a seulement interrompu un dîner entre deux âmes solitaires, perdues dans la quête de l’affection. “Tu ne m’as pas retrouvé dans ta chambre mais je me suis réveillée devant la porte de ton bureau, il y a deux nuits.” Alors, les crises continuent. Elle cherche toujours à le retrouver. Sa rupture n’a pas suffit. La tension qui en a découlé, non plus. Elle cherche toujours la chaleur de ses bras. Ce n’est pas sain. Ce n’est pas normal de déprendre d’une seule personne. Et si un jour, il disparaissait au cours d’une mission ? Elle ne peut pas se contenter d’une unique personne dans son univers. Elle doit trouver quelqu’un d’autre. Deux, trois, quatre personnes. Peu importe. Peu importe tant qu’elles gravitent autour d’elle. “Liese pourrait ne pas y survivre.” Donc, la solution est de s’enfuir ? La solution se trouve dans ce manoir ? Il est en total désaccord. Comme d’habitude. Il ne pense pas que partir soit la solution. D’autres ont persévéré avant elle. D’autres sont toujours à la recherche de solution. Mais ils sont là. Ils continuent d’espérer. Trois ans n’est pas un laps de temps suffisant. Ce n’est pas assez pour répondre à tous ses problèmes. “On a tout essayé.. tu as tout essayé. Est-ce que ça a fait de moi quelqu’un de meilleur ? Non. Philosophie, psychologie, histoire, rien n’a de réponse. Même quand je ne rate pas les séance.. ” Il leur faut plus de temps. Ils ont besoin de quelques mois de plus. Quelques mois ou quelques années. Elle ne peut pas désespérer aussi facilement. Entre ses bras, il la sent se tendre. Faiblir. Il sent ses doigts se crisper. Il la retient. Il resserre sa prise sur elle. Être là. Être celui qui la relève lorsqu’elle chute. Être celui qui l’épaule lorsqu’elle doute. Elle s’éloigne, elle l’entraîne avec lui. Au moment de se rasseoir, il s’arrache de son emprise. Il reste debout, à côté d’elle. C’est bien plus facile ainsi. Il ne veut pas de ses câlins pour apaiser ses émotions. Il ne veut pas de ses câlins pour le faire taire. Il a juste besoin d’avoir les idées claires. Il doit juste être assez éloigné. Pas trop. Pas trop pour ne pas qu’elle ait l’impression qu’il lui échappe une nouvelle fois. “Ça suffit, Snow. J’en ai assez de te voir t'infliger toute cette culpabilité. Arrête d’être aussi dure avec toi. Arrête de sous-estimer tes compétences. Arrête tout ça !” Il s’emporte plus qu’il ne le veut. Il est bien trop véhément. Mais, il a besoin qu’elle comprenne. Il a besoin qu’elle se rende compte de ce qu’il voit. Sans cela, elle ne pourra pas évoluer. Elle le voit comme un héros. Maintenant, les rôles sont inversés. Elle est l’héroïne. Sans elle, ces inconnus auraient fini broyé. Sans elle, ils seraient morts. De quoi a-t-elle besoin de plus ? “Alors oui, tu n’as pas pu empêcher ces gens de balancer une voiture. Mais, tu les as sauvés, Snow. Accepte-le.” Sauver n’est pas commun pour Snow. Elle a l'habitude de semer la mort, partout où elle va. Tuer est davantage un réflexe que sauver. Il le sait mieux que quiconque. Il en a fait les frais. Elle a essayé de le tuer à plusieurs reprises. Il l’a provoquée, aussi. Il sait que la protection des autres est compliqué pour elle. Il sait qu’elle ne comprend pas toujours l’intérêt de se sacrifier pour les autres. Pourtant, elle l’a fait. Elle y est arrivée. “Je t’interdis de baisser les bras. Il y a encore des dizaines de méthodes qu'on n'a pas testées.” S’obstiner. Persévérer. Tenir le coup. Voici les clés de la réussite. Le doute n’a pas de place. Elle doit croire en elle ou en ceux qui l’accompagnent. Elle doit croire que tout est possible. C’est important.

Il ne la lâche pas des yeux. Il s’énerve. Il s’énerve parce que c’est la seule manière de pénétrer sa bulle. La violence n’a pas d’impact, à part celui de la recroqueviller sur elle-même. La tendresse n’a pas de résultat probant, à part celui de l’inciter à revenir plus souvent. Il ne lui reste plus que la colère. Il s’énerve peu. Il s’énerve rarement. Il est parfois en colère. Dans une colère froide. Douce. Silencieuse. Dans une colère plus violente que les cris. Ces colères sont rares. Aujourd’hui, ce n’en est pas une. Il en est loin, perdu entre la colère et l’agacement. Il ne sait pas de quel côté naviguer. Il se situe entre les deux. Un coup à gauche. Un coup à droite. “Quand on aura fini ici, tu reviendras avec moi.” Il est catégorique. Il ne lui laisse pas le choix. Il n’y a pas de débat possible. Il y a seulement l’acceptation. La résiliation. Il ne lui laisse pas d’autres portes de sortie. Il n’y a que celle-là. Celle de l’aide. Si elle proteste. Si elle refuse. Si elle repousse. Il sera obligé de s’énerver encore plus. Ils transformeront le manoir en champ de bataille pour la confiance. Ils perdront leur temps à lutter l’un contre l’autre, au lieu de lutter contre le passé de Snow. Ils ne peuvent pas se le permettre.

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Il s’emporte. Il s’emporte et elle n’ose plus rien dire, sidérée. Elle a certes l’habitude de l’agacer mais elle ne s’attendait pas à un tel vent glacé. Alors elle baisse le nez, écoutant ce qu’il a à dire. Evidemment qu’il n’en peut plus. Comment pourrait-il en être autrement après trois années ? C’est Shift, qui les a tous sauvé mais elle ne le contredit pas, elle préfère laisser passer la tension. Elle était tellement mieux dans ses bras. C’était tendre et confortable. « Je t’interdis de baisser les bras. Il y a encore des dizaines de méthodes qu'on n'a pas testées. » Qu’y avait-il de plus à répondre ? Ca n’était pas une question et ça ne souffrait aucune protestation. Ils n’étaient pas venus pour se hurler dessus. « Quand on aura fini ici, tu reviendras avec moi. » Un hochement de tête pour réponse. Là encore, mieux valait ne pas protester, il était bien capable de la prendre sur son épaule et de la ramener à la X-Mansion sans autre forme de procès.

La douleur est passée comme elle est venue. Il semble que la station debout reste complexe : bouger ou rester assise oui, pas jouer la potiche immobile. Et comme elle ne sait quoi dire, elle se relève, calmement, menant les valises de Bobby vers la chambre d’à côté. Les teintes sont neutres, le grand lit contre le mur commun, de quoi percevoir s’il y avait un problème. Gris et blanc. Un drôle d’écho. Elle se souvient qu’il s’agissait d’une chambre d’amis mais qu’aucun ami ne l’occupait jamais. Il n’y avait pas d’histoire dans cette pièce, et si elle choisit de la lui ouvrir, c’est qu’elle estime qu’il mérite un repos total, un de ceux qui n’implique pas d’être hanté par des supposions. Si Snow devait être somnambule, elle songeait qu’ici, il n’aurait pas sa visite - rien ne l’y raccrochait. « La chambre de personne. Tu as une salle de bains et je crois qu’il y avait des livres dans un des meubles. » Elle n’a ni l’air vexée ni contrariée. Ils sont simplement fatigués, tous les deux. L’endroit est assez stressant pour qu’elle soit tendue et entre eux, lorsque l'un était à fleur de peau, l’autre le ressentait toujours. Situation à marcher sur la tête. « Je te laisse te reposer. Il n’y a rien à manger mais une table nous attend dans trois heures. » Elle entreprend le chemin inverse, s’arrêtant finalement dans le couloir pour revenir, se mordant la lèvre ; elle a quelque chose à dire mais ignore comment l’exprimer, tellement inapte à l’émotion. C’est presque contre nature. Il est son psychologue, après tout. « Bobby.. je ne sais pas comment te le dire mais.. je tiens à toi, vraiment. Même si je le montre mal, même si c’est entre deux tentatives de meurtre. »

Fuite. La porte claque derrière elle. La fuite, c’est toujours plus simple. Elle n’a pas envie qu’il pense devoir fournir une réponse, qu’il se sente obligé d’être gentil ou proche. Elle se sentait tellement idiote. Idiote de lui avoir lâché ça comme ça. Et s’il se faisait des idées ? Elle se laisse tomber sur son lit, fixant la plafond. Il ne peut pas y avoir pensé. Il sait où sont leurs limites. Et elle, le savait-elle ? Elle avait l’impression d’avoir dépassé les bornes en se lovant entre ses bras si longtemps. Que diraient-ils, à l’institut ? Aneliese se targuerait d’avoir encore surpris une scène terriblement romantique entre la reine des neiges et l’iceberg trop sexy. Du suicide, en fin de compte, si l’on n’oubliait pas le paramètre Malicia.

