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 ICESNOW#3 ≤ « Fragments. » (-16)

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Fragments.
Iceberg ✧ Snow
« And it's hard looking back Knowing what I could've done. I’m never going back, I’m always on the run And you never really find The pieces that you leave behind. All I got from this place is fragments. »
- Jaymes Young, Fragments

L’écriture ronde couvre doucement la page du carnet. Elle a commencé par préciser l’heure d’arrivée à San Francisco. Juste au dessus, il y avait déjà un tiret au sujet de l’achat des billets, des vêtements, de la surprise réservée à Bobby. La suite est plus complexe, il lui faut tenter d’écrire des phrases, pas simplement des notes. C’est ce qu’elle fait lorsqu’elle entend frapper à la porte ; il a fait son choix. Il ne recule pas.

« Chercher ce que la noyade signifie. Peut-être qu’Aneesh a raison, il faudrait repartir à zéro. Et vivre. J’ai un peu peur de vivre, à bien y réfléchir. Et si j’oubliais cette journée, autant savoir qu’il ne me faudrait pas chercher à comprendre ce qu’il s’est passé. Parfois, il vaut mieux se contenter de ce que l’on a. » Il a pris un carnet, l’a observé pendant qu’elle sautait une ligne, un sourire en coin au bord des lèvres, avant d’ajouter : « Les T-Shirt finalement, ça va pas trop mal à M. Drake. » Elle n’a pas mis « Bobby », en fait elle ne le fait jamais, comme une sécurité, comme pour le préserver, lui et sa carrière. Des années de notes plus ou moins fournies, plus ou moins précises, c’est moins un journal intime qu’une continuelle auto-observation - elle savait même être particulièrement critique sur ses erreurs. « Quand est-ce que tu as commencé ? » Snow relève légèrement le nez, refermant calmement l’objet. « Quand j’ai compris que je ne retrouverai pas la mémoire.. » Les premières semaines à l’Institut, ce temps de silence, de panique à l’idée de ne plus avoir de vie, de passé ou d’avenir. Elle s’était mise à tout noter dans l’espoir de ne plus avoir à se retrouver sans repère, jamais plus. « Peu importe ce que tu notes sur la mort de tes parents, précise bien que tu as changé depuis et que tu regrettes. » Le regard est devenu fuyant. Ce sujet est encore difficile à aborder, il lui complique les choses, c’est une espèce d’obstacle infranchissable dans son coeur en morceaux. « C’est.. dans le deuxième carnet. J’évite d’écrire sur.. ça. » Quelque part, il n’y a pas une importance vitale à remplir des pages et des pages sur ce qui la torture avec une affligeante constance. Elle sait qu’ils sont morts. Elle sait pourquoi. Elle s’est contentée de marquer que le manoir a fait resurgir la scène. Que Monsieur Drake l’a rassurée. Rien sur les sentiments, rien sur l’intensité des contacts.

« Viens là.. » Souffle-t-elle en l’attirant plus près. Il y a eu une once d’hésitation quand elle a perçu sa peau, comme un trouble qu’elle a chassé. Elle l’incite à s’allonger, tendrement. Il va finir par s’effondrer, s’il ne repose pas au moins son dos. Le canapé a dû être une torture. Ne mérite-t-il pas mieux, comme week-end ? Assurément, si. « Laisse le psychologue de côté, Bobby. Tu as besoin de repos. » Sans doute s'installer contre lui n’est pas la meilleure façon de l’aider à se reposer mais elle ne veut pas le sentir loin. Elle ne veut pas laisser cette sorte de vide la ronger, dans cette chambre trop grande et trop froide, trop blanche pour son âme esseulée. Son bras est passé par dessus le ventre de son ami qui-ne-l’était-plus-tellement, lovée là, encore un brin tremblante, un brin anxieuse. L’absence du soleil est complexe à gérer. Et toutes ces émotions qui la secouent sans qu’elle ne puisse rien contrôler ! Si il n’était pas là, elle aurait sûrement craqué. Si elle ne tentait pas de changer, elle aurait pris la fuite. Tellement moins douloureux, de fuir.

« .. Ne m’abandonne pas, s’il te plaît. » La supplique est répétée. Elle a senti ses doigts se refermer sur le tissu de ce T-Shirt qui aurait rendu sa mère folle. Oui, elle a pris le temps d’écrire ce qui l’empêchait de dormir. Oui, elle a eu une pause, seule à seule avec elle-même, mais la peur n’est pas partie, l’angoisse du rejet n’en est que plus forte. Et ce baiser qui refuse de disparaitre de ses lèvres, tatoué là, capricieux et persistant. Elle se sent voleuse. Elle sait bien qu’elle n’aurait pas dû, qu’en dix ans, il s’agissait de la marque d’amour d’une Malicia privée de plus. Ne m’abandonne pas, a-t-elle demandé, parce qu'elle craint la riposte à retardement, une volonté de la mettre à distance après avoir vérifié qu’elle ne ferait pas de bêtise. Il est un peu plus chaud qu’elle, mais pas autant que les autres. Une chaleur qu’elle se surprend à apprécier, une sorte de chaud-froid délicat. La main remonte sur le torse, parce qu’elle se rend compte que le ventre n’est peut-être pas le meilleur endroit pour la poser. Le torse, c’est bien, c’est moins ambiguë, surtout qu’il n’est plus à demi nu. Un semi-baiser, une nuisette, un mutant trop peu habillé, un baiser. Oui, elle avait le droit d’être un brin paranoïaque avec ses propres gestes, non ? « Tu sais.. je n’ai pas voulu te blesser. » Parce qu’elle a la sensation de lui avoir fait du mal, sans trop comprendre comment. La fatigue perturbe le jugement.
 
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Il n’a pas vraiment sa place. L’écriture est un exercice personnel. Privé. Il ne devrait pas être là. A la regarder rédiger ses pensées. C’est intrusif. C’est déplacé. Il s’oblige à garder les yeux éloignés de ses notes. Il essaye de lui laisser son petit jardin. De ne pas lire ce qu’elle peut écrire à ce moment précis. Il aurait dû rester dans sa chambre. Tout ceci est une mauvaise idée. Il pourrait la blesser. Il pourrait la détruire. Il pourrait s’engager dans une relation dont il n’a pas envie. Il n’est pas prêt. Malicia est encore trop présente. Son souvenir continue de le hanter. Il ne peut pas envisager quoique ce soit. Ou alors, est-ce des excuses pour ne rien faire ? Pour ne pas culpabiliser. Pour ne pas sauter le pas. Il n’en sait rien. Il ne sait plus. Il se noie lui-même dans ses réflexions. Trop réfléchir, voilà son problème. Il pense beaucoup trop. Déformation professionnelle, probablement. Il ne peut pas s’en empêcher. Il aimerait prendre les choses comme elles viennent. Il aimerait profiter de la vie. Il aimerait avancer. Il aimerait agir spontanément. Il en est tout bonnement incapable. Il prétend être un psychologue. Il prétend aider les autres. Alors qu’il est incapable d’en faire de même pour lui. Il est incapable de s’aider. De se conseiller. De s’aiguiller. Il repousse l’envie de partir. Alors, plutôt que de fuir, il interroge Snow. Il s’accroche à elle. “Quand j’ai compris que je ne retrouverai pas la mémoire..” Alors, elle tient des notes depuis trois ans. Il a vu juste. Elle note pour ne plus rien oublier. Elle note pour pallier le traumatisme de la perte. Dans ces carnets se cachent tous ses souvenirs. Toute sa vie. Quatre petits carnets. A vingt-quatre ans, sa vie est résumée à ces quatre ouvrages. Cela peut sembler peu ou beaucoup, selon les avis. Mais c’est la preuve qu’elle a rencontré des obstacles. “C’est.. dans le deuxième carnet. J’évite d’écrire sur.. ça.” Elle a encore des efforts à faire. Elle a affronté sa peur. Elle a affronté la réalité. Mais elle en a encore peur. Il n’a pas la tête à parlementer. A la convaincre que tout va bien. A lui prouver qu’elle n’a plus à s’en vouloir. A lui montrer qu’elle n’a plus besoin d’avoir peur. Il essayera demain. Il est las. Il est fatigué par toutes ces émotions, par ce voyage. Ce n’est que le premier jour de leur périple. Espérons que le reste du week-end sera plus calme. “Viens là..” Elle a dû sentir sa fatigue. Il se laisse faire. Simple pantin entre ses mains. Il s’allonge docilement. Il laisse sa tête reposer sur l’oreiller. Il serait presque tenté de fermer les paupières. De se laisser plonger dans le sommeil. Un nouveau répit avant d’être réveillé par Snow la Somnambule “Laisse le psychologue de côté, Bobby. Tu as besoin de repos.” Il esquisse un sourire. C’est drôle qu’elle le voit ainsi. Il est plus souvent l’ami que le psychologue. Plus souvent le proche que le professionnel. Plus souvent Bobby que Monsieur Drake. Snow vient se caler contre lui. Il sent son corps se lover contre son dos. Deux formes que l’on imbrique. Son bras passe autour de lui.

Il y a quelque chose d’étrange d’être là. Ce contact lui a été refusé pendant des années. Le simple fait de dormir ensemble. La simple idée de partager le même lit. Avec Malicia, c’était impossible. Inconcevable. Trop de peau les séparait. Dormir emmailloté n’est pas facile. Alors, ils n’ont jamais essayé. Par peur. Par crainte d’être déçus de ne même pas pouvoir dormir ensemble. Par crainte de la mort. Ce simple bras nu est la preuve que les choses ont changé. Ce simple corps contre lui est la preuve que plus rien est pareil. Maintenant, il a le droit de toucher. Il a le droit de rêver d’une vie de couple normale. Normale… Le mot est aussi étrange. Il trouvait son couple normal avec Malicia. Il le trouvait même très bien. Oui, ce contact est étrange. Pas naturel. Peut-être même un peu trop oppressant. Envahissant. Ce n’est pas le moment d’avoir ce genre de réflexions. Toujours trop de pensées. Toujours trop de questions. Il aimerait enfermer son esprit dans une boîte. Il aimerait laisser ses doutes de côté. Il aimerait juste laisser ses émotions parler. Lâcher prise. Se libérer. Il se fatigue lui-même. “.. Ne m’abandonne pas, s’il te plaît.” Il ferme les paupières. Voilà pourquoi il ne veut pas s’engager. Voilà pourquoi il craint de donner plus que de l’affection à Snow. Parce qu’elle est fragile. Parce qu’elle a cette peur irrépressible d’être abandonnée. Parce qu’elle ne veut pas être rejetée. C’est ce qu’il risque de se passer si il se révèle être vraiment amoureux de Malicia. C’est ce qu”il risque de se passer si il ne ressent rien pour Snow. Il risque de l’abandonner. Il n’est pas prêt à lui faire subir ça. Il rouvre les paupières. Comment lui faire comprendre ? Elle le voit trop bien. Trop… parfait. Elle ne comprendra pas. Il se retourne. Ils ne sont qu’à quelques millimètres l’un de l’autre. Quelques millimètres. Cela pourrait être une invitation. Une distance à franchir pour l’embrasser. Pour repousser une mèche de cheveux. Pour lui saisir la main. Il plonge simplement ses yeux dans ceux de Snow. Il accroche son regard. Elle est tellement fragile. Tellement brisée. Il a envie de la protéger. De veiller sur elle. De prendre soin d’elle. Il lève la main. Du dos des doigts, il vient lui caresser la tempe. Délicatement. Rapidement. Il est encore trop peu familier. Trop peu habitué. “Je ne vais pas t’abandonner.” Une promesse faite sur l’oreiller. Une promesse scellée pour le restant de la vie. Une promesse qu’il tiendra. Il ne l’abandonnera pas. Peu importe l’état de leur relation, il sera là. Il l’a toujours été. Même quand elle le repoussait. “Tu sais.. je n’ai pas voulu te blesser.” Toujours la culpabilité. Que ce soit l’un ou l’autre, le sentiment n’est jamais loin. Il soupire. Il se redresse. Ce n’est pas le genre de conversations que l’on peut avoir allongé. Il ne manquerait plus qu’il s’endorme au milieu de sa phrase. Il s’assoit sur le lit. Il se tourne vers elle. La question de savoir s’il a été blessé ou non n’est pas légitime. Il ne l’a pas été. A aucun moment. La question qui se pose est de savoir s’il veut tout ceci. Cette relation avec Snow. Cette proximité avec elle.

Un mois. Il a seulement eu un mois pour se remettre de sa rupture. Pas suffisant. Pas assez. Quelle est la règle dans ces moments ? Au bout de combien de temps peut-on être prêt à reprendre une relation ? Y a-t-il seulement une règle ? “Je ne suis pas blessé, Snow. Ce baiser… je...” Les pensées se bousculent. Les mots s’entrechoquent. Il n’a aucune idée de comment il peut lui dire. De comment il peut s’exprimer. Il prend une inspiration. Il remet de l’ordre dans ses pensées. Il pioche les bons mots. Il formule une phrase cohérente. “Je ne suis pas sûr de vouloir tout ça. Et je ne veux pas te blesser. Je n’ai pas envie que tu m’embrasses ou que tu me touches pour me faire plaisir. ” Il a cette impression. Cet instinct. Cette pensée qui lui fait croire qu’elle ne fait ça que pour lui. Pas pour elle. Qu’elle laisse de côté ses propres sentiments pour lui faire plaisir. Qu’elle s’offre à lui, d’un certain côté. Cette pensée est atroce. Il ne veut pas faire partie des hommes qui s’en fichent. Des hommes qui ne s’inquiètent pas du consentement. Elle mérite mieux. Et ça ne lui ressemble pas. Il ne peut pas s’engager avec elle. Il ne peut pas coucher avec elle. Pas sans savoir si il ne s’en voudra pas après. Sans savoir si il est totalement prêt à se lancer dans une nouvelle relation. Ses émotions ne sont qu’un bordel. Un champ de mines. Il a besoin de remettre les choses en ordre avant de se laisser aller à la tendresse, à l’affection. A l’amour. “Tu sais que tu n’es pas obligée ?” Elle doit s’en douter. Elle doit le savoir. Il ne lui apprend rien. Elle a eu d’autres relations avant de débarquer à l’Institut. La leur ne serait pas sa première expérience. Pourtant, il y a toujours ce sentiment qu’elle le fait par sacrifice. Encore trop de réflexions. Encore trop de doutes.

