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 Icesnow #4 | Enjoy family time

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Iowa. Elkader. 1 465 habitants. Lieu de sa naissance et de celles de ses frères. Lieu de son enfance et d’une partie de son adolescence. A travers la fenêtre du taxi, les maisons défilent. Des couleurs qui lui rappellent des souvenirs. Des architectures qu’il regardait de la même manière, des années plus tôt. Il ne s’en est pas rendu compte, mais il est tendu. Il a les doigts crispés sur son genou. Il a le coeur qui bat. Peut-être même le pied qui tapote nerveusement le sol. Revenir à Elkader réveille un tourbillon d’émotions. Des positifs. Des négatifs. Il retourne dans la ville de son enfance. Celle qui l’a vue naître. Celle dans laquelle il a joué. Celle dans laquelle il s’est amusé. Celle qui l’a chassé. Celle qui l’a repoussé dès qu’il est devenu “anormal”. Celle qui l’a fait se détester. Elkader est un mélange de bons et de mauvais souvenirs. Il a beau essayer de prendre de la distance avec ces événements du passé, il n’y parvient pas. Ils sont inscrits dans ses fibres. Situation encore plus stressante qu’il est sur le point de présenter Snow à sa famille. Le souci n’est pas qu’elle fasse bonne impression ou pas. Le souci est inverse, en réalité. Il craint que les Drake ne l’effrayent. Il craint que les Drake ne fassent… les Drake. Ils peuvent être intrusifs. Ils peuvent être méfiants. Ils peuvent être flippants. Ces familles dans les films sont typiquement inspirées de la sienne. Il n’y a plus qu’à espérer que Snow ne fuit pas en plein milieu d'une conversation. Le taxi entre dans son quartier. Il retrouve des éléments familiers. Des arbres. Des rues. Des maisons. Il découvre des aménagements neufs. Des panneaux. De nouvelles couleurs. De nouvelles maisons. Le taxi s’immobilise devant une maison. Un étage. Une façade beige. Un jardin que l’on devine derrière. Des voitures garées dans l’allée du garage. Ils sont déjà tous là. Bobby prend un instant pour détailler l’endroit. Il y cherche des signes de son enfance. Il y cherche des souvenirs. Il en trouve. Ce bout de jardin où il jouait avec ses frères. Ce trottoir qu’il a parcouru des centaines de fois avec une trottinette. Cette fenêtre derrière laquelle se cache sa chambre. Peu de choses ont changé. Il prend une inspiration. Il prend son courage à deux mains. Faire demi-tour serait ridicule. Faire demi-tour serait une perte de temps et d’argent. Il jette un coup d’oeil à Snow. On est loin de son manoir. On est loin de sa vie dans une grande ville. Il esquisse un petit sourire. “On y est.” Il glisse quelques billets au chauffeur de taxi et sort du véhicule. Il voit des silhouettes dans le salon. Il imagine sa mère dans la cuisine, à râler après ses frères. Il imagine son père jouer avec ses petits-enfants. Il imagine ses frères, postés devant la porte coulissante du jardin. Est-ce qu’il a seulement le droit de bousculer cet équilibre ? Ils n’ont pas besoin de lui pour passer un bon moment. Ils n’ont pas besoin qu’il vienne tout gâcher. Mais il sait que sa mère serait contente de le voir. Il sait que son père aussi. Il n’est pas aussi sûr pour ses frères.

Il récupère leurs affaires dans le coffre, avant de se tourner vers Snow. “Avant qu’on les affronte… n’oublie pas que je tiens à toi pour ce que tu es.” Si elle ressent le besoin d’envoyer balader quelqu’un, qu’elle le fasse. Si elle ressent le besoin de s’isoler, qu’elle n’hésite pas. Si elle ressent l’envie de s’enfuir, qu’elle lui dise. Et si elle a envie de geler un de ses frères, il ne l’encouragera pas, mais ne lui en voudra pas non plus. Un dernier regard sur cette maison. C’est parti. Ils ne peuvent plus reculer. Il s’avance jusqu’à la porte. Il appréhende. Il redoute. Son myocarde s’affole. Son ventre se noue. Un vrai adolescent qui aurait fait une bêtise. A travers la porte, il entend les cris des enfants. Il entend des voix fortes. Il est quelle heure ? Ils sont peut-être en retard. Ils sont peut-être arrivés trop tard. Son poing s’arrête à quelques centimètres du bois de la porte. Peu importe. Ne pas reculer. Il a affronté bien pires situations avec les X-Men. Il frappe. L’attente lui paraît longue. L’extérieur lui semble soudain trop silencieux. Trop calme. La porte finit par s’ouvrir sur une frêle silhouette. Une adolescente aux yeux verts les dévisage. “Bobby ? Genre, oncle Bobby ?” “Salut Eryn.” Son sourire est plus rassuré. Plus détendu. Les retrouvailles ne sont pas si terribles. Tout se passe bien pour le moment. Il ne peut pas rêver mieux comme accueil. Il préfère encore commencer par sa nièce, plutôt que par sa mère. Une bonne manière de s’échauffer. Une bonne manière d’entrer doucement. Il n’a pas vu Eryn depuis deux mois. Pourtant, elle paraît plus grande. Il l’attire contre lui pour l’enlacer. “COOOOL ! On ne pensait pas te voir. Oh, et qui c’est ?” Eryn lorgne sur Snow, par-dessus son épaule. Il reconnaît cette expression. Celle de l’adolescente curieuse, à la recherche de potins. Il lève les yeux au ciel. Il se décale pour laisser le champ libre à Snow. La présenter à une gamine de quinze ans est plus facile que la présenter à ses parents. Eryn ne posera pas de questions. Pas tout de suite, en tout cas. Elle va seulement les observer de loin, avant de débarquer et de les tuer avec des interrogations. Surtout, elle va comprendre immédiatement. “C’est Prudence.” “Oooh… Salut ! J’suis Eryn, la nièce préférée de Bobby.” Elle lui fait un clin d’oeil. Cette gamine est insupportable. Insupportable mais adorable. Est-ce que l’on peut allier les deux ? Son regard est attiré par une silhouette dans le couloir. Sa mère. Elle marque un temps d’arrêt, pour savoir si elle hallucine ou pas. Il semblerait que non. Il est bien là. Bobby lui fait un signe de la main. Ce geste la débloque. Elle finit par les rejoindre.

Eryn, fais les entrer, voyons ! Ils vont attraper froid.” Elle repousse doucement l’adolescente pour laisser ses nouveaux invités pénétrer dans la maison. La gamine s’enfuit dans le salon. Elle va annoncer la bonne - ou mauvaise - nouvelle. Bobby referme ses bras sur sa mère et dépose un baiser sur sa joue. Qu’il est agréable d’être de retour à la maison. Même pour quelques heures. Même pour affronter ses frères. Même pour être chouchouté et observé par sa mère. Enfant, elle passait son temps à recoiffer ses fils et à s’assurer qu’ils portaient des vêtements propres. Pour l’image de la famille, disait-elle. Pour ne pas être la mère de trois garçons des rues. “Salut, maman. Je suis content de te revoir aussi.” Il ramène leurs bagages à l’intérieur. Snow est encore là. Elle n’a pas fuit devant sa nièce. Elle n’a pas pris peur devant sa mère. Elle a l’air de plutôt bien gérer. Une fois la porte d’entrée refermée, la douce chaleur familiale l’étreint. Il reconnaît l’odeur de la maison. Celle qui a bercé son enfance. Celle qui s’accrochait à ses vêtements. “Tu n’es pas venu avec Malicia ?” Retour dans le présent. Il secoue la tête. Le sourire a disparu. Voilà les premières difficultés. Les premières explications. Voilà ce qu’il redoutait le plus. Ils ont connu Malicia. Même si ce n’était qu’une fois par an. Même s’ils ne comprenaient pas qu’ils puissent s'amouracher d’une femme dont le toucher est mortel. Ils n’ont jamais compris les mutations. Encore moins celles qui empêchent une vie normale. Ils vont être heureux : Snow n’a pas ce problème. Il s’éclaircit la gorge. “On a... rompu. Je te présente Prudence, ma petite amie.” Madeline passe son regard-scanner-décrypteur sur Snow. Elle la détaille, avant de lâcher un sourire. Sans le vouloir, Bobby retient sa respiration. Il connaît sa mère. Elle n’a pas sa langue dans sa poche, même si elle est polie. Si quelque chose lui déplaît chez Snow, elle saura le lui faire savoir par un sous-entendu. “Bienvenue chez les Drake, Prudence ! Vous êtes ravissante.” Soulagement. Pas de sous-entendus. Même un compliment. Snow a passé le test d’entrée avec une réussite de 10/10. Non pas que l’avis de sa mère influence sa propre opinion, mais c’est toujours plus agréable. “J’espère que Bobby ne vous a pas raconté d’horreurs sur nous !” Ça y est. Le fils de retour passe déjà au second plan. Il n’y a que la nouvelle petite amie qui existe. Effectivement, bienvenue chez les Drakes, Snow. Elle va se rendre compte que ce dimanche ne sera pas de tout repos. Il profite d’être dans le dos de sa mère pour hausser les épaules et faire une grimace d’excuse, en direction de Snow. Il a beau dire, il est bien heureux qu’elle attire toute l’attention maternelle. Il va pouvoir faire le tour de la famille tranquillement.

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« Family isn’t something that’s supposed to be static, or set. People marry in, divorce out. They’re born, they die. It’s always evolving, turning into something else. » - Sarah Dessen, Lock and Key.
«
 Avant qu’on les affronte… n’oublie pas que je tiens à toi pour ce que tu es. » Il a peur qu’elle ne sache pas se tenir, elle en est certaine. Tant pis. Au moins, il ne sera pas surpris si elle le déçoit. Le quartier est simple mais Prudence n’y prête guère d’attention, c’est la maison qui capte son regard, une petite maison charmante pour une famille normale, tout ce qu’elle n’a pas connu, avec l’agitation, les silhouettes, les rires. Oui, en fin de compte, les Drake sont ce que les Rosebury méprisaient ; la simplicité sans ambition. Seul Bobby aurait eu grâce aux yeux de Jeremiah, pour savoir faire sourire sa princesse. Bien. C’est une mission comme une autre. Oui, une mission. Il fallait le prendre ainsi. « Oooh… Salut ! J’suis Eryn, la nièce préférée de Bobby. » Hein, quoi ? Elle n’a pas eu le temps de réagir, pas eu le temps d’analyser toute la situation. Il a bien ouvert la porte et tandis que son regard trop bleu se promenait sur les meubles, l’adolescente s’est mise à parler. Elle cherche une similitude physique, quelque chose, peut-être par réflexe. « Alors je suis certaine que tu es celle qu’il embête le plus. » Un sourire. Snow venait d’offrir un sourire presque chaleureux, une expression qu’elle n’avait jamais eu pour personne d’autre que Bobby lui-même - quoiqu’elle était plus volontiers taquine que chaleureuse avec lui.

« Eryn, fais les entrer, voyons ! Ils vont attraper froid. » Ca la fait rire intérieurement. Attraper froid. S’il y a bien une chose qu’Iceberg ne risquait pas, c’était cela. Il n’y a aucun doute, cette femme était sa mère. Ses yeux parlaient pour elle. « Tu n’es pas venu avec Malicia ? » .. Evidemment. Silencieuse, elle observe son expression, comme s’attendant à percevoir son coeur se briser, se ciseler, elle imaginait presque le son déchirant du verre écrasé. Mais non. Une seule phrase. Il s’éclaircit la gorge et se contente de : « On a... rompu. Je te présente Prudence, ma petite amie. » Sa petite-amie. Personne ne l’a jamais présentée ainsi et, quelque part, elle ne s’attendait pas à ce qu’il soit aussi direct, à ce qu’il passe si vite de Malicia à petite-amie. Elle hésite entre l’angoisse et le soulagement. Rien ne transparait pourtant, feignant la détente avec brio. « Bienvenue chez les Drake, Prudence ! Vous êtes ravissante. » « Je ne peux que vous retourner le compliment, madame. Je sais maintenant de qui Bobby tient ses yeux. » L’éducation prendrait-elle le dessus ? Snow suppose qu’elle a passé la première étape. « J’espère que Bobby ne vous a pas raconté d’horreurs sur nous ! » La question ne l’étonne pas vraiment, c’est presque une interrogation de routine, comme si tout le monde cherchait à savoir ce qui a été dit ou omis sur la famille, comme s’il était important de compenser les préjugés potentiels. Que lui dire ? La blonde n’a pas tellement réfléchit, pour être honnête.

