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 WISHOP → could you break my fall ?

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could you
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kate & billy


Il ne pouvait plus faire machine arrière. Pas après ce qu’il s’était passé avec Tommy, pas après ce qu’il avait dit. Il n’avait plus le droit de leur cacher la vérité alors qu’Eli était dans le coma parce qu’il leur avait demandé de l’aider à trouver son jumeau. Billy avait espéré pouvoir leur parler avec Noh-Varr ou même Tommy à ses côtés, mais ils n’étaient pas là. Son frère avait fui à nouveau et le Kree était parti à sa recherche. Il ne lui en voulait pas, il savait pourquoi son ami faisait cela, mais il ne pouvait pas s’empêcher de se sentir terriblement seul. David, America, Teddy et Kate étaient assis à la table du salon, celle qu’ils utilisaient pour dîner tous ensemble, d’ordinaire. La pièce était devenue un tribunal et il était seul pour se défendre. David avait les yeux rougis et la mâchoire crispée, ses doigts battaient un rythme agacé sur ses bras croisés. L’état d’Eli le touchait plus que n’importe qui. America semblait détachée, sereine, elle était bien la seule. Teddy l’observait avec une certaine angoisse dans le regard et Kate… Kate le détestait. Kate aurait pu le tuer d’un regard. Il ne l’avait jamais vue aussi furieuse, à part peut-être quand ils avaient découvert qu’Eli se droguait, dans son monde. Et encore.
Billy était debout, il était incapable de s’asseoir. Il n’avait plus sa place, à cette table. Il inspira profondément, tenta de chasser l’angoisse qui enserrait sa gorge et ouvrit enfin la bouche. « Je viens d’une autre dimension. Mon véritable nom est William Maximoff. Je suis le fils de Wanda Maximoff et la Vision. Ces noms ne vous disent rien, mais chez moi, ils étaient tous les deux des Avengers. » Il se tut, passa une main tremblante dans sa tignasse, cherchant ses mots, quoi raconter. « Dans mon monde, on s’est tous rencontrés quand on avait environ seize ans et on est devenus des superhéros, les Young Avengers. Au début, on était… » Il ne put s’empêcher d’esquisser un mince sourire en se remémorant leurs premières missions, leurs échecs les plus cuisants, le ridicule de leurs costumes. « On était vraiment mauvais, mais on a fini par devenir plutôt célèbres. » Ils n’avaient jamais été aussi reconnus que les Avengers, mais ils s’étaient fait un nom, une réputation. Rien à voir avec ce qu’ils étaient ici.

« Il y a deux ans… Mon père a été tué. » Sa voix faiblit, il baissa les yeux, lutta contre les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux. « Et… Et Tommy… » Il ne parvint pas à terminer sa phrase, mais ils avaient probablement compris où il voulait en venir. Le silence s’installa, lourd, pesant, tandis qu’il cherchait à garder le contrôle, à se maîtriser. Les bras le long du corps, dans une posture rigide, il n’osait même plus les regarder. Ses doigts trituraient le bas de sa chemise, nerveusement. « Ma mère a le même pouvoir que moi, elle peut manipuler la réalité, faire de la magie. Perdre mon père et Tommy, ça… elle n’a pas supporté. » Il ferma les yeux, ne put s’empêcher de revoir les yeux hantés de sa mère, sa lente descente en enfer. « Elle a cherché à les ramener et s’est approprié un pouvoir trop grand, trop instable. » Il vit les Avengers périr un par un, les villes détruites, les milliers d’innocents tués. « Elle a perdu la raison et a plongé notre monde dans le chaos, » murmura-t-il dans un souffle rauque.
« On a voulu l’arrêter. » Il ne parvenait plus à se contrôler à présent et ses épaules tremblaient autant que ses mains. « Je pensais… je pensais pouvoir l’arrêter et vous… ils ont insisté pour m’accompagner mais… » Sa voix se brisa et il porta une main à son visage, meurtrit sa lèvre inférieure dans l’espoir de contenir un sanglot. « Y a plus que Noh-Varr et moi, » croassa-t-il faiblement. « Il… il m’a convaincu de partir, qu’on ne pouvait plus rien faire et… on a traversé plusieurs dimensions, jusqu’à retrouver Tommy et… et venir ici. » Il retira sa main, se mit à fixer le coin de la table de ses yeux écarquillés. « J’me suis juré… j’me suis juré que je ferais tout pour que ça n’arrive pas ici, pour que… pour que vous soyez en sécurité, pour que tout le monde le soit. »