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Il ne va pas l’abandonner. Il le lui a dit. Tout près. Tellement près. Le dos de ses doigts comme caresse sur la tempe. C’est furtif, comme tout. Aussi furtif que chaque contact rapproché. Leur relation devient chaque jour plus complexe, si bien qu’ils finissent par s’y noyer, Bobby autant qu’elle, mais elle n’a pas bougé, elle l’a laissé faire, contemplant la clarté de ces yeux si bleus. Elle a promis de ne pas voler. Ses lèvres ne lui étaient pas permises, parce qu’elles étaient encore à Malicia, parce qu’il était aimé d’une vraie femme, de celles qu’on épouse au-delà de tous les obstacles. « Je ne suis pas blessé, Snow. Ce baiser… je… » Il s’est assis, sans doute parce que ce qu’il a à dire ne se prête pas à une conversation allongés sur un lit. Elle choisit de ne pas l’interrompre, de ne pas le perturber, immobile et patiente. Il doit avoir l’habitude d’un tout autre genre de conflit. Snow est un paramètre inconnu. « Je ne suis pas sûr de vouloir tout ça. Et je ne veux pas te blesser. Je n’ai pas envie que tu m’embrasses ou que tu me touches pour me faire plaisir. » Un froncement de sourcils. Lui faire plaisir ? Pourquoi Diable pensait-t-il une telle chose ? Iceberg pouvait-il décemment croire qu’elle était naïve au point de lui laisser tout pouvoir sur son corps simplement pour lui faire plaisir, sans autre raison ? « Tu sais que tu n’es pas obligée ? » Il insiste. Calmement, Snow se redresse.

« Bobby.. tu entends ce que tu dis ? » La voix est douce, comme une tendresse, comme un peu de miel sur ses plaies. En s’agenouillant, elle s’approche de lui. C’est peut-être risqué mais elle s’en fiche. C’est peut-être se brûler les ailes mais qu’importe ? Elle dépose sa main contre sa joue, délicate et prudente. « Je suis fatiguée, perdue et fragile, mais je ne suis pas.. » Les mots manquent. Que doit-elle dire ? Une prostituée ? Une inconséquente ? « .. Je ne suis pas ce que certaines pensaient de moi.. » C’est resté coincé dans sa gorge. Une écorchure douloureuse. Elle n’avait jamais pensé se soucier de l’opinion de Malicia, de la dangereuse brune au regard de braise. Elle s’était toujours sentie loin, tellement loin de son univers. C’était faux. L’incident dans la chambre l’avait blessée, bien plus qu’elle ne voulait bien l’admettre. Etait-ce comme cela qu’on allait la voir ? Une petite conne qui serrait le mec d’une autre ? Elle se mord la lèvre inférieure, détournant ses billes trop bleues. Le bras retombe le long de son corps, suivi d’un soupir las. Elle en a assez d’avoir mal. Elle en a assez de cette horrible culpabilité, de cette solitude qui pesait. Elle en a assez d’être seule, d’être sage, d’être docile.

La blonde se penche un peu. Elle hésite. Un instant, elle songe à se rétracter, à fuir encore, à choisir la facilité. La décision s’impose quand elle croise à nouveau son regard. « Si tu veux vraiment une réponse, il faut que je te montre.. » Juste un frôlement, d’abord. La peur de l’effrayer. Elle ne veut pas le faire paniquer, alors le baiser est tendre. Ses propres émotions la dépassent trop nettement. Il n’y a aucune brutalité, pas une once de remord, seulement cette forme d’amour qui lui était propre, une fraicheur agréable, un flocon d’affection, un brin de langueur, une caresse de bienveillance. Elle recule. Ca n’a pas duré. Elle n’a pas eu l’audace de rendre la situation plus instable encore. Elle voulait seulement qu’il voit, qu’il sente, qu’il comprenne. « Je ne le fais pas pour les raisons que tu as cité. Et j’ai parfaitement conscience que je ne suis obligée de rien. » Elle inspire. Il la voit comme une enfant. Elle sait que sa terreur l’a rabaissée au rang d’élève maladroite et brisée. Elle sait qu’elle a perdu de sa superbe en s’effondrant lamentablement dans ses bras. Mais ses bras sont si doux, si rassurants.

« Tu ne peux pas me blesser parce que quoiqu’il arrive tu resteras mon ami. Je te l’ai dis, il n’y a aucun engagement, je n’attends rien, je ne demande rien. Tu n’es pas obligé de répondre à ce que je te donne et si je le fais c’est parce que je tiens sincèrement à toi. » Elle parle. Elle parle par peur de perdre le flux de ses réflexions, la logique de ce qu’elle pense. Les émotions sont si troubles qu’elle se doit de les délier, de les lui ouvrir pour ne pas le laisser dans le noir. Il ne mérite pas d’être plongé dans l’obscurité de ses actes sans une parole pour les éclairer. « Essaye.. simplement de te détendre. De dormir. » Elle se rallonge, les yeux fermés, se massant les tempes douloureuses. C'est trop à gérer. En plus de se débattre avec son passé, Snow se retrouvait à lutter pour tenter de prouver qu'elle n'est pas si friable et qu'il n'est pas plus obligé qu'elle de répondre à leurs comportements réciproques. « Tu es libre et je comprends tes réticences. »
 
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Il se dégoûte. Il se révulse. Penser qu’elle puisse agir seulement pour son bon vouloir. Seulement pour lui faire plaisir. Qu’elle puisse raisonner comme une prostituée… Qu’est-ce qu’il lui arrive ? Il a un peu trop peur qu’elle s’oblige. Qu’elle le prenne en pitié. Qu’elle ne fasse ça que pour le réconforter. Il a un peu trop peur qu’elle soit elle-même perdue dans son rôle d’amie. Il a un peu trop peur de ce qui pourrait arriver. Il aurait aimé ne pas l’avoir dit. Ne pas l’avoir pensé. Snow a une meilleure vision d’elle-même. Elle ne se dévalorise pas au point d’être un objet pour les hommes. Elle n’en est pas là. Elle en est loin. Mais quand même. Il craint que ce soit le cas. Il craint que ses baisers ne soient que pour lui donner du baume au coeur. Pour l’aider à se réparer. Rien n’est jamais facile. Rien n’est jamais simple. Il comprend mieux pourquoi elle n’aime pas les sentiments. Il est lui-même perdu. Il est lui-même totalement à l’ouest. Il aurait dû rester dans sa chambre. Les choses seraient tellement plus simples. Il se serait glissé dans son lit. Il serait retourné dans les bras de Morphée. Il aurait passé une nuit plus ou moins calme. Il se serait réveillé le lendemain, en forme. Il n’y aurait pas eu ce lit. Il n’y aurait pas eu ces caresses. Il n’y aurait rien eu. Parfois, le vide est mieux que le plein. Parfois, le rien est mieux que le tout. La relation aurait été simplifiée. La relation aurait été normale. Aussi normale qu’elle peut l’être. Maintenant, que sont-ils ? Une patiente amicale et un psychologue sympathique qui se tripotent sur un lit, à l’autre bout des États-Unis ? Autant dire qu’il y a plus simple comme relation. Il ne pense même pas à ce qu’en dirait le Professeur. Il désapprouverait. Il pointerait cette ambiguïté, cette relation malsaine entre une patiente et un psychologue. “Bobby.. tu entends ce que tu dis ?” Ça y est. Elle lui en veut. Elle lui reproche ses sous-entendus. Elle lui reproche de la traiter de prostituée. Ça y est. Il ressent un espèce de pincement au coeur. Comme une douleur. Une déchirure. Un regret. Il ne se rappelle pas à quel moment l’avis de Snow est devenu important. Il ne se rappelle pas à quel moment il s’est attaché à elle. Il ne se rappelle pas depuis quand blesser Snow lui fait du mal. Il faut croire que le changement est venu. Comme ça. En un claquement de doigts. Au détour d’un couloir. Le changement lui a sauté dessus, sans qu’il s’en aperçoive. Il baisse le regard sur la couette. Un crétin. Un vrai crétin. Snow commence à compter pour lui. Elle s’intègre à son quotidien. Elle fait partie de ses journées. Et il risque de tout casser à cause d’un sentiment faussé. Il la sent bouger à ses côtés. Le matelas se ploie. Se creuse. Finalement, elle est là. A quelques centimètres de lui. Aucune colère n’émane d’elle. Juste de la douceur et de la tendresse. Elle dépose une main délicate sur sa joue. Il relève les yeux. Il croise son regard.

Un sentiment d’urgence le prend. Le besoin de partir. De s’enfermer de sa chambre. De s’arracher à ses contacts. Si doux. Si agréables. Si inhabituels pour lui. Il est toujours perdu. Il ne sait toujours pas s’il a tiré un trait sur Malicia. S’il est prêt à entreprendre une nouvelle aventure. Il ne sait rien. Son cerveau a décidé de se déconnecter et de le laisser se noyer dans les hypothèses. Son cerveau a décidé d’abandonner le navire et de le laisser faire n’importe quoi. “Je suis fatiguée, perdue et fragile, mais je ne suis pas... Je ne suis pas ce que certaines pensaient de moi…” Elle souffre. Et lui, il en a rajouté une couche. Il s’en veut doublement. Il soupire. Il a encore des progrès à faire avec Snow. Des progrès pour mieux la comprendre. Des progrès pour ne plus faire d’erreur. Il décèle son hésitation. Il perçoit son rapprochement. Il ne recule pas. Il ne s’éloigne pas. Cette proximité pourrait être intrusive. Elle pourrait être désagréable. Mais non. Et il reste là, à attendre la suite. Une suite dont il imagine déjà les répercussions. Une suite qu’il connaît déjà. Une suite qu’il ne veut pas fuir. “Si tu veux vraiment une réponse, il faut que je te montre..” Le baiser est doux. Délicat. Plus long que le précédent. il se perd dans cette sensation. Dans ce baiser. Il se perd dans l’idée qu’il ne va pas mourir. Qu’il ne va pas s’évanouir. Il se perd dans l’analyse de son corps. Aucune réaction mortelle. Aucun signe de fatigue. Presque trop court pour qu’il puisse profiter pleinement. Presque trop peu pour qu’il réalise qu’un baiser peut être tendre. Chaque baiser est précieux. Il l’a déjà compris avec Malicia avec qui les occasions étaient rares. Grâce à Snow, il découvre une nouvelle facette de ces lèvres. Une nouvelle manière de les utiliser, autrement que dans l’urgence. Une nouvelle manière qu’il apprécie. Oui, il a bien aimé. Même si il continue de se dire que ce n’est pas bien. Ce n’est pas raisonnable. Ce n’est pas recommandable. Lorsque leurs lèvres se séparent, son regard se perd. Il fixe un point derrière Snow. Il ne veut pas croiser son regard. Il a peur de ce qu’il pourrait faire. Un comportement qu’il pourrait regretter. En dix ans, il n’a pas eu le droit à un seul baiser comme celui-là. Il n’a jamais eu le droit à la tendresse que lui offre Snow. Ses marques d’attention réveillent un instinct en lui. Il le repousse. Il se débat contre lui. Il essaye de l’ignorer. “Je ne le fais pas pour les raisons que tu as cité. Et j’ai parfaitement conscience que je ne suis obligée de rien. ” Il s’obstine à ne pas croiser son regard. Car, il sait. Il sait que s’il croise ses yeux bleus, il pourrait s’y perdre. Que s’il voit ses lèvres pleines, il pourrait y céder. Que s’il touche sa peau douce, il pourrait vouloir la parcourir de long en large. Alors, il garde les yeux loin d’elle. Loin de la tentation. Il se concentre sur sa respiration. Sur les battements de son coeur affolé. Il se concentre sur autre chose que sur Snow qui est à quelques centimètres de lui. Sur autre chose que sur sa douce odeur citronnée. Sur autre chose que sur la froideur qui irradie d’elle.

Tu ne peux pas me blesser parce que quoiqu’il arrive tu resteras mon ami. Je te l’ai dis, il n’y a aucun engagement, je n’attends rien, je ne demande rien. Tu n’es pas obligé de répondre à ce que je te donne et si je le fais c’est parce que je tiens sincèrement à toi.” Aucun engagement. Cette douce promesse est au-dessus de ses forces. Cette douce promesse est loin de ce qu’il connaît. Lorsqu’il embrasse, lorsqu’il couche, ce sont des signes d’engagements. Il ne connaît rien d’autre. Il est incapable de ne pas se projeter. Il est incapable de ne pas s’investir. Il est incapable de penser une relation sans engagement. Il n’est pas de ceux qui couchent pour coucher. De ceux qui ont plusieurs relations. Il n’a aucune idée de comment faire. De comment coucher avec une personne, sans attaches, sans émotions. Seulement le vide. Seulement la satisfaction que ce n’est que l’histoire d’une fois. Il en est incapable. “Essaye.. simplement de te détendre. De dormir.” Tout cela semble facile pour elle. Normal. Logique. Ce n’est pas le cas pour lui. Il la voit se rallonger. Se coucher sur le lit. Il reste impassible. Tout ceci est trop. Trop pour qu’il puisse le gérer avec autant de détachement que Snow. Il a besoin de se poser, de réfléchir, de se recentrer. Il n’a pas envie de dormir. La fatigue l’a quitté. Elle s’est enfuie pour ne laisser que des questions derrière elle. “ Tu es libre et je comprends tes réticences.” Il est presque en colère contre elle. En colère qu’elle le mette dans cette position. En colère qu’elle l’embrasse. En colère qu’elle le plonge dans des réflexions qu’il n’a jamais eues. Il est presque en colère contre elle pour ses désirs retrouvés. En colère contre elle pour ses inquiétudes. Mais il ne peut pas l’être. Ce n’est pas de la faute de Snow. Elle ne fait que réveiller ce qu’il a laissé dormir. Elle ne fait que relancer des instincts oubliés. “Je suis désolé de m’être mépris sur tes attentions, je ne voulais pas t’accuser de prostitution ou de quoi que ce soit. Je ne vais pas pouvoir faire ça sans engagement… Je ne peux pas.” Au-dessus de ses forces. De ses capacités. De tout. Il ne peut pas coucher avec une fille sans une vraie relation derrière. Il est peut-être fleur bleue, romantique, coincé… Il est peut-être rigide, arriéré. Peu importe. Il ne peut pas avoir ce genre de relations avec Snow. Il ne pourrait pas le faire sans avoir des inquiétudes, sans avoir peur de lui briser le coeur. Il finit par descendre du lit. Il se relève. Il prend une inspiration. “J’ai besoin de dormir. On se voit demain.” Il rejoint la porte de la chambre. Les quelques heures qui les séparent avec le lever du jour seront peut-être calmes. Peut-être qu’elles seront rythmées par de nouvelles insomnies de Snow. Quoiqu’il arrive, il en profitera pour réfléchir. Réfléchir et décider. Il s’arrête sur le pas de la porte. Il se retourne. Il n’a pas envie de laisser Snow toute seule. Il a envie de rester auprès d’elle et de la rassurer. De lui offrir une nuit tranquille. Il doit aussi penser à lui. “Bonne nuit, Snow.” Il sort dans le couloir. Sa chambre l’attend. Elle l’accueille. Elle renferme ses préoccupations. Elle est noire de doutes. Il n’allume pas la lumière. Il marche tout droit, jusqu’à trouver le lit. Il s’y couche. Il se glisse sous les draps. Sa tête se pose sur l’oreiller. Mais le sommeil ne vient pas. Le sommeil ne l’envahit pas. Il n’y a que le visage de Snow qui se télescope sur l’image de Malicia. Il n’est pas prêt à s’endormir. Espérons qu’à l’aube, il se relèvera avec toutes les réponses à ses questions. Ou au moins, la réponse à la plus importante. Est-il prêt ?