« Je ne sais qu’une chose : sa famille est importante pour lui.  » On ne peut pas l’accuser d’être distante, agressive ou glaciale. Elle est tout ce qu’on ne supposerait pas, à la voir évoluer dans l’institut, avec cette fuite permanente des difficultés. La grimace d’excuse accentue simplement son sourire - croit-il vraiment qu’elle se sent comme une enfant dans la maison en pain d’épice d’une sorcière ? Il doit craindre qu’elle se sente mal à l’aise. Elle a conscience de ne pas être la personne la plus socialement adaptée qu’il connaisse. Il tient à elle pour ce qu’elle est, elle n’a pas besoin de faire semblant, de se changer en une autre personne. « Et puis, j’aime me faire ma propre opinion. » Sans aucun doute. Pour le moment, cela semblait aller, elle n’avait pas été agressée, elle ne s’était pas noyée sous une foule de hurlements, on n’avait pas essayé de la gaver comme une oie - quoique le dernier point pourrait ne pas tarder. Bien. Mission Drake activée. Madeline et Eryn, c’était fait. Le plus compliqué restait Ronnie, dont elle n’avait pas oublié ni le prénom ni les détails associés. Et si Snow devait arranger la vérité sur sa situation, elle se refusait à cacher sa mutation ; la réalité la plus complexe à faire passer, n’est-ce pas ? Après tout : il ne fallait pas que Bobby attrape froid, ça avait bien annoncé la couleur. 
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Il assiste à la scène en tant que spectateur. Il est déjà oublié dans un coin. Ce qui n’est pas plus mal. Il préfère ne pas être le centre d’intérêt de sa mère. Il a oublié de prévenir Snow sur ce point. Il a oublié de lui dire que sa mère est curieuse. Il a oublié de lui annoncer qu’elle serait le centre de la discussion. Mais elles ont l’air de bien s’entendre. A s’échanger des compliments. A s’échanger des sourires. Les présentations se passent plutôt biens. Madeline n’a pas tiqué sur l’annonce de la rupture. Il sait que ce n’est que partie remise. Elle le cuisinera plus tard. Elle l’interrogera aussi durement qu’un policier. Elle sait être effrayante et dure quand elle le veut. Elle sait être manipulatrice et tenace quand elle le souhaite. Il n’a pas d’armes pour lutter contre elle. C’est sa mère, après tout. Il est un faible garçon face à l’autorité maternelle. Il redevient le petit garçon face à sa mère. Il hésite à les abandonner. Il hésite à laisser Snow en compagnie de sa mère. L’idée n’est pas spécialement bonne. Il aimerait garder un oeil sur la situation. Pour intervenir. Pour extraire Snow d’un interrogatoire poussé. Pour éviter à Snow l’embarras des questions. Pour la libérer de ses frères. D’un autre côté, elle s’en sort plutôt bien. Elle sait exactement quoi dire à sa mère pour se la mettre dans la poche. On ne peut pas rêver mieux comme entrée en matière. On ne peut pas rêver mieux comme première impression.“Et puis, j’aime me faire ma propre opinion.” Madeline hoche la tête. Définitivement, elle la trouve futée et intelligente. Bien loin de l’apparence élégante. Bien loin de n’être qu’un physique. Cette demoiselle est pas mal. Pas mal du tout. “Venez ! Les autres vont être heureux de vous voir.” Elle ne le pense pas. Elle n’y croit pas. Une partie sera heureuse. L’autre boudera dans un coin. Bobby laisse sa mère ouvrir le chemin. Il la laisse entrer dans le salon. Jusqu’à maintenant, tout se passe bien. Jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu d’accidents. Jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu d’animosité. Il redoute la suite. Il redoute la réaction de ses frères. Il redoute celle de Snow devant tous ses neveux. Il se penche à l’oreille de Snow. “Tu es parfaite.” Un compliment. Un encouragement. Des remerciements. Elle assure. Elle lui a promis de ne pas créer de catastrophes et elle tient sa parole. Bien qu'il n'en doute pas un seul instant. Il lui fait confiance. Elle est capable d'une grande maîtrise. Elle est capable de miracles. Il dépose un baiser sur sa tempe, avant de passer une main dans son dos. A deux. Ils vont affronter les Drake à deux. Tel le couple qu’ils sont depuis quelques heures. Tels les deux personnes qui s’aiment. C’est parti.

BOBBYYYY !” Aïe. Le choc frappe ses genoux. Des petits bras enserrent ses jambes. Le cri est joyeux. L’appel est heureux. Il lui arrache un sourire. La petite Jade vient de le percuter, une brosse à la main. Bientôt, c’est le visage de Lawson qui apparaît. Ensuite, il aperçoit les jumeaux dans un coin, à jouer sur le tapis du salon. La prochaine génération de Drake est là. Ils sont tous réunis sous leurs yeux. Il s’agenouille pour écarter Jade. “Salut morveuse. J’espère que tu ne comptes pas me coiffer, cette année. J’en ai marre des couettes.” Elle fait une moue. Elle dépose un bisou baveux sur sa joue, avant de récupérer sa poupée dans un coin. Il se relève. Ronnie n’est pas loin de sa famille. Dernière barrière pour arriver à ses proches. Dernier obstacle pour atteindre sa femme et leurs deux enfants. Il le regarde avec méfiance. A croire qu’ils ont quelque chose à craindre de Bobby. Il ne s’en formalise pas. Il a l’habitude. Il a tristement l’habitude. Son frère est ridicule. En un claquement de doigts, il pourrait être gelé. En sachant cela, Ronnie ne se fatiguerait pas à agir ainsi. Il éloignerait carrément sa famille. Bobby fait un pas vers son père pour lui donner une accolade. “Comment tu vas ?” “Oh, tu sais, les retraités, ça va toujours. Bonjour… Prudence, c’est ça ? Je suis désolé, mon épouse a déjà vendu la mèche.” Madeline lui donne un coup de coude. Probablement n’est-ce pas le genre de chose que l’on avoue devant la nouvelle petite amie. Probablement qu’il faut garder un peu de secrets pour la nouvelle arrivante. Probablement qu’il ne faut pas l’effrayer outre mesure. Bobby attrape la main de Snow. Il lui fait le tour des membres de la famille. Eryn, Lawson et Jade, la fratrie de son frère aîné. D’ailleurs, Jasper n’est pas loin. Il tient une bouteille de bière à la main. Il esquisse un sourire poli à Snow. Il échange quelques banalités avec Bobby. Puis, le tour continue. Sa main se crispe davantage autour de celle de Snow. Le pire arrive. Le plus dur vient. Son sourire disparaît au moment où il croise le regard de Ronnie. Il la conduit tout de même vers eux. Il a conscience des yeux posés sur eux. Il a conscience que ses parents attendent toujours qu’ils se comportent bien ensemble. “Snow, je te présente Ronnie et sa femme, Cameron. Et derrière, les jumeaux.” Cameron se lève aussitôt, un grand sourire aux lèvres. Elle se poste devant eux. Elle détaille la tenue de Bobby. Elle repousse une poussière invisible sur sa veste. Elle pose ses poings sur les hanches. Une lueur amusée dans le regard. Un sourire en coin. “Mais dis-moi, tu es élégant, aujourd’hui ! Tu as perdu ta chemise à carreaux ?” “Ah ah. Elle est dans ma valise, je peux la chercher, si tu veux.” Il ne retient que son approbation. Il ne l’a jamais entendue prononcer le mot ‘élégant’ pour le qualifier. Il a fait un grand pas grâce à Snow.

Il tend la main à Ronnie. Froidement. Aucun mot échangé. Juste un regard. Une mise en garde du père envers son frère. Une mise en garde de ne pas être dangereux. Il le contourne pour s’agenouiller près des jumeaux. Derrière lui, Cameron se tourne vers Snow. Elle l’enlace avec chaleur. Cameron a ce don. Elle a cette faculté d’être proche de tout le monde, mêmes des inconnus. Elle a cette capacité de mettre à l’aise tout le monde. Encore plus lorsqu’il s’agit d’une petite amie qui débarque chez les Drake. “Je suppose que c’est à toi que l’on doit ce miracle. Je suis déjà heureuse que tu fasses partie de la famille !” “Bobby chéri, tu veux bien libérer mon entrée ?” Bobby chéri. Il grimace. Il se serait contenté de “Bobby”. C’est largement suffisant. C’est largement assez. Il se relève. Avec sa mère, mieux vaut ne pas contredire. Mieux vaut ne pas traîner. Sinon, elle sait faire entendre son mécontentement. Il fait un signe à Snow pour qu’elle le suive. Elle a le droit à une pause après dix minutes d’immersion totale. Elle a le droit de se reposer un peu. Et surtout, il a besoin d’aide pour porter ses cinquante kilos de valise. Ils retournent dans l’entrée. Madeline s’est déjà réfugiée dans la cuisine, aidée par William. Les enfants sont cantonnés au salon et à la salle à manger. Chez les Drake, on apprend vite que plus loin on se trouve de la cuisine, mieux on se porte. Madeline est un tyran lorsqu’il s’agit de la cuisine. Mains propres. Plats astiqués à la perfection. Vaisselle rangée au millimètre près. Aucune initiative autorisée. Un tyran que seul son mari arrive à apaiser. Arrivés en haut, Bobby ouvre la porte d’une chambre. La pièce est toujours telle qu’il l’a laissée. Il y a encore des posters aux murs. Il y a encore sa vieille housse de couette. Il y a toujours son bureau. Même les derniers devoirs qu’il aurait dû rendre sont encore sur la table. A croire que rien n’a été touché. A croire que le temps s’est arrêté. Il pousse les valises au milieu de la chambre. “Je crois que Lawson est amoureux de toi. S’il essaie de te filer un rencard, tu me préviens.” Un sourire se plante sur son visage. Lawson a dix ans. Il découvre seulement ce que sont les femmes. Le pouvoir qu’elles peuvent avoir. L’emprise qu’elles peuvent avoir. Bobby a vu son regard. Il a vu son expression ahurie devant elle. Il passe ses bras autour de Snow. “En fait, ils t’aiment tous...” C’est le sentiment qui ressort. Cameron est complètement séduite. Dès qu’une femme est capable de le rhabiller, elle ne peut qu’être heureuse. Jasper n’a pas l’air réfractaire. Et les gamins sont tellement ouverts qu'ils acceptent tout le monde. Encore plus lorsqu'il s'agit d'une belle femme, bien habillée et gentille. Ses parents ont l’air charmés. William l’a été par sa beauté. Madeline, par son intelligence. Il ne peut pas rêver mieux. Il ne peut pas rêver de meilleur accueil. Il ne peut pas rêver présentation plus enthousiaste. “Et ne fais pas attention à Ronnie. Il est… c’est Ronnie.” Il hausse les épaules. Ronnie est et restera Ronnie. Bobby n’a jamais compris comment il était parvenu à se marier à une femme si ouverte d’esprit. Comment il a réussi à la séduire avec son air renfrogné. Snow ne doit pas le prendre pour elle. Elle n’y est absolument pour rien. C’est juste Ronnie. Fidèle à lui-même.

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lle a eu un mouvement de recul. Le contrôle a momentanément volé en éclats lorsque la petite bouille de Jade est entrée en contact avec Bobby. « Salut morveuse. J’espère que tu ne comptes pas me coiffer, cette année. J’en ai marre des couettes. » Les enfants. Prudence ne sait pas gérer les enfants. Elle n’a pas un seul souvenir à disposition mettant réellement en scène ces petits-êtres, si bien qu’elle doutait être capable de leur survivre plus de deux minutes. Elle a cependant offert un sourire à Lawson, léger mais tendre, dont elle ne s’est pas vraiment rendue compte, un réflexe rapidement écarté de sa propre conscience - il y a une barrière, un blocage, mais il n’y a pas le psy pour en parler, il n’y a pas le carnet pour noter, alors elle reprend le dessus. « Oh, tu sais, les retraités, ça va toujours. Bonjour… Prudence, c’est ça ? Je suis désolé, mon épouse a déjà vendu la mèche. » Oui, le père, c’est beaucoup mieux, beaucoup plus gérable, il ne braillera pas à la moindre occasion, lui. Il ne lui bavera pas dessus, non plus, il n’en était pas encore à un âge assez avancé. Il était d’ailleurs plutôt pas mal, quoique loin du charme de son fils - elle sait qu’elle n’est pas objective. « Vous avez une épouse charmante, monsieur Drake. Et je suis ravie que Bobby ait décidé de venir vous rendre visite. » Polie, toujours. C’est ainsi qu’elle a été élevée et, visiblement, elle ne parvient pas à lutter contre des réflexes qui reviennent à la surface ; c’est peut-être la nervosité qui la pousse à se reposer sur ce que son cerveau a bien assimilé. Pas le temps de s’appesantir. Tout ceci lui donne le tournis. Elle se plie aux présentations, sans trop savoir si elle a perdu le compte ou s’ils se multiplient chaque minute. Mais combien sont-ils ? En fait ce sont les petits, qui la stressent. « Snow, je te présente Ronnie et sa femme, Cameron. Et derrière, les jumeaux. » Snow. Il l’a appelée Snow. A son tour d’appliquer le coup de coude discret, pour lui rappeler que ça n’est jamais que le nom qu’elle a adopté en épousant la cause mutante. Il était peut-être préférable qu’il évite de la présenter ainsi à son réfractaire de frère. L’ambiance est hostile. « Mais dis-moi, tu es élégant, aujourd’hui ! Tu as perdu ta chemise à carreaux ? » Un sourire amusé. Elle fait donc des ravages, cette chemise à carreaux ! Si bien qu’il applique la menace ultime de la ressortir. Non, il était très bien, dans la jolie veste, ça lui donnait un autre air, un petit air de nouveauté, de vacances avant qu’ils ne retrouvent leur existence à l’institut.

Cameron l’enlace. Snow est surprise, elle se crispe une seconde, ne s’attendant pas à tant de familiarité mais elle fait l’effort de rendre l’étrange étreinte à cette jeune femme si chaleureuse qu’elle ferait facilement office de plein soleil au beau milieu de l’hiver. « Je suppose que c’est à toi que l’on doit ce miracle. Je suis déjà heureuse que tu fasses partie de la famille ! » .. Elle en ferait presque une syncope. Dans la famille. Ils allaient un peu vite en besogne, non ? Elle ne comptait pas vraiment se marier, devenir une Drake à proprement parler, c’est à peine si elle s’est sortie Malicia de la tête qu’elle y pense déjà, à ce qu’ils diront quand Bobby décidera de finir sa vie avec la brune et non la blonde. Self-control. Pas d’incident, pas de glace intempestive, tout va bien, elle intériorise au maximum mais sa température demeure froide, ce qui lui fait craindre le rejet de Cameron, un instant. « Il ment, pour la chemise : elle est dans ma valise, cadenassée par mesure de sécurité. » Un clin d’oeil malicieux. C’était sans doute la personne la plus simple à charmer, finalement, elle avait l’air plus ouverte qu’elle ne s’y attendait, en contraste total avec Ronnie, renfrogné, qu’elle s’obstine tout de même à saluer poliment. Il n’aurait pas sa colère, il n’en valait pas la peine.