Pense à papa, il a essayé de comprendre. N’épargner personne avait été la solution ultime. Ce manoir n’était rien d’autre qu’un cimetière où, une seconde, elle avait songé à se laisser mourir. A qui manquerait-elle, à force de faire le vide ? Même le professeur Aneesh avait du mal à supporter ce qu’elle était. Mystique lui manquait un peu, à bien y réfléchir. Elle n’arrivait pas à remettre des images sur leurs derniers moments ensemble, les rires et la simplicité envolés au profit d’une trahison amère, de ce qui avait été vécu comme un abandon. Supposée morte. Comme quoi, c’était plausible. Ses doigts bougent en direction du plafond, tentant de forger un semblant de lustre ; ça l’aide à se détendre. Inspirer, expirer. « Je tiens à toi.. t’avais pas plus débile sérieux ? Maintenant il va avoir peur que tu le séquestres. Et voilà que je parle seule. Saine d’esprit, tout à fait. » Un vague air de mauvaise comédie romantique. Si Snow est presque tentée d’aller s’excuser, elle reste allongée là, sur le dos, se disant qu’après tout, il doit en avoir autant marre des excuses que de sa manière de se dénigrer à longueur de journées.

Ne pas baisser les bras. C’était tellement plus facile à dire qu’à faire.
D’autant qu’il a peut-être tout entendu, la cloison trop fine, et qu’elle risquait de s’en liquéfier de honte. Le séjour d’annonçait terriblement long, avec ce type de quiproquo.
 
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S’énerver, il n’en a pas l’habitude. Presque un soulagement. Presque un défouloir. S’énerver lui permet d’expulser les émotions enfouies. Il ne comptait pas s’emporter contre Snow. Il ne pensait pas en arriver là. Mais ça le guettait. L’agacement, la colère. Ils attendaient depuis longtemps. Ils restaient tapis dans un coin, en attendant le bon moment. Il a fallu aller à l’autre bout du continent. Il a fallu découvrir le manoir familial des Rosebury. Il a fallu patienter jusqu’à maintenant. Dans le fond, il n’est pas vraiment énervé. Ce n’est pas une colère causée par les injustices. Ce n’est pas une colère violente. C’est une colère motivée par les critiques de Snow envers elle-même. C’est une colère nécessaire pour faire bouger les choses. Un mal pour un bien. Un échange de bon procédé. Il vide son sac. Il lui demande de ne plus être si dure. Il lui ordonne de ne plus se regarder comme un être sans intérêt. Un être coupable de recevoir l’attention d’une personne. Il ne comprend pas comment on peut en venir à se détester à ce point. Il a du mal à le concevoir. Lui qui rencontre pourtant des mutants mal dans leur peau toutes les semaines. Lui qui a fait des études de psychologie. Il est perdu quand cela concerne Snow. Elle a une personnalité digne d’un labyrinthe. Des allées d’émotions. Des intersections de problèmes. Des culs de sac de peurs. Elle n’est pas simple à cerner. Elle n’est pas facile à comprendre. Quand il croit l’avoir comprise, elle se défile entre ses doigts. Elle se dilate, comme un mirage. Il termine de s’énerver. Il a dit ce qu’il voulait. Il a exprimé son désarroi. Mais devant lui, Snow porte un masque impassible. Elle ne réagit pas. Comme si il avait imaginé sa colère. Il pousse un soupir. Elle n’accepte que la tendresse de sa part. Le reste, elle le laisse tomber. Elle l’ignore. Snow se lève du lit. Elle passe à côté de lui. Elle ne lui adresse pas un seul mot. Seulement le silence. Cela aussi a le don de l’agacer. Pourquoi ne pas parler ? Il pivote sur place pour l’observer faire son manège. Elle récupère ses affaires et elle sort de la chambre. Comme ça. Sans rien dire. Il lève les yeux au ciel. Il hésite entre une vexation, un blocage ou une peur. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il hausse le ton. Hé bien, il ne va pas s’excuser de ne pas l’avoir prévenue. Il la suit jusqu’à une chambre. Elle a déjà ouvert la porte lorsqu’il rentre. Il ignore combien de chambres comporte le manoir. Probablement cinq ou six. Chacune avec un nom de couleur. Sous ses yeux, il découvre une pièce grise. Une chambre bien triste. Impersonnelle. “La chambre de personne. Tu as une salle de bains et je crois qu’il y avait des livres dans un des meubles.” Alors, elle a retrouvé sa langue ? Mais, ses paroles sont neutres. Platoniques. Aucune chaleur. Aucune attention. Aucune fluctuation. Juste des mots prononcés parce qu'ils le doivent. Il a provoqué un phénomène inconnu en elle. Il ne l’a jamais vue aussi calme. Aussi distante. Encore une nouveauté made in Snow. Une de plus à ajouter à la longue liste. “Je te laisse te reposer. Il n’y a rien à manger mais une table nous attend dans trois heures” Un restaurant ? Il ne se rappelle pas la dernière fois où il a mangé dans un restaurant. Il réalise que Snow a tout prévu. Elle lui a payé le billet d’avion. Elle le loge. Elle le nourrit. Quelle sera la prochaine étape ? Il n’est pas sûr d’être d’accord avec tout ça. Il est plus en plus mal à l’aise à l’idée de profiter de son argent. A son tour de penser qu’il ne mérite pas toutes ces attentions.

Elle le laisse seul dans la chambre. Bobby fait quelques pas vers la fenêtre. Il imagine déjà voir un grand jardin s’étaler, avec une piscine et peut-être une forêt privée. Instinctivement, il se retourne. Snow est de nouveau là. Elle semble gênée. “Bobby.. je ne sais pas comment te le dire mais.. je tiens à toi, vraiment. Même si je le montre mal, même si c’est entre deux tentatives de meurtre.” Il y a quelque chose d’innocent dans ses deux grands yeux bleus. Il y a quelque chose de sincère. Il ne réagit pas. Trop surpris pour prononcer une quelconque réponse. Trop surpris pour avoir un quelconque geste. Entendre Snow exprimer ses sentiments. L’entendre lui dire qu’elle tient à lui. Une grande première. Il cille. Stupéfait. De toute manière, elle claque déjà la porte derrière elle. Elle lâche sa bombe et elle détale. Il a conscience que cette confidence - si on peut appeler cela une confidence - est dure pour elle. Il a conscience qu’elle ne le dit pas à tout le monde. Il mesure ses efforts. Mais, la surprise est totale. Il reste bloqué au milieu de la chambre pendant quelques secondes. Quelques secondes pendant lesquelles il se demande ce qui vient de se passer. C’est une déclaration d’affection. Une preuve qu’elle l’apprécie. Suivie par une fuite. D’une porte qui claque. “Je tiens à toi.. t’avais pas plus débile sérieux ? Maintenant il va avoir peur que tu le séquestres. Et voilà que je parle seule. Saine d’esprit, tout à fait.” La voix étouffée de Snow lui parvient. Elle traverse les murs. Elle se faufile dans le couloir. Elle arrive, moins puissante, moins audible. Il retient un rire. Il le réduit à un simple sourire. D’après ce qu’il a vu, les fenêtres ne semblent pas sécurisées. Il devrait pouvoir s’enfuir, si son hôtesse devient trop effrayante. Snow est une vraie adolescente. Fragile dans ses sentiments. Rebelle dans ses actes. Maladroite dans ses mots. Une adolescente qui se cherche. Il récupère sa valise et la pose sur le lit. Il l’ouvre, mais il connaît déjà la réponse à une question formulée silencieusement. Il n’a rien pour aller dans un restaurant. Il n’a pris que des vêtements plus ou moins larges pour convenir au surfeur de glace qu’il est. Il est foutu. D’autant qu’il n’imagine pas Snow l’emmener dans le fast food du coin. “Snow ? C’est quel type de restaurants ?” Il parle fort. Il a toujours la tête plongée dans sa valise. Pas besoin de la rejoindre, il sait qu’elle va l’entendre à travers la cloison. Dans sa voix, une pointe de détresse transparaît. Il a besoin d’être rassuré. Rassuré sur l’idée que porter des sneakers pour aller au restaurant n’est pas mal vu. Rassuré sur l’idée qu’un simple pull peut convenir pour manger un morceau. Derrière le mur, seul le silence lui répond. Il replonge dans le tas de vêtements. Sous ses doigts, il sent une nouvelle texture. Une nouvelle étoffe dont il n’a jamais eu l’occasion de découvrir le toucher. Il tire le vêtement. Un pantalon. Mais pas n’importe quel pantalon. Du genre que les bussinessmen portent. Du genre que les gens riches portent tous les jours. Du genre qu’il n’a jamais acheté. Il est composé de deux jambes. Rien d'extraordinaire. Il le tient des bouts des doigts. De peur de le froisser. De peur de le salir. Ce pantalon est à la bonne taille. L’information le fait hausser le sourcil. Elle connaît sa taille ? Comment… ? Il ne veut même pas le savoir, ni même imaginer. Il pose délicatement l'habit sur le lit.