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Elle s’est endormie après lui avoir souhaité bonne nuit, écrasée par la fatigue, par toutes ces nuits de sommeil entrecoupé d’horreur et de cauchemars. Morphée l’a arraché à la conscience, la plongeant dans ce noir infini, dans ce grand vide qu’elle ne connaissait que trop bien. Elle s’est réveillée plusieurs fois, en sursaut, le coeur battant trop vite, les yeux scrutant l’obscurité, les ombres dansant sur les murs éclairés par la lune. Le froid a recouvert la chambre, glissant jusqu’à celle de Bobby sans pourtant englober la maison. Elle a même fini par s’enrouler dans les draps pour tenter de trouver un réconfort, une chaleur l’empêchant d’user de sa mutation en dormant. Rien à faire ; à chaque cauchemar, une vague glacée, un souffle froid jusqu’à ce qu’elle sombre à nouveau, sans jamais se souvenir réellement de ces fantômes qui la hantaient. Elle n’est pas sortie, cependant, bougeant dans le lit sans fuir la demeure. L’aube rougissant les lieux, elle a abandonné l’idée d’une grasse matinée. A quoi bon ? Alors elle s’est glissée hors des couvertures pour prendre une douche, se remettre les idées en place. Qu’est-ce qui lui avait pris d’embrasser le psychologue de la sorte ? Les lèvres douces et les yeux clairs s’étaient avérés plus tentants qu’elle ne l’aurait cru. Et tandis qu’elle attachait ses cheveux en une tresse, elle se demandait comment ils allaient pouvoir sortir de cette situation. Il lui avait dit qu’il ne pouvait pas faire ça sans relation derrière, sans attachement.. et elle ignorait ce qu’il entendait réellement par ça.

JOUR 2.
Vêtue d’une robe noire et fluide ornée d’une fine ceinture blanche à la taille, elle est sortie de la chambre, tentant de ne pas faire de bruit, sur la pointe de ses pieds nus - pas d’escarpins de bon matin. Sur le pas de la cuisine, elle s’est surprise à avoir la nausée, d’abord incapable d’entrer. Et si elle se retrouvait à nouveau enfermée ? Glacée de crainte, elle a pris son courage à deux mains, fredonnant un air doux pour arracher les scènes nocturnes de ses pensées. Faire des pancakes l’a aidée à se concentrer sur autre chose. Il n’aimait peut-être pas cela ? Tant pis ! Elle a placé la petite pile sur une assiette, attrapant le café tout juste fait, deux bols, une tasse au cas ou il préfèrerait, un peu de confiture de fraises - qui goûtait donc ici, mh ? et un plateau pour monter le tout. Elle savait qu’elle l’avait perturbé, elle devait se faire pardonner. Il avait besoin d’un bon petit déjeuner, quoiqu’il lui en ait coûté. Cuisine maudite. Encore frémissante de ses peurs, elle a toqué à la porte.

Et elle ne lui a pas vraiment laissé le choix de la laisser entrer ou non, le plateau trop lourd pour qu’une minute ne soit pas précieuse si ils tenaient à manger autre chose qu’un repas sur le sol. « Petit déjeuner pour monsieur. » Un sourire mutin pour dissimuler le noeud à l’estomac, elle contourne le lit et y dépose l’assortiment. De toute manière, elle n’a pas faim, elle mangera plus tard. Personne à l’institut ne la voyait vraiment prendre le temps pour se nourrir, le matin.

« J’espère que tu n’as pas eu froid.. impossible de contrôler.. enfin tu vois.. » Snow ne l’a pas vraiment observé, gênée au possible. Il y avait encore le goût de ses lèvres sur les siennes, cette proximité qui refusait de s’envoler sans laisser ce vide désagréable. Fuir, c’est tellement plus simple, tellement moins contraignant. « Je.. hm.. Je retourne dans ma chambre. Fais signe si tu préfères autre chose. » Peut-être qu’il déteste le café ou qu’il est allergique aux fraises, elle l’ignore. Il y a trop de choses qu’elle ne sait pas sur Iceberg. Leur lien tient par l’invisible, l’impalpable, un attachement commun né de rien, spontanément gravé dans la neige éternelle d’un hiver intérieur.

Tournant le dos, elle a refermé la porte pour rejoindre la pièce de blanc et de turquoise, récupérant son carnet ; elle devait tenter de se rappeler, de noter, mais rien ne revenait que la présence du mutant de l’autre côté du mur. Assise sur le lit, calée contre les coussins, elle tournait le stylo entre ses doigts - Bobby doit lui en vouloir. Par sa faute, il a certainement mal dormi. Et s’il ne lui pardonnait pas ? Dans le coin près de la commode, la silhouette de givre aux yeux vides la guette, masculine et sans réel visage, dont elle fuit les formes avec application. Ce passé qui la poursuit, qui la terrifie et dont elle ne sait se défaire, mais se réfugier entre les bras réconfortant d’un psychologue trop charmant est soudain inconcevable. Alors elle fixe la page vierge, ignorant l'environnement, de la fenêtre à sa porte encore ouverte, témoignage de son envie de partir en courant, loin de tout.
 
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Dernière édition par Prudence Rosebury le Mar 17 Nov - 14:32, édité 1 fois
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La nuit n’a pas été longue et paisible. La nuit n’a pas été reposante et agréable. Elle a été courte. Trop courte. Elle a été fatiguante. Excessivement fatiguante. Elle a été mouvementée. Affreusement mouvementée. Entre ses réflexions et les courtes périodes de sommeil. Entre les sensations d’extrêmes chaleurs et d’extrêmes froids. Sa mutation ne savait plus comment gérer les coups de froid imposés par Snow. Sa mutation était perdue. Son corps régulait. Son corps se battait pour conserver une température correcte. Il a hésité. Il a hésité à la rejoindre. Il a hésité à la prendre dans ses bras. Mais il est parvenu à repousser l’envie. Il est parvenu à garder sa distance. Il n’est là que si elle a besoin d’aide. Elle n’en a pas demandé. Il ne s’est pas s’imposé. Alors, il est resté sagement dans sa chambre. A profiter de chaque moment de conscience pour réfléchir. Pour trouver des réponses. Pour démêler les émotions. Il a profité de chaque minute d’éveil pour comprendre ce qu’il se passait en lui. Il s’est replongé dans les souvenirs de son adolescence, lorsqu’il avait des petites amies. Il a cherché des réponses dans les expériences de ses amis, de ses patients. Il est parti en quête de solution. Mais lorsque les rayons du soleil traversent la fenêtre et l’obligent à ouvrir les yeux. Il ne sait toujours pas. Il est toujours aussi perdu. Il a toujours la conviction que cette relation ne serait pas bien. Snow est perdue, fragile. Elle a besoin de stabilité pour retrouver sa mémoire. Elle a besoin de se concentrer sur sa mutation pour mieux la contrôler. Il ne peut pas envisager de relation avec une patiente. Il doit encore se reconstruire. Il n’a pas le droit d’envisager sérieusement d’aller au-delà du baiser. Mais y arrivera-t-il seulement ? Il pousse un soupir, allongé dans son lit. Il se frotte les yeux. La fatigue les pique. Les rend plus secs. Il s’arrache à la chaleur du lit. Il s’extirpe des draps. Ses pieds caressent le parquet. Le frôlent. Le froid est une douce sensation. Il se met debout. Il rejoint la fenêtre pour y observer l’extérieur. Le soleil se lève. Les bâtiments se découpent, tels des ombres chinoises. La course des rayons s’arrête jusqu’à la chambre. Il s’éloigne. Il marche. Il tourne en rond dans la pièce. Il cherche un sens à tout ceci. Il lutte contre l’envie de jeter sa valise sur le lit et de la refaire. D’appeler un taxi pour prendre le premier vol vers New-York. Il lutte pour ne pas fuir. Il doit se concentrer sur les vraies raisons. Les raisons pour lesquelles ils sont venus ici. Pour Snow. Pour ses souvenirs. Pour sa thérapie. Pour qu’elle aille mieux. Fuir ne serait pas l’aider. Fuir ne servirait à rien. Elle pourrait rester ici. Elle pourrait ne pas le suivre. Il n’est pas totalement prêt à se défaire d’une amie. Il a perdu Malicia. Il ne veut pas perdre Snow, même si leur relation n’est pas la même. Même s’il ne veut rien imaginer. Il ne s’autorise pas d’abandonner. A baisser les bras. Il lui a promis. Il lui a dit qu’il ne la quitterait pas.

Sa décision est prise : il reste. Il reste et ils vont régler les problèmes de mémoire de Snow. Le reste, il verra sur le moment. Il verra lorsque la question se reposera. Il est important de gérer chaque point l’un après l’autre. Il s’enferme dans la salle de bains. Il ferme les paupières pendant que l’eau chaude coule sur son visage. Elle vient réveiller son corps. Elle vient lui donner un regain d’énergie. Elle vient le chauffer. Le brûler. Il finit par s’extraire de la douche. Il referme une serviette cotonneuse autour de ses hanches. On toque à la porte. Il ouvre celle de la salle de bains. Il découvre Snow, porteuse d’un plateau surchargé. Il est soulagé de la voir ici. De la voir toujours aux petits soins pour lui. Il est soulagé de ne pas l’avoir blessée hier. “Petit déjeuner pour monsieur.” Il reste dans l’encadrement de la porte. Il ne veut pas s’avancer davantage dans la pièce. Sans qu’il puisse se retenir, le voilà qu’il la détaille. Pas comme l’ami qui décèle un signe de nervosité. Pas comme un psychologue qui lit sur les traits de son visage. Plutôt comme une personne attirée. Une jolie robe noire qui vient flatter ses courbes. Une tresse soignée qui vient dégager son visage. Il réalise ce qu’il fait. Son regard change de direction. Brûlé. Pris sur le fait. Il doit arrêter ça, tout de suite. “J’espère que tu n’as pas eu froid.. impossible de contrôler.. enfin tu vois..” Elle pose la plateau sur le lit. Un petit-déjeuner dans sa chambre. Elle le gâte. Elle le sur-gâte, même. Il ne sait pas ce qu’elle cherche à faire. A le séduire avec des attentions ? A lui faire oublier son chagrin ? A lui faire plaisir ? Toujours est-il qu’il est impressionné. Il n’imaginait pas Snow capable de cuisiner une nouvelle fois pour lui. Pas après le dîner raté de l’autre soir. “J’ai connu pire.” Il esquisse un sourire. Pire, comme le jour où elle l’a gelé de l’intérieur. Pire, comme le jour où il a failli mourir. Oui, il a connu pire. Alors, quelques vagues de froid ne sont que de petits désagréments. Il réalise qu’elle ne le regarde pas. Qu’elle le fuit. Les choses ne sont pas aussi normales, alors. Quelque chose la gêne. Quelque chose l’empêche de lui montrer ses beaux yeux. “Je.. hm.. Je retourne dans ma chambre. Fais signe si tu préfères autre chose.” Et elle s’enfuit. Littéralement. Petite tornade de neige qui entre délivrer son message, avant de ressortir aussi rapidement qu’elle est entrée. Il décolle enfin de la porte de la salle de bains. Il s’approche du plateau. Il s’attend presque à voir un mot au milieu des tasses. Il n’a pas eu le temps de la remercier. Il n’a pas eu le temps de lui montrer sa reconnaissance. Il détaille le plateau. Des pancakes fumants. Des bols et tasse placés. De la confiture. C’est quoi le principe ? Qu’il boive tout seul dans les deux bols et la tasse ? Qu’il s’empiffre de pancakes ? Elle a dû oublier l’idée de partager le petit-déjeuner quand elle est entrée ici. Il récupère quelques vêtements dans sa valise. Il retourne dans la salle de bains. Vieux réflexe de survie. Vieille habitude de s’habiller rapidement, avant qu’une main nue ne vienne l’effleurer. Un pull, un caleçon, un jean, des chaussettes plus tard. Il a remis en ordre ses cheveux. Il a même fait l’effort de tailler un peu dans sa barbe. Barbe qu’il a trop laissé vivre ces derniers jours. Barbe qui est venue durcir son visage. Il a taillé dedans, à coup de rasoir. En se regardant dans le reflet du miroir, il retrouve le Bobby qu’il était il y a encore quelques semaines. Il est prêt. Lavé. Habillé. Rasé. Il retourne dans la chambre. Il récupère le plateau.

La porte de la chambre est fermée. Il le voit depuis la sienne. Il prend une inspiration. Un petit-déjeuner, assis sur un lit, n’engage à rien. Comme un baiser échangé. Comme des regards. Il peut le faire. Ce ne sont que des pancakes et un bol de café. Ce n’est pas insurmontable. Il s’approche de la chambre. Il se retourne. Il actionne la poignée avec son coude, dans un exercice d’équilibre. Finalement, elle cède à sa pression. Il pivote. Il pousse la porte avec le plateau. II attend sur le pas de la porte. “Je ne sais pas si tu surestimes mon appétit ou si tu as oublié ta part, mais je vais être incapable de manger tout ça. J’ai besoin d’aide.” Il pose les yeux sur elle. Elle est retournée sur son lit, avec ses carnets. Il n’attend pas son invitation. Il sait qu’elle est gênée. Comment un baiser peut changer autant une relation ? Il connaît déjà la réponse pour son cas. Le baiser est la seule chose qu’il a pu partager avec Malicia. Le baiser représente tellement pour lui. Mais Snow… Elle en a eu d’autres. Elle a eu tellement plus que des baisers. Elle sait même comment choisir un costume pour un homme. A seulement vingt-quatre ans, elle doit avoir bien plus d’expériences que lui. Il sent encore ses lèvres pressées contre les siennes. En quelque sorte, ses lèvres sont tatouées de celles de Snow. Marquées à jamais. Il entre dans la chambre. Il dépose le plateau sur le lit. Devant elle. Entre eux. C’est tellement étrange. Il se retient de fuir son regard. Il doit s’habituer. Il doit se faire à l’idée. Ils sont allés trop loin - ou pas, il n’a pas encore décidé. Ils ont avancé dans leur relation. Maintenant, il faut l’assumer. Maintenant, il faut faire avec. Maintenant, il faut assumer. Il verse du café dans les deux bols. Il en tend un à Snow. “Merci pour ce petit-déj’.” Cuisiner dans la cuisine de l’Institut n’est pas pareil que de cuisiner dans la cuisine où on a tué ses parents. En plus d’affronter la chaleur, il faut affronter les démons. Mais elle s’en est sortie. Elle est peut-être en cours de guérison de tous ses maux. Ils en parleront plus tard. Pour l’instant, mieux vaut s’enfoncer dans une conversation banale. Une conversation polie. Une conversation qui ne nécessite pas de contacts. Il prend un pancake en haut de la pile. Il renonce à l’application de confiture. Ce pourrait être bien trop dangereux pour les draps de Snow. Il découpe un bout de la crêpe épaisse. Il l’enfourne. Il cherche ce qu’il peut lui dire. Il cherche ce qu’il peut faire. Il cherche à briser ce silence. Si le psychologue a des questions, ce n’est pas le cas de l’ami. L’ami a disparu. Il n’y a plus que Bobby. Un Bobby qui ne sait pas quoi dire. Un Bobby qui est à court de mots. Il n’a jamais pensé pouvoir plaire à Snow. Il n’a jamais pensé être son genre. Il est bien trop sage, bien trop gentil. Pourquoi le préférer à d’autres hommes qui lui correspondent plus ? Elle a besoin de spontanéité, d’aventures. Il est tout sauf ça. Il avale son morceau de pancake. “Je… j’ai de la chance de t’avoir pour veiller sur moi.” Voilà, c’est dit. Il ne sait toujours pas si elle fait tout ça pour prendre soin de lui. Il en a l’impression, en tout cas. Il a la conviction intime qu’elle veille sur lui. Qu’elle le couvre d’attentions. Qu’elle l’apprécie.