Et encore une fois, elle est entrainée plus loin, par Bobby-chéri qui obéit sagement à sa mère. Son entrée est donc débarrassée des bagages et Snow entre dans une pièce hors du temps, une chambre d’adolescent. « .. Alors chez toi aussi, le temps a cessé de s’écouler. » Tout est là, comme si il allait revenir de cours, comme s’il allait finir ses devoirs après un week-end à s’amuser, comme s’il allait réajuster un poster ou défaire son lit. « Je crois que Lawson est amoureux de toi. S’il essaie de te filer un rencard, tu me préviens. » « Tu serais jaloux ? » Elle le taquine, oui, elle ose ! Que risque-t-il d’un gamin de dix ans, de toute manière ? Il se fait sans doute des idées. Le garçon a simplement dû la fixer comme on fixe une remplaçante dans un univers bien ordonné, bien rangé. Il passe ses bras autour d’elle, elle se crispe d’abord, comme avec Cameron, puis se détend en percevant la fraicheur de Bobby, sa tendresse. Elle réalise combien elle était tendue, combien elle s’efforçait de cacher son malaise. La peur de causer une catastrophe l’avait plongée dans ce contrôle excessif d’elle-même qui avait causé tant de dégâts durant la première année à l’institut, ce contrôle qui la menait à intérioriser de façon si violente que, lorsque le verrou sautait, elle devenait un véritable danger glacé. « En fait, ils t’aiment tous… » Il se voile la face, non ? Non, il est sérieux. « Et ne fais pas attention à Ronnie. Il est… c’est Ronnie. » Elle a bien compris. Ca n’est qu’un homo sapiens craignant pour sa survie, réflexe primaire. Tant pis, elle avait plus pitié qu’autre chose. « Ils sont charmants. » Elle attrape ses lèvres. Elle lui donne un baiser tendre, qu’elle prévoyait furtif mais elle ne résiste pas à l’embrasser plus longuement, pour le rassurer, l’apaiser, lui montrer qu’elle l’aime toujours autant. Et puis, chez lui aussi, il y avait visiblement une pièce à sublimer de nouveaux jolis souvenirs. « Tu sais, je voudrais bien rester dans ta chambre, entre tes bras, mais il faut vraiment redescendre, je refuse de passer pour la petite-amie impolie et déviante. » Celle qui pousse le fils bizarre dans la luxure. Sans autre forme de procès, elle l’attrape par la main et le ramène, tout cru, hors de la chambre, pour ne pas être inconvenante. 
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Un instant pour se retrouver. Un instant pour respirer. Un instant pour se poser. Loin des Drake. Même lui a des difficultés à s’acclimater. Même lui ressent parfois de l’étouffement face à tout ce monde. Il peut imaginer sans mal ce que doit éprouver Snow. Sa chambre fait office de cocon. Sa chambre se transforme en refuge. Sa chambre est une zone calme, loin des problèmes. Loin du temps. Pour le moment, les Drake se tiennent. Ils sont encore sages. Ils sont encore civilisés. Ce ne saurait tarder. Ils seront bientôt assez décontractés et détendus pour se lâcher. Alors, ces minutes loin de la famille sont à déguster. Elles sont à profiter. Le répit ne sera pas long. Le répit sera bientôt de courte durée. Bientôt, sa mère criera depuis les escaliers pour qu’ils redescendent. Même à vingt-neuf ans, il est surveillé. Même à vingt-neuf ans, il n’a pas le droit de rester dans la même pièce qu’une femme, sans surveillance. Bientôt, il lèvera les yeux au ciel, en réponse. En attendant, ils peuvent goûter au silence. Ils peuvent prendre une bouffée de liberté. Ils peuvent respirer. Avant de retourner en bas. Avant de supporter le regard de Ronnie. “.. Alors chez toi aussi, le temps a cessé de s’écouler.” Un jour, il a essayé de comprendre pourquoi ses parents gardaient cette chambre ainsi. Un musée n’aurait pas fait mieux. Toutes ses reliques sont encore en place. Tous ses souvenirs sont rangés. Il a essayé de comprendre, mais sans succès. Ses parents ne voient pas l’utilité de réaménager cette chambre. Ils ne voient pas non plus le besoin de jeter ses affaires. Mais à chaque fois, il constate l’absence de poussière. Il constate la précision de l’emplacement de chaque objet. Comme si la pièce était entretenue régulièrement. Comme si un souvenir était conservé. Il n’apprécie pas particulièrement. Il y perçoit le culte du souvenir d’un adolescent normal. Pas d’un adolescent muté. “Tu serais jaloux ?” Il sourit. Jaloux d’un gamin de dix ans. Enfin, elle ne l’a pas encore vu faire son sourire en coin et son clin d’oeil. Elle succombera au charme de Lawson. Avec sa bouille de gamin, il fait fondre toutes les femmes. Il obtient tout ce qu’il veut de Madeline avec quelques politesses, quelques compliments et un petit sourire. Ce gamin a déjà compris comment obtenir ce qu’il veut. Il est flippant, parfois. “Ils sont charmants.” Pour ne pas dire envahissants. Pour ne pas dire étranges. Pour ne pas dire trop nombreux. Il devine sa réticence. Elle la noie dans un baiser. Il resserre sa prise autour d’elle. Snow est restée polie pendant toutes les présentations. Elle a même salué Ronnie. Elle a même été plus polie que lui. Il ne l’a jamais vue aussi polie. Aussi sérieuse. Elle cherche à faire une bonne impression.  Elle n’y est pas obligée. Elle n’y est pas forcée. Sa famille saura se faire impolie. Sa famille saura se faire curieuse. Sa famille saura se faire dérangeante. Alors, elle n’a pas besoin de faire d’efforts.

Tu sais, je voudrais bien rester dans ta chambre, entre tes bras, mais il faut vraiment redescendre, je refuse de passer pour la petite-amie impolie et déviante.” Il paraît que ce sont les garçons qui ont une mauvaise influence sur les filles. Et vu l’impression qu’elle a faite, les Drake ne manqueront pas d’accuser Bobby d’avoir entraîné Snow sur une mauvaise pente. Elle est en train de passer pour la fille sérieuse, sage et bien élevée. Elle est en train de se transformer en cette fille parfaite forgée par ses parents. “Je n’ai rien contre la petite-amie impolie et déviante, moi.” Un ton boudeur. Un ton qui ne suffit pas pour rester. Elle l’entraîne dans le couloir. Il est l’heure de retourner dans la fosse aux lions. Ils redescendent les escaliers. Marche après marche. Elles les rapprochent des conversations. Elles les rapprochent de la vie de famille. Une éternité qu’il n’a pas passé un dimanche avec eux. Une éternité qu’il ne les a pas vus. “Bobby ? Tu peux venir, ta mère aurait besoin d’aide ici.” Son père disparaît aussi vite qu’il est apparu. Bobby lève un sourcil. C’est l’heure de rendre des comptes. C’est l’heure de s’expliquer. Et visiblement, Snow n’est pas conviée. Il n’a pas envie de la laisser toute seule, au milieu des enfants et de ses frères. Il a perçu sa réticence tout à l’heure. Il a senti sa crainte. Il se tourne vers elle. “Je suis désolé...” Il aurait aimé être à ses côtés pendant toute la visite. Ils n’auront pas cette possibilité. L’idée de la laisser face aux pires membres de la famille ne le rassure pas. Plus vite il répondra aux réponses de sa mère, plus vite il pourra revenir auprès de Snow. En attendant, il croise les doigts pour que Cameron reste dans les parages pour calmer la rancoeur de Ronnie. Il espère que Cameron saura tempérer la situation. Snow gère bien, mais il y a des limites. “Tu n’as qu’à crier si Jade essaye de te coiffer ou si tu en as marre. D’accord ?” Il lâche sa main et s’engouffre dans la chaleur de la cuisine.

La cuisine | Il est tout de suite envahi par la chaleur. Celle du four qui tourne à plein régime depuis 8 heures, ce matin. Celle d’une pièce fermée pour ne pas laisser les effluves gourmandes s’échapper. Son corps s’approprie cette chaleur pour en faire sienne. Un vrai chauffage ambiant. Il s’appuie contre un mur et croise les bras sur son torse. Très clairement, il n’est pas venu pour aider. Sa mère refuse toute aide qui pourrait causer un désastre. En fait, elle ne fait confiance qu’en elle-même. “Alors, comment puis-je t’aider ?” Elle suspend son geste, assez pour lui jeter un regard lourd de reproches. La désapprobation maternelle. Le courroux qu’il redoute le plus. “Ne prend pas ce ton de psychologue avec moi, Robert. Tu sais très bien que je déteste ça.” Il lève les mains en signe de reddition. Elle a tendance à repousser tout ce qu’il est. Elle a tendance à repousser tout ce que lui a apporté l’Institut. Y compris son poste de psychologue. Y compris sa mutation. Il soupire. Elle n’a toujours pas accepté. Elle se contente de faire comme si rien n'était. Comme s’il n’était pas un mutant. “Excuse-moi.” Mais il ne le pense pas. Il ne s’excuse pas pour ce qu’il est. Il ne s’excuse pas pour ce qu’il est devenu. A la limite, il s’excuse pour le ton employé. Parfois trop professionnel. “Alors, Prudence… est-ce que l’on peut… la toucher ?” “Mais oui, maman ! Je te l’ai dit, les mutations similaires sont rares. Toutes les femmes ne sont pas incapables de toucher.” “D’accord, d’accord. Je veux juste m’assurer que les enfants ne sont pas en danger.” “Maman, il ne se passera rien.” Ses doutes l’agacent. Ses accusations l'attristent. Elle ne lui fait pas confiance. Après toutes ces années, elle continue de s’inquiéter. Elle continue d’être méfiante. Et cette méfiance est douloureuse. Elle est difficile à avaler.

Le salon | Les jumeaux ont repris leurs jeux avec Ronnie. Bien trop occupés à babiller dans tous les sens. Lawson et Eryn se chamaillent dans un coin. Des conflits de soeur et de frère. Des conflits causés par les différences d’âge. Cameron discute avec Jasper, au sujet d’une école pour les enfants. Et la petite Jade a abandonné l’idée de coiffer sa poupée pour se plonger dans la lecture d’un livre. Comme une grande. La vie a repris son cours dans le salon. Mais à l’apparition de Snow, Cameron met fin à sa conversation. Elle la rejoint, un énième sourire sur les lèvres. “J’espère qu’on ne te fait pas peur. Les Drake sont parfois difficiles à supporter.” Elle lui fait signe de s’asseoir sur le canapé. En tant que membre extérieur de la famille, elle connaît la difficulté de s’intégrer dans une famille. Elle connaît les obstacles à rencontrer. En particulier chez les Drake où l’histoire n’est pas facile à assimiler, entre les tabous et les tensions. Elle a mis longtemps à comprendre qu’un troisième frère existait et qu’il était mutant. Elle a mis du temps à comprendre la réticence de son époux pour son cadet. Un homme pourtant sympathique et charmant. Un homme qui ne semblait pas dangereux. “Bobby a vraiment l’air de tenir à toi.” Un constat. Une vérité. Un fait. Elle l’a vu. A son sourire. A ses gestes. Prudence est une femme qu’il semble pouvoir toucher. Une femme qu’il peut aimer entièrement. Une femme qu’il a l’air de connaître depuis des années. Maintenant, c’est à eux de lui faire une place autour de la table. C’est à eux de lui montrer le meilleur aspect des Drake. Pour ne pas la faire fuir. “Alors, dis-moi tout ! Comment vous vous êtes rencontrés, tous les deux ?” On attendra un peu pour montrer une bonne image des Drake. Il faut bien passer par les questions traditionnelles. Il faut bien nourrir la curiosité collective. Après seulement, ils travailleront à donner l’image parfaite de la famille Drake. Seulement après.

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« Family isn’t something that’s supposed to be static, or set. People marry in, divorce out. They’re born, they die. It’s always evolving, turning into something else. » - Sarah Dessen, Lock and Key.
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etour dans le salon, sans Bobby. Bien sûr, qu’il essaye de la protéger, qu’il essaye de la rassurer mais il ne pourra pas toujours veiller sur elle, la couver du regard pour s’assurer que tout irait bien, alors Snow s’installe près de Cameron, qui l’y incite d’un signe. Soit, passons à la rôtissoire. « J’espère qu’on ne te fait pas peur. Les Drake sont parfois difficiles à supporter. » Elle n’est pas une Drake de naissance, elle peut comprendre la sensation d’être noyée sous les sollicitations, sous le devoir de plaire à tous, n’est-ce pas ? Seulement Snow ne compte pas devenir une belle-soeur, une belle-fille, une belle-quelque chose. Elle est à peine une petite-amie depuis quelques heures, elle est à peine une parenthèse, un essai. « Ne t’en fais pas. » Elle aurait bien ajouté qu’ils ne seront jamais aussi tordus que les Rosebury mais elle préfère taire ce détail, elle préfère passer sous silence la réalité de sa généalogie. Il serait plus simple de les laisser s’imaginer ce qu’ils veulent. « Bobby a vraiment l’air de tenir à toi. » Oh. C’était donc le moment de l’évaluation de couple ? Snow rassemble rapidement les informations au sujet du semi-mensonge préparé, histoire de ne pas être prise de court, histoire de se préparer à toutes les éventualités. Qu’allait-elle pouvoir demander ? « Alors, dis-moi tout ! Comment vous vous êtes rencontrés, tous les deux ? » Classique. C’est un peu gênant. Les doigts de Snow jouent un instant avec le bas de sa robe, elle cherche comment formuler une réponse, de toute manière ça ne ferait que corroborer ce qui était préparé : n’importe qui serait embarrassé d’avouer une telle vérité. « Mh. Je.. j’ai perdu la mémoire suite à un accident. J’étais à New York quand il y a eu toutes ces catastrophes, il y a trois ans et puis, plus rien. Je me suis réveillée devant l’école dans laquelle il travaille. » Voilà. Ca c’était dit, et ça n’était pas un mensonge, elle avait bien subi le déchainement de violence dont le monde avait été témoin. Il suffisait de prétendre qu’elle ne se souvenait pas de ce qu’elle y faisait. « Je suis tombée sous le charme de ses yeux, mais tu sais ce que c’est j’imagine, tous les hommes craquants ne sont pas libres. » Le ton de la confidence. Un sourire un peu timide. Peut-être que passer pour une fille assez normale n’était pas si compliqué ; passer le déni sous silence, le chaos de leur relation aux oubliettes et n’offrir qu’une vision romantique. Un joli petit film digne de la télévision. « On est simplement resté amis jusqu’à.. enfin tu vois. » Jusqu’à ce que Malicia rompe avec Bobby. Jusqu’à ce que la solitude les rapproche, Cameron en tirerait les conclusions qu’elle désirait - c’était l’avantage avec l’esprit humain, il comblait les vides, les trous, avec des morceaux d’imaginaire.

« Bobby est un peu tout ce que j’ai. » Un sourire, tendre celui-ci, orné d’une sincérité qu’elle ne feint pas, parce qu’en fin de compte, c’était vrai, dans le flou de sa mémoire, sa seule certitude a toujours été l’infernal Iceberg, celui qu’elle a détesté, qu’elle a voulu détruire, avec lequel elle s’est déchirée puis qu’elle a aimé, d’abord d’une instable amitié puis lentement, de tout ce petit coeur froid qui s’éveillait. Le mensonge, ça n’était jamais que le romantisme derrière l’histoire. « Oh.. je reviens, j’ai oublié quelque chose dans mon sac. » Snow se lève et retourne calmement récupérer la bouteille enfermée dans le seul sac qu’elle a pu tenir droit durant le voyage - ce fut même un miracle que le paquet passe, il n’aurait jamais dû pouvoir voyager avec eux. Lorsqu’elle redescend, c’est avec l’objet emballé dans un papier argenté, qu’elle mène à William. « Monsieur, avec les présentations j’ai oublié de vous remettre ceci. Pour vous remercier de l’accueil. » Le vin préféré de ses parents, un vin qui serait digne d’être revendu, vu la date, vu la valeur, et s’ils n’aimaient pas cela, ils pourraient toujours l’offrir à leur tour. Snow avait bien remarqué que les Drake n’avaient pas été élevé au vin, c’était cependant tout ce qu’elle avait pu mener. « Le fondant au chocolat n’aurait pas survécu aux heures de vol. » Un sourire amusé pour détendre le côté solennel.