Il leva enfin les yeux vers eux, les suppliant presque du regard de comprendre. « J’vous ai rien dit parce que… parce que j’voulais pas vous imposer ça et… » Bien malgré lui, son regard s’arrêta sur Teddy. « Tout est si différent, ici, » murmura-t-il d’une petite voix. « Je suis déso— » Un bruit sourd résonna dans la pièce et il se tut. Kate s’était levée d’un bond, avant d’abattre ses deux poings sur la table. Elle tremblait, elle aussi, la tête baissée. « De quel droit… » cracha-t-elle avec hargne avant d’enfin redresser la tête pour plonger un regard qui manqua de le faire chanceler dans le sien. « De quel droit tu te pointes ici pour diriger le cours de nos vies ? De quel droit tu… Eli est dans le coma et c’est de ta faute, si tu ne t’étais jamais venu, si tu… » La haine déformait ses traits, une haine entièrement dirigée vers lui. « T’es vraiment qu’un connard, » siffla-t-elle avant de quitter la pièce.
« Kate, att— » Il entendit la porte de la chambre de Kate claquer et le silence s’installa à nouveau. Billy avait la nausée et son cœur battait si fort dans sa poitrine que c’en était douloureux. Il balaya les autres du regard, contempla leur silence insupportable. « Je… » Il secoua la tête. « Merde, » cracha-t-il d’une voix rauque. « Merde, Kate. » Ne tenant plus, il sortit de la pièce à son tour et traversa le couloir avant de s’arrêter devant la chambre de la jeune femme. Il leva une main tremblante et frappa. « Kate, ouvre ! » s’exclama-t-il. Aucune réponse. Il serra les dents, lâcha  un juron et se téléporta dans la pièce. « J’ai jamais voulu qu’Eli soit blessé, Kate ! » fit-il en écartant les bras. « J’ai rien voulu de tout ça, j’ai… J’vous ai tous vu mourir, putain ! J’vous ai tous perdus, je… je veux pas que ça arrive ici, je te l’ai dit, je t’ai dit que j’voulais tous vous protéger, que je… » Il s’interrompit et s’avança vers elle. « Je t’ai dit que ça changerait tout ! Je t’ai dit que j’étais pas prêt à te perdre, » murmura-t-il d’une voix faible. « Pas encore. Plus jamais, s’il te plaît, » il la suppliait encore. A croire qu’il ne savait faire que ça.  

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give me my life back
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There's an old voice in my head that's holding me back, well tell her that I miss our little talks, Soon it will be over and buried with our past, We used to play outside when we were young And full of life and full of love, Some days I don't know if I am wrong or right, Your mind is playing tricks on you, my dear.

On aurait dû l'écouter, David. Tu sais qu'on aurait dû l'écouter... ” Kate et David n'ont jamais été proches. Enfin si, ils sont amis, ils le sont, ils s'aiment bien, ils se font confiance; mais ce n'est jamais vers lui qu'elle s'est tournée pour un conseil ou du réconfort, et ce n'est jamais à elle qu'il s'est confié comme David osait le faire avec Eli et Teddy. À croire que leurs caractères étaient trop opposés pour s'entendre: toujours à se battre, à se chamailler, à se gueuler dessus, à s'envoyer des horreurs à la tête. Il y avait toujours Eli pour les canaliser, Teddy pour les réconcilier et puis après, Billy pour les réunir contre un seul ennemi, Noh-Varr pour les distraire, America pour les faire rire.

Et pourtant, dans cette petite chambre d'hôpital aux couleurs absentes, ils ne sont que deux.