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Iceberg ✧ Snow
« And it's hard looking back Knowing what I could've done. I’m never going back, I’m always on the run And you never really find The pieces that you leave behind. All I got from this place is fragments. »
- Jaymes Young, Fragments

Rien. Elle ne note rien, fixant  la page sur laquelle règne le vide, le vide de ses pensées. Elle fuit les démons qui la hantent dans le silence de cette chambre ornée de lourds souvenirs, tellement flous, tellement entremêlés qu’elle ne parvient pas à les délier. La porte s’ouvre, l’extirpe de ses réflexions teintées d’un gris amer. « Je ne sais pas si tu surestimes mon appétit ou si tu as oublié ta part, mais je vais être incapable de manger tout ça. J’ai besoin d’aide. » Elle n’a pas envie. Son estomac noué refuse l’idée de tout aliment, mais elle ne proteste pas, offrant un sourire timide, pour ne pas qu’il se sente repoussé, pour ne pas qu’il se sente rejeté. Il n’a pas besoin de cela en plus de tout ce qu’elle lui inflige. Lorsqu’il s’installe en face, elle sent son coeur jouer d’une douloureuse mélodie contre sa poitrine, fissuré de ces émotions qu’elle n’a aucun moyen de gérer. Ses joues légèrement roses en croisant le regard clair. Détourner la tête, vite. « Merci pour ce petit-déj’. » Un autre sourire, plus doux, plus sincère. « C’est normal. » Elle a perçu une sorte d’hésitation, il a opté pour manger nature. Calmement, elle ferme son carnet, le pose sur la table de nuit et vient récupérer un pancake. Soigneusement, elle tartine de confiture, plie la pâte et la dépose près du café de Bobby, attentionnée. Le sien, elle le saupoudre à peine de sucre, mangeant sans envie, pour le rassurer, lui faire plaisir. « Je… j’ai de la chance de t’avoir pour veiller sur moi. » Un temps d’arrêt.

Snow est restée là, le met sucré entre les doigts croqué par endroits. L’atmosphère est lourde, en tension. Pas de ces tensions qu’ils ont connu, de violence et d’agressivité, non, quelque chose d’indéfinissablement innocent et coupable à la fois, digne de deux adolescents maladroits. Elle ne commente pas, décidée à finir de manger avant, pour ne pas perdre pieds, ne pas noyer ses mots dans la nourriture. Ce n’est qu’après avoir bu une gorgée de son café qu’elle inspire, qu’elle pose la tasse pour enfin parler.

« Je ne veille pas sur toi.. » La voix est basse, comme une confidence. « Je.. Je t’aime, à ma façon, maladroitement mais tu es important pour moi.. » L’exprimer est difficile. Elle a peur de ne pas savoir se faire comprendre, ne pas savoir se faire entendre, si peu habile dans le partage de ce qu’elle cache derrière le myocarde de glace. Elle n’était jamais allée jusqu’à étudier la nature des sentiments qu’elle lui portait, parce qu’il y avait une sorte d’évidence, une amitié explosive mais sans les ambiguïtés que chacun y voyait. Elle se trompait sans doute. Et sur le bout de ses lèvres les siennes encore gravées. « Et je suis sincèrement désolée pour le baiser. Je n’aurais pas dû. Je sais que ça ne m’était pas permis, que je ne suis pas ton type.. » Evidemment qu’elle n’était pas son type, petite blonde si froide, mettant à l’épreuve la moindre sensation, le moindre échange, capable de détruire la magie d’un instant en visant au coeur.

« Je ne peux pas.. manquer te tuer et t’embrasser.. c’est illogique et.. » Le café. Elle fuit le bleu de ses yeux en récupérant son café. La délicieuse odeur capte ses sens, l’empêche de s’égarer encore. Boire une gorgée. La bouche sèche. Elle se mord la lèvre, finalement, les mains autour du récipient blanc. Elle aimerait vraiment aller s’enterrer dans le jardin. Partir en courant ce serait bien aussi. Mais elle ne peut pas. Il vaut mieux que ça, il mérite mieux qu’une femme terrifiée qui n’est pas capable d’assumer ses actes. Un soupir.

« Tu.. j’étais tellement bien, dans tes bras, j’ai pas réfléchi et ensuite.. j’avais jamais pensé à nous. A te voir comme ça. Pardonne-moi, s’il te plaît. » Ses iris lui brûlent la peau. Elle se sentirait presque fondre à mesure que, dans le coin de la pièce, se solidifie la silhouette sans visage. En voulant s’arracher à la contemplation des traits charmants de Bobby, elle rencontre la statue glacée, translucide, si imprécise. Un geste de la main, pour supprimer l’élément perturbateur. Rien ne se passe. La gorge nouée. La détresse, là, juste là, au fond de ses prunelles. Il n’y a plus de froid, plus de neige autour d'eux, pas même au bout de ses doigts. Juste cette silhouette qui dérange. La situation lui échappe. Snow était coutumière des instabilités de sa mutation, mais toujours dans l’excès, jamais dans l’absence. « .. Je peux avoir peur, là .. ? » Peur de s'être brulée les ailes, peur de tout perdre entre les murs de la demeure, de Bobby à ce talent qui leur était commun.
 
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Il ne sait pas pourquoi il lui a dit. Après tout, il ne l’a pas fait avant. Pourquoi maintenant ? La phrase lui a échappé. Il cherchait désespérément quelque chose à dire. Une raison de briser le silence. Il l’a dit. Il a exprimé ses pensées. Elle est là, à prendre soin de lui. Elle l’a prévenu. Elle lui a bien dit que ce voyage serait aussi l’occasion pour lui de s’éloigner de Malicia. Il ne pensait pas qu’il serait aussi perdu. Qu’il serait aussi attiré par Snow. Il ne pensait pas à tout cela avant de partir. Et chaque attention qu’elle lui porte maintenant la rend plus… attirante. Même le fait qu’elle pense à étaler de la confiture sur un pancake. Un geste si idiot. Si futile. Il ne comprend pas ce qu’il se passe dans son cerveau. Quelque chose s’est réveillé. Quelque chose qu’il a laissé dormir pendant dix ans. Le désir. La tentation. Des émotions qui avaient disparu avec Malicia. Avec elle, aucun désir n’était possible. Aucune tentation n’était concevable. Il a appris à ne pas regarder les autres femmes. Il a tout laissé de côté pour réussir à vivre en couple avec elle. Maintenant, une barrière semble s’être brisée. Cassée. Détruite. Il ressent ce que tout le monde ressent. Du désir. De l’attirance. En un baiser. Peut-être deux. Snow a réussi à briser ce qu’il a mis dix ans à construire. Elle a réussi à lui faire baisser sa garde. Il n’est pas prêt pour vivre ce changement. Ce chamboulement. Il est encore en deuil de son couple. Il est encore en deuil de son amour pour Malicia. Il aimerait repousser ces émotions. Il aimerait pouvoir les ranger. Mais elles étaient déjà rangées depuis une décennies. Elles ne veulent plus retourner sagement dans un coin. Elles ne veulent plus attendre. Il attrape son bol. Il y noie son regard. Il y plonge le nez pour boire une gorgée. Quelle idée d’avoir une attirance pour Snow. Il n’aurait pas pu choisir une collègue ? Une femme qui ne serait pas une patiente ? Une femme qui ne serait pas celle que Malicia a décriée ? Non, il faut que ce soit Snow. “Je ne veille pas sur toi..” Il lève le nez de son bol. Il ne l’a presque pas entendue. Son murmure est presque imperceptible, même dans le silence du manoir. Il est prêt à protester. Tout cela pue l’attention qu’elle lui porte. Tout cela est le signe qu’elle le couve. Elle cherche encore à le nier, alors que les preuves sont sous ses yeux. “Je.. Je t’aime, à ma façon, maladroitement mais tu es important pour moi..” Oh… s’il s’y attendait. Elle l’aime. Mais de l’amour amical ? De l’amour désirable ? De l’amour quoi ? Il repose son bol sur le plateau. Il ne saisit pas le message qu’elle a souhaité lui transmettre. Il hésite à lui répondre. A lui dire qu’il l’aime aussi. Mais l’aimer comment ? Lui aussi ne le sait pas. Comme une amie, c’est certain. Peut-être plus. Peut-être pas. Alors, il préfère rester silencieux. Une déclaration d’amour sous-entend une réponse de l’autre. Pas cette fois. Il préfère rester figé dans une pose idiote. Le bol suspendu dans les airs. Les paupières papillonnantes. Le goût amer du café sur ses papilles.  

Et je suis sincèrement désolée pour le baiser. Je n’aurais pas dû. Je sais que ça ne m’était pas permis, que je ne suis pas ton type..” Mais qu’est-ce qu’elle raconte ? Il reste complètement coi. Pas son type ? Depuis quand elle connaît son type de femme ? Certes, elle ne l’a connu qu’avec Malicia. Cela ne veut pas dire qu’il est désespérément attiré par les brunes à la peau mortellement dangereuse. Il a tellement peu d’expérience pour pouvoir déterminer un genre. Il est tellement dépourvu d’expérience qu’il trouve Snow toute aussi séduisante. Qu’il trouve ses yeux hypnotisant. Qu’il trouve la douceur de sa peau agréable. Il se reprend. Il est reparti. Il s’est laissé retomber dans le désir. Il doit arrêter. Il se redresse. Snow a vraiment un drôle d’effet sur lui. Pas un effet désagréable. Au contraire. Pourtant, il se débat contre. Il se débat pour s’en arracher. Sans succès. “Je ne peux pas.. manquer te tuer et t’embrasser.. c’est illogique et.” Elle se débat, elle aussi. Elle cherche à comprendre. Elle cherche à déceler ses émotions. Au moins, ils sont deux à ne rien comprendre. Au moins, ils sont deux à vouloir s’en sortir. Et s’ils se laissaient aller au désir ? Et s’ils se laissaient tomber dedans ? Il n’aurait plus aucun espoir de retrouver Malicia. Quoiqu’elle lui a demandé de vivre sa vie… Il la chasse de ses pensées. Il ne sait toujours pas réfléchir par lui-même. Il doit toujours s’en référer à Malicia. Il est temps que ça change. Il est temps qu’il apprenne à penser à lui. A lui seul. Et à Snow, aussi. Elle pense des choses horribles sur elle. Elle prononce des choses atroces. Comme si elle était une moins que rien. Comme si elle ne méritait pas son amitié. Son… désir. “Snow…” Les mots lui manquent. Lui échappent. S’évadent. Il est désarmé devant le manque d’estime dont elle fait preuve. Il est déboussolé devant son manque d’assurance. Elle ne voit pas combien elle est douce et généreuse. Elle ne réalise pas combien elle est belle et intelligente. Elle ne fait que se comparer. Se comparer et se dévaloriser. Il abandonne pancake et café sur le plateau. La tête n’est pas à manger. Elle est à Snow. Elle est à trouver les mots justes pour lui donner une meilleure image d’elle-même. “Tu.. j’étais tellement bien, dans tes bras, j’ai pas réfléchi et ensuite.. j’avais jamais pensé à nous. A te voir comme ça. Pardonne-moi, s’il te plaît..” Elle est idiote. Complètement idiote. Comment peut-elle lui demander pardon ? Comment peut-elle se reprocher d’avoir été bien, dans ses bras ? Alors que lui aussi s’est senti bien. Bien mieux que ces derniers jours. Bien plus heureux que ces derniers temps. Certes, le baiser est venu perturber cet équilibre. Ce baiser est venu pousser une porte restée close. Cela ne mérite pas le pardon. Cela ne mérite pas de s’excuser. Il capte son regard. Son inquiétude. Sa peur. Il se retourne. Il découvre le visage inexistant d’une statue de glace. Sans traits. Presque effrayante. “.. Je peux avoir peur, là .. ” Il descend du lit pour mieux y remonter. Il s’assoit à côté d’elle. A quelques centimètres devant elle. Il l’attire contre lui. Oui, ce visage sans expression est effrayant. Oui, elle a le droit d’avoir peur de ses fantômes. Mais elle ne peut pas en avoir peur toute sa vie. Elle les a déjà craints ces trois dernières années. Il est temps d’y faire face. Il passe une main sur sa joue. Douce caresse sur une peau délicatement froide. Elle descend jusque en-dessous de son menton. Il le soulève délicatement. Il le soulève pour qu’elle le regarde. Il accroche son regard. “Tu ne dois pas avoir peur. Ce n’est que de la glace, d’accord ? Tu peux la faire disparaître, j’ai confiance en toi.” Rationaliser pour mieux appréhender. Elle qui aime tellement les faits plutôt que les émotions, elle doit pouvoir l’accepter. Elle doit pouvoir le comprendre.