En se tournant pour retourner auprès de Cameron, Snow rencontre la petite Jade, ou plutôt le livre qui cache le visage de Jade. N’était-elle pas dans un coin il y a deux minutes ? Peut-être qu’elle n’a pas compris un mot, une image, quelque chose, qu’elle est venue demander de l’aide. Toujours est-il que Prudence s’est crispée. Une seconde d’immobilisme, prise entre l’envie de fuir et la nécessité de s’excuser. Finalement, elle s’agenouille devant la fillette. « Désolée princesse, je ne t’avais pas vue. » Un baiser sur la joue rose. Un baiser qui n’est pas froid. La température s’adapte sans que la mutante ne le contrôle, à vrai dire elle n’en a même pas conscience lorsqu’elle remet une mèche de cheveux derrière l’oreille de la demoiselle. « Pour me faire pardonner, je veux bien faire tout ce qui te fera plaisir. » Les yeux trop bleus de Snow croisent les billes enfantines, si claires, si caractéristiques, un joli héritage. Elle se fait douce, elle se fait maternelle, des réflexes perdus depuis si longtemps qu’elle pensait ne jamais les avoir eu. Ne lui dites pas, elle ne vous croirait pas. 
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Dans le salon | C’est souvent ennuyant, les adultes. Ils discutent entre eux. Ils ont de grandes débats. Ils ont des conversations dont on ne comprend rien. Les cousins sont grands, aussi. Ils ne veulent pas toujours jouer avec Jade. Ils ne veulent pas toujours se faire coiffer. Ils ne veulent pas toujours lire avec elle. Et puis, il y a les jumeaux. Ils sont rigolos. Ils font des bulles et parfois, ils sentent mauvais. Ils sont drôles. Mais surtout, elle aime leurs jouets. Ils ne parlent pas beaucoup. Ils ne parlent presque pas, en fait. Alors, elle leurs emprunte les jouets. Parce qu’on ne vole pas, son papa a dit. Même tonton Bobby ne veut plus jouer avec elle, maintenant. Si elle ne peut plus lui faire des couettes, à qui elle va en faire ? Jade a le nez plongé dans son livre. Dans les dessins. Dans les mots. Elle ne comprend pas tout. Elle a commencé à lire il y a un an, mais elle a encore des difficultés. Il y a souvent des mots compliqués. Pourquoi ? Est-ce que les messieurs et les mesdames qui les écrivent s’amusent à faire des pièges ? Alors, elle se lève. Elle veut demander de l’aide à mamie. Elle veut que mamie lui explique. Le nez penché dans son livre, elle se dresse sur ses jambes courtes. Mais elle percute un obstacle. Aïeuh. Elle cligne des yeux. Le livre lui est rentré dans le nez. C’est pas gentil. Elle lève le regard clair pour voir la nouvelle madame. Elle est arrivée en même temps que tonton Bobby. Jade l’aime bien. Elle a l’air gentille. Elle aime bien sa robe aussi. Elle aime bien ses cheveux. Ils sont encore plus longs que ceux de ses poupées. Ils sont encore plus soyeux. Elle pourrait faire plein de nattes et de couettes dedans. Elle pourrait lui voler ses chaussures de grande. Des chaussures de princesse. Mais papa a dit qu’on ne prend pas les affaires des autres, sans demander. Alors, tant pis. “Désolée princesse, je ne t’avais pas vue.” Princesse ? Jade est une princesse ? Chouette ! Comme dans les contes. Comme dans les films d’animation. Lawson serait probablement le méchant dragon dans l’histoire. Eryn serait sa bonne fée.  “Pour me faire pardonner, je veux bien faire tout ce qui te fera plaisir.” Oh, vraiment ? Un grand sourire s’épanouit sur ses lèvres. Une lueur brille dans son regard. Elle a plein d’idées. Elle a trouvé une nouvelle copine. Elle glisse sa petite main chaude dans celle de la madame. “D’accord, madame. Viens avec moi.” Elle tire la madame jusque dans le salon, vers le fauteuil où toutes ses affaires sont posées. Elle voit le regard de tante Cameron. Elle les regarde bizarrement. Tante Cameron ne doit pas comprendre ce qu’il se passe. Tant pis ! Elle n’a jamais voulu que Jade la coiffe. Alors, ce n’est pas le moment d’être jalouse. Même papa les observe. Il a un peu peur. Il se méfie un peu. Mais il reste dans un coin. Jade pose son livre par terre.

Tu peux t’asseoir, si tu veux, madame.” Elle tire son sac-à-dos Dora l’Exploratrice. Elle a pensé à emporter plein d’affaires pour coiffer. Des élastiques. Des pinces. Une brosse. Une glace. Un peigne. Papa ne voulait pas, mais maintenant, il sait pourquoi ! “Je peux te coiffer ? Parce que tonton Bobby ne veut plus que je le coiffe. Et même Cameron ne veut pas. Eryn me crie dessus quand je veux la brosser. Et je peux pas le faire avec tonton Ronnie ou avec papa.” Brosse à la main, mine boudeuse, elle a déballé ses arguments sans respirer. Elle veut être sûre que la madame ne changera pas d’avis. Elle veut être sûre que la madame ne partira pas en plein milieu de la coupe. Han zut ! Papa approche. Il n’est pas drôle ! Il veut juste dessiner avec Jade. Il veut juste lui raconter des histoires. Dès qu’elle trouve quelqu’un pour jouer à la coiffeuse, il dit qu’elle va faire mal à cause des noeuds. Alors que ce n’est pas vrai. N’est-ce pas que c’est pas vrai ? “Jade, n’embête pas Prudence. Elle a sûrement plein d’autres choses à faire.” “Mais papaaa, elle a dit que je pouvais. Hein, madame ?” Un regard attendrissant en direction de la dame. Elle ne peut pas l’abandonner maintenant. Elle ne peut pas aller contre sa promesse, hein ? Ce ne serait pas très gentil.

La cuisine | “Et Malicia, alors ? Vous avez rompu ?” Un soupir. Il ne supporte déjà plus sa mère. Est-ce que c’est un sentiment normal ? Il savait qu’il aurait dû appeler. Il savait qu’il aurait dû téléphoner pour la prévenir de la nouvelle. On ne se pointe pas ainsi chez ses parents, avec une nouvelle petite-amie au bras. En tout cas, pas chez les Drake. Les changements doivent s’annoncer. Les changements doivent se faire progressivement. Il est toujours contre le mur. Il n’a pas bougé. De toute manière, il se ferait immédiatement jeté de la cuisine. “Elle a jugé qu’on devait vivre chacun de notre côté.” “Et depuis quand tu te consoles dans les bras d’une autre femme ? Tu ne comptes pas lui briser le coeur, j’espère ? Je ne t’ai pas élevé ainsi, Robert Louis Drake.” Elle se croit effrayante en utilisant son nom complet. Il n’en est rien. Il a depuis longtemps appris à ne pas s’inquiéter devant de telles pratiques. Adolescent, il en tremblait. Maintenant, il s’en amuse. A trop vouloir ignorer qui il est réellement, elle ignore une partie entière de sa personnalité. Elle ne le comprendra jamais vraiment. Comme elle ne comprendra jamais vraiment ses frères. Parce qu’elle ne veut voir que ce qui l’intéresse. Parce qu’elle préfère oublier ce qui la dérange. “Rassure-toi, c’est sérieux avec Prudence.” Il reste près de la porte. Il tente d’entendre les conversations dans la salon. Sa mère ne le lui permet pas. Elle tape les casseroles. Elle déplace les plats. Elle remue. Elle parle. Il ne sait pas ce qui se dit, là-bas. Il sent une tape dans son dos. Son père revient dans la cuisine, une bouteille de vin dans la main. “J’aime bien cette petite. Regarde, Maddy, elle nous a ramenés du vin.” Encore un coup de Snow, la parfaite petite-amie. Il ne retient pas son sourire en coin. Elle n’aura peut-être pas convaincu entièrement sa mère, mais elle a son père dans la poche. “Oh ! Montre-moi ça ?!” Elle se penche au-dessus de la bouteille. Ils sont ridicules. Ils n’y connaissent rien en vin. Ils n’ont pas cette culture. Pourtant, ils tentent de décrypter l’étiquette. Pourtant, ils tentent de s’émerveiller devant son appellation. “Tu crois qu’on peut le mettre dans le plat ?” Bobby écarquille les yeux. Il traverse la cuisine et arrache la bouteille de leurs mains. Hors de question que cette bouteille finisse dans un plat. Hors de question qu’on le gâche avec de la cuisine. Il la pose sur la table avec douceur. Il se tourne ensuite vers son père. “Papa ! Ca ne va pas ? Ce vin coûte une fortune, tu le sortiras pour une grande occasion, okay ?” Ses parents échangent un regard. Ils oscillent entre “Bobby est devenu fou” et “Depuis quand il est connaisseur ?”. Ils restent interloqués. Bobby pousse un soupir. Ils auraient dû venir avec le fondant au chocolat. Ils auraient dû prendre le risque d’emmener un gâteau. “C’est un héritage de Prudence… Bon, oubliez ça.” Certaines fois, il faut savoir capituler. Certaines fois, il faut savoir baisser les bras. Et là, c’est le cas. S’il continue à parler, ses parents vont croire qu’il sort avec l’héritière d’une grande entreprise et qu’elle est une version de Paris Hilton plus sobre. Il revient se poster contre le mur. A bonne distance de sa mère. A bonne distance de son père. Il est bien là.

Mais le calme ne dure pas longtemps. Eryn se faufile un passage dans la cuisine. “J’espère que ta copine ne tient pas trop à ses cheveux. Y a Jade qui est en train de les lui arracher littéralement.” Et merde ! Il se redresse aussitôt et sort de la cuisine. Dans son dos, il entend sa mère hurler qu’elle ne risque rien avec une fillette de six ans. Il ne l’écoute pas. Il ne lui répond. Ce n’est pas le manque de douceur de Jade qui l’inquiète. Plutôt la proximité d’une enfant avec Snow. Elle qui ne veut pas d’enfants. Elle qui a peur de blesser. Elle qui n’est pas à l’aise avec eux. Il lui fait vivre un cauchemar en l’amenant ici. Il lui fait vivre une journée d’enfer en la confrontant à des mini-Drake. Elle n’a pas encore crié au secours. Elle n’a pas encore demandé de l’aide. Mais tout de même. Il l’a laissée trop longtemps seule avec sa famille. Il traverse l’entrée en deux enjambées. “Tu tombes bien, j’ai besoin de bras.” A peine fait-il un pas dans le salon que Cameron lui passe un des jumeaux. Re-merde. “Cameron, non… !” Son regard passe de Snow au bambin. Du bambin à Snow. Une odeur étrange flotte au-dessus de sa couche. Il dévisage le jumeau. Il a Niclas. Il croit. Il n’est pas sûr. Ils se ressemblent tous, ces jumeaux. C’est insupportable. Quelle idée de faire deux enfants qui se ressemblent. Quelle idée de ne pas les différencier avec deux têtes différentes. Quelle idée de leur faire la même coupe. Il tente de modifier la position de Niclas contre son torse, avec des gestes maladroits. Le déplacer est comme déplacer une bombe. Il n’a pas l’habitude de porter un bambin. Il a porté chacun de ses neveux au moins une fois. Mais il n’a jamais pris le temps de s’y habituer. Surtout avec des bambins qui gigotent et tentent de lui baver sur l'épaule. Il rejoint Snow. Il s’assoit en tailleur, son paquet puant entre les bras. Un cadeau empoisonné. A trois ans, ils ne sont pas censés être propres, les enfants ? Il le fera payer à Cameron dès qu’il en aura l’occasion. En attendant, il se concentre sur sa nièce. “J’espère que tu es gentille avec Prudence.” “Beh oui, tonton !” Elle prend un air outré. Bien sûr qu’elle est toujours gentille, la petite Jade. Elle est même adorable. Quand elle n’arrache pas les cheveux avec ses coiffures. Quand elle n’assomme pas à coup de brosse. Quand elle ne tire pas sur les cheveux. Il interroge Snow du regard. “Ca va ?” Une réelle inquiétude. Elle n’a pas à se forcer. Elle n’a pas à supporter. Elle n’a pas à jouer le jeu. Juste à être elle-même. Il n’est pas certain que de servir de poupée à une fillette corresponde à sa personnalité. Et dire qu’ils parlaient encore la veille de ne pas avoir des mini-Drake. Et dire qu’ils sont en train de pouponner comme deux parents. Les choses vont vite. Bien trop vite.

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ouer à la poupée. Non, être la poupée. « D’accord, madame. Viens avec moi. » Madame. Ca la fait sourire, elle n’a pas l’habitude, mais Snow se laisse entraîner par la petite main chaude, pour une fois, elle songe qu’il y a un avantage à ne pas être très grande, elle n’a pas à se plier littéralement en huit pour se mettre à la disposition de Jade. « Tu peux t’asseoir, si tu veux, madame. » Ah, il faut s’asseoir, comme chez le coiffeur, alors Snow s’installe sagement. Elle a fait une promesse, après tout, et la brosse de la princesse ne peut pas être si terrible. Elastiques, pinces et brosse sont de sortie. Prévoyante, la gamine. « Je peux te coiffer ? Parce que tonton Bobby ne veut plus que je le coiffe. » Elle hoche la tête. La petite ne prend même pas le temps de respirer, lui savant son argumentaire au complet sans points ni virgules. « Et même Cameron ne veut pas. Eryn me crie dessus quand je veux la brosser. Et je peux pas le faire avec tonton Ronnie ou avec papa. » « C’est parce qu’il ne sont pas drôles ! » Une fillette de six ans, ça ne comprend pas le concept de virilité, de fierté d’homme. Elle pense sans doute que tout ce qui a des cheveux peut subir des couettes. « Jade, n’embête pas Prudence. Elle a sûrement plein d’autres choses à faire. » Jasper doit s’inquiéter. Tout le monde a l’air un peu tendu. Ils doivent craindre une mauvaise réaction, ou autre chose, qu’en savait-elle ? Bobby était resté dix ans avec une femme au toucher mortel, celle-ci avait peut-être une faculté plus dangereuse encore. « Mais papaaa, elle a dit que je pouvais. Hein, madame ? » « Oui, tout va bien. A quoi bon avoir les cheveux longs si ça n’est pas pour les faire coiffer ? » Rassurante. Elle se veut rassurante. La petite aura de toute manière toute la peine du monde à trouver des noeuds dans la soie blonde, elle n’y était pas tellement sujette et, au pire, ça ne serait jamais aussi terrible qu’une blessure après un combat. Elle tirait juste un peu, comme une gamine. Ils étaient tous douillets dans cette famille, ou quoi ? « Tu as quel âge, Jade ? » Faire la conversation, ça aiderait les parents à ne pas la prendre pour une sauvage, à ne pas la considérer comme une menace pour la vie de leur précieuse progéniture.