En revenant vers la valise, c’est une chemise qu’il trouve. Bordel. Comment a-t-elle fait pour glisser ces vêtements dans ses affaires, sans qu’il s’en aperçoive ? Cette fille est flippante. Et surtout exaspérante. Elle l’habille ! Bon sang. “SNOW !” Son appel est un savant mélange entre détresse et colère. Il est hors de question qu’il accepte ses cadeaux. Il est hors de question qu’il mette cette tenue. Il ne veut pas être entretenu par Snow. Elle en fait trop. Elle en fait beaucoup trop. Ses cadeaux le gênent. Ils sont déplacés. Et lui, que peut-il lui offrir en retour ? Il n’a même pas une petite attention. Il est venu les mains dans les poches. Il va falloir qu’il lui explique que ça ne se fait pas. Que ce n’est pas possible de lui offrir un billet d’avion, des vêtements et de lui permettre de dormir chez elle. Ils ne sont pas dans un remake de Pretty Woman, mais dans la vraie vie. Il pose la chemise à côté du pantalon. Il va devoir imposer quelques petites règles. La première : ne pas lui offrir de cadeau.

XxX

Il se sent piégé. Autant physiquement que psychologiquement. La chemise le serre à la gorge. Le pantalon le gratte. Il doit faire une allergie. Oui, une allergie aux vêtements trop classes. Aux vêtements trop chers pour son porte-monnaie. Il a l’impression d’être pris au piège et de ne pas avoir d’échappatoire. Il a fini par enfiler cette tenue. Il se doute que Snow ne va pas l’emmener dans un restaurant miteux. Elle n’a pas acheté ces vêtements pour ça. Il a fait l’effort. Parce qu’elle n’aurait pas apprécié qu’il ne le fasse pas. Mais très clairement, il a hâte de pouvoir retrouver ses pulls et ses jeans. Une hâte qu’il tente de calmer  en tournant en rond dans l’entrée du manoir. Il n’a pas même pas idée de comment il a pu retrouver cette porte. Il a eu l’impression de traverser un château en arrivant. Maintenant, il parvient plus ou moins à se retrouver. Pourquoi faut-il autant de pièces dans une maison ? C’est insensé ! Il tire sur son col. Il le remet en place. Et s’il déboutonnait un bouton ? Snow ne le verrait pas. Et au moins, il aurait joué le jeu. Il fait sauter le premier bouton. Il soupire. Il craint ce qui l’attend au restaurant. Il va falloir qu’il explique à Snow qu’offrir des cadeaux est gênant. Incroyablement gênant. Il ne se doutait même pas qu’elle avait tout cet argent. Il enfonce les mains dans ses poches. Il les retire immédiatement. Ce n’est probablement pas le genre de gestes que l’on fait quand on parte un pantalon à trois cent dollars, non ? Il est pressé qu’elle descende. Il est pressé qu’ils aillent manger au restaurant. Il est pressé de rentrer et de se glisser dans un vêtement qui coûte moins de cent dollars. Allez, Snow.

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Elle a vaguement entendu Bobby l’appeler, sans doute d’un ton furieux, mais elle somnolait déjà dans un bain un peu trop chaud. En glissant les vêtements dans ses affaires, elle savait qu’il désapprouverait ; ça lui importait peu. Elle avait tenté de le tuer puis l’avait attaqué et de ce qu’il semblait dire, leur lutte ne datait pas d’hier, elle estimait donc lui devoir bien plus que ce qu’elle faisait là. Bien plus qu’un billet d’avion et un restaurant. La chaleur avait des vertu déstressantes, disait-on. Soit. A vrai dire elle pensait qu’il n’y aurait pas d’eau chaude, en venant au manoir, pourtant tout fonctionnait : eau, électricité, chauffage, même l’électroménager semblait avoir été renouvelé. Fait étrange sur lequel elle préférait ne pas s’attarder avant que cela ne devienne réellement nécessaire. Lorsqu’elle a rouvert les yeux, elle s’est rendue compte qu’il lui restait tout juste assez de temps pour se préparer.

…❅…

Le décolleté de la robe noire est orné de dentelle, tout comme le dos qui laisse deviner une part de peau, sans vulgarité aucune, car l’élégance était le maître mot des Rosebury - du moins avait-elle toujours appris la limite à ne pas dépasser, tout en y ajoutant une part de modernité ; et de provocation, soulignerait sa mère si elle avait été de ce monde, en observant cette robe qui s’arrêtait un peu au dessus du genou. Les escarpins rouges sont la seule note de couleur, et lorsqu’elle enfile la veste de tailleur sombre, elle se fait l’effet d’une revenante. Aux grands mots les grands remèdes, et si Snow devait adopter le mode de vie de sa famille le temps d’un week-end pour retrouver un peu de sa mémoire, alors soit.

Elle descend prudemment les escaliers, non qu’elle ne sache pas marcher avec des talons mais parce qu’elle a parfaitement conscience que sa jambe reste encore fragile et qu’elle pourrait finir par la lâcher. En levant les yeux, elle constate que Bobby est déjà dans l’entrée, et elle ne peut retenir un sourire face à ce spectacle : monsieur Drake portait aussi bien les vieux jeans que les pantalons déraisonnablement chers. Elle avait toujours surveillé sa carte bancaire, toujours tenu à avoir des papiers à jour, elle n’usait seulement jamais de son compte le plus rempli de peur qu’un vieux dossier classé sans suite ne resurgisse (le compte courant bien maigre suffisait, dans un pensionnat). Et de peur qu’un flic un peu psychorigide ne cherche encore les réelles causes de la mort de Constance. « Calme-toi. » souffle-t-elle en s’approchant. « Je ne t’emmène pas te faire exécuter. » Elle récupère un sac à main et jette un oeil au col de la chemise, visiblement amusée. « Et on ne va pas à l’église non plus. » D’un geste visiblement expert de la main, elle détache le deuxième bouton, lui offrant l’occasion de respirer un peu.

Il prenait décidément les choses trop au sérieux, et à sa mine fortement contrariée, elle devinait tout ce qu’il désapprouvait depuis leur arrivée. Les portraits accrochés la dérangent. Ils sont une irritation constante pour son regard, comme une allergie psychologique à tout ce que représentait son enfance mais si l’on regardait bien, les fillettes ne faisaient pas malheureuses. Elles étaient l’image d’une parfaite famille bourgeoise et croyante. Le père avait même un air tranquille et bienveillant. « Ne râle pas. J’ai essayé de te tuer, Bobby. Et cela fait trois années que tu me supportes, je te dois bien ça. » rétorque-t-elle avant qu’il n’ait réellement l’occasion d’ouvrir la bouche, de s’insurger ou de lui faire une leçon de morale. Replaçant une longue mèche blonde derrière son oreille, elle inspire. C’est compliqué de se mettre dans la peau de l’adulte qu’elle aurait dû devenir, et ce en sachant qu’elle n’avait même pas été l’adolescente prometteuse qu’espéraient ses parents.

« Je ne le fais pas juste pour t’embêter ou te couvrir de cadeaux, d’ailleurs.. » tandis qu’elle justifie ses choix et opte pour lui expliquer ses intentions, elle récupère le papier qui dort sur la commode. « Venir ici sans tenter d’avoir momentanément la vie qui s’y associe n’aurait peut-être pas autant d’intérêt, alors joignons l’utile à l’agréable. Une soirée à te faire dorloter ne te tuera pas. » A VENDRE. Elle cesse d’argumenter. Voilà ce qui justifie l’état du manoir. Voilà pourquoi tout est entretenu, tout fonctionne : quelqu’un a tenté de vendre, visiblement sans succès, parce que, ironie du sort, une héritière était encore en vie. Mais Snow n’avait jamais vraiment signalé être assez vivante ou assez joignable pour récupérer les lieux. Elle n’avait jamais été contactée. D’ailleurs, aux dernières nouvelles, n’était-elle pas en fuite ? « Bobby.. l’Institut innocente les meurtriers.. ? Non, tu me répondras dans la voiture. » Elle ne s’est pas vue pâlir, sur le coup, et pourtant en sortant, elle a perçu l’air rentrer dans ses poumons comme si elle avait cessé de respirer.