Il retire sa main de sous son menton. Il semblerait que les câlins soient la seule manière dont ils arrivent vraiment à fonctionner. Dans la tendresse. Dans l’affection. Quand ils se détruisent, ils souffrent. Quand ils sont l’un contre l’autre, ils réparent leurs plaies. C’est ainsi qu’ils vont mieux. Un drôle d’équilibre. Lui qui n’a jamais eu l’habitude d’enlacer se retrouve à le faire. Aussi naturellement que de se gratter l’oreille. Aussi naturellement que de sourire. Le câlin est même devenu une seconde nature. Avec Snow, en tout cas. “Je ne te pardonne pas. Je crois que le baiser m’a fait du bien. J’en avais besoin.” Apaiser ses peurs. Calmer ses inquiétudes. Prononcer des paroles qui agissent comme des baumes sur ses blessures. Il cherche à la rassurer. A la réconforter avec sa sincérité. Ils n’ont pas pour habitude de s’exprimer. De se confier. Ils y arrivent. Tout doucement. Ils font du chemin. Ils communiquent. Ils expriment leurs sentiments. La franchise est ce qui fait le plus de bien. La sincérité est ce qui fait évoluer. Il fronce les sourcils. Il cherche à mettre un mot sur ce qu'il a ressenti. Il le tourne dans sa bouche. Finalement, il le prononce. Il le rend réel. “Je… j’ai apprécié.” C’est ça. Il a apprécié. Il a aimé ce moment. Bien plus que ce qu’il aurait songé. En fait, ce baiser ne le dérange pas. Ce baiser est plutôt salvateur. C’est ce qui peut arriver derrière qui l’inquiète. Qui lui pose problème. Ce qui pourrait découler d’un baiser. De quelques caresses. Il a peur de dépasser la limite qu’il n’a jamais franchi. Il a peur de l’inconnu. Il se concentre sur Snow. Ses grands yeux bleus. Son visage délicat. Elle ne l’aide pas. Elle ne rend pas les choses plus faciles. Elle les rend même confuses. Pourtant, son regard ne décolle pas. Il doit affronter. Il doit assumer. Il se penche sur Snow. Il dépose un baiser à la commissure de ses lèvres. Il n’est pas encore prêt à désacraliser le baiser. Il n’est pas encore prêt à trouver normal d’embrasser sur les lèvres. Mais il est en bonne voie. En attendant d’y arriver, il se rapproche. Il se rapproche tout doucement. Bientôt, il sera sur ses lèvres. Bientôt, il les fera siennes. Il lutte toujours. Moins. Avec moins de conviction. Avec moins de volonté. Avec moins de force. Il ne peut pas résister à la fragilité et à la douceur qui s’échappent de Snow. Peut-être est-ce cela. Elle éveille son instinct protecteur. Elle éveille son besoin d’être utile. Avec elle, il l’est plus que tout. Il est bien plus qu’avec n’importe qui. Et s’il devenait dépendant de cette utilité ? De nouveau, les questions. De nouveau, les inquiétudes. Il réalise qu’il ne pourra jamais lâcher prise. Qu’il ne pourra jamais être en paix. Tant qu’il n’aura pas pris sa décision. Tant qu’il ne saura pas si oui ou non, il est prêt à embrasser Snow. Si oui ou non, il est prêt à abandonner Malicia. Il va lui falloir un certain temps. Peut-être qu’il y arrivera. Peut-être pas. “Je ne suis pas sûr de pouvoir être aussi détaché que toi. Pas tout de suite, en tout cas.” Il se détache d’elle. Il revient à sa place initiale. Il a besoin de ses contacts avec Snow. Il a besoin de lui être utile. Il a besoin de prendre soin d’elle. Il a aussi besoin d’être en accord avec lui-même. Il a aussi besoin de faire le ménage dans ses émotions. il a aussi besoin de savoir ce qui est le mieux à faire. “En toute franchise, de qui as-tu le plus besoin ? Du psychologue ou de l’ami ?” De qui a-t-elle besoin. De qui peut-il se séparer. Qui peut-il écraser. Effacer. Qui ? Parce qu’il n’oublie pas son travail psychologique avec Snow. Il n’oublie pas qu’elle a besoin d’être encadrée, guidée, suivie. Il n’oublie pas qu’elle a besoin de ce cadre. Alors, doit-il abandonner toute émotion pour ne garder que le professionnalisme ? Doit-il laisser définitivement le psychologue derrière lui afin de saisir l’ampleur de ce qu’il se passe entre Snow et lui ? La réponse de Snow peut l’aider. Elle peut le guider dans son choix. Elle peut l’aiguiller dans ses émotions. Un regard empreint d’espoir. Un regard empreint d’interrogations. Alors, le psychologue ou l’ami ?

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Dernière édition par Robert L. Drake le Mar 17 Nov - 13:50, édité 1 fois
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Ca se cristallise. Le souffle froid traverse la pièce, change le décor comme la magie le ferait dans un conte. Ce baiser sur la commissure des lèvres, ce contact unique bouscule la peur, écrase l’angoisse, et autour d’eux c’est le palais de glace qui renait, réactivant la mutation muselée par la terreur. Le chandelier est revenu, sculpture enchanteresse, de l’autre côté de la commode, et s’il n’y a pas la place pour la table basse, une rose charmante s’est couchée sur le plateau, entre les bols. Juste un baiser déposé. Juste ces deux grands yeux clairs qui l’absorbent. Ce n’est que de la glace. Il a apprécié. Son coeur a raté un battement, son esprit s’est entièrement déconnecté. Et chaque pensée s’envole, décroche de la rationalité tant aimée pour changer le cauchemar en souvenir tendre. Il neige. Il neige dans la chambre et les flocons s’accrochent à ses cheveux. Mais rien ne compte. Rien d’autre que la proximité de Bobby, dont elle ne sait plus s’il est un ami, un psychologue, plus que cela. Ses doigts viennent rejoindre sa bouche. Elle y sent encore la marque délicate de cet échange inattendu, et elle est comme sonnée. Elle a résisté à l’envie d’y répondre, à l’envie de prolonger l’instant, sans savoir ni pourquoi ni comment, elle s’est sentie obligée de rester là, sans bouger, soumise à une retenue venue de nulle part quand rien autour d’eux ne symbolise un quelconque caractère mesuré. C’est l’oxygène qu’il doit manquer à sa cerveau, à moins qu’il n’ait bousculé la dernière barrière, le dernier mur de protection contre le monde, contre les sentiments. « Je ne suis pas sûr de pouvoir être aussi détaché que toi. Pas tout de suite, en tout cas. » Détaché ? En quoi est-elle détachée ? Le bruit de la glace qui implose rompt le silence. L’homme sans visage s’est désarticulé, fondu en mille éclats de glace, comme de scintillante paillettes, un manque de contrôle évident, et un petit quelque chose qui se libère de sa prison.

« En toute franchise, de qui as-tu le plus besoin ? Du psychologue ou de l’ami ? » Elle penche légèrement le visage. Il a laissé du vide, du rien à côté d’elle, un gouffre de solitude alors qu’elle meurt d’envie de se noyer dans ses bras, de s’y lover pour ne plus jamais s’en défaire, tendresse rassurante dans un monde trop cruel. A son tour, elle se lève, elle récupère le plateau, décidée à le ranger, comme pour garder les pieds sur terre, comme pour s’arracher à cet instant irréel, mais la porte fermée se couvre d’une couche translucide. « .. C’est bon, ça va, j’ai compris. » Demi-tour. Si même son subconscient refusait de la laisser en paix, de la laisser fuir, alors il n’y avait plus qu’une solution, qu’un chemin ouvert vers une sorte de pardon, de rédemption. Le plateau est posé sur la commode. Elle revient face à Bobby, inspirant profondément, s’obligeant à avoir le courage de s’exprimer. Elle ne sait pas faire cela, elle ne sait pas articuler ce qu’elle ressent sans se sentir terriblement maladroite. « Je ne suis pas.. détachée. Et je peux difficilement le prétendre, avec.. » Oui, le décor. Beauty & the Beast n’aurait pas fait mieux. « Je ne voulais pas dire : sans conséquences. Plutôt.. sans contraintes. Juste.. vivre. » C’est tellement confus. Tout est embrouillé, aucun mot ne colle à l’étendue de la réflexion. « On a le droit de vivre, non ? Mon psychologue m’a dit qu’il fallait réapprendre. Je ne sais pas si tu le connais, c’est un homme charmant et plein d’empathie, mais parfois lui aussi, il oublie de vivre. » Elle passe par la route sinueuse, et pourtant il y a au fond de son regard quelque chose de profondément clair, plus que jamais, une indéfinissable certitude. Et ce doux sourire, sincère, qui se dévoile sur le coin de la bouche qui s’éclaire.

« Je crois qu’il a le coeur brisé. Je ne sais pas bien les réparer. Je sais juste que le sien est fort, il résiste aux pires tornades glacées. Alors.. peut-être qu’il peut s’en aller. » Elle s’approche, un peu. Elle rompt la proximité, glissant sa joue contre la sienne pour venir murmurer, doucement, à son oreille. « Si Prudence et Snow sont une seule et même personne, le psychologue et l’ami aussi. » Une main passe dans son dos, elle le presse sans brutalité aucune contre elle, étreinte étrangement pleine d’émotions, comme si la reine des neiges avait enfin accepté de baisser la garde, pour quelques temps au moins, chassant de la maison hantée les mille fantôme d’autrefois. « Ce n’est pas ton rôle qui importe, Bobby. » Lui souffle-t-elle, reculant un peu le visage pour pouvoir croiser son regard, lui offrir un autre sourire, un peu timide, un peu troublé. « C’est seulement toi. » C’était à lui seul qu’elle accordait autant de proximité, autant de contacts, acceptation totale de sa présence, sans mouvements de recul, sans tremblements, sans l’angoisse terrible de le briser, de le piéger d’une maladresse. Elle qui refusait de toucher, d’offrir une tendresse du bout des doigts, se noyait volontiers entre ses bras. Drôle de privilège. Et elle n’a aucune envie de s’arracher à ça, à la clarté de ses prunelles, Malicia soudain bien loin de ses préoccupations. Elle n’a pas besoin de déterminer qui du psychologue ou de l’ami importe, car son ami est psychologue, car le coeur ne cherche en rien à définir la profession d’un autre coeur. Il lui suffirait d'écouter un peu les évidences, mais Snow les a longtemps nié, comme elle s'est laissée sombrer dans un manque d'assurance que, pour lui, elle tente de mettre de côté.
 
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Il ne se rappelle pas que les débuts de relations sont aussi difficiles. Il ne se rappelle pas que résister à l’attirance est aussi compliqué. Mais de toute manière, sur quoi base-t-il son jugement ? Sur des amourettes de jeunesse ? Sur une relation de dix ans où le désir se transformait en frustration ? Au final, il n’a aucune base sur laquelle se reposer. Aucune base avec laquelle comparer ce qu’il se passe. Au final, il est perdu. Il est laissé seul. Il est propulsé dans des émotions insoupçonnées. Il découvre. Il ressent. Il se noie, aussi. Il se débat contre des sentiments qu’il ne contrôle pas. Contre son coeur qui bat la chamade dès qu’il la serre dans ses bras. Contre ses pensées qui ne cessent de dévier. Il se bat contre tout cela pour garder la tête hors de l’eau. Car, il le doit. Il doit conserver son sang-froid. Il doit garder son self-control. Il doit avoir le contrôle de lui-même. Ce n’est pas gagné. C’est même perdu d’avance. Il n’y parvient pas. Il se retrouve démuni. Il se retrouve sans armes. Il se retrouve incapable de surmonter cette attirance. Il y a quelque chose de grisant à se dire qu’il peut se laisser aller dans les bras de Snow. Qu’il pourrait s’enivrer de ses baisers. Qu’il pourrait parcourir chaque centimètre carré de sa peau. Il y a quelque chose de parfait à l’idée de découvrir les charmes du corps. Mais, il est perdu. Désespérément perdu. Entre ce qu’il doit faire. Entre ce qu’il veut faire. Il est désespérément perdu dans cet espace où rien est défini. Où rien est clair. Il est au milieu, sans savoir dans quelle direction aller. Il espère que Snow l’aidera. Il espère qu’elle saura répondre. Il espère qu’elle lui indiquera quel chemin prendre. Sauf que sa question n’a pas l’effet escompté. Elle se lève. Elle prend le plateau. Elle abandonne. Elle fuit. Elle part. Sa fuite lui arrache un pincement au coeur. Il réalise que sa fuite lui fait mal. Il réalise que la blesser le fait souffrir. Il garde le regard obstinément fixé devant lui. Là où se trouvait Snow. Là où elle n’a laissé qu’une ombre froide. “.. C’est bon, ça va, j’ai compris.” Il tourne la tête vers elle. Il se demande ce qu’il se passe. Il s’interroge sur ses propos. Et il découvre. La porte glacée. Il fronce les sourcils. Un doute le fait tressaillir. Est-ce lui qui en est la cause ? Ce n’est pas possible. Il aurait senti la glace sortir de ses mains. Il s’en serait aperçu. C’est Snow. C’est forcément elle. Comme les flocons de neige. Comme ce décor glacé. Elle est la créatrice. Elle est la raison de chamboulement dans la décoration de la pièce. Elle revient vers lui. Elle revient les mains vides. Il se retient de lui en attraper une pour l’attirer vers lui. Il se retient. Conscient qu’il doit obtenir sa réponse. Conscient qu’il doit garder une certaine distance tant qu’il ne saura pas. Pourtant, l’envie le démange. Lui picote les doigts. Alors, il l’observe venir à lui, toute seule. “Je ne suis pas.. détachée. Et je peux difficilement le prétendre, avec..” Elle ne l’est pas. Il ressent un soulagement. Il n’est pas le seul à être perdu. Il n’est pas le seul à prendre tout cela au sérieux. Il n’est pas seul. Cette pensée est réconfortante. Elle le rassure. Elle lui insuffle une certaine tranquillité d’esprit. Si même Snow est incapable de se détacher de cette… attirance, comment lui le pourrait-il ?