Bobby entre dans son champ de vision.. il n’était pas avec sa mère ? Il s’est assis en tailleur sur le parquet, avec le petit qui ne sentait visiblement pas la rose entre les bras. « J’espère que tu es gentille avec Prudence. » Prudence sait pourquoi il le lui demande, elle sait qu’elle lui a précisé ne pas aimer les enfants mais elle ne s’explique pas ce qu’il se passe, elle n’a pas envie d’y réfléchir, en fait, elle profite juste d’un moment normal dans une famille normale. « Beh oui, tonton ! » Beh oui, quelle question tonton ! Ca la fait sourire, elle n’imaginait pas Bobby en gentil tonton. Il a ce regard inquiet d’homme qui cherche à la protéger, à vérifier qu’elle n’est pas en détresse et ça la fait fondre, elle hoche la tête lorsqu’il lui demande si ça va. Pourquoi tout le monde semble-t-il s’attendre à ce qu’elle se jette à la gorge de cette pauvre petite qui ne demande qu’une amie pour jouer ? « Hé, princesse, viens par-là. » Elle attire Jade sur ses genoux, prenant tout de même soin de faire basculer ses cheveux afin que la coiffeuse puisse poursuivre son travail dans cette nouvelle position. « Tu me fais une coiffure de rêve, mh ? Faut que je plaise à tonton Bobby ! » Une moue taquine et un baiser sur sa petite joue.

37°c. Une température qu’elle n’atteint jamais. Il lui semble qu’on cuit dans le salon, brusquement. Elle patiente pourtant, elle attend que l’artiste de la brosse ait terminé son oeuvre, puis elle croise son regard. « C’est très joli. Tu m’excuses un peu ? Je reviens jouer avec toi très vite. » Elle pose Jade à sa place, passe sa main sur l’épaule du psychologue. « J’ai besoin d’air. » Pas un mot de plus, elle s’extirpe de la pièce, le plus naturellement du monde, et passe la porte d’entrée. Le fraîcheur extérieure ne semble pas suffire à faire tomber la sensation de cuire. Elle va s’habituer. Elle se le répète, qu’elle va s’habituer, juste un peu de temps. Ca n’est pas possible, ils vivent dans un four ! Snow inspire profondément, observant le paysage. C’était difficile de réaliser qu’elle était vraiment là, devant la maison d’enfance d’un homme qui lui ouvrait finalement ses secrets les plus intimes en lui offrant sur un plateau les tensions de sa famille toute entière. Ils vont se poser des questions, elle doit y retourner. Non, encore un peu, quelques secondes, profiter de l’hiver. Bobby le lui a dit, il tient à elle pour ce qu’elle est. Elle se justifiera ensuite, et avec un peu de chance, Madame Drake serait encore dans la cuisine, ne craindrait pas qu'elle attrape froid.
 
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S’inquiéter est un réflexe pour Bobby. S’inquiéter est devenue une norme. S’inquiéter est un état normal chez lui. Il ne peut pas arrêter de se poser des questions pendant plus de quinze minutes d'affiliées. Il ne peut pas s’empêcher de s’inquiéter pendant pendant plus d’une demie heure. Probablement que son cerveau n’arrive pas à se déconnecter. Probablement que ces états sont ancrés en lui. Probablement qu'il ne peut plus s'en défaire. Probablement qu’il n’est fait que pour se soucier. Qu'il soit devenu psychologue n'est pas un hasard. L’équation Snow-Jade l’a tout de suite mis en alerte. Il s’attendait à trouver une Snow au bord de la crise de nerf, sous les attaques incessantes d’une gamine de six ans. Il sait comment sa nièce est. Elle est pleine de vie. Elle est pleine de bonnes attentions. Elle est pleine de gentillesse. Mais elle n’est pas pleine de douceur. Et c’est ce dernier détail qui l’interpelle. Qui lui pose problème. Au lieu de trouver une Snow aux prises avec Jade, il trouve une Snow patiente. Une Snow différente. Il s’assure qu’elle va bien. Il vérifie qu’elle ne souffre d’aucune maltraitance physique. Un coup de brosse sur la tête ? Une perte conséquente de cheveux ? Mais rien. Elle va bien. Elle va incroyablement bien. Il assiste à une scène surnaturelle. Il assiste à une scène qu’il ne soupçonnait pas possible. Snow est contente de servir de tête à coiffer. Merveilleux. Soit, elle joue le rôle de la parfaite petite-amie jusqu’au bout. Soit, elle se découvre un instinct maternel oublié quelque part. “Hé, princesse, viens par-là.” La scène est attendrissante. Elle lui arrache un sourire. L’élève perdue et solitaire est bien loin de la femme qu’il a devant lui. Elle s’est perdue dans l’avion, en direction de San Francisco. Elle s’est perdue lorsqu’ils ont posé le pied dans le manoir. Il en oublie Niclas qui se met à remuer entre ses bras. Il le laisse s’extirper, lui et sa couche puante. Il garde un oeil sur le vagabond. L’autre sur Snow. Il ne parvient pas à se détacher de ce spectacle. De Snow douce et maternelle. “Tu me fais une coiffure de rêve, mh ? Faut que je plaise à tonton Bobby ! ” “D’accord !” Jade adopte une expression encore plus concentrée. Elle pioche dans ses élastiques roses et jaunes pour les perdre dans les cheveux blonds. Quelle horreur. Bobby secoue la tête, un sourire en coin. Il a déjà vu Snow mieux coiffée qu’en cet instant. D’un autre côté, n’est-ce pas le moment idéal pour la voir d’un autre oeil ? Au moins, il met ses sentiments à l’épreuve. S'il peut encore l'aimer avec une choucroute sur la tête, c'est bon signe pour la suite. Et puis, il ne va pas se plaindre. Une fois, il a autorisé Jade à s’occuper de ses propres cheveux. Il est ressorti de la séance avec cinq mini-couettes disséminées sur la tête. Autant vous dire qu’en terme de virilité, on repasse. Il préfère largement que ce soit Snow qui perde de son attirance.

Pendant que madame se fait coiffer, il se fait un devoir d’occuper Niclas avec les quelques jouets qui traînent. Il réapprend à faire le bruit de la voiture. Il imite celui du dinosaure. Un retour en enfance assuré. Il cherche du regard son affreuse mère, sans la trouver. Un échec total. Elle a dû s’enfuir dans un coin, avec la jumelle dans les bras. Ces monstres grandissent vite. L’année dernière, ils faisaient trois pas avant de tomber. L’année dernière, ils babillaient encore. Aujourd’hui, ils marchent. Non, ils courent. Aujourd’hui, ils parlent et répètent les mots avec facilité. Les voir une ou deux fois par an n’est pas suffisant. Ca l’est quand il s’agit de supporter son frère, cependant. On ne peut pas tout avoir. “C’est très joli. Tu m’excuses un peu ? Je reviens jouer avec toi très vite.” Il lève les yeux de Niclas. La coiffure ne l’intéresse pas. Ce sont les yeux de Snow qu’il capte. Ce sont ses pensées qu’il essaye de lire. “J’ai besoin d’air.” Il hoche la tête. Il se lève à son tour. Il soulève Niclas du sol pour le fourrer dans les bras de son père. Il rejoint Snow dehors. Il fait froid. Un froid hivernal. Un froid normal. Un froid supportable pour eux. Il cherche la fraîcheur familière de Snow dans l’air. Il ne la sent pas. Il ne la perçoit pas. Il ne la trouve pas. Cette absence de froideur est déconcertante. Cette absence de froideur est étrange. Il s’est habitué à sa température. Il s’est habitué à repérer la présence de Snow ainsi. Il s’est habitué à sa panique dès qu’elle a chaud. Mais là, rien. Absolument rien. Elle gère pleinement le changement. Elle gère toute seule. “Tu as une coiffure originale... elle ne laisse pas indifférent.” Une pointe d'ironie dans sa voix. L'amorce d'un sourire sur ses lèvres. Originale. C’est le mot. Une coiffure faite de noeuds, de cheveux en l’air, d’élastiques et de pinces. Une coiffure originale qui fera de l’effet à l’Institut. Pas de doutes. Il passe à côté d’elle pour s’asseoir sur le banc. Installé à gauche de la porte d’entrée, ce banc a toujours été là. Il est enraciné depuis des années. Un banc sur lequel il a joué. Un banc sur lequel il a amené pas mal de ses conquête, adolescent. Le genre de souvenir qui le rend nostalgique. Le genre de souvenir qui lui rappelle la vie qu’il aurait pu avoir. Une vie qu’il n’aura jamais et qu’il ne voudrait pas. Il a fait son deuil de la “normalité”. Il a accepté ce qu’il est. Il a embrassé une carrière qu’il aime. Il est utile au quotidien. Il se bat pour de bonnes causes. Que demander de plus ? Son regard se trouble. Il se perd dans la contemplation de la maison voisine. “J’ai embrassé plein de filles sur ce banc, quand j’étais gamin.” Moment de nostalgie. Retour dans le passé. Mais il le doit bien à Snow. Elle se dévoile à lui. Elle l’autorise à lire ses pensées. Elle lui permet d’entrer dans sa vie. Il connaît presque tout de sa vie, grâce au dossier de l’Institut. Il en connaît encore plus depuis qu’ils sont allés à San Francisco. Il est temps qu’il donne quelques informations sur le gamin qu’il était. Il est temps qu’il livre des souvenirs au compte-gouttes. Son regard se fait plus net. Il le pose de nouveau sur Snow, avec un sourire. Ou une grimace. Chacun son appréciation de l’expression. “Mais ne te sens pas obligée de m’embrasser avec cette coiffure atroce.” Il faut dire la vérité. Il faut dire ce qui est. Jade n’est pas dans les parages. Elle n’a pas entendu. Elle ne sera pas vexée. Ils sont entre eux. Les masques peuvent tomber. Elle peut arrêter de jouer les petites-amies polies et attentionnées.

A moins que Snow soit aussi cette femme. Il perd le compte. Il la découvre toujours plus. A l’institut, elle est une élève solitaire, pas très sérieuse et pourtant, intelligente. A San Francisco, elle est une femme passionnée qui gagne en confiance en elle, qui s’ouvre à un homme. A Elkader, elle est la petite-amie polie et intelligente. Entre les mains de Jade, elle est une copine de jeux. Elle est aussi complexe que lui est simple. A chaque fois qu’il découvre une nouvelle facette de sa personnalité, il est ébranlé dans ses certitudes. Il est bousculé dans ses connaissances. A chaque fois, il croit avoir tout découvert d’elle. A chaque fois, il se trompe. “Tu as chaud.” Il énonce le fait. Il ne juge pas. Il ne critique pas. Il dit. Et pour une fois, elle n’a pas besoin de son aide pour se refroidir. Pour une fois, ce n’est pas dû à des souvenirs. Pour une fois, elle n’en souffre pas au point de chercher son toucher glacial. Pour une fois, elle accepte cet état de haute température. Haute température. Tout est relatif. Ces contacts avec Jade ont déclenché une réaction chez Snow. Ces contacts ont réveillé sa mutation. Il voit une silhouette bouger derrière le rideau d’une des maisons. S’il ne se trompe pas, les parents de son ami d’enfance habitent encore en face. S’il ne se trompe pas, ils ne l’aiment plus trop. Il s’efforce de ne pas devenir paranoïaque. Un rideau bougé ne veut pas dire qu’on le surveille. Un rideau bougé est seulement remis en place. Un rideau bougé n’est pas le signe de voisins mécontents. Snow le lui a dit : il ne doit pas s’empêcher de revenir ici et de s’y sentir chez lui. Elle a raison. Elle est tout aussi douée que lui pour donner des leçons et distiller les conseils. Il ne peut pas se cacher éternellement dans la maison. Il ne peut pas toujours venir ici et ne jamais sortir. Il doit juste vivre. Vivre comme il l’apprend aux jeunes mutants. Vivre comme il le fait si aisément à New-York. Vivre parce qu’il n’a qu’une seule vie.

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« Family isn’t something that’s supposed to be static, or set. People marry in, divorce out. They’re born, they die. It’s always evolving, turning into something else. » - Sarah Dessen, Lock and Key.
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obby l’a rejoint. Inséparables. Ils sont inséparables et, même si elle ne l’avouera pas, sa présence la rassure. « Tu as une coiffure originale... elle ne laisse pas indifférent. » Elle croise sont reflet dans la vitre de la fenêtre et ne peut que sourire. Cette petite ne sera pas coiffeuse demain. La main de Snow glisse dans ses cheveux, détachant les couettes, les noeuds, les élastiques. Ca glisse avec une facilité déconcertante, le givre au bout des doigts humidifiant et disciplinant momentanément la crinière blonde. Elle prend soin de récupérer chaque précieux accessoire de coiffure pour les rendre à la propriétaire légitime. « Elle pourra recommencer, comme ça. » Elle craint qu’il n’apprécie pas sa proximité avec Jade, sa façon de déposer des baisers sur sa joue rose, de la prendre sur ses genoux ou de la traiter avec cette tendresse qu’il ne lui connait pas. Elle lui a affirmé ne pas vouloir d’enfants, elle lui a fait comprendre qu’elle ne les aime pas, et là, chez les Drake, elle devient la parfaite petite-amie, la parfaite belle-fille qui se révèle aussi polie que maternelle. Peut-être que cette facette le repoussera. « J’ai embrassé plein de filles sur ce banc, quand j’étais gamin. » Oh. Elle s’installe près de lui. La température est en train de se réguler, de baisser d’un ou deux degrés, l’empêchant d’avoir la sensation d’être en ébullition. Elle serait presque jalouse de toutes ces filles qu’il a pu embrasser. Presque, parce qu’à l’époque, elle était sans doute bien loin de l’âge auquel on pense à charmer des garçons. « Mais ne te sens pas obligée de m’embrasser avec cette coiffure atroce. »

Elle passe les doigts derrière sa tête.. il reste encore une couette intruse qu’elle détache consciencieusement. Un sourire en coin se glisse sur ses lèvres alors qu’elle se penche pour lui voler un baiser furtif, à peine perceptible. « Mmh.. comme ça ? » Comme une adolescente timide qui tente sans être certaine, qui vole un baiser en espérant un retour, l’estomac noué, le coeur battant à tout rompre. Est-ce que c’est ainsi qu’il a commencé, sur ce banc, dans une ville calme et tranquille ? « Ou.. comme ça.. » Un baiser plus tendre, plus long. Un baiser comme elle sait lui en donner, plein d’amour et d’envie. Elle se rapproche, savourant le silence, savourant cet univers nouveau qui les enveloppe, dans le froid de l’hiver, loin de tout ce qu’elle a connu, pour orner de douceur ce qui le rend nostalgique. « J’aime ta famille.. » elle a posé sa joue contre son épaule, plaçant sa main dans l’une des siennes. Ca commence à aller mieux. Elle est bloquée à 35°c mais elle a l’air de mieux le vivre, de ne pas tellement en souffrir. Et elle est sincère, elle aime bien sa famille, elle aime bien les sourires des gamins, l’air chaleureux de Cameron, le côté protecteur de Japser. « .. Même Ronnie. » Oui. Il ne lui a pas parlé mais il ne s’est pas montré agressif. Certes, la journée ne fait que commencer et lorsqu’il saura ce qu’elle sait faire, peut-être sera-t-il moins sympathique. La pensée est chassée rapidement, inutile de s’angoisser.