…❅…

Un taxi classique, pas très cher, pour les mener vers le restaurant à la devanture chic. Elle ne savait plus pourquoi elle avait choisi cette adresse ni d’où elle la connaissait, mais quoiqu’il en soit, elle était assez déconnectée pour ne pas vraiment parler durant le trajet. Elle a peut-être hoché la tête ou cédé un « oui » ou un « non » de-ci, de-là, sans réellement écouter. « A quel nom ? » Comment étaient-ils arrivés là ? Elle paraissait avoir fonctionné en mode automatique jusqu’à la réception, ainsi met-elle quelques secondes avant de réagir. « Rosebury. » Un nom qui faisait l’effet de lui être étranger tant elle ne l’utilisait plus, comme si c’était celle-ci, son identité officieuse, et non pas le Snow qui lui servait de pseudonyme. L’homme les mène à une table un peu à l’écart, dans cette étrange ambiance feutrée sur fond de piano. Elle est préoccupée, et ça dure de l’instant où on lui tire la chaise pour l’inviter à s’installer au moment où on leur donne la carte, leur laissant le loisir de choisir les plats. Elle cherche d’où elle connait cet endroit, ça l’agace. Et soudain, d’un murmure : « .. Mes parents ont fêté leur dernier anniversaire de mariage ici. » Tempérance avait fait une crise phénoménale pour ne pas rester avec Prudence toute une soirée. « .. comment est-ce que j’ai pu oublier ça.. ? » Question pour un mutant ! L’esprit humain avait le don de ressortir des détails du genre au pire moment ! « Pardon, tu disais ? »
 
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Est-ce que l’on peut faire une allergie aux vêtements de luxe ? Il a l’impression que c’est ce qui est en train de se passer. Ses jambes vont bientôt gonfler. Elles vont bientôt se couvrir de plaques rougeâtres. Elles vont le démanger. Est-ce que ce sont des fourmillement qu’il sent dans ses mollets ou est-ce son imagination ? Il se retient de regarder. Mieux vaut ignorer. Ignorer l’ampleur des dégâts. Il verra ça ce soir, en se couchant. Mais quand même ! Ça le démange étrangement. Il n’est pas hypocondriaque. Pourtant, il a l’impression que l’on va devoir l’amputer des deux jambes, si cela continue. Il se frotte le tibia du bout de sa chaussure. Au moins, Snow ne lui a pas acheté de chaussures en cuir hors de prix. Elle s’est contentée des vêtements. Sinon, ses pieds auraient triplé de volume, eux aussi. Il pousse un soupir. Il ne s’est pas reconnu dans le reflet du miroir. Il faut dire qu’il est loin de son style habituel. Plus décontracté. Plus simple. Là, il a presque l’air d’un homme d’affaire mal rasé et décoiffé. Il a presque l’air élégant. Presque. Il entend les talons de Snow claquer à l’étage. Elle arrive. Enfin ! Il a le sentiment d’étouffer. D’avoir du mal à respirer. Il stresse. Il stresse comme il ne l’a pas fait depuis des années. Il appréhende la suite. Il appréhende le repas. Il n’a pas envie d’y aller. Un sandwich improvisé lui aurait plu. Cela aurait été suffisant. Il va le lui expliquer. Il va lui prouver qu’un sandwich peut être aussi bon qu’une tartine de caviar. On dit une tartine ou un toast pour du caviar ? Un canapé, peut-être ? Mince ! Il doit googliser ça discrètement, tout de suite. Il doit apprendre le vocabulaire des riches. Pour ne pas se ridiculiser. C’est urgent. Il sort son téléphone de la poche. Il relève les yeux au moment où Snow descend les escaliers. Elle est… comment dit-on déjà ? Extrêmement en beauté ? Les robes sont son uniforme quotidien. Les robes légères sont sa touche personnelle. Mais là, elle le surprend. Il aurait peut-être dû se raser, finalement. Il range distraitement son téléphone. Le caviar attendra. Elle semble tout ce qu’il y a de plus normal. Elle est même métamorphosée. Loin de la mutante perturbée qui habite à l’Institut. “Calme-toi.” Facile à dire ! Il a les jambes qui le démangent. Il n’est pas familier de ce milieu aisé. Et elle est époustouflante ! Comment est-il censé se calmer ? Un instant, il songe à simuler un mal de ventre atroce. Un instant, il songe à se défiler. Elle ne lui en voudrait pas. Enfin, sûrement si. “Je ne t’emmène pas te faire exécuter.” Il lève les yeux au ciel. Elle ne le rassure pas. Il préfère encore être envoyé en prison qu’aller dans un restaurant hors de prix. Elle aurait au moins pu lui donner un cours sur quels couverts utiliser en premier. Elle aurait au moins pu le préparer psychologiquement. “Et on ne va pas à l’église non plus.” Un deuxième bouton se défait. Il peut respirer ! Miracle. Il se sent mieux ainsi. Il prend plaisir à respirer. Il n’oublie pas que son corps fait une réaction violente à cette tenue. Mais au moins peut-il respirer tranquillement. Il prend une inspiration salutaire. Maintenant, il est prêt à attaquer. Il est prêt à lui dire qu’elle a intérêt à arrêter ses cadeaux. “Ne râle pas. J’ai essayé de te tuer, Bobby. Et cela fait trois années que tu me supportes, je te dois bien ça.” Elle anticipe ses remarques. Elle se cache derrière des excuses minables. Elle a failli le tuer. D’accord, mais il est encore là. Et à ce moment précis, il est sur le point de mourir, étranglé par ses vêtements. Une mort bien plus atroce que le froid mortel qu’elle lui a infligé ! Elle ne lui doit absolument rien. Elle recommence à vouloir se faire pardonner. A se justifier. Mais elle recommence à ressasser le passé. Il soupire. Sa colère n’a pas suffi. Il va devoir être plus ferme.

Je ne le fais pas juste pour t’embêter ou te couvrir de cadeaux, d’ailleurs.” Ben voyons ! En tout cas, cela semble être le cas. C’est comme si il était pris au piège. On ne lui laisse pas le choix. On lui impose des actions. On l’oblige à porter des vêtements. Il n’a aucun droit de protestation ou de de refus. Il doit obéir. Point. “Venir ici sans tenter d’avoir momentanément la vie qui s’y associe n’aurait peut-être pas autant d’intérêt, alors joignons l’utile à l’agréable. Une soirée à te faire dorloter ne te tuera pas. » Il détaille la feuille qu’elle tient entre ses mains. Deux mots s’étalent en lettres capitales. Le manoir est en vente. Elle se sépare du dernier vestige de son passé ? En même temps, personne n’a besoin d’un endroit aussi grand pour soi. Et elle a l’Institut. Elle essaye de céder son bien. Cela semble logique. “Bobby.. l’Institut innocente les meurtriers.. ? Non, tu me répondras dans la voiture. ” Elle file en direction de la porte. Elle prend la fuite. Il fronce les sourcils. Sa question l’étonne. Pourtant, il la suit jusqu’à la voiture, sans poser de question. Il a compris depuis longtemps que ses fuites traduisent une inquiétude.

XxX

Dans le taxi, il parle davantage avec le chauffeur qu’avec Snow. Elle a le regard perdu. Elle est ailleurs. Il a tenté de lui poser des questions. Il a essayé de la rassurer. Mais, elle est hors du temps. Elle est dans un endroit connu d’elle seule. Après avoir essuyé plusieurs réponses évasives et brèves, il s’est tourné vers le taxi driver. Tout faire pour oublier l’appréhension qui veille dans le creux de son estomac. Il n’a pas encore idée du standing du restaurant. Alors, il a besoin de s’occuper l’esprit. Finalement, ils descendent devant un établissement qui sent le chic à plein nez. Il est prêt à demander au chauffeur de vérifier l’adresse. Ils ne peuvent pas manger . Il lance un regard désespéré à l’homme. Celui-ci hausse les épaules et énonce le prix de la course. Au moins quelque chose de raisonnable. Dans le restaurant, un maître d’hôtel les accueille. Un visage neutre. Droit dans son costume. Bobby lui balance des oeillades, inquiet. Il le prie mentalement d’annoncer que leur table est annulée. Il le prie de les obliger à repartir. Mais, l’employé semble insensible à ses prières. Il regarde attentivement dans son registre, à la recherche de leur réservation. Salaud. La solidarité masculine n’existe donc plus ! Pour la peine, il n’aura pas de pourboire… est-ce que l’on donne du pourboire à un maître d’hôtel ? Il les accompagne jusqu’à une table. Bobby sent un frisson le parcourir en découvrant la salle. Les tables. Le décor. Le piano. L’ambiance. Tout lui hurle à la figure qu’il n’a rien à faire ici. Tout l’incite à sortir d’ici en courant. Il est encore temps de simuler un mal de ventre. Il y pense sérieusement. Mais il voit le visage de Snow, empreint d’une inquiétude qu’il ne lui connaît pas. Alors, il se tient sagement. Il ignore les frissons qui le parcourent. Il ignore le pantalon qui le gratte. Il se concentre sur la carte qu’on lui tend. Il hésite un instant à l’ouvrir. Il redoute ce qui l’attend à l’intérieur. Il glisse finalement un doigt sous la couverture. Son coeur manque un battement. C’est… trop. Il n’est même pas sûr de pouvoir se payer un plat sans emprunter sur dix ans. D’accord. Il a une légère tendance pour l’exagération. Mais quand même. Il n’est pas certain de vouloir mettre ce prix dans une salade. Il n’est pas certain de pouvoir mettre ce prix là. Ce n’est pas envisageable. La gêne s’amplifie. L’avion, les vêtements, le manoir et maintenant, le restaurant. Il déteste cela. Il se trémousse sur sa chaise. Il n’est pas dans son environnement. Il rêve d’un hamburger bien gras dans le premier fast food croisé. Il ne veut pas d’une entrecôte sur son lit de risotto. Il ne désire pas d’espuma d’avocat. “Ce sont les vrais prix ?” laisse-t-il échapper. Il espère que c’est une blague. Mais le gars de l’accueil ne semble pas du genre à rire. Il n’est pas question qu’il mange ici. Elle peut lui payer le restaurant si elle veut, mais pas celui-ci. “.. Mes parents ont fêté leur dernier anniversaire de mariage ici.” Bobby arrache ses yeux en sang de la carte pour les poser sur Snow. Toujours cette tendance à l'exagération. “ .. comment est-ce que j’ai pu oublier ça.. ?” Elle est ailleurs. Cela fait moins de vingt-quatre heures qu’ils sont revenus dans la ville de son enfance et déjà, les souvenirs lui reviennent. Au moins, ce séjour thérapeutique va-t-il porter ses fruits. “Pardon, tu disais ?” Il hésite. Il baisse le regard sur la carte. Les chiffres dansent sous ses yeux. Les sommes se mélangent. Oh, il est payé pour son travail de psychologue. Mais c’est un salaire symbolique. Ce n’est pas un salaire de plusieurs milliers de dollars par mois. Si il additionne tous les prix, le total dépasserait ce qu’il gagne en un an. Il en est sûr. Il secoue la tête. “Tu as vu les prix ? Je ne savais même pas qu’on pouvait mettre 300 $ dans un menu.” Il parle doucement. Doucement pour ne pas être entendu par les autres. Doucement, car ça semble être le niveau imposé à tous les clients dans la salle.