Même Teddy est rentré au QG. Kate se sent injuste. Kate se sent horrible: elle lui a hurlé dessus jusqu'à se déchirer la gorge, jusqu'à ce que les larmes jaillissent, jusqu'à le frapper quand il a essayé de la prendre dans ses bras. Kate se sent horrible mais elle n'ose même pas lui envoyer un message: dans son monde, en cet instant précis, il n'y qu'Eli qui respire difficilement sous ses yeux, et la main de David dans la sienne. “ Regarde dans quel état il est. Il est si petit et si fragile... Putain, David. ” Ils se tournent, en même temps, vers la porte pour apercevoir dans la fenêtre le corps d'Eli, et sa grand-mère qui pleure à côté, et son grand-père qui reste immobile, frigide, les yeux fixés sur le corps inconscient de son petit-fils adoré. “ Pourquoi t'es pas venu avec nous? ” demande-t-elle soudain, et David sort de son mutisme pour braquer sur elle un regard incertain. “ Logan m'a appelé- - T'étais pas là, tu- tu comprends pas. Ils parlaient... David, putain, ils disaient n'importe quoi. Et Teddy il y croyait mais- pourquoi t'étais pas là? Pourquoi t'as pas senti les emmerdes venir avec ta mutation? T'es pas sensé savoir que les autres nous mentaient? ” Le visage de David reste impassible, même quand son ton monte, même quand la main de Kate broie la sienne. Il y a même... il y a même de la compassion dans ses yeux. Non: de la pitié.
Kate- - Regarde-le, David! Regarde Eli et ose me dire que tu lui fais confiance! On aurait jamais dû l'accepter parmi nous. On aurait jamais dû- on aurait dû écouter Eli. ” Elle retire sa main de la sienne et tout d'un coup, elle a froid. Les yeux fixés sur la fenêtre qui lui permet de voir, de loin, le corps inanimé d'Eli, elle essaie de ne pas pleurer, ou de ne pas hurler, et cette sensation n'arrête pas de l'étreindre en ce moment, c'est horrible, ça l'étouffe. “ Ou il aurait dû ne pas nous écouter, philosophe David, et Kate tourne un regard brillant vers lui. — On s'en fout. Moi, tout ce que je vois, c'est qu'on a fait confiance à cet enfoiré, qu'il a retourné la tête de Teddy et que ton meilleur ami est là, dans le coma, et que toi- toi tu réagis pas! ” Mais David est impassible, et son regard est inflexible. Quand elle lève la main pour le gifler, pour le réveiller, ouvrant déjà la bouche pour lui hurler dessus, il attrape son poignet avec une force qu'elle ne lui connait pas. Elle ferme la bouche. “ Je sais que tu es énervée mais pas la peine de retourner ça contre moi. ” Il est sentencieux et calme. Il relâche sa main, elle soupire. “ Tu as raison, dit-elle, car David a toujours raison même si elle prétend toujours le contraire. Je suis énervée envers moi-même parce que j'ai convaincu Eli que c'était une bonne idée et regarde-le, David. Regarde-le. ” Ils tournent la tête en même temps, à nouveau.
Il a l'air si jeune, dans l'inconscience. Si fragile. Si petit, aussi, comme s'il avait dégonflé en fermant les yeux sur le monde, comme si il était redevenu un enfant. “ Tu sais que ce n'est pas de ta faute, Kate, n'est-ce pas? ” Il a de nouveau glissé sa main dans la sienne, et Kate n'a pas la force de le repousser. “ Non, ce n'est pas la mienne.