Je ne voulais pas dire : sans conséquences. Plutôt.. sans contraintes. Juste.. vivre.” Vivre. Un concept tellement facile. Un concept tellement habituel. Mais comment est-ce que cela s’applique en pratique ? En respirant. En s’amusant. En profitant. En buvant. En jouant. En aimant. En embrassant. Juste vivre. C’est une douce promesse. Une douce proposition. S’il ne se projetait pas dans une relation sans engagement, il est capable de s’imaginer dans une relation où il faut juste vivre. Pas attendre qu’un miracle ne se produise. Pas attendre dix ans pour échanger un vrai baiser. Juste vivre. Juste saisir les opportunités qui se présentent. Juste aimer les personnes que l’on apprécie. Il en a les compétences. “On a le droit de vivre, non ? Mon psychologue m’a dit qu’il fallait réapprendre. Je ne sais pas si tu le connais, c’est un homme charmant et plein d’empathie, mais parfois lui aussi, il oublie de vivre.” Il a un sourire. Un sourire amusé. Même si dans le fond, il ressent une pointe de tristesse. Oublier de vivre. Est-ce qu’il le fait vraiment ? Est-ce qu’il oublie vraiment de profiter de la vie ? D’un certain côté, elle a raison. Il passe plus de temps dans son bureau, à aider les autres. Il passe plus de temps à se soucier des autres. D’un autre côté, elle a tort. Il ne voit pas sa vie autrement qu’en étant utile. Il a le sentiment d’être pleinement vivant lorsqu’il conseille et guide. Il n’imagine pas son quotidien autrement. “C’est un homme intelligent.” Il entre dans son jeu. Elle a décidé de retourner ses propos contre lui. D'accord, il l'accepte. Cela fait partie des risques du métier. Il en profite pour se flatter. Un peu de flatterie n’a jamais fait de mal à l'ego, non ? Et puis, elle le voit comme un homme charmant et empathique. Probablement son sourire. Peut-être ses yeux. Le physique joue beaucoup sur l’attirance. Beaucoup trop, dans certains cas. “Je crois qu’il a le coeur brisé. Je ne sais pas bien les réparer. Je sais juste que le sien est fort, il résiste aux pires tornades glacées. Alors.. peut-être qu’il peut s’en aller.” Il n’est plus amusé. Il ne peut pas s’en aller. Il ne veut pas s’en aller. Il est bien, ici. Il est bien auprès d’elle. Il est bien lorsqu’il la sent si proche de lui. Son coeur brisé est son problème. Pas celui de Snow. Son coeur brisé se réparera. Son coeur brisé se solidifiera. Il y a un temps pour tout. Il se fait confiance. Il sait qu’il surmontera l'épreuve. Il sait qu’il dépassera ce stade. Il sait qu’il s’en sortira. Ce n’est qu’une question de jours. De semaines. Il se charge de la réparation de son coeur. En attendant, il reste. Elle est encore plus proche de lui. Joue contre joue. Lèvres contre oreille. Son coeur s’affole. S’emballe. Comme lorsqu’il a embrassé Mystique, en pensant avoir Malicia devant lui. Comme lorsqu’il a laissé parler le désir. Alors, c’est ça. Une envie irrépressible de l’embrasser. Une envie incommensurable de la tenir contre lui. “Si Prudence et Snow sont une seule et même personne, le psychologue et l’ami aussi” Il est tellement plus facile de faire la division des deux personnalités. Tellement plus facile de se scinder pour ne pas analyser tous ses proches. Tellement plus facile de se cacher derrière l’une ou l’autre identité. Cette technique est plus simple. Plus pratique. Mais elle a raison. Dans le fond, il ne souffre pas de schizophrénie. Il n’est qu’une seule et même personne. Qu’un seul corps. Qu’un seul cerveau. Qu’un seul être. Le psychologue et l’ami. L’ami et le psychologue. Des deux, Snow est la plus mature. La plus sage. La plus intelligente. Elle est celle qui prononce les paroles les plus justes. Pourtant, elle est la plus jeune. Mais elle a raison. Il peut être les deux. “Ce n’est pas ton rôle qui importe, Bobby.” Il la dévisage. Il réalise leur proximité. Il sent presque son souffle. Il peut voir le grain parfait de sa peau, la courbe délicate de son nez, ses fossettes creusées. Et ses yeux d’un bleu magique. Ils le ramènent à la réalité. Il se demande ce qu’elle cherche à lui dire. Ce qu’elle cherche à faire comprendre. Elle lui sourit, mais il ne sait pas comment le prendre. “C’est seulement toi.

Le temps semble s’arrêter. Le temps semble se suspendre. La phrase flotte. Elle s’immisce doucement dans son cerveau. Elle entre et déchire tout sur son passage. Snow ne veut pas le psychologue ou l’ami. Elle le veut tout entier. Elle veut les deux facettes. Elle veut les deux personnalités. L’écoute du psychologue et la tendresse de l’ami. L’empathie du psychologue et la proximité de l’ami. Il serait idiot de choisir une partie, alors que l’on peut avoir les deux. Il respire profondément. Il sent que quelque chose est en train de se dérégler en lui. Il sent que quelque chose se débloque. Il essaye de comprendre. Il essaye de mettre des mots dessus. Il essaye de saisir le changement. Il n’y parvient pas. Il réalise seulement que cette proximité est soudain ce qu’il désire. Que l’embrasser est devenu un besoin. Un besoin urgent. Irrépressible. Ses mains viennent encadrer le visage de Snow. Elles viennent se déposer doucement. La distance est infime. Imperceptible. Inexistante. Seul le courage le sépare de Snow. Seul le courage de sauter le pas. Il le franchit. Il se rapproche. Il garde ses traits entre ses mains. Il l’embrasse. Il presse ses lèvres contre celle de Snow. Un mélange de soulagement et d’euphorie l’envahit. L’enveloppe. Un baiser qu’il a pris le temps de savourer. Un baiser qu’il a apprécié. Un baiser qu’il lui donne de l’énergie plutôt que d’en absorber. Un baiser qui n'est ni trop court pour être volé, ni trop long pour être gênant. Il relâche son visage. Il s’éloigne. Il a embrassé. De sa propre initiative. Sans risquer de mourir. Un grand pas pour lui. Il aimerait y retourner. Il aimerait embrasser de nouveau Snow. Goûter de nouveau au goût sucré de ses lèvres pleines. Mais il ne sait plus si c’est ce qu’elle veut. Si elle en a envie. Si elle désire ce contact. Soudain, l’euphorie disparaît. Elle s’efface devant l’inquiétude. Devant les doutes qui reviennent à la charge. Il retire ses mains. “Je.. Je suis désolé. Je ne sais pas ce qui m’a pris.” Il se lève brusquement. Il manque de donner un coup à Snow, dans sa précipitation. Ils sont encore trop près. Ils sont encore à une distance trop faible. Est-ce le signe qu’elle n’est pas mécontente de ce baiser ? Peu importe. Il ne peut pas se faire de fausse joie. Il s’éloigne. Il va vers la commode. Le plateau est toujours abandonné, là. Les pancakes encore chauds. Le café encore fumant. Il n’a même pas touché au pancake qu’elle a couvert de confiture pour lui. “Je vais descendre le plateau” Voilà. Il va descendre le plateau. Il va s’en occuper. Cela lui laissera quelques minutes. Quelques minutes de répit. Quelques minutes pour respirer. Quelques minutes pour se remettre de ses émotions. Mais il reste figé au milieu de la pièce. Il a le sentiment que ce n’est pas ce qui doit être fait. Il a le sentiment que Snow l’attire irrésistiblement. Le plateau ou Snow. Si la réponse ne tenait qu’à lui, elle serait vite donnée. Mais elle dépend de Snow. Il ne se résout pas à sortir. Il ne se résout pas à partir.

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Le goût de ses lèvres. Un peu de sucre, un peu de café. D’abord la surprise, puis la douceur. D’abord la tension, et le laisser aller. Elle a fermé les yeux, là, lovée entre ses mains fraiches, contre sa tendresse. Elle n’est pas sûre d’avoir compris ce qu’il se passait, comme si l’on avait inversé la situation, comme si on l’avait jetée contre lui, elle et son coeur plein de contradictions. Ses doigts sont venus se poser sur une épaule, un peu maladroitement. Le monde s’est arrêté de tourner, comme s’il n’y avait plus qu’eux, comme si plus rien d’autre ne comptait ; elle avait oublié, oublié la chaleur, l’envie, l’euphorie, la peur, le désir. Elle avait oublié l’affolement des sens, le partage, l’ivresse. Et avant qu’elle n’ait pu réagir, avant qu’elle n’ait pu faire autre chose que répondre, timidement, il s’est détaché. Ses paupières ont papillonné, autant que les petites libellules jouant dans son estomac. « Je.. Je suis désolé. Je ne sais pas ce qui m’a pris. » Mais.. non ! Elle croit qu’elle en voulait encore. Elle voudrait retourner, là, contre lui, tout près - trop près. Hébétée, elle ne parvient pas à répondre avant qu’il ne tente de prendre la fuite. « Je vais descendre le plateau » C’est tellement étrange. Juste une minute, pour bouger, se reprendre. Une inspiration, pour calmer le tremblement. Tiens, c’est vrai, elle tremble un peu. Pourquoi ?

Lorsqu’elle se lève, c’est pour lui enlever le plateau des mains, sans le brusquer. Elle va le reposer sur la commode, parce qu’il y était très bien, ce pauvre plateau, il n’avait rien demandé. « Aurait-on peur de l’aventure, monsieur Drake ? » glisse-t-elle, un peu taquine, en revenant tout près. Elle se sent petite, sans ses talons hauts, sans les quelques centimètres qu’elle gagnait à chaque fois. Elle ferait avec, ça n’est pas grave. Se hissant sur la pointe des pieds, elle termine ce qu’elle a commencé, une tendre réponse à son baiser. Il ne pouvait décemment pas prendre la fuite sans lui laisser l’occasion de s’exprimer, lui qui réprouve toujours ses tentatives pour disparaitre, de-ci, de-là. « Tu triches à être si grand.. » C’est un murmure contre ses lèvres. Sa température a augmenté, paraît quasiment normale, au toucher. Elle a mal dormi mais elle se sent plus éveillée que jamais en trois années, écartée des cauchemars, de toutes ses angoisses. Rassurée. En sécurité. Oui, elle se sent en sécurité, et ça lui change. Le rire qui lui échappe aussi, change, joyeux, quand elle réalise la tête qu’il fait. Elle se rend compte que tout a l’air aussi nouveau pour lui que pour elle, et délicatement, Snow laisse sa main glisser de l’épaule à son torse, avant d’aller récupérer le bas du pull, pour l’attirer plus près. Il lui semble qu’il est toujours trop loin. Que la distance refuse de se rompre entièrement. Elle voudrait le rassurer, le lover dans des certitudes qu’elle ne peut malheureusement pas offrir, le bercer d’un amour qu’elle n’est pas sûre de savoir vraiment donner. Elle voudrait lui faire oublier les peines, la douleur, les obligations, les inquiétudes. Elle voudrait qu’il vive, une heure ou deux, qu’il profite de pouvoir savourer la liberté, sans être jugé ou observé.

Une heure ou deux. Snow s’est surprise à l’embrasser, encore. Sans lui demander son avis, son autorisation, les doigts fermés sur le tissu, d’un côté, et noués aux siens, de l’autre. Est-ce qu’ils ont le droit ? Non, et elle s’en fiche. Rien ne vaut la peine d’être réfléchi, là, rien ne peut venir gâcher l’instant, en dehors de cette sensation lancinante dans sa jambe. Trop petite. « Ex-excuse-moi. » finit-elle par dire, en relâchant ses prises. La position est inconfortable au possible. « .. viens. » Elle l’entraîne vers le lit, à reculons, pour mieux y finir étalée, s’étant pris les pieds dans les escarpins abandonnés la veille. Le rire l’emporte sur le pincement douloureux. Elle est impossible, avec cette foutue maladresse quand elle savait pourtant glisser sur la glace avec une agilité déconcertante. Comment pouvait-elle passer de la précision meurtrière à.. ça ? Le rire apaisé, elle se redresse un peu sur les coudes, pour l’observer, l’oeil pétillant d’un petit quelque chose de nouveau. « .. Alors.. tu me rejoins ou tu préfères ramener le plateau ? » Vile créature.
 
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Laisser parler ses envies. Laisser parler ses besoins. C’est faire preuve d’une spontanéité dont il n’a pas l’habitude. C’est faire preuve d’une passion inhabituelle. Comme un réflexe. Des gestes oubliés qu’il retrouve. Des souvenirs de son adolescence qui reviennent à la surface. Il a su qu’il devait l’embrasser. Il a su qu’il devait le faire. Parce qu’il en avait envie. Parce qu’il le voulait. Une attirance sans nom. Une attirance inconnue. Mais comme toujours lorsqu’il se passe quelque chose que l’on ne maîtrise pas, il prend peur. Il se demande s’il est allé trop loin. S’il a offensé Snow. S’il a fait quelque chose de mal. Il ne se souvient plus de comment ça se passait il y a quelques années. Il ne se souvient plus des premiers baisers échangés. Il ne se souvient plus des premiers regards. Il ne se souvient plus de l’attirance. Tout cela fait partie de son passé. Tout cela semble se réveiller tout doucement. Tranquillement. Comme cette impulsion vitale. Il a embrassé Snow, sous une pulsion. Une pulsion qui a eu l’effet d’une décharge électrique. Il ressent enfin ce désir. Cette attirance. Des sentiments qu’il a refoulés pendant des années. Des sentiments qu’il a réussi à éteindre. De la même manière que l’on appuie sur un interrupteur. Il les a simplement désactivés en attendant de pouvoir les libérer. Il a simplement attendu d’avoir le droit de toucher, d’embrasser. Maintenant qu’il le peut. Maintenant qu’il a le droit. Il le fait. Il découvre les plaisirs oubliés. Il découvre ce qu’il a loupé pendant dix ans. Il rattrape le temps perdu. Il a encore le coeur battant la chamade. Il a encore le sang qui bouillonne en lui. Il redécouvre la sensation d’un baiser désiré. Il redécouvre la satisfaction d’un baiser attendu. Il savoure la pression sur ses lèvres. Il savoure l’empreinte laissée par ce contact. Il savoure, mais il fuit. Il s’empare du plateau. Son corps cherche à rester. Sa tête appelle à la fuite. Entre les deux, il ne se décide pas à agir. Fuir ce qu’il ne connaît pas. Fuir ce qu’il ne maîtrise pas. Ce serait tellement bien. Mais rester dans la passion. Se laisser aller sous les baisers. C’est tout aussi tentant. Snow se lève. Elle revient vers lui. Telle une vile tentatrice. Une tentatrice qui n’a pas besoin de se fatiguer pour le séduire. Il n’y a qu’à voir ses yeux. Son corps fluet souligné par sa robe noire. Ses cheveux longs nattés. Ces petits détails suffisent à le tenter. Elle récupère le plateau. Avec autorité. Il ne proteste pas. Parce qu’elle n’a pas l’air en colère. Parce qu’elle ne semble pas lui en vouloir. Au contraire. “Aurait-on peur de l’aventure, monsieur Drake ?” Monsieur Drake. Elle continue à l’appeler ainsi. Dans sa bouche, cette appellation sonne comme une plaisanterie. Une moquerie. Elle ne l’utilise que pour le titiller. Mais elle a raison. Il a peur. Un peu. Beaucoup. Il y a encore quelques heures, il ne savait plus ce qu’était un vrai baiser. Maintenant, il en redemande. Quelle sera la suite ? Est-ce qu’il saura seulement s’arrêter avant que la relation ne devienne trop dangereuse pour sa carrière ? Est-ce qu’il saura seulement s’imposer des limites ? Il n’en est pas sûr. C’est le jeu dangereux de la tentation. Il devrait partir. Il ne devrait pas rester ici pour rester accroché aux lèvres de Snow. Il devrait penser à sa carrière, aux répercussions. Tel un gamin capricieux, il préfère rester. Après tout, il est bien dans cette chambre. Il est bien avec Snow. Peu importe ce qui peut arriver après. Peu importe.