« Tu as chaud. » Elle secoue la tête pour signifier que non. Son corps s’est habitué, ou du moins lutte-t-il avec moins de violence contre le phénomène. Une silhouette derrière le rideau d’une maison. Elle ne s’en inquiète pas, Bobby a le droit de vivre, le droit d’exister. Il a le droit de revenir dans sa maison familiale, profiter de ses parents. La discrimination l’insupporte, la révolte. Elle a été du côté inverse, dans le rejet de l’humanité classique, dans la contrariété face à la peur, l’ignorance - elle a savouré la terreur dans le regard de ceux qui ont préféré se refermer derrière les instincts primaires. Ca n’est plus le cas. Être une X-Woman l’a poussée à comprendre que la violence n’est pas toujours la solution, même si elle garde une effrayante facilité à tuer, à éliminer les menaces. Ici, son mode de fonctionnement bascule, elle réalise qu’il demeure encore un vide, quelque part, un creux que rien n’a jamais comblé et qu’elle s’est appliquée à effacer, qui a sombré avec sa mémoire. « Axel ne voulait pas d’enfants. » Le ton de la confidence. Elle est obligée de l’exprimer, de peur de ne jamais plus trouver l’occasion de l’informer, des fois que la réalité la rattrape, qu’elle laisse à nouveau s’effacer les découvertes. « J’ai renoncé parce que je savais qu’il ne changerait pas d’avis, et il s’est avéré qu’il n’y avait qu’une faible chance pour que cela fonctionne en étant si froide.. » Elle essaye de lui expliquer ses réactions, de lui expliquer qu’il n’a pas à avoir d’inquiétudes en ce qui concernait ses neveux et nièces. Du moins elle le suppose, et s’il y a quelque chose qui ne fonctionne plus, il sera toujours là. Il ne l’abandonnera pas, n’est-ce pas ? « .. J’ignorais qu’il était possible de s’adapter.. ainsi.. » Snow aimerait comprendre comment et pourquoi. Peut-être que miss Roe aura la réponse. Elle osera poser la question, un jour. Bobby savait régler sa température corporelle, consciemment, ça n'était pas vraiment son cas, c'était plus un effet secondaire ou.. une méthode de survie, pour sa mutation. Une agaçante lacune. « Si tu me supportes plus d’un mois, on reviendra ? » Une demande à laquelle il ne s’attendait sans doute pas, lui qui lui avait présenté ce dimanche comme une séance de torture et d’ennui mortel. Elle paraît pourtant y tenir, autant pour lui que pour elle, pour cette opportunité de relation presque banale, avec son lot de complications familiale et de joies simples. C’est ce que représentent les Drake : un bonheur comme elle n’en avait jamais vu, entre les tensions et l’amour retenu. Un bonheur de famille qui tente de rester unie malgré le déni.
 
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De loin, ils ressemblent à un couple normal. Deux personnes qui s’entrelacent. Deux personnes qui s’aiment. Deux personnes qui discutent. Deux personnes qui profitent du temps, sur un banc. De loin, ils ont l’air d’un couple amoureux. De près, aussi. Mais de près, la conversation est moins banale. De près, le couple n’est pas aussi commun. De près, on réalise qu’ils sont à peine couverts. De près, on comprend qu’ils parlent de mutation. Pourtant, ils sont un couple comme les autres. Ils s’aiment. Ils ont leurs moments de complicités. Ils ont leurs moments de tension. Quoique, pour ces derniers, ils sont encore rares. Voire inexistants. Ils ont la complicité des vieux couples. Ils ont la proximité des nouveaux couples. Ils sont les deux à la fois. Un couple qui vient de subir les présentations à la famille. Un couple qui prend du temps pour se retrouver. Il est soulagé qu’elle apprécie les Drake. Il est soulagé qu’elle ne soit pas apeurée. Les premières minutes se sont biens passées. Les premiers échanges aussi. Elle commence à tomber sous le charme des Drake. Elle commence à fondre devant les visages angéliques des mini-Drake. Il est encore persuadé qu’elle n’en veut pas, pourtant. Il reste convaincu qu’elle ne souhaitera jamais avoir d’enfants. Après tout, elle le lui a dit. Elle lui a assuré que ce ne serait pas pour elle. Elle lui a certifié ne pas pouvoir en avoir et ne pas les aimer. Certains préfèrent jouer avec les enfants des autres plutôt que d’avoir ses propres bouts à gérer. Certains souhaitent juste les côtés positifs des enfants. Alors, il comprend que Snow fasse partie de ces personnes. Il comprend qu’elle ne souhaite pas se charger de l’éducation d’un bambin. Il comprend qu’elle ne souhaite pas vivre en fonction de lui pendant vingt ans. Il comprend. Il ne cherche pas. Il ne veut pas chercher. Il ne veut pas comprendre. Et même s’il le souhaitait, il trouverait des réponses facilement. “.. Même Ronnie.” Elle accepte tous les Drake sans exception. Mais elle n’a pas vu le pire. Elle n’a pas vu de quoi est capable Ronnie. Elle ne le sait pas. Elle n’en pas une once d’idée. Auquel cas, elle ne serait pas aussi indulgente avec lui. Bobby serait un mauvais frère de le décrier. Alors, il se réjouit qu’elle aime sa famille, plutôt que de critiquer son aîné. Parfois, le silence est la meilleure solution. Parfois, le silence vaut mieux que tous les mots. Parfois, il faut savoir se taire. Parfois, il faut simplement profiter du moment présent. Du silence. Du contact.

Snow contre lui, il sent davantage sa chaleur. Il la perçoit comme une douce couverture. Une douce chaleur qui l’enveloppe. Elle joue le radiateur. Elle réchauffe la fraîcheur de Bobby. Il ne cherche pas à augmenter sa propre température. Il se laisse faire. Il laisse son corps se réchauffer au contact de Snow. De la même manière qu’elle se laisse rafraîchir lorsqu’elle souffre de la fièvre. Les rôles s’inversent. Ils se régulent. Ils s’équilibrent. Ils n’ont pas besoin de choisir entre le chaud et le froid. Entre la chaleur et la fraîcheur. Ils peuvent avoir les deux. Ils peuvent être à mi-chemin. Il joue avec ses doigts. Le regard perdu sur ces mains entremêlées. Avec Malicia, il n’a pas eu ce plaisir. Avec Malicia, il ne pouvait pas la toucher sans un tissu entre eux. Avec Snow, il est tellement facile de pouvoir le faire. Il n’y a pas de retenue. Il n’y a pas d’instinct de survie. Il n’y a pas de danger mortel. Juste le plaisir de toucher. “Axel ne voulait pas d’enfants.” Grâce à ses confidences, il dresse un portrait peu glorieux d’Axel. Homme violent, infidèle, qui ne voulait pas d’enfants, qui embrigadait sa maîtresse. Un homme peu sympathique. Il n’est même pas étonnant qu’Axel n’ait pas souhaité d’enfants. Cela l’aurait engagé avec Snow. Cela l’aurait forcé à avoir deux familles. Cela l’aurait forcé à trouver une autre maîtresse. Trop de problématiques. Trop de contraintes. “J’ai renoncé parce que je savais qu’il ne changerait pas d’avis, et il s’est avéré qu’il n’y avait qu’une faible chance pour que cela fonctionne en étant si froide..” Il presse sa main. A une époque, elle en a voulu. A une époque, elle espérait avoir des enfants. Cette nouvelle explique mieux son comportement avec Jade. Elle explique mieux ce nouvel instinct maternel dont elle a fait preuve. Elle a désiré des enfants. Peut-être que ce n’est pas trop tard. Peut-être qu’elle changera d’avis. Mais un corps froid n’est pas un endroit propice à l’évolution. Un milieu froid est mortel pour un embryon. La nature n’est pas toujours clémente. Elle est souvent cruelle. Encore plus lorsqu’il s’agit de donner la vie. “.. J’ignorais qu’il était possible de s’adapter.. ainsi..” La mutation relève du mystère. Chaque être mute différemment. Et même lorsqu’il s’agit de deux mutations similaires, elles évoluent autrement. Le cas s’est présenté pour eux. La neige d’un côté, la glace de l’autre. Ces changements ne s’expliquent pas toujours. En évoluant, on découvre de nouveaux mystères de la mutation. Snow en a eu la preuve aujourd’hui. “Si tu me supportes plus d’un mois, on reviendra ?” Il met une seconde à comprendre sa phrase. Revenir dans un mois ? Ce n’est pas raisonnable. Ce n’est pas envisageable. Il en est déjà à deux visites en l’espace de trois mois. Il ne faut pas déconner. Ronnie leur ferait une syncope. Ils abuseraient de sa patience. Mais après tout, si son frère n’est pas content, ils s’en fichent non ? Ronnie s’en remettra. “D'accord, on reviendra.

A voir ensuite, si ce n’est pas Bobby qui en aurait marre. Après avoir passé autant d’années loin de sa famille, il lui faudra un moment d’adaptation. Il lui faudra réapprendre à supporter ses parents régulièrement. Sinon, il laissera Snow seule, au milieu des Drake. Elle se transformera en son porte-parole. Il prétextera une surcharge de travail. Les psychologues ont toujours trop de travail, c’est bien connu. “Tu vas bientôt me faire passer pour le fils indigne.” Ses parents ne comprendront rien. Ses parents ne sauront pas comment le prendre. Ils hésiteront entre l’ancienne petite-amie qui refusait de venir plus souvent et la nouvelle petite-amie qui tire leur fils jusqu’à la maison familiale. Il imagine déjà les reproches parentaux. S’il ne va pas souvent dans l’Iowa, c'est aussi pour éviter les questions gênantes. C'est aussi pour échapper au regard scrutateur de sa mère. C’est pour quand le mariage ? Quand allez-vous nous faire des bébés ? Quand est-ce que tu vas te caser ? Toutes ces questions ont fini par le lasser. Toutes ces questions ont eu raison de sa patience. Se déplacer plus souvent sera autant de nouvelles occasions de l’interroger. De les interroger. Se déplacer sera leur donner l’opportunité de les questionner. Mais il le fera. Il supportera. Ce sont ses parents, il faut les prendre comme ils sont. Il accepte bien des mutants dangereux. Il accepte bien des mutants psychologiquement instables. Pourquoi ne pas tolérer deux retraités ennuyés ? Il devrait avoir le courage pour ça. Revoir ses neveux et ses nièces sera sa récompense. Et Snow aussi pourra en profiter. Visiblement, il n’est pas le seul à tomber sous le charme de ces petites bouilles. Il n’est pas le seul sensible à ces frimousses faussement sages. “Tu étais adorable avec Jade.” Elle ferait une bonne mère. De celles à l’écoute des enfants. De celles qui calment leurs peurs en pleine nuit. De celles qui prendraient le temps de les conseiller et de jouer avec. Une mère attentionnée et complice, comme elle a su l’être en une minute avec Jade. Axel n’a pas souhaité qu’ils aient des enfants et c’est bien dommage. “Tu aurais pu être une bonne mère, si tu avais eu des enfants avec Axel.” Si aujourd'hui, ses envie se sont volatilisées, ce n'est pas grave. Elle aurait pu être une bonne mère.


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ls reviendront, s’il la supporte. Ils reviendront si ils sont encore ensemble. Ils reviendront si Bobby n’est pas lassé, s’il ne veut pas revenir auprès de Malicia. Il fait une concession, elle le sent, alors elle a la sensation de s’être mal exprimée, d’avoir réclamé quelque chose au lieu de le rassurer sur son acceptation totale de sa famille. Elle n’est pas encore très douée avec les mots, c’est toujours un peu compliqué de parler avec le psychologue-petit-ami, mais ça vient, doucement. Ils ne se disputent plus tellement, ils se révèlent complices, tendres, ils s’ouvrent l’un à l’autre, sans se prendre la tête. Elle se sent bien. « Tu vas bientôt me faire passer pour le fils indigne. » Elle fait la moue. Une moue d’excuse. Un baiser sur sa joue, une caresse dans son cou. Non, ça n’est pas ce qu’elle voulait qu’il comprenne mais ça n’est pas grave, il ne lui en veut pas, elle ne culpabilise pas, tout va pour le mieux. Ils pourront revenir pour faire plaisir à sa mère, pour rassurer son père, pour embêter Ronnie, pour beaucoup l’embêter. Pour montrer à cette fichue ville que le garçon dont ils ont eu si peur est devenu un homme bien, un homme dont toutes les femmes voudraient faire leur époux. « J’aimerais juste t’offrir une vie normale, Bobby. » Elle a croisé son regard. Les yeux bleus ont exprimé une vague d’amour sur laquelle elle n’a eu aucun contrôle - un sourire doux, un geste tendre, les billes pétillantes. La carapace est tombée, définitivement. Snow ne lui impose plus de barrières, pas ici. Il n’y a pas besoin de frontière. « La vie à laquelle on n’a jamais eu droit. » Il n’y a pas d’animosité et elle n’évoque clairement pas son couple précédent, non, elle évoque cet endroit, ce passé, elle évoque les préjugés, les doutes, la peur. Il lui a avoué avoir manqué tuer quelqu’un, avoir mis en danger William ; elle a tué sa mère, menacé son père, sa soeur. Ils ont eu leur époque de tourments. Est-ce une raison pour se priver d’espoirs ? Il lui donne l’envie d’espérer, peut-être même de faire des projets. Elle ne s’explique pas le changement, elle ne s’explique pas tout ce qu’il provoque en elle.. Ils verront bien, plus tard. Ils auront des semaines entières pour en parler. « Ca va.. vite, entre nous. C’est un peu effrayant par moments mais.. je crois que tu m’apprends à être heureuse. » Un terme encore jamais employé pendant les séances, elle n’a jamais évoqué quoique ce soit qui puisse, de près ou de loin, s’apparenter à ce qui « pourrait la rendre heureuse », un thème sans résultat, qui n’a laissé apparaître aucun souvenir. Le travail a échoué, sur le sujet. Plus là. Il a ouvert la porte vers un chemin encore inexploré.