Il referme le menu. Il le dépose à côté de son assiette. Tout ici semble précieux. Tout ici semble coûter une fortune. Même les toilettes doivent puer l’argent. Il est l’arnaque de la salle. Le vilain petit canard. Il n’est pas à son aise. Il n’a pas été élevé dans ce milieu. Il n’a pas été élevé dans ces valeurs. Il ne saisit pas l’intérêt de payer autant pour un simple plat. Il y a des choses qui lui échappent. Des principes qui le rendent fou. “Je sais que ce restaurant te rappelle des souvenirs et je trouve ton attention très gentille, mais on ne peut pas manger ici, Snow. C’est bien au-dessus de mes moyens.” Si le couple Rosebury a eu l’habitude de manger ici, c’est bien qu’il en a eu les capacités. Ils ont dû emmener Snow avec eux. Peut-être que ces prix sont normaux pour elle. Pas pour Bobby. Il ne veut même pas imaginer le montant de l’addition. Il sent qu’il a des palpitations. Il va mourir d’une crise cardiaque, à cause d’un restaurant gastronomique. Les doigts le picotent. Les manches de la chemise irritent ses poignets. Son corps entier rejettent ce luxe. Cette abondance de richesse. “On devrait s’en aller et trouver un restaurant moins… guindé.” Il jette un regard en direction de la sortie. Elle semble loin. Mais, ça doit être possible de s’enfuir. En cinq minutes, ils peuvent traverser la salle du restaurant. En cinq minutes, ils peuvent mettre fin aux réactions allergiques de Bobby. Cinq petites minutes.

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« Tu as vu les prix ? Je ne savais même pas qu’on pouvait mettre 300 $ dans un menu. » Elle non plus, en fait. Cette vie là lui semblait si loin. Et même si l’ambiance musicale semble apaisante, elle sent la glace jouer sur la nappe, malgré elle. Merde. Oui, c’est le mot, et même si elle ne le prononce pas, elle le pense très fort, n’en déplaise aux clients. « On devrait s’en aller et trouver un restaurant moins… guindé. » Elle a loupé une phrase. Quoi ? Elle esquisse un sourire mutin, se penche légèrement vers lui pour glisser sa main glacée sur la sienne - ouh, c’est mignon, un petit couple de jeunes gens riches. « Burger-frites ? Je n’ai jamais été une petite fille sage.. et il n’y a rien de plus scandaleux que ces tenues dans un fast-food. » Est-ce qu’elle est vraiment taquine ? Est-ce qu’elle a vraiment ce sourire accroché aux lèvres ? Il n’a peut-être pas eu le temps de contempler, avant qu’elle ne l’entraîne avec elle d’un pas rapide vers l’entrée. « Madame, enfin vous.. » « Désolée, rapport qualité/prix, tout ça. »

L’air souffle dans ses cheveux, bouffée fraîche loin de toute cette rigidité, et si elle a eu l’air sérieuse en début de soirée, elle ne peut s’empêche de rire. « Tu as vu la tête du maître d’hôtel ? Il ne doit pas être étouffé par les fous rires ! » Trop sérieux, cet homme. On savait d’où il tenait ses rides. « Et respire, j’ai vraiment cru que tu allais t’étouffer devant la carte. » Il avait l’air d’avoir vu le fantôme de son banquier en train de lui hurler que son découvert toucherait les dix prochaines générations. Quoique Snow pouvait comprendre son malaise. Pour sa part, elle n’était pas certaine de vouloir entrer dans la peau de sa mère, même pour un repas. Ils étaient capable de manger convenablement sans se ruiner. Ils le faisaient tous les jours à l’Institut, mais dans les rues de San Francisco, elle avait une sensation de liberté inexistante dans le manoir de Xavier. Il n’y avait pas tous ces yeux pour les fixer, avec cette mine soupçonneuse et la voix trop excitée d’Aneliese dans les oreilles.

« Navrée pour la torture. » En alignant les pas vers une destination inconnue, elle attache ses cheveux en un chignon lâche en délicieux décalage avec sa robe. C’était peut-être à cela que Snow ressemblait depuis toujours : un savant mélange d’improbable et d’élégance, avec une pincée de folie. « La glace, pour le pantalon. » De quoi calmer les démangeaisons du neuf, d’autant que sa peau ne risquait aucune intolérance - il ne manquerait plus qu’il se brûle avec le froid et cette nuit serait décidément hallucinante.

Les minutes qui suivent ne sont que silence. Elle reste préoccupée par l’idée que sa simple existence ait pu bloquer la vente de la demeure Rosebury - et elle cherche encore qui aurait pu enclencher de telles démarches. Chasser les pensées noires et elles s’imposent, toujours. D’un soupir pourtant, elle tente de reprendre le fil d’un semblant de conversation : quoi de mieux qu’un baiser sur cette joue qu’elle affectionne tant ? « Merci d’avoir fait l’effort. » Oups. Mais quel cliché ! Elle se mord la lèvre en étouffant son amusement. « Tu as du.. sur.. » du rouge à lèvres, oui.

« T’es plutôt pas mal, coincé dans une chemise. » C’est méchant, de se moquer ! Mais elle noie sa remarque en baissant le nez. Elle n’avait pas mieux comme remarque ? Quelle idiote ! C’était la deuxième fois qu’elle dérapait ! Heureusement, un fast-food faisait son apparition dans leur champ de vision. Ils avaient changé de rue. Ils étaient sortis d’une potentielle allergie à l’argent débordant. Ils allaient pouvoir manger des choses pas chères, dans une ambiance bruyante et simple, avec des vêtements inappropriés : une vraie soirée parfaite. En poussant la porte, Snow réalise qu’il fait encore plus chaud ici qu’au restaurant étoilé. Et jeter un coup d’oeil à la queue lui signale qu’elle n’allait pas pouvoir trouver d’excuse pour noyer sa précédente remarque. Prends ton mal en patience, hein.
 