Elle est si proche de lui. Tellement proche qu’il est certain de sentir son coeur battre. A moins que se soit le sien. Il peut presque sentir l’odeur de son shampooing. Il peut presque sentir leur corps pressé l’un contre l’autre. Elle est si proche. Elle se rapproche encore. Elle se dresse, impétueuse sur la pointe des pieds. Il baisse la tête vers elle. Il ne se fait pas prier. Il accueille son baiser avec plaisir. Il y répond. Il laisse ses mains l’envelopper. La serrer contre lui dans une étreinte nouvelle. Pas d’amitié. Pas de réconfort. Seulement de l’affection. Seulement une attirance. Là, ils sont biens. Ils sont détendus. Ils ne sont pas nerveux. Ils n’ont pas peur. Là, ils sont eux-mêmes. Comme si c’était la finalité de leur relation. Ils ont passé du temps à se disputer, à se battre, à se blesser. Ils ont appris à s’apprécier, à s’attacher, à s’enlacer. Maintenant, les baisers. Leur relation n’aurait pas dû atteindre ce stade. Leur relation aurait dû rester professionnelle. Il a laissé les choses dégénérer. Il s’est laissé aller. Il a baissé sa garde. Il s’agit peut-être d’un transfert. Problème que rencontrent les psychologues. La patiente vient se livrer, vient exprimer ses émotions. Elle trouve face à elle un homme silencieux, à l’écoute, empathique, presque rassurant. Elle se laisse séduire et charmer. Le psychologue se prend d’affection pour la patiente et il se laisse tenter. C’est souvent le cas. Il n’est jamais tombé dans ce jeu. Peut-être que c’est ce qui arrive. Peut-être, mais il s’en fiche. Pour la première fois depuis des semaines, il va bien. Il cherchera à comprendre plus tard. “ Tu triches à être si grand..” Elle délivre son message, sans s’échapper de ses lèvres. Un sourire s’étire sur le visage de Bobby. Grand. Elle est le problème. Elle est si minuscule. Si petite entre ses bras. Il pourrait la soulever d’une seule main, il en est certain. Elle doit tenir dans une valise, à coup sûr. Trop grand, peut-être, mais ses lèvres ne lui sont pas inaccessibles. Elle parvient à les atteindre. Elle parvient à chambouler ses convictions avec ses baisers. Elle parvient à le débloquer avec son toucher. Un remède contre le malheur. Un remède contre l’abstinence. Elle rit. Un doux rire qui fait du bien à entendre. Après les évènements de ces dernières heures. De ces derniers jours. Ce rire semble insouciant et heureux. Il semble refléter l’état d’esprit de Snow. Elle l’attire davantage contre lui. Bobby ne se fait pas prier. Il se presse contre elle. Il raffermit sa prise autour d’elle. Il s’interroge. Il se demande pourquoi il ne peut pas avoir la même insouciance que Snow. Pourquoi il doit toujours se noyer dans les réflexions. Il recommence. Il se laisse repartir. Il se concentre sur elle. “C’est toi qui es minuscule.” Ils ont peut-être une vingtaine de centimètres de différence, mais leur corps s’adaptent. Ils sont l’un contre l’autre, sans qu’un coude gêne, sans qu’une hanche pointe. Et elle l’embrasse encore. Il ne s’en lasse pas. Il ne s’en lasse plus. Chaque baiser est plus important. Chaque baiser est plus agréable. Chaque baiser est un petit bonbon sucré qu’il savoure. Il se détend davantage. Il est prêt à fondre dans ses bras. Prêt à se laisser aller contre elle. “Ex-excuse-moi.” Le contact est rompu. Il laisse ses bras retomber de part et d’autre de son corps. Il craint un instant que tout soit terminé. Mais il est bientôt embarqué par Snow. Elle l’attire jusqu’au lit. Il tente de la rattraper, lorsqu’elle trébuche sur ses escarpins. Elle finit sur le lit. Il ne retient pas son sourire amusé, ni les sourcils haussés par la moquerie. Allongée là, sur le dos, elle n’est plus la mutante fragile et perdue qui est entrée à l’Institut. Elle n’est plus la gamine qu’il voyait en elle. Elle est une femme. Une femme qui profite de la vie. Une femme heureuse. Une femme secouée par un rire. Son regard sur elle a changé.

.. Alors.. tu me rejoins ou tu préfères ramener le plateau ?” La question est tentante. Aller faire la vaisselle ou rejoindre Snow sur le lit. Il a besoin d’au moins dix minutes pour prendre sa décision. Son sourire s’élargit. Bon, peut-être pas. Il est grisé par les baisers. Il est grisé par ces émotions retrouvées. Il est grisé par l’absence de douleur. Les doutes semblent l’avoir quitté. Temporairement, du moins. “J’arrive, j’arrive.” Étrangement, l’appel charnel est plus fort. Il la rejoint sur le lit. Il s’y assoit. Il finit par s’allonger à côté d’elle. Il dépose une main sur le ventre de Snow. Du bout du doigt, il y dessine un huit. De larges boucles. Un trait qui se croise et s’entrecroise. Le huit est magique. Il n’a pas de fin. Le huit ne se termine jamais. La raison pour laquelle il est aussi le signe de l’infini. Dans une forme plus allongée, il est cette représentation qu’il n’y a pas de fin. Est-ce qu’il y aura une fin pour eux ? Le week-end se terminera. Ces baisers aussi. Leur relation reviendra à la normale. Ou pas. Il n’en sait rien. Mais après tout, ne dit-on pas que tout ce qu’il se passe à San Francisco reste à San Francisco ? A moins que la phrase ne fonctionne que pour Las Vegas. Il abandonne le dessin. Il garde la main posée sur elle. Sur cette simple robe. A une époque, il aurait frémi à l’idée de s’approcher de Malicia, si peu vêtue. Maintenant, ça en est fini. Il se rapproche encore. Il touche son épaule. Il se penche au-dessus de Snow pour l’embrasser de nouveau. Il ne peut plus s’en passer. Il est devenu accroc à ses baisers. Accro à ses attentions. Accro à sa tendresse. Finalement, il ne faut pas grand chose pour développer une addiction. Une émotion qui naît de la nouveauté, de la découverte. Un sentiment de bien-être. Un sentiment de besoin. Une envie de continuer. En quelques minutes, l’addiction peut naître. Elle peut croître. Elle peut devenir vitale. Il interrompt son baiser. Il se laisse aller sur le dos, dans un soupir. Il sait que ce n’est pas bien. Ce n’est pas bien du tout. Même s’ils gardent cela secret, les choses seront différentes à l’Institut. Il ne pourra plus regarder Xavier dans les yeux. Il ne pourra plus rien espérer avec Malicia. Ce n’est pas bien. “Ce n’est pas bien.” Il le dit à voix haute. Il le prononce. Il le rend plus réel. La douleur lui pince le coeur. Ce n’est pas bien. Mais pour une fois qu’il fait quelque chose qu’il ne devrait pas, il a envie de continuer. Il ne veut pas céder aux doutes. Il ne veut pas céder face aux conséquences. Il voit ce que ces baisers provoquent. Il n’a jamais vu Snow aussi légère, heureuse, souriante. Il ne s’est jamais senti aussi entier, désireux et paradoxalement, inquiet. Si cette relation a une chance de faire du bien, pourquoi ne pas s’y lancer pleinement ? “On n’a pas le droit… je suis ton psychologue.” Il est son psychologue. Il a encore le coeur brisé. Elle est encore fragilisée par son passé. Il est plus âgé - quoiqu’il ignore si cela lui pose problème. Peu importe. Ils n’ont pas le droit. Et ce constat l’affecte bien plus qu’il ne pense. Ce constat est bien plus douloureux qu’il ne l’imagine. Il ne bouge pas. Il a besoin d’entendre l’avis de Snow. Il a besoin de connaître son opinion. Elle a peut-être une vision plus claire de la situaiton. Lui est embrouillé par la frustration accumulée depuis des années. Lui est aveuglé par un désir retrouvé. Lui est perdu dans ses réflexions. Snow est son phare allumé dans la nuit. Elle est son guide pour trouver le bon chemin. Elle va l’aider. Jusqu’à maintenant, elle a su apaiser ses doutes. Elle a su les effacer avec des baisers et des pirouettes. Sa magie peut encore fonctionner. “Dis-moi que ce n’est pas mal.” Un regard tourné vers elle. Une interrogation noyée dans ses yeux clairs. Une prière silencieuse pour une réponse négative.

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Iceberg ✧ Snow
« And it's hard looking back Knowing what I could've done. I’m never going back, I’m always on the run And you never really find The pieces that you leave behind. All I got from this place is fragments. »
- Jaymes Young, Fragments

« C’est toi qui es minuscule. » Son sourire lui semble la plus belle chose qui soit. Son sourire est un rayon de soleil dans l’aube qui s’efface. Et son coeur accélère la cadence, joue de ses envies, de cette folie qu’ils partagent, quelque part, pour la première fois. Elle ne peut nier qu’elle est minuscule. On ne s’en rend pas toujours compte, avec ses talons de toutes sortes, jusqu’à la combinaison noire, comme dans la blanche. Elle compensait, toujours, mais là, entre ses bras, elle n’est qu’une petite chose savoureuse à protéger. « J’arrive, j’arrive. » lui dit-il, lorsqu’elle l’observe, à demi-étalée sur ce lit qui lui a épargné la chute douloureuse. La main sur son ventre est un chaud-froid surprenant. Elle s’est même surprise à fermer les yeux, un instant, jetée contre ses sentiments. Pourquoi lui fait-il cet effet ? La Reine des Neiges a-t-elle fondue entre ses lèvres, sur la langue délicieuse ? Ce huit est une torture, l’infinie boucle d’un désir bridé, éloigné à grands coups bas, à revers de glace, de froid. En étaient-ils venus là par la force des choses ? Avaient-ils nié l’évidence ? Les images lui reviennent : Alcatraz. Les flash la font papillonner des paupières. Les flammes incandescentes de Pyro, la brume gelée d’Iceberg, un coup de tête, les balles, les hurlements. Prendre la relève. Il a cessé le tracé invisible, la ramenant à la réalité. Un frisson la saisit, elle ne sait pas bien pourquoi, comment. Elle repousse l’horreur de sa mémoire, se concentre sur la douce pression, posée sur son ventre. Il ne bouge pas. Puis il se penche au dessus d’elle, attrapant ses lèvres. Aucune résistance. Elle glisse les bras autour de sa nuque, joue avec les cheveux en approfondissant l’échange, parce que c’est une folie, parce qu’elle en veut encore, toujours plus, comme le huit, comme si rien d’autre ne comptait. « .. Tu me donnes chaud.. » à peine un murmure, un souffle contre cette bouche qu’elle ne laisse pas s’échapper. C’est une brûlure qu’elle aime, dans laquelle se noyer est un délice de torture. « .. Je ne veux pas te blesser.. » un autre murmure, elle s’accroche un peu plus, cherche la proximité, mais déjà sous son contact, sous la tendre étreinte, l’activation du froid, de cette lueur qui brille anormalement dans ses yeux bleus. Son souffle contre le sien, une brise d’hiver.

Un baiser, plus vif. Et l’interruption. Le myocarde s’est affolé. Le sang se diffuse plus fort, à moins que ce ne soit elle qui se révèle plus réceptive aux signaux envoyés par son corps. Elle reste là, allongée, à regarder ce plafond trop blanc quand sur sa main se fixe une légère couche de givre. Viser au coeur. Neutraliser le flux de liquides dans les veines. Elle cligne, ses billes perdues dans le vide. Bordel, respire. « Ce n’est pas bien. » Elle émerge de ce flou artistique. Chaud / Froid / Chaud. Un autre frisson, puis un soupir. « On n’a pas le droit… je suis ton psychologue. » Evidemment qu’ils n’ont pas le droit, et Snow sait très bien que l’interdit rend l’expérience encore plus grisante. Pas une réponse, pas un mot de plus, juste ce sourire un peu hébété, entre satisfaction et irrépressible envie de recommencer. Aller plus loin ? L’idée ne fait que l’effleurer pour mieux s’évader.

« Dis-moi que ce n’est pas mal. » Doit-elle lui mentir ? Un fin gant de glace se forme le long de sa main droite, dessiné de perles d’eau cristallisées. Elle s’en fiche, elle n’y prête aucune attention. Attaques éparpillées, ennemis naturels. Puis l’Iceberg contre la neige. Enchantée de te connaître, mes adieux. L’agressive colère pour toutes les comparaisons, les remarques. Snow se tourne, doucement. A son tour de se pencher au dessus de lui, pour venir dans son cou déposer de tentatrices caresses du bout des lèvres, remonter jusqu’à son oreille dont elle mordille le lobe. Quelque chose de bon en elle. Pas encore perdue. « Dés la première seconde, ça a fait des étincelles entre nous.. » L’ironie de la références au feu qu’il a fait taire. Elle fait passer ses jambes de chaque côté de sa taille, posant ses mains à plat sur le matelas, se retrouvant ainsi le regard plongé dans le sien. « Je ne peux pas te dire ce que tu veux entendre. Je ne peux pas te dire que ce n’est pas mal. En revanche je peux t’assurer que parfois, il faut penser à soi, pas aux autres. » Ca mord encore, sur l’épiderme, mais ça ne fait pas mal, ça n’a rien de l’agression de sa mutation, c’est une protection, doux bouclier stabilisateur de sa température dont elle cerne à peine la présence. Il n’y a que lui et ses yeux clairs. « Tu étais déjà fascinant, à Alcatraz. » Pas de fuite. Pas de tentative d’oublier, de partir, de courir loin à la fois du passé et du présent. Juste un sourire malicieux, des prunelles pétillantes et une incommensurable envie de l’ensevelir sous mille élans de tendresse. Elle se retient, par Dieu seul sait quel moyen, parce qu’il doute, parce qu’elle ne veut pas le déstabiliser plus encore, mais contre sa poitrine s’agite le coeur affolé, brûlé de ce regard qu’elle apprend à aimer, qu’elle redécouvre. Il était déjà fascinant, force protectrice. « C’est toi qui décides Bobby. Je ne m’abandonne pas si tu n’es pas pleinement certain de nos choix. » Leurs choix. Ensemble. Elle pourrait céder mais elle s’y refuse sans son consentement total, sans être sûre que sa conscience n’entravera pas l’instant, les baisers, l’ivresse. « Mystique a raison.. j'ai succombé au virus Bobby Drake. »
 