Il joue avec ses doigts, ils n’ont pas besoin de chercher des raisons de s’éloigner, ils n’ont plus aucune utilité du déni ; parfois, il faut savoir profiter. Elle a envie de profiter. « Tu étais adorable avec Jade. » Elle rougit un peu. Elle ne sait pas si elle était adorable, mais elle a bien aimé se faire maltraiter par la petite princesse. Elle a bien aimé l’avoir contre elle, l’observer se concentrer comme si elle faisait une oeuvre d’art - pour un résultat digne d’une Picasso du capillaire. « Tu aurais pu être une bonne mère, si tu avais eu des enfants avec Axel. » Un étrange réflexe l’a poussée à poser une main sur son ventre, comme une défense, comme un vieux souvenir effacé. Ca lui arrivait, parfois, ces gestes parasites. Ils en avaient tous les deux constatés un certain nombre et ses crises de somnambulisme n’en étaient qu’un paroxysme. « Il m’aurait tuée. » En faisant en sorte qu’un troisième enfant de lui ne vienne pas au monde. Il était thermokinésiste, de quoi donner une chance sur deux de survie à une progéniture, moins qu’avec un cryokinésiste, plus qu’avec un être humain lambda vivant sous 37°c permanent.

Il est des réalités qui sont faciles à oublier, elles font mal alors l’esprit les éloigne, ce sont les premières choses envolées avec l’amnésie. Parfois, on n’a simplement aucune envie de s’en rappeler alors on fait comme si ça n’avait jamais existé. Les femmes battues tentent en vain de pardonner. Snow n’avait pas vraiment été battue, juste un peu brutalisée lorsqu’ils étaient en désaccord, lorsqu’il voulait et pas elle ; ça avait suffit. Ca n’était qu’une gamine au parcours chaotique qui ne s’était jamais remise de rien. Un soupir s’extirpe de ses lèvres, elle l’embrasse tendrement avant de souffler : « Il n’y a qu’une personne avec qui je veux faire ce genre de projet et c'est toi. » et sans autre forme de procès, elle se lève pour passer la porte d’entrée, lui laissant le loisir de suivre ou non, d’intégrer ou pas. Ca va vite mais elle persiste : avec lui, oui, parce qu’elle n’aurait pas peur. Avec un autre non, parce qu’elle ne désire pas être déçue, parce qu’elle ne veut pas lutter des années pour finir dénigrée ou regardée telle un monstre. Lui l’accepte. Pour la première fois depuis des années, elle se sent pleinement acceptée. « Princesse Jade ? Viens vite voir, il faut recommencer. le vent a tout enlevé ! » Le ton amusé, le regard joyeux. Elle se plie bien volontiers à la passion de la petite. « Sauf si tu préfères des tours de magie ou des histoires. » Elle vient de voir Lawson, un peu boudeur, dans le coin, alors elle lui tend la main. « Tu peux venir, toi aussi, si tu veux. » Il a cette façon étrange de la regarder, comme si elle n’était pas réelle et si elle ne comprend pas pourquoi, elle préfère ne pas en faire cas. Autant les occuper jusqu’à ce que madame Drake ait terminé de cuisiner. Leurs parents ont l'air absorbés par des conversations de grands, pour sa part, Prudence préfère rester dans l'innocence de l'enfance.
 
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J’aimerais juste t’offrir une vie normale, Bobby.” Une vie normale. Un rêve utopique. Un rêve inaccessible. Ils n’auront jamais de vie normale. Pas en restant à l’Institut. Pas en restant chez les X-Men. Ils ne sont pas faits pour la normalité. Ils ne sont pas habitués à la banalité. Il ne veut pas d’une vie où le seul souci sera d’arroser les plantes ou de faire les courses. La vie qu’il mène aujourd’hui lui convient. Se rapprocher de sa famille ne suffira pas à prétendre à la normalité. Se rapprocher de sa famille ne fera que leur montrer ce qu’ils ne pourront jamais avoir. Cameron et Ronnie ont des problèmes de parents. Ils se soucient de faire entrer l’argent tous les mois. Ils s’interrogent sur l’éducation de leurs enfants. Ils se demandent qui ils vont inviter pour le bruch du dimanche. Madeline et William réfléchissent à la prochaine sortie au marché avec les amis. Ils ont une vie normale. Une vie rythmée par le lever, le travail, les passe-temps, le coucher. Ils ont une vie où ils ne risquent pas de mourir à cause d’une mission. Ce n’est pas le cas de Snow ou de Bobby. En embrassant la vie de X-Men, ils ont oublié le quotidien. Ils ont oublié la vie normale. Ils auraient pu y aspirer s’ils avaient quitté l’Institut. Sauf que la vie normale n’est pas faite pour eux. Ils ont besoin de bouger. Ils ont besoin d’aider. Ils ont besoin de protéger. Ils ont besoin d’action. Cela fait des années qu’il est à l’Institut. Des années qu’il aide les X-Men. Sa vie sans actions ne serait plus la même. Il lui manquerait quelque chose. Il lui manquerait l’adrénaline. Il lui manquerait l’action. Il aurait besoin d’un travail où il peut être en danger. Où il peut être sur le terrain. Psychologue dans un cabinet, en plein centre-ville n’est pas ce qu’on appelle être sur le terrain. “Ca va.. vite, entre nous. C’est un peu effrayant par moments mais.. je crois que tu m’apprends à être heureuse.” Il croise son regard. Oui, ça va incroyablement vite. Beaucoup trop vite. Il a passé dix ans à vivre au ralenti. Voilà qu’il vit en accéléré. La sensation est étrange. Il a le sentiment de perdre pied. Il a le sentiment de ne pas pouvoir stopper l’enchaînement des événements. Et pourtant, cette vitesse est grisante. Snow en est heureuse. Elle découvre ce sentiment. Elle est heureuse. Rendre quelqu’un heureux est tellement agréable. Rendre quelqu’un heureux est tellement gratifiant. En particulier lorsqu’il s’agit d’une personne qui a très peu connu le bonheur. En particulier lorsqu’il s’agit de la froide et solitaire Snow. Qu’elle en vienne à ressentir du bonheur est inimaginable. Impossible.

Il m’aurait tuée.” Le réponse le fait sursauter. Axel est bien pire. Axel est bien plus dangereux. Comment a-t-elle pu passer autant de temps avec lui ? Comment a-t-elle pu accepter ses violences ? La jeunesse, la peur de la solitude, l’envie d’être aimée… Les explications sont nombreuses. Elle n’aime pas les enfants et dans ces conditions, il ne peut que comprendre pourquoi. On peut vite apprendre à détester des choses si notre survie est en jeu. Axel a cassé Snow. Il en a fait une créature décharnée et perdue. Il s’est amusé avec elle. Bobby espère ne jamais en arriver là. Il espère ne jamais devoir menacer quelqu’un de mort. Il espère ne jamais avoir à brutaliser la personne qu’il aime. Un châtiment atroce pour la victime. “Il n’y a qu’une personne avec qui je veux faire ce genre de projet et c'est toi.” Il la dévisage, à la recherche d’une pointe d’ironie. A la recherche d’un sourire moqueur. A la recherche d’un mensonge. Rien. Elle dit la vérité. Elle est sincère. Il reste interdit lorsqu’elle s’en va. Elle l’abandonne dans ses incertitudes. Elle l’abandonne avec ses questions. La porte d’entrée se referme, mais pas le flot d’interrogations. Il se penche en avant. Il emprisonne sa tête entre ses mains. Cette confidence ne le laisse pas indifférent. Il est touché. Il est heureux. Oui, heureux qu’elle envisage de fonder une famille avec lui. Heureux qu’elle lui fasse assez confiance. Heureux qu’elle soit prête à revenir sur ses décisions. Mais il est encore perdu entre deux histoires d’amour. Il est encore en équilibre entre le coeur brisé et le coeur réparé. Il est entre deux états, sans savoir où se situer. Sans savoir où aller. Malicia a parlé d’un break. Juste un break. Une pause d’une durée indéterminée. Une pause pour se retrouver. Et le voilà qu’il s’engage dans une nouvelle relation. Le voilà prêt à tirer un trait sur leur histoire. Le voilà prêt à tout reconstruire avec une autre femme. Maintenant que Snow lui a ouvert son coeur, il ne peut plus faire machine arrière. Il ne peut plus s’interroger. Il ne peut plus réfléchir. Il doit simplement foncer. Foncer et profiter. Profiter et aimer. Il se lève. Assez de réflexion pour aujourd’hui. Il retourne dans la maison avec une nouvelle détermination. Une nouvelle certitude. Une nouvelle envie de vivre cette relation pleinement.

Le salon est empli du bruits des conversations, des rires, des bruitages des enfants. Le salon est rempli de vie. Il reste à l’entrée, l’épaule appuyée contre le chambranle de la porte, à étudier ce spectacle. Il serait capable de s’y habituer. Il serait capable de vibrer au son des rires de ses neveux. Il serait capable de supporter le regard de Ronnie. Il serait capable de voir Snow jouer avec Jade et Lawson. Il serait capable d’aimer cette scène. “Attention, fiston !” Bobby fait un pas de côté, dans la pièce. Ses parents débarquent avec des plats fumants. Un festin. Ils prévoient toujours beaucoup. Toujours trop. La fin du monde n’est pas pour demain, mais ils ne l’ont pas encore compris. Ils déposent les plats sur la grande table. Une table de salle à manger en bois qui a accueilli des centaines de repas de famille. Madeline se retourne vers les enfants. “A table ! Oh… Prudence, venez par-là, juste à côté de nous. On pourra discuter tranquillement comme ça.” Il tique. Juste à côté d’eux. Ce choix pue le piège à plein nez. Ce choix transpire l’interrogatoire. Ce choix est le pire qu’il puisse imaginer. Il aurait préféré être à l’autre bout de la table, à subir les questions des enfants. Il se bouge. Il rejoint Snow avant qu’elle ne s’installe. Il se penche sur son oreille. “Surtout, ne mange pas sa purée. Sous aucun prétexte.” Son ton est sérieux. La mise en garde l’est aussi. Il est coutume de ne jamais toucher à sa purée. Parce qu’elle est immangeable. Sa mère n’arrive pas à gérer un plat aussi simple que la purée. Fait étrange puisqu’elle maîtrise des plats plus compliqués. Personne n’a eu l’audace de lui dire. Personne n’a eu le courage de lui expliquer. Ils sont assez lâches pour ne pas supporter le courroux de la mère de famille. Il s’installe en face de Snow. “Nous voulions vous remercier d’être tous venus aujourd’hui. Nous sommes heureux de vous avoir à nos côtés… n’est-ce pas, William ?” L’intéressé lève les yeux vers sa femme. Un air blasé sur le visage. Toujours trop de cérémonie avec Madeline. Toujours trop de mise en scène. Après toutes ces années, il n’est toujours pas fatigué. Il est toujours aussi patient et aimant. Un modèle de sainteté pour ses fils. “Oui oui, merci à tous.” “Allez, servez-vous ! Prudence, vous prendrez bien un peu de purée ? C’est ma spécialité.” Madeline attrape le plat de purée et le tend à Snow avec un sourire. Bobby secoue vivement la tête. Il écarquille les yeux. Elle doit reposer ce plat. Elle doit le reposer tout de suite. Elle doit poser doucement la cuillère. Sans gestes brusques. Elle n’imagine pas l’explosion des papilles qui l’attend. Une explosion atroce qui pourrait la mener tout droit aux toilettes. Une explosion dangereuse pour ses sens. Non, elle ne doit pas prendre sa purée.

Bobby, tu as un problème ?” Sa mère le fusille du regard. Elle ne comprend pas son comportement. En fait, elle a fini par comprendre que sa purée pose problème. Toute personne qui la goûte ne se ressert plus jamais. Elle se doute qu’elle doit être mauvaise. Mais elle est trop orgueilleuse pour avouer avoir raté ce plat. Alors, elle persiste à la préparer. Elle persiste à la proposer. Il esquisse un grand sourire. “Non, non...” “Alors, tu vas bien prendre de la purée ?” La punition ultime. Le sourire a disparu. L’expression du gars puni l’a chassé. Il va passer un mauvais moment. Il va devoir prendre sur lui. Son expérience lui a appris qu'il n'y a pas de méthode idéale pour l'avaler. Il a essayé plusieurs techniques. La manger froide. La manger chaude. La manger gelée. L’avaler avec de l’eau. L’avaler avec du pain. Rien. Le goût infecte reste toujours dans la gorge. Tout le monde est servi. Tout le monde a ignoré la purée, sauf Madeline, Snow et Bobby. Même William l’a snobée. Bobby va commencer par le moins bon. Il va commencer par la purée, pour savourer les haricots et les pommes de terre. Il va faire ça. “Vous êtes tellement mignons tous les deux… à quand le mariage ?” Il s’étouffe. Décidément, elle ne passera pas, cette purée.