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Et si il s’évanouit en plein milieu du restaurant ? Et si la démangeaison est telle qu’il est obligé de retirer son pantalon ? Et si la chemise se met à rétrécir toute seule ? La crise d’angoisse pointe. A l’intérieur, c’est la panique la plus totale. Depuis qu’il a enfilé cette chemise et ce pantalon, tout son être est en alerte. Si visuellement, il porte un masque neutre. impassible. Ce n’est pas du tout le cas dans sa tête. Il devient paranoïaque. Il s’imagine des choses. Il laisse aller son imagination, frôlant le comportement de l'hypocondriaque. Il ne se gratte pas. Il ne gémit pas. Il ne râle pas. Il reste calme. Il ne peut pas faire le gamin. Il a vingt-neuf ans. Autant dire qu’il n’a plus l’âge de se rouler par terre pour faire un caprice. Quoique l’envie lui titille l’esprit. Non. Il ne peut pas. Il doit rester sagement sur sa chaise. Qu’est-ce que c’est dur, la vie d’adulte ! Il sent ses poignets en feu. Il sent ses jambes gonfler. Il sent son dos se couvrir de plaques rouges. Son corps brûle. Son corps rejette les vêtements. Son corps veut des vêtements en polyester. Il doit se libérer de cette prison vestimentaire. Au plus vite ! C’est la panique. Ça l’est encore plus quand il découvre la carte. Il croit l’heure de sa mort arriver. Les symptômes sont encore plus forts. Ils s’amplifient. Ils s'accroissent. Et si il venait à exploser dans le restaurant, à force de gonfler ? Bordel. Il tente d’apaiser la caresse de l’irritation en baissant sa température. Que dalle ! Rien. Nada. Nothing. Toujours aussi irritant. Toujours aussi brûlant. Toujours aussi douloureux. Son seul soulagement vient de Snow. Elle pose délicatement sa main sur la sienne. Elle est froide. Qu’est-ce que ça fait du bien ! Il se retient de pousser un soupir de soulagement. Elle est comme un glaçon posée sur une plaque de cuisson. Sa froideur s’évapore au contact de la chaleur. Il s’attend presque à voir de la vapeur s’échapper des mains. Mais non. A croire qu’il s’imagine tout ça. A croire qu’il devient fou à porter des vêtements de riche. Sottises ! “Burger-frites ? Je n’ai jamais été une petite fille sage.. et il n’y a rien de plus scandaleux que ces tenues dans un fast-food” Elle dit probablement la plus belle chose qu’il n’ait jamais entendu depuis des années. Elle lui chante une chanson douce, berçante, agréable. Elle lui promet un burger et des frites. Le luxe ! Elle se lève aussitôt. Elle ne semble pas déçue de quitter son restaurant gastronomique pour le premier fast food. Ce n’est pas Bobby qui va s’en plaindre. “Madame, enfin vous..” “Désolée, rapport qualité/prix, tout ça.” Bobby hausse les épaules et dessine une mine contrite. En passant à côté du maître d’hôtel, il lui donne une tape dans le dos. “Désolé, mon vieux.” L’homme sursaute au contact. Oh, on ne donne pas de tape amicale à un maître d’hôtel ? Mince ! Ils sont déjà dehors. Trop tard pour s’excuser. Il a l’impression de respirer. Il a l’impression que le froid extérieur est un doux contact. Il sent avec plaisir l’air pollué. Un air gratuit qui ne lui coûtera pas un bras. Il défait les boutons de ses manches. Il les retourne jusqu’à son coude. Quel plaisir ! Il jette un coup d’oeil à ses avant-bras. Par acquis de conscience. C’est étonnant, ils n’ont aucune trace d’irritation ou de brûlure.... “Tu as vu la tête du maître d’hôtel ? Il ne doit pas être étouffé par les fous rires !” Snow ne lui permet pas d’étudier davantage ses bras. Il tourne la tête dans sa direction. C’est vrai que le mec ne risque pas de mourir de rire.

Et respire, j’ai vraiment cru que tu allais t’étouffer devant la carte.” “Mais tu as vu les prix ? Je n’ai jamais vu ça sur une carte.” Il va en faire des cauchemars. Il en est sûr. Il va cauchemarder des prix du restaurant. Il en frissonne d’avance. La nuit va être longue ! Heureusement, ils se sont échappés de cet univers surfait. Ils sont de nouveau dans la réalité. Il sent ses épaules se détendre. Il sent son pouls ralentir. Il y a toujours ces irritations cutanées, mais il arrive presque à les oublier. Si il se concentre bien. “Navrée pour la torture.” Elle a vu qu’il n’allait pas bien. Elle a vu ses gonflements. Elle a vu ses rougeurs. Elle a vu… Il lui jette un regard. En fait, elle n’a rien vu. A son expression, il réalise qu’il se fait des idées. Elle s’excuse juste pour la forme. Pas pour les effets secondaires qu’il subit. Il lui en voudra plus tard. Pour l’instant, ils profitent d’une promenade pré-digestive. “La glace, pour le pantalon.” HEIN ? Elle l’a vu alors, quand il se grattait sous la table ? Lui qui pensait avoir été discret. Il va devoir retravailler sa méthode de grattage. Cela pourrait être utile. Non pas qu’il aime recevoir, ou même porter, des vêtements hors de prix. Pendant qu’il essaye de calmer ses palpitations et ses brûlures imaginaires, ils avancent tranquillement. Ils marchent à la recherche d’un restaurant. Ils se promènent. C’est tout. Comme deux personnes normales. Un peu trop habillés, certes. Il est content d’avoir des sneakers aux pieds. Au moins, il n’est pas totalement dépareillé avec le quartier. Ils s’arrêtent à un passage piéton. Il se plonge dans la contemplation des voitures qui défilent sous ses yeux. Du coin de l’oeil, il voit Snow se mouvoir. Bientôt, un baiser vient se déposer sur sa joue. Il est toujours aussi peu familier avec son besoin de toujours l’embrasser. La femme qui l’embrasse est tellement loin de celle qui a essayé de l’anéantir. Elle est tellement loin de la première impression qu’il a eue d’elle. “Merci d’avoir fait l’effort.” Il lui rend son sourire. Enfin des remerciements ! Il est littéralement en train de se consumer dans son costume pour elle. Il est prêt à râler, quand elle reprend la parole. “Tu as du.. sur.. ” Il porte sa main à sa joue. Mince ! Il entreprend de la frotter. Frotter jusqu’à ce que le rouge à lèvres disparaisse, quitte à s’arracher un bout de peau. Il n’est plus à ça près ! Le feu passe au rouge pour les voitures. Ils se remettent en marche. “T’es plutôt pas mal, coincé dans une chemise.” Il croise son reflet dans la vitrine d’une boutique. Pas mal. Pas mal. Il se sent totalement étriqué. Totalement étranger. Il n’a pas l’habitude de se voir ainsi. Bon, il avoue. Il a de l’allure. Cependant, il n’est pas à son aise. “De nous deux, tu es quand même celle qui est la plus...” Il s'interrompt. Qu’est-ce qu’il est en train de raconter ?“Classe.” Le mot tombe. Il a réussi à se rattraper tant bien que mal. Mal plutôt que bien. Il se fustige mentalement. Vu leur relation, il ne peut pas se permettre de maintenir l'ambiguïté même dans les compliments. Au loin, un fast food leur tend les bras. Il les attend. Il savait qu’ils viendraient. Il est la parfaite diversion. Ils s’y précipitent. L’odeur dégueulasse de la nourriture et de la friture arrache un sourire à Bobby. Voilà un vrai repas !

Ils prennent place dans la fil d’attente. Il y a du monde. Évidemment. Chez les riches ou chez les pauvres, les heures d’abondance sont les mêmes. Il se penche vers Snow, une mine inquiète sur le visage. “Tu crois qu’ils font des burgers à 50 $ avec du foie gras ?” Il se redresse. L’idée qu’un plat aussi mythique puisse être gâché par du foie gras le révulse. Le burger est un classique. Impossible de le dénaturer avec d’autres aliments ! Il y a des choses importantes dans le monde. La guerre. Le sida. Les maladies infantiles. La pauvreté. Et les hamburgers. Oui. C’est un mal qui sévit le monde entier. Un mal trop souvent oublié, sous prétexte qu’il cause l’obésité. Futilité ! Les burgers sont la meilleure invention culinaire depuis la création de la planète. En plus, ils sont abordables ! Bobby va au moins pouvoir payer le repas à Snow. Ce n’est pas un restaurant haut de gamme. Cependant, un burger vaut tous les plats cuisinés de la terre. Il reprend son sérieux, un instant. “Alors, ce restaurant, c’est celui où allaient tes parents ? Tu te rappelles y être allée ?” Il vaut mieux rester concentré sur les sujets sérieux. Sur les sujets importants. Sinon, ils ont tendance à s’éparpiller. La dispersion est la cause de nombreuses chamailleries, chez eux. Et après, il y a des bisous sur la joue. Non pas qu’il déteste ce contact. Il commence même à l’apprécier. Mais, il craint ce qu’il pourrait se passer après. Elle n’a pas de verrue sur le nez. Elle n’a pas de mono-sourcil. Elle n’a pas de voix grave digne d’un homme de cro-magnon. Elle est donc un minimum attirante. Et lui n’a pas couché depuis dix ans. Il n’est pas complètement aveugle. Un doigt pour retirer du chocolat au coin de sa bouche. Un câlin pour apaiser les peurs. Des mains serrées l’une dans l’autre pour se déplacer. Tous ces gestes peuvent avoir une double lecture. Il n’est pas sûr de la version que voit Snow. On ne peut jamais être sûr avec elle. Et c’est probablement ce qui le dérange le plus chez elle. L’incertitude. L’incompréhension.