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Les doutes font partie de lui. Ils sont une part de sa personnalité. Il se pose beaucoup de questions. Parfois trop. Souvent énormément. Il faut croire que toutes les interrogations de ses patients sont emmagasinées en lui. Il faut croire qu’il garde les inquiétudes de ses patients pour les utiliser contre lui. Qu’il les ressort lorsqu’il ne maîtrise pas la situation. Qu’il les dégaine comme des armes contre les situations hors de contrôle. Comme ici. Une situation totalement hors de contrôle. Enfin, si, il maîtrise. Il maîtrise son corps. La seule chose qu’il parvient encore à dompter. Pas son coeur. Son coeur a depuis longtemps cessé de fonctionner dépendamment de son volonté. Depuis les premiers baisers, l’organe a décidé de faire son chemin, seul. Il a décidé de battre à son propre rythme, quitte à lui donner des palpitations. Il ne maîtrise pas non plus ses pensées. Elles vont et viennent. Elle se perdent dans les questions, les doutes. Elles se laissent paralyser par la peur. A cause d’un simple constat : il n’a jamais couché. Il n’a jamais dépassé le stade du baiser et du tripotage d’adolescent. Il est encore vierge. Puceau. Innocent. Intact. Immaculé. Tout ce que l’on veut. Il a encore des choses à apprendre sur la vie. Sur les femmes. Il n’est pas sûr d’être à la hauteur de Snow. Il n’est pas sûr d’être à la hauteur de ses anciennes expériences. Après tout, ils ont peut-être mis la barre haute. Très haute. Il n’en sait rien et il ne compte pas le découvrir. Parler de ses ex pourrait créer de nouveaux complexes. Non, mieux vaut rester dans l’ignorance. Il ne maîtrise ni son coeur, ni ses pensées. Mais il maîtrise son corps. Un corps qui appelle à l’amour. Un corps qui appelle au toucher. Un corps qui en redemande. Finalement, peut-être qu’il ne le maîtrise pas non plus. En fait, Bobby ne contrôle plus rien. C’est en dehors des sentiers battus. C’est en dehors de ses compétences. Il fait seulement confiance en son instinct. Il essaye de faire taire ses inquiétudes lancinantes. Il essaye d’écouter uniquement ses envies. Ses besoins. Ses pulsions. Rien d’autres. Mais dans le brouhaha de son cerveau, ce n’est pas facile. Il tente de chercher de l’aide auprès de Snow. Elle n’en fait rien. Elle empire la situation. Elle empire la confusion. Elle recouvre son cou de baisers brûlants. Brûlants de chaud ou de froid, l’information reste à déterminer. Il a la tête ailleurs. Il a la tête dans les cheveux de Snow, plus exactement. Plus elle avance vers lui, plus il s’allonge. Elle en vient à lui croquer l’oreille. A lui mordre. Il sent un frisson le parcourir. C’est fini, il a perdu le contrôle total. Son corps. Son coeur. Son cerveau. Plus rien ne fonctionne correctement. “Dés la première seconde, ça a fait des étincelles entre nous.. ” Il sourit. Il peut encore sourire. Ce ne sont pas que des étincelles qui ont jailli de leur rencontre. Ce sont des éclats de glace. Ce sont des hématomes. Ce sont des peurs. Ils n’ont pas eu une rencontre très protocolaire. Ils n’ont pas pris le temps de se présenter, de se saluer. Ils en sont immédiatement venus au froid.

Elle l’escalade. Elle passe au-dessus de lui. Elle reste sur lui. Dans une position où il ne peut plus échapper à son regard. Dans une position qui empêche tout recul, toute protestation. “Je ne peux pas te dire ce que tu veux entendre. Je ne peux pas te dire que ce n’est pas mal. En revanche je peux t’assurer que parfois, il faut penser à soi, pas aux autres.” Penser à soi et pas aux autres. Il n’en a pas l’habitude. Peut-être qu’il devrait essayer ? Peut-être qu’il devrait s’écouter davantage ? Il laisse ses doigts escalader. Gravir les genoux. Envahir les cuisses. En haut de chaque jambe, ses mains se referment sur Snow. Elle est là. Regard bleu dans regard bleu. Ses yeux félins brillent d’une nouvelle lueur. Une lueur séductrice. Une lueur tentatrice. C’est à peine s’il sent son poids sur lui. Elle est légère. Tel un flocon de neige posé sur un iceberg. Elle l’hypnotise. Elle le fascine. Il ne peut pas s’arracher de son regard. L’envie vrombit en lui. Le laisse à moitié sourd. A moitié sonné. Elle se soustrait à ses yeux. Elle se penche sur lui pour le mordre. Il sent son coeur s’emballer. Perdre pied. Bientôt, son coeur sortira de sa cage thoracique. Bientôt, il se délogera de son antre pour sortir à l’air libre. Bientôt, il aura besoin davantage de place pour battre. “Tu étais déjà fascinant, à Alcatraz” Fascinant. C’était elle, la fascinante. Avec sa combinaison blanche. Son regard enneigé. Son dos droit. Son assurance. Son charme destructeur. Son pouvoir meurtrier. C’était elle qui fascinait. Pas lui, alors qu’il venait tout juste d’assommer Pyro. Pas lui qui voulait seulement négocier avec elle. Il ne voulait pas se battre contre elle. Il ne la connaissait pas. Il souhaitait lui donner une chance de changer de camp. Une chance de ne pas avoir à se battre. Elle n’a pas écouté. Elle a attaqué. Attaqué jusqu’à manquer de le tuer. Oui, elle était la femme fascinante. La femme sans pitié. La femme dangereuse. La fascination vient aussi du goût du danger. Avec Snow, il y a du danger. Pas qu’un peu. Il y en a eu. Plus maintenant. “C’est toi qui décides Bobby. Je ne m’abandonne pas si tu n’es pas pleinement certain de nos choix.” Elle le laisse choisir. Elle le laisse seul juge. Elle lui laisse l’entière responsabilité. A ses yeux, à son comportement, il comprend qu’elle est prête. Qu’elle se fiche des conséquences. Qu’elle se fiche de ce que penseront les autres. Elle veut seulement être là, avec lui. Elle veut seulement vivre à fond cette relation. Elle semble certaine de le vouloir. Elle semble sûre d’elle. Mais elle respecte son choix. Il prend une inspiration. Il essaye de faire abstraction d’elle. De son corps sur le sien. Ce n’est pas facile. Dans cette position, elle ne lui laisse guère le choix. Et son esprit est bien trop occupé - ou trop vide - pour avoir une logique qui tienne la route. Il se décidera plus tard. Quand ils en auront terminé. Quand ils auront laissé couler ce désir. Il verra. Après. “Mystique a raison.. j'ai succombé au virus Bobby Drake. ” Il a un mouvement de recul. Il fronce. Un mélange d’émotions. De la consternation à la colère. De la flatterie à la satisfaction. Mystique. Surtout ne pas parler d’elle. Il a encore ses baisers ancrés dans son cerveau. Il a encore ces caresses échangées. Il a encore cet empressement. Qu’est-ce que vient foutre Mystique là-dedans ? Et qu’est-ce qu’elle a raconté à Snow ? Cette histoire de virus… Okay, c’est flatteur. Mais bordel, depuis quand Mystique parle de lui avec Snow ? Quand est-ce qu’elles ont eu l’occasion d’en parler ? Qu’est-ce que…

Il remonte ses mains sur les hanches de Snow. Il la bascule. Il renverse les rôles. Il se retrouve au-dessus d’elle. Il n’est plus certain de vouloir jouer. Il n’est plus certain de vouloir faire quoique ce soit. Enfin, peut-être que si. Mais d’abord, il doit éclaircir certains points. Il doit trouver des réponses à ses questions. Il se penche au-dessus d’elle. Il laisse ses mains se planter dans le matelas, de chaque côté de sa tête. Ainsi, il réfléchit mieux. Ainsi, il retrouve les idées claires. “Depuis quand est-ce que tu discutes avec Mystique sans qu’on le sache ?” Il a l’impression d’avoir été trahi. Qu’elle lui a caché quelque chose. Évidemment, il avait bien en tête qu’elle avait envie de retrouver Mystique. C’est ce qu’elle lui a déjà fait comprendre. Mais il n’imaginait pas qu’elle ait pu être en contact avec Mystique. Qu’elles aient pu discuter tranquillement de tout et de rien. Et de lui. Il n’imaginait pas qu’elles en étaient à ce stade. Oui, trahi, il se sent trahi. Il s’en veut aussi. Il aurait dû le voir venir. Il aurait dû davantage surveiller Snow. Il aurait dû s’assurer que Mystique ne reviendrait pas à l’Institut. Il aurait dû en parler aux autres X-Men. Pourtant, il n’a rien fait. Trop honteux de ces baisers échangés. Trop gêné pour en parler. Il se redresse. Il est frustré. De ne pas pouvoir profiter du moment. De s’inquiéter davantage à cause de Mystique. De ne pas pouvoir se consacrer à Snow. Il est énervé. Qu’elle lui ait caché ses discussions avec la Confrériste. Qu’elle gâche ce moment en faisant référence à elle. “Et bordel, c’est quoi ce virus Bobby Drake ?” La question est sortie toute seule. Il imagine que Mystique a dit ça par moquerie. Pour déstabiliser Snow. Pour créer le doute en elle. Encore une manipulation de la part de la Confrérie. Encore des conneries. Quel virus ? Sérieusement, Mystique doit arrêter de pourrir toutes ses relations amoureuses et amicales. Il serait temps qu’elle s’intéresse à quelqu’un d’autre. Il serait temps qu’elle arrête de lui faire du mal. Et il serait peut-être temps qu’il arrête de penser. Qu’il se préoccupe du moment présent.

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C’aurait pu être une matinée tranquille. C’aurait pu être une journée idyllique. Ils auraient pu se lover dans cette affection un peu particulière, longuement s’embrasser, explorer, peut-être désirer. Ils auraient eu l’occasion de se découvrir autrement, ils auraient pu noyer leurs malheurs contre le corps de l’autre. Oui, c’aurait pu bien commencer, mais ça n’est pas le cas. Elle a basculé sous son impulsion, sans comprendre d’abord. Puis le poignard dans son estomac, le froid qui disparaît, la glace qui cesse de protéger. Elle a été blessée par sa colère, par cette réaction en total décalage avec ce qu’ils étaient en train de vivre, et dans ses yeux elle n’a ni retrouvé l’ami, ni le psychologue, pas plus que la potentielle relation naissante. Non. Elle n’a vu qu’une autorité dont elle ne voulait pas, si bien que Snow a réalisé une chose : elle ne voulait plus de cette vie. On le sache. C’est ce qu’il a dit : on. Et ce on la révolte. Lui fait mal. « Et bordel, c’est quoi ce virus Bobby Drake ? » « Arrête ! » La protestation lui a échappé. Elle s’est révélée douloureuse quand elle la voulait sèche et digne de ce qu’elle fut par le passé, de ce que on lui avait raconté. Il n’en était rien, parce qu’elle n’était plus qu’une femme prise au piège sous un homme qui cherchait visiblement tous les prétextes pour se dérober. « Est-ce que l’un de vous m’écoute à la X-Mansion ou ne suis-je qu’un trophée de guerre ?! » Elle déglutit difficilement tandis que son corps continue à vouloir ses bras, à vouloir s’y glisser, s’y perdre, s’y oublier. Elle aimerait taire le coeur qui cogne encore trop fort, sa bouche qui ne veut que la sienne. Elle voudrait reprendre le contrôle qui lui est refusé. « Je t’en ai parlé mais tu as préféré ne pas commenter, Bobby ! Mystique a pris ton apparence et elle a vu mes sentiments pour toi bien avant que je les perçoive ! A ma colère, c’est ce qu’elle a répondu : que j’avais succombé. » Elle détourne le regard. Il n’y a plus que cela à faire, détourner le visage puisqu’il est au-dessus d’elle, puisqu’il y a encore son odeur tout près. Snow devrait se sentir encore en sécurité ; ça n’est plus le cas. Elle se sent diminuée, rabaissée au rang d’étudiante sous l’autorité d’un membre du personnel et elle déteste ça. Elle exècre l’idée d’être continuellement inférieure à lui, que chaque problème ne rencontre que la hiérarchie.

« .. Tu aurais juste pu me dire que tu n’as pas envie, au lieu de chercher des questionnements et des excuses. » Les bras sont revenus le long de son corps et elle fixe la commode. Elle fixe la commode pour ne pas le voir, pour ne pas se confronter à ses beaux yeux bleus. La gorge est nouée. Elle a besoin d’une minute pour se ressaisir, pour s’extirper de ce brouillard qui obscurcit son jugement. Il y a toujours sa peau, là, qui l’attire. Sa main glisse sous le pull, frôle tendrement. Elle a ramené son attention sur lui, elle a croisé ses yeux et c’est avec une caresse qu’elle répond, elle suit le tracé des muscles jusqu’à son torse, jusqu’à approcher le niveau du myocarde dont elle n’est plus sûre des désirs. Est-ce qu’il l’aurait embrassée par pitié ? Il avait pourtant l’air d’aimer ça, de le vouloir aussi. « J’aurais compris, tu sais. Que tu ne veuilles que de la tendresse et pas.. plus. »

Pas plus, parce qu’elle ne le mérite pas. Il doute d’elle. Il pense qu’elle va retourner auprès de la Confrérie. C’est bien ce qu’il insinuait, non ? Le baiser qu’elle offre a un goût différent, une saveur d’adieux, de dernière fois, avant qu’elle ne laisse retomber sa main sur sa poitrine, sa tête contre le matelas. Prudence n’est pas convaincue de vraiment vouloir écouter ce qu’il a à ajouter. Pourquoi faire ? Il va partir, claquer la porte et la laisser là, toute seule avec sa frustration et son coeur au bord de l’implosion. « Tu ne me crois pas quand je dis que je t’aime.. pourquoi ? » Elle a besoin de savoir. Elle a besoin d’entendre la réponse à cette question, juste celle-ci. C’est inutile de se battre contre les évidences. Elle connait le principe de la fuite, elle en est spécialiste à un point qu’on pourrait se dire qu’elle a inventé le concept, mais elle est loin, très loin de s’imaginer les raisons qui poussaient Bobby à attraper la moindre interrogation au vol ; elle le pense séducteur, elle est persuadée qu’il a déjà goûté à une femme avant Malicia. Si elle a accusé cette dernière de le priver, de le brider, c’est bien qu’elle n’a pas pu concevoir qu’il sot encore un des rares hommes bons et purs de cette terre. Alors oui, elle songe qu’il ne veut pas de ce qu’elle a à offrir, finalement, qu’il a changé d’avis, que peut-être, déjà, il regrette. Certes, Snow ne sait pas bien définir la façon dont elle l’aime, cela dit, ça ne le gênait pas jusqu’à ce soudain revirement de situation. Et pourquoi son corps ne pouvait-il donc pas se taire ? Elle a envie de se presser contre lui. Elle a envie de cacher son nez contre son cou. Elle n’en fait rien. L’aimer à sa façon ne suffira jamais, n’est-ce pas ?
 
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