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« Family isn’t something that’s supposed to be static, or set. People marry in, divorce out. They’re born, they die. It’s always evolving, turning into something else. » - Sarah Dessen, Lock and Key.
B
obby changera peut-être d’avis, il y avait même de fortes chances pour qu’il ne soit jamais le père de ses enfants mais s’ils n’envisagent pas de vivre, quand le feront-ils ? Alors Snow profite de chaque seconde, du sourire de Jade, de la timidité de Lawson, des bavardages ambiants. Elle profite d’une famille qui n’est pas la sienne, qu’elle ne risque pas de briser - ils s’en chargeaient seuls. Elle chasse les démons, les fantômes, en jouant avec les enfants, en chatouillant la fillette. Elle n’a cependant pas approché la progéniture de Ronnie, craignant trop son hostilité. « A table ! Oh… Prudence, venez par-là, juste à côté de nous. On pourra discuter tranquillement comme ça. » Elle se redresse. Jade a eu la gentillesse de ne pas lui faire une autre coiffure tendance. Poliment, la jeune femme obéit, désireuse de ne pas froisser Madeline Drake, chef d’orchestre de ce repas digne d’un banquet médiéval. Combien y avait-il de plats ? « Surtout, ne mange pas sa purée. Sous aucun prétexte. » Noté. Donc sa mère cuisine bien, sauf la purée. Comment pouvait-on rater une chose aussi simple que la purée ? Ca n’était jamais qu’écraser des pommes de terre, rien de sorcier. Le ton qui suit est solennel, des remerciements en bonne et due forme de parents traditionnels. Ca ne dépayse pas trop. Elle ne s’attendait pas à voir la terrible purée arriver si vite. Prise au dépourvue, et découragée par le regard de Madeline, elle sourit. « Je ne raterais cela pour rien au monde, madame. » C’est une alerte rouge dans les billes de Bobby qui tente toujours de la dissuader et se retrouve puni, au même régime qu’elle ; régime purée. Avec la viande on peut prétexter qu’on est végétarienne.. avec la purée, à moins d’être patatophobe, il n’y a pas trente-six solutions. « Alors, tu vas bien prendre de la purée ? » Il ne sourit plus du tout, tel un enfant boudeur condamné à manger ses légumes. La situation est comique. Enfin elle l’est jusqu’à ce que Snow porte la première bouchée à ses lèvres. C’est infecte. Elle n’en laisse rien paraître mais le goût est indéfinissablement mauvais. C’est comme.. une pâte à sel loupée, sans le sel. Oui, voilà, elle ajoute du sel, discrètement, sans trop d’espoir que ça y change quelque chose. Entre les burger, le lard et la purée, l’estomac de la blonde est en camp militaire.

« Vous êtes tellement mignons tous les deux… à quand le mariage ? » Elle a manqué recracher l’eau qu’elle était en train de boire pour faire passer la mixture. Le quoi ? Le mariage ? Mais cela fait quarante-huit heures ! Elle a simplement envie de l’embrasser, de coucher avec, de jouer, de rire, de sortir, peut-être d’avoir un mini-Drake plus tôt que prévu mais se marier c’est un engagement à vie ! Bobby va retourner avec Malicia enfin, un jour ! Un enfant, ils peuvent l’élever même séparés, en bon terme. Un mariage, ça ne grandit pas un week-end sur deux ! « .. Lorsque votre fils en fera la demande, madame. » Elle n’a pas tellement su quoi répondre, elle a laissé échapper la seule chose qui lui est venue à l’esprit, et après tout, c’est à l’homme de demander. Qu’il gère les ambitions folles de sa mère, là, elle ne peut pas lutter. Elle lutte déjà contre ce plat immonde ! « Vous avez déjà hâte que je vous appelle belle-maman ? » Un sourire taquin. Il faut bien ça. Polie, romantique, maternelle et traditionnelle. C’est bien comme petite-amie, non ? Elle est certainement à l’opposée de toutes les copines qu’il leur a ramené.

Le sujet est déstabilisant, cependant, et si elle fait bonne figure, sa purée tire la tronche, piégée dans la glace, ce que ne manqueront pas de remarquer les enfants. Le plat en sorbet, on n’y aurait jamais songé, n’est-ce pas ? Les prunelles trop bleues se fixent sur Bobby. Elle panique complètement, morte de peur à l’idée de terrifier sa famille. Elle mord son index replié, se forçant à respirer. Rien d’autre n’a été touché, il n’y a aucun blessé et elle est à bonne distance de Ronnie. Cacher sa mutation est désormais peine perdue. Ses mains glissent sous la table, elle les pose sur ses genoux pour conserver un minimum de maîtrise. « Je.. suis désolée.. » Ne pas s’angoisser. Elle entreprend de compter jusqu’à vingt dans sa tête, pour focaliser sur des détails rationnels et non sur ses émotions. Ne pas bloquer sur les sentiments, ce serait pire. Bobby est là. Il va lui en vouloir mais il est là pour régler les questions, il est là pour les empêcher d’être plus violents que de raison. « Ca n’arrive pas d’habitude, c’est.. l’émotion. »
 
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Est-ce que le mot ‘mariage’ vient-il d’être prononcé ? Il a halluciné. Il ne peut en être autrement. Parler de mariage alors qu’il vient tout juste de la présenter à sa famille. Sa mère devient complètement folle. Sa mère a perdu la raison. Il la dévisage. Il tente de se remettre de son asphyxie. Elle n’est pas sérieuse. Et pourtant, elle a l’air parfaitement concernée par cette éventualité. Si les conversations autour de la table avaient été animées, elles ne le sont plus. Tous les regards sont médusés. Tous les regards sont posés sur Madeline. C’est un piège. C’est une tentative de déconcentration. C’est une volonté de destruction. Qu’est-ce qu’il lui prend ? Elle n’a jamais agi ainsi. Peut-être est-ce la perfection de Snow qui la met dans tous ses états. Peut-être est-ce pour ébranler le calme et la sagesse de Snow ? Peut-être est-ce pour tester la solidité de ce nouveau couple ? Peu importe. Il ne comprend pas. Il tente de faire passer la purée avec un verre d’eau. Sa mère a le don de poser des questions gênantes. Elle a le don de créer des malaises. Mais là, elle se surpasse. Il ne préfère même pas répondre. Il ne préfère même pas entrer dans son jeu. Même si cela suppose de laisser Snow gérer toute seule. Lui n’a plus la force face à Madeline. Il abandonne. A quand le mariage… non, mais elle est cinglée ! Elle ne peut pas savoir qu’ils sont en couple depuis seulement quarante-huit heures. Elle ne peut pas se douter qu’ils n’en sont qu’au début. Mais elle doit bien imaginer que leur couple est jeune. Ils ne peuvent pas penser au mariage après seulement deux ou trois mois ensemble. Bon sang ! “.. Lorsque votre fils en fera la demande, madame.” C’est tout ce qu’elle trouve à dire ? Quand il aura fait sa demande ? C’est tout ? Pas de ‘dans 10 ans’ ? Non, seulement une responsabilité rejetée sur ses épaules. Heureusement qu’il n’a pas fait sa demande hier ou aujourd’hui. Heureusement qu’il ne compte pas la faire demain. En couple depuis quarante-huit heures et déjà fiancés. La folie. D’un autre côté, ils sont déjà en train de parler d’enfants. Ils sont déjà en train de parler de l’avenir. Le mariage en fait partie. Mais l’idée de s’unir est restée de côté. Elle est restée comme une éventualité impossible. Elle est restée dans l’ombre, comme un tabou. Le mariage est un sujet qu’ils n’ont pas abordé. Il cherche du soutien dans les yeux de son père. Mais celui-ci est resté figé par la question. Il est resté sous le choc de la demande. Même William parvient à être surpris par son épouse, après toutes ces années d’union. Un mariage… quelle idée !

Vous avez déjà hâte que je vous appelle belle-maman ?” Snow s’en amuse. Réellement ou faussement ? Difficile à dire. Il a encore la gorge en feu. Il a encore le goût de la purée sur la langue. Il a encore la question en tête. Il en perd l’appétit. Il abandonne sa fourchette. Il abandonne son verre d’eau. Il n’a pas idée du jeu de sa mère. Mais quoi que ce soit, l’idée ne lui plaît pas. L’idée ne met mal à l’aise. L’idée le déstabilise. Même avec Malicia, elle ne s’est pas montrée aussi directe. Elle ne s’est pas montrée aussi pressée. “Doux Jésus !” La mine affolée de sa mère le tire du brouillard. Il suit son regard jusqu’à l’assiette de Snow. En route, il croise les yeux affolés de la mutante. La purée a subi l’assaut de la glace. Il lui a dit de ne pas s’en servir, pas de la glacer sous le coup des émotions. “Je.. suis désolée..” “Qu’avez-vous fait à ma...” Les mots manquent à la matrone. Les mots lui échappent. Elle ne se doutait sûrement pas que la charmante jeune femme amenée était une autre mutante. Elle ne se doutait sûrement pas qu’elle était capable de geler ses plats dégueulasses. Bobby est trop loin pour la toucher. Il est trop loin pour faire taire sa mère. Au lieu de cela, il lui lance un regard dur. Un regard blessé. Encore une fois, Madeline est incapable d’accepter. Encore une fois, elle s’effraye. Encore une fois, elle panique. Elle n’acceptera jamais vraiment les mutants. A moins que ceux-ci n’usent pas de leur mutation sous son toit. “Ca n’arrive pas d’habitude, c’est.. l’émotion.” Il déplace son regard jusqu’à le poser sur Snow. Ses yeux se sont adoucis. Ils se sont apaisés. Ils se sont calmés. Deux yeux clairs tendres sur une silhouette paniquée. “Tu n’as pas à t’excuser, Prudence.” Il est hors de question qu’elle refoule sa nature. Il est hors de question de cacher à sa famille qu’elle est une mutante. Le sujet n’a pas encore été abordé. Maintenant, ils savent. Charge à eux de l’accepter et de vivre avec. Non, elle n’a pas à s’excuser. “Mais Bobby… elle a… ma purée...” Il soupire. Oui, elle a… sa purée, mais elle est immangeable, alors on s’en fiche, non ? Pour eux, ce n’est qu’un accident isolé. Pour eux, ce n’est qu’une catastrophe parmi tant d’autres. Pour les Drake, il s’agit d’un danger. Ils ne voient que le risque pour eux. Ils ne voient que la possible d’être blessés. Être pédagogue et patient dans ces cas-là est important. Sauf qu’il l’a déjà été. A de nombreuses reprises. Il jette un regard sur le côté. Il s’assure que Ronnie ne saute pas sur le téléphone. Non, il a l’air étrangement figé. Bien. Il étend le bras jusqu’à l’assiette de Snow. En quelques secondes, la glace s’est résorbée pour laisser la purée légèrement humidifiée et plus liquide. “Voilà. Prudence va pouvoir manger ta purée atroce. Rassurée ?

Son ton est plus sec et tranchant qu’il ne l’aurait souhaité. Il aime encore ses parents. Malgré leur rejet. Malgré leurs comportements. Il persiste à les aimer. Mais face à Snow qui est encore fragile et qui a souffert bien plus du rejet que lui, il en oublie son amour pour eux. Il y a un temps pour tout. Celui-ci est pour remettre les choses au clair. Il est et restera un mutant. Par conséquent, ses amis, ses petites-amies et ses éventuels enfants sont potentiellement des mutants. Un fait que sa famille semble oublier. “Comme dans les liiiivres !” La petite Jade a les yeux émerveillés. Ils brillent d’une lueur magique. Elle vient rompre le silence tendu. Il réalise qu’il a très peu utilisé sa mutation devant elle. En fait, jamais. Snow vient de le remplacer dans le coeur de sa petite nièce. Ca en est fini pour lui. Il adresse un sourire rassurant à la jeune femme. Tout va bien. Ils sont ensemble. Il n’a pas honte. Cameron se lève pour s’emparer de l’assiette de Snow et l’emmener dans la cuisine. Un petit réchauffement s’impose. Après tout, une purée à l’eau, bien que mauvaise, mérite au moins d’être mangée chaude. Quant à Jade, elle trépigne sur sa chaise. Elle se penche au-dessus de son assiette pour mieux voir sa nouvelle amie. “Dis madame, tu peux recommencer, s’il teuuuh plaîîît ?” “Jade, tes cheveux trempent dans ton assiette. Et on ne joue pas… à la glace à table. Si Prudence veut jouer avec toi, elle le fera après-manger.” Le ton de Jasper a été hésitant. Mais c’est bien ça. On ne joue pas à la glace à table. Une nouvelle règle d’éducation à mettre en place. Il faut savoir imposer des limites aux enfants, sinon ils finissent par manger en regardant la télévision, les pieds sur la table. L’enthousiasme de Jade a semble-t-il déridé Jasper. Lawson est tout aussi émerveillé. Il était déjà admiratif devant la beauté de Snow. Cette fois, il a le sentiment qu’elle est un personnage sorti d’un dessin animé ou d’un jeu vidéo. Pendant que d’un côté de la table, on spécule sur les pouvoirs de Snow. De l’autre, Bobby s’empare du plat de pommes de terre écrasées pour le présenter à sa mère. “Tiens maman, tu veux peut-être reprendre de la purée ?” Elle laisse tomber sa fourchette sur la table. Elle quitte la table, tremblante. Ronnie la suit de près. Bonne ambiance. Il repose le plat avec un soupir. Ca lui passera. Être mise devant le fait accompli ne peut que lui faire du bien. Il a eu tort en n’utilisant pas ses pouvoirs devant sa famille. Il ne les a pas aidés à s’approprier le concept de mutation. Il a fait une erreur. Il est plus que l’heure que les Drake comprennent ce qu’est le gêne X. Il récupère son assiette et prend la place sa mère, à côté de Snow. Il va chercher une de ses mains sous la table. “Je crois qu’elle ne se vexera pas si on ne mange pas sa purée.” Il arbore un sourire en coin. Madeline n’est plus à ça près. Elle va ruminer sa frayeur et sa colère dans une pièce de la maison, avant de revenir. Il ne se fait pas de souci pour cela. Et puis, si même sa mère est incapable de l’aimer parce qu’il est mutant, il n’a rien à faire ici.

Je m’excuse pour ce qui vient de se passer. Les Drake manquent parfois de politesse.” William s’est penché vers Prudence, un sourire désolé aux lèvres. Cette charmante jeune femme semble tellement mieux élevée qu’eux. Elle semble tellement peinée par cet accident. William a toujours été plus tolérant et plus ouvert que son épouse. Il a toujours été moins effrayé par ces changements. Bien sûr, il l’est un peu. Il pourrait mourir au contact de n’importe quel mutant. Mais il fait confiance à Bobby et par extension, à Prudence. “Tu as encore faim ? Sinon, je crois qu’il y a une princesse qui veut des tours de magie.” Il dépose un baiser sur sa joue. Il n’y a aucune rancoeur envers elle. Toute sa rancoeur est dirigée vers Madeline et Ronnie. Les plus réfractaires. Les plus intolérants. Il est peut-être temps de partir. Mais peu importe. Des personnes l’apprécient encore dans cette maison. Ce serait dommage de partir maintenant. “Ou on peut se balader au bord de mon fameux lac.” Cela dit, une petite promenade loin de la tension pourrait leur faire du bien. Une promenade avant de revenir. Une promenade pour s’échapper un instant. Une promenade pour découvrir l’un des endroits qui a marqué son enfance.

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