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« And it's hard looking back Knowing what I could've done. I’m never going back, I’m always on the run And you never really find The pieces that you leave behind. All I got from this place is fragments. »
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« De nous deux, tu es quand même celle qui est la plus… » Elle a tourné la tête. « Classe. » Elle l’a penchée et si elle a été entraînée vers le fast-food, la remarque n’a pas été oubliée. Dans la file d’attente, elle se demande si quelque chose a changé. Elle se demande si elle a bien compris, si elle a fait quelque chose de mal. Elle se demander si le baiser n’a pas été mal interprété. Elle en vient à réfléchir aux conséquences. Peut-être qu’il allait lui en vouloir. « Tu crois qu’ils font des burgers à 50 $ avec du foie gras ? » Un sourire glisse sur ses lèvres tandis qu’elle lui souffle : « Je suis sûre que si tu y tiens vraiment, je peux t’en trouver un. » Sûr, il serait hanté par la crainte d’avoir ça le lendemain midi, et avouons que ça faisait beaucoup rire la blonde. Si on ne pouvait plus martyriser son psy, où allait le monde ? « Alors, ce restaurant, c’est celui où allaient tes parents ? Tu te rappelles y être allée ? » Mh. Il retrouve son sérieux, comme si continuer à être légers risquait de leur filer autant de boutons que Bobby avec la seule idée de dépenser 100$ dans un dessert. Avec une petite moue, elle consent à réfléchir à la réponse. Est-ce qu’elle y avait été ? Définitivement, non. Mais elle était certaine qu’il s’agissait bien de ce restaurant. « Ils ne nous emmenaient pas au restaurant. J’ai réservé là parce qu’il s’agissait du seul nom qui me soit venu quand j’ai voulu trouver un endroit à te faire découvrir. » La mine est plus sombre. Le silence s’installe, elle n’a pas très envie d’être terre à terre. Elle n’a pas très envie de plonger tout de suite dans ce qu’il y a de désagréable à San Fancisco. N’étaient-ils pas biens, dans cette promenade tranquille, loin de leurs problèmes respectifs ? « .. On peut attendre de rentrer pour parler de ça ? » Ca va lui couper l’appétit, c’est obligé. Déjà qu’elle ne mange pas beaucoup ces derniers temps.

La queue est interminable et la chaleur étouffante. Elle se surprend à regarder les tables à l’extérieur, de l’autre côté. Il n’y a évidemment personne, avec ces températures. Un peu d’air, ça ne risque pas de leur faire attraper un rhume. Il n’y aurait pas tout ce bruit ! Ce serait peut-être trop ambiguë, trop.. tête à tête ? « Au fait.. tu entendais quoi par ‘classe’ ? » Il fallait vraiment qu’elle lui demande, ça la perturberait pendant des jours, sinon. Le fil de ses pensées est interrompu. Un adolescent aux vêtements trop larges leur est passé devant en la bousculant, manquant la faire tomber. La glace au bout de ses doigts lui fait craindre une catastrophe qui fait s’envoler les préoccupations premières et elle ne trouve rien d’autre à faire qu’attraper la main de Bobby, en désespoir de cause : si elle plongeait les lieux dans une tempête de neige, ils ne mangeraient décidément jamais. Alors elle presse ses doigts, pour canaliser les réactions excessives de son corps soumis à la chaleur et à cette agression, si légère mais démesurément interprétée par ses sens - elle ne s’était pas remise de l’incident. Elle ne s’était pas remise de North, de cette voiture, de cette panique incontrôlable.

Le verglas se dessine sous les pieds du garçon qui glisse et finit le nez sur le sol, son pantalon décidément vraiment trop large. « Pardon, pardon, pardon.. » murmure-t-elle, un peu frénétiquement à l’attention de Bobby et non à celle du cliché étalé sur le carrelage. Personne n’aurait compris pourquoi elle s’excusait, de toute manière. Inspirant profondément, elle pose son porte-monnaie dans la paume de Bobby et décide de sortir s’asseoir dehors, après avoir lâché : « Choisis pour moi. » Mieux valait une tornade à l’extérieur qu’un hiver inexplicable entre les murs.

Plus aucun risque qu’il ait des idées ambiguës, maintenant. Si Bobby avait ne serait-ce que songé à la trouver attirante, elle venait de remettre les pendules à l’heure : c’était une vilaine fille dont le naturel ne pouvait qu’être empreint d’agression. Cela dit, le gamin ne l’avait pas volée, celle-là. Même si la violence de la chose avait été disproportionné ; il aurait pu s’éclater le nez. Le banc où est s’est posée lui permet de se calmer, avant sûrement de se faire sermonner. Joyeuse soirée.
 
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Depuis qu’il est à l’Institut, il n’a pas beaucoup d’occasions de manger à l’extérieur. Encore moins de manger dans un fast food. Il se contente souvent d’un sandwich. A une époque, il lui arrivait quand même d’aller dans un petit restaurant du coin. Alors, les burgers sont rares dans son alimentation. Presque inexistants. Chacun est un privilège. Chacun est une pépite à savourer. Son caviar à lui. Goûter un burger au foie gras serait comme anéantir l’empire hamburgesque qui domine le monde. Ce serait remettre en cause les fondements de l’humanité. “Je suis sûre que si tu y tiens vraiment, je peux t’en trouver un.” Il la dévisage. Il hésite entre rire ou s’inquiéter. Son instinct lui dit que Snow serait capable d’en trouver un. Tant pis si elle doit passer trois heures au téléphone. Tant pis si elle doit courir dans toute la ville. Il espère juste que demain, un burger au foie gras ne l’attendra pas. L’ensemble doit être étrange. Et quelle idée d'en mettre dedans ! Il est bien sur un toast, à Noël. Pas entre deux tranches de pain. Non non, vraiment. Autant pour le foie gras que pour le burger, ce serait une insulte. Ils ont survécu à des années sans rencontre. Autant que cela dure pour les cinquante prochaines années. A ne penser qu’à ses démangeaisons et à son compte en banque, il en oublie de se concentrer sur Snow. Elle commence à retrouver des souvenirs. Tout doucement. Sûrement. “Ils ne nous emmenaient pas au restaurant. J’ai réservé là parce qu’il s’agissait du seul nom qui me soit venu quand j’ai voulu trouver un endroit à te faire découvrir. ” Et quel nom ! Elle n’a pas dû se souvenir que ses parents se plaignaient des prix. D'ailleurs, elle n’a pas l’air à l’aise avec l’idée de se rappeler son passé. Il ne peut pas l’en blâmer. Retrouver des souvenirs est toujours fragilisant. Cela remet tout en question. Quand elle découvrira tout le mal qu’elle a pu faire à la Confrérie, elle risque d’avoir des difficultés à s’accepter. Pour l’instant, ils n’en sont pas là. “.. On peut attendre de rentrer pour parler de ça ?” Il y a de meilleurs endroits pour se confier. Pour évoquer des souvenirs. De meilleurs endroits qu’un fast food bondé où le brouhaha des conversations est fatiguant. Il esquisse un sourire. “Oui, bien sûr.” Ils n’avancent pas beaucoup. Ils n’avancent pas vraiment, en fait. Pas après pas. Minute après minute. Sans s’en rendre compte, il diminue sa température corporelle afin de supporter la chaleur ambiante. Il est bien. Il est dans son environnement. Il est entouré de gens simples. Les irritations ne sont plus qu’un lointain souvenir. C’est limite s’il ne sourit pas de bonheur.

Au fait.. tu entendais quoi par ‘classe’ ?” Et merde. Il a cru que son compliment minable était oublié. Visiblement non. Il garde les yeux obstinément levés vers le menu accroché au-dessus du comptoir. Il n’a pas l’habitude de faire des compliments. Enfin, il en a fait à Malicia quand ils étaient ensemble. Il en fait parfois à Kitty. Il en a aussi pour ses patients et ses collègues. Avec Snow, formuler un compliment cohérent est compliqué. Comme si chaque mot pouvait être interprété de travers. Comme si il craignait de lui donner de fausses impressions en quelques syllabes. Une vraie torture psychologique. “Je… je voulais dire élégante. Belle. Enfin, ce genre de choses, tu vois ?” Il n’est pas sûr qu’elle voit. Lui-même ne voit pas. Mais il a répondu, maladroitement. Il a fait ce qu’il pouvait pour lui apporter une réponse. Elle n’a pas le temps de l’interroger davantage. Elle se fait bousculer par un crétin. Bobby pose une main protectrice sur Snow. Le gars ne s’est même pas aperçu qu’il l’avait percutée. Les joies de la foule. Bobby pose un regard inquiet sur Snow. Lorsqu’elle saisit sa main, il sent le froid qui s’en émane. A son tour, il presse ses doigts contre la main de Snow. Elle n’est pas seule. Ce n’est qu’une bousculade. Elle ne peut pas faire de catastrophe. Pas maintenant alors que les mutants sont chassés. Pas maintenant que les Watchers redoublent d’importance et de dangerosité. Certes, le client a été crétin. Il n’a pas fait attention. Il ne s’est pas excusé. Mais, il vaut mieux éviter d’attirer l’attention. Ce week-end peut mal se terminer si Snow laisse parler ses pouvoirs en public. Il entend le choc. Le cri surpris du gars. Il tourne la tête. Il voit le gamin de tout à l’heure vautré par terre. Il se relève rapidement. C’est pas vrai… Elle aurait pu le tuer ! Elle aurait pu rompre sa nuque. Elle aurait pu entraîner d’autres personnes. Snow doit vraiment apprendre à se contrôler. “Pardon, pardon, pardon..” Il soupire. A ce stade, être désolé ne suffit plus. Mais, il se tait. Il garde le silence. Elle a assez de choses à gérer pour ne pas qu’il rajoute sa colère. Il lui en parlera plus tard. Ces problèmes de verglas sont récurrents. A l’Institut aussi, certains malchanceux glissent en plein milieu du couloir. Parfois même, dans les escaliers. Ils ont appris à se méfier, à surveiller les traces du passage de Snow. Cependant, ce n’est pas une solution. Elle doit se contrôler. Avant que quelqu’un ne meurt. “Choisis pour moi.” “Ne fais rien de stupide.” Il a son porte-monnaie dans la main. Elle part vers les places assises à l’extérieur. Elle fuit. Encore et toujours. Elle fait une bêtise et elle ne l’assume pas. Plutôt que de se forcer. Plutôt que d’essayer d’y arriver. Elle prend la fuite. Habituellement, il lui aurait reproché. Là, il trouve plutôt que l’idée est bonne. Mieux vaut éviter de casser une jambe à un client. Dix minutes - peut-être quinze - passent avant qu’il n’atteigne le comptoir. Il leur commande deux burgers, des frites et des sodas. Il lance régulièrement des regards dehors. Il se fait du souci pour Snow. Elle est à fleur de peau. Elle réagit au quart de tour. Elle doit encore apprendre tellement choses. La gestion de ses émotions. La gestion de son pouvoir. La gestion de son passé. Le chemin parcourut en trois ans est minime. Il a passé la majorité de ce temps à essayer de la faire parler. En un mois, leur relation a changé. Elle est passée du conflit perpétuel à un attachement vital. Il ne sait pas comment s’est arrivé. Ni pourquoi. Il n’y comprend rien. Il y a deux mois encore, il considérait Snow comme une patiente lambda. Difficile. Agressive. Silencieuse. Son avis a bien évolué, depuis. Le plateau entre les mains, il prend la direction de la mini terrasse. Il le pose sur la table, avant d’enjamber le banc.

Il dépose le porte-monnaie de Snow sur la table. Il n’en a pas eu besoin. La seule chose qu’il peut payer dans ce week-end, c’est bien ce fast food. Il hésite. Il ne veut pas lui reprocher l’accident. Pas maintenant. Mais il le doit. Il ne peut pas s’en empêcher. “Il faut que tu arrêtes ton truc avec le verglas, Snow. Un jour, tu vas tuer quelqu’un et on sait tous les deux que tu ne le veux pas.” Il lui tend son burger. Le burger de l’amitié. Celui autour duquel des générations se réunissent. Il dispose les éléments sur le plateau. Le soda de Snow. Une serviette pour lui. Une paille pour elle. Son burger à lui. Il relève les yeux vers elle. “Ce n’était qu’une bousculade. Qu’est-ce que ça sera quand quelqu’un te volera en pleine rue ou que tu auras un accident de voiture ? Tu dois apprendre à gérer tes émotions.” Il ne souhaite pas imaginer le pire. Elle en sort tout juste. Il n’a pas le choix. Elle ne lui laisse pas le choix. En laissant parler sa mutation avant son sang-froid, elle met la vie de tous en danger. Il peut y survivre. Pas les autres pensionnaires de la X-Mansion. Pas les clients de ce fast food. Il arrête son rangement pour planter son regard azur dans celui de Snow. “Ecoute, je comprends que ça soit dur. On va travailler sur ce point le plus rapidement possible.” Parfois, il oublie que son travail est aussi de l’aider. Il se perd dans leur amitié. Le psychologue est abandonné sur le bord de la route. Quand elle commet une erreur, il réalise soudain qu’il a oublié son but premier. Qu’il a oublié de l’aider.

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« Il faut que tu arrêtes ton truc avec le verglas, Snow. Un jour, tu vas tuer quelqu’un et on sait tous les deux que tu ne le veux pas. » Elle le sait, mais dés qu’elle va mal, sa mutation parle, s’exprime pour elle et provoque ces plaques verglacées comme d’autres se retrouvent avec des boutons. Elle prend le burger même si elle n’est plus certaine d’avoir faim. Il a dit qu’elle était belle et chaque fois que tout dérape, elle se sent brusquement insignifiante et tellement peu douée. « (..) ou que tu auras un accident de voiture ? » La voiture. Le bruit de la carrosserie qui s’écrase, qui traine sur plusieurs mètres. Elle en a presque lâché le burger, crispée, tellement tendue. Choc post-traumatique. Ca s’emmêle entre ses cauchemars, entre toutes ces choses refoulées, cette sensation d’étouffer. « Je ne voulais pas.. j’ai essayé et.. » Abandonne. Elle baisse le nez, un brin démoralisée. Cet idiot débraillé venait de gâcher la soirée. Et stupidement, en ne se contrôlant pas, elle avait fait de même. « Ecoute, je comprends que ça soit dur. On va travailler sur ce point le plus rapidement possible. » Sur ce point comme sur tant d’autres. Poupée désarticulée dont on ne trouvait plus la clef, mécanisme enrayé qui ne menait plus à aucun chemin. Elle opte pour le silence, encore. Manger dans ce tête à tête muet était peut-être préférable - elle n’a pas réalisé qu’il ne s’était pas servi du porte-monnaie.

Concrètement, où en étaient-ils ? Snow s’interrogeait toujours sur ses faux pas, se demandant si se confier était une bonne idée, si la distance n’était pas préférable, craignant qu’il ne prenne la fuite face à cette sorte de proximité vitale qui les liait désormais. « Tu ne peux pas continuer.. » souffle-t-elle enfin, après de longues minutes sans un mot. « Je suis un danger pour l’Institut, la paranoïa qui va naître des conflits n’est pas faite pour faciliter les choses. Vous ne pouvez pas me laisser mettre votre paix en danger. » La X-Mansion n’était pas une forteresse où loger des catastrophes ambulantes comme elle. Que se passerait-il si, par mégarde, quelqu’un se rompait le cou ? Elle aimerait se lover entre ses bras jusqu’à enfin s’endormir. Elle aimerait être en sécurité, pouvoir fermer les yeux sans les rouvrir dans un lieu inconnu, sans savoir ce qu’elle a pu faire, ce qu’elle a pu briser. Elle aimerait juste une nuit d’existence normale, comme tous ceux qui vont se coucher sans la peur de détruire, de séparer. Pas comme cette nuit avec Malicia.

« Je suis fatiguée et tu es malheureux.. » Où veux-tu que ça nous mène ? La question est tacite dans les yeux trop bleus de la mutante. Il a payé trop cher l’aide qu’il lui apporte. Ils sont à San Francisco, dans un fast-food, loin de tout environnement familier - loin de celle qu’il aime. « Pourquoi est-ce que tu me laisses empiéter sur ta vie de la sorte ? » Sur la paille du soda, elle laisse une marque de rouge à lèvres, ce qui la fait sourire malgré elle. Comment avoir une discussion sérieuse après cette soirée surréaliste ? Ca n’est vraiment pas pratique à manger, un hamburger, en plus. Elle tente de ne pas laisser s’éparpiller les morceaux. On sent qu’il ne s’agit pas de la base de son alimentation. La sauce lui coule sur les doigts, pour couronner les maladresses.

Un rire lui échappe. « Tu retournes le quart d’heure de torture contre moi, avoue ! » Elle n’arrive pas à lui en vouloir. Elle n’arrive pas à rester triste, sérieuse ou coupable. L’improbable situation finit forcément par la faire rire. C’est un air de vacances sous tension, loin de tout, loin des yeux curieux. Elle s’en veut, oui, et pourtant quand elle croise les billes de Bobby, elle ne peut s’empêcher de taquiner : « Je suis tout de suite beaucoup moins classe, avec ton truc, hein. » Mutine, elle esquisse un sourire. L’index glisse dans sa bouche pour le débarrasser de la sauce à la tomate - un véritable cauchemar à manger. « .. Je ne voulais pas le blesser.. j’ai senti sa peau et je déteste qu’on me touche.. » cède-t-elle enfin, après une hésitation. C’était sans doute ce qu’il attendait mais chaque confession était toujours un long chemin sinueux. Toujours un défi, tiraillée entre ses extrêmes.
 
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