David a des larmes aux coins des yeux mais Kate doit rester forte. Teddy a la tête retournée par les jolis mots de Billy, America est une traîtresse, Noh-Varr est absent et Kate est résolument seule, seule, seule. Elle a envie de secouer Teddy dans tous les sens pour lui dire de se réveiller, d'ouvrir les yeux. Que ce mec a mis un de ses meilleurs amis dans le coma, et qu'il s'arrêtera où, hein, il s'arrêtera où? Et qu'est-ce qu'il fait là? Mais en cet instant précis, Kate évite le regard de son petit ami, et elle évite aussi les yeux qu'il pose sur Billy, les yeux curieux et intéressés et nerveux qu'il pose sur lui.
Kate a les bras croisés. Kate regarde Billy, en jetant parfois une oeillade vers David, mais Kate ne dit rien. Elle attend, tout en sachant pertinemment que rien ne pourra calmer le feu qui ravage ses entrailles, qui brûle dans son regard. « Je viens d’une autre dimension. » Kate ferme les yeux. Elle doit se retenir pour ne pas sauter sur ses pieds et hurler. Elle écoute ce qu'il a à dire, il le faut bien. Elle le croit, même si son coeur, sa logique, son esprit lui disent que c'est impossible, elle le croit. Elle le croit parce que ça explique tout, parce qu'ils vivent dans un monde où des dieux d'autres galaxies ont inspiré des mythologies. Elle le croit parce qu'elle se souvient du regard hanté qu'il a porté sur elle, cette fameuse nuit dans la cuisine. Elle le croit parce que c'est Billy. « J’vous ai rien dit parce que… parce que j’voulais pas vous imposer ça et… » Il les regarde un à un, et son regard s'arrête sur Teddy. « Tout est si différent, ici. » Et puis, toutes les pièces se mettent en place.
De quel droit- de quel droit tu te pointes ici pour diriger le cours de nos vies? De quel droit tu- Eli est dans le coma et c’est de ta faute, si tu ne t’étais jamais venu, si tu- ” Les mots s'entrechoquent. Elle se sent ridicule, mais elle se sent aussi en colère, haineuse, rageuse, inutile, left out. Elle s'est levé, a abattu ses poings sur la table. Elle sent le regard inquiet de Teddy, incompréhensif de David, désintéressé d'America. Elle a envie de tous les secouer, un à un. Pourquoi tu lui fais confiance? Pourquoi tu dis rien? Pourquoi tu réagis jamais? Mais ils ne disent rien, ne font rien. Et toute cette haine, toute cette tension, elle la dirige vers Billy. Vers William Kaplan, Maximoff, qu'importe. Elle la dirige vers Wiccan, le garçon sorcier qui a été son ami, le garçon sorcier qui l'a écouté se plaindre dans le secret de la nuit et n'en a jamais rien dit, le garçon sorcier qui est amoureux de Teddy parce que dans un autre univers, tout est différent et Teddy est amoureux lui aussi de lui.

T’es vraiment qu’un connard ” est tout ce qu'elle arrive à marmonner avant de quitter la pièce, après avoir frappé une nouvelle fois la table. La porte claque. Elle se coupe du monde. D'eux. De lui.
Vite. Aller à la chambre, vite, fermer la porte, verrouiller, Teddy va vouloir la suivre. Prendre un sac, des affaires, ne pas réfléchir. Elle prend de quoi transporter son arc, un carquois, ses gants, des couteaux de lancer- - « J’ai jamais voulu qu’Eli soit blessé, Kate ! » Elle fait brusquement volte-face, une expression de pure terreur sur le visage avant de reconnaître Billy — évidemment. Évidemment qu'il la regarde comme si il était au supplice, le gamin sorti d'un autre univers, le gamin avec les grands yeux et le coeur pourri. Il parle trop vite, elle reste pétrifiée face à lui, laissant lentement tomber sa main qui s'est levée pour lancer un couteau.

« J’ai rien voulu de tout ça, j’ai… J’vous ai tous vu mourir, putain ! J’vous ai tous perdus, je… je veux pas que ça arrive ici, je te l’ai dit, je t’ai dit que j’voulais tous vous protéger, que je… » Il s'avance. Elle recule. « Je t’ai dit que ça changerait tout ! Je t’ai dit que j’étais pas prêt à te perdre, » dit-il, et sa voix est brisée, son coeur aussi, mais elle ne peut pas se permettre de s'ouvrir à un menteur, de lui accorder du crédit ou de l'amour ou de la confiance ou du temps ou de l'attention ou de l'affection ou quoique ce soit, alors elle détourne les yeux. « Pas encore. Plus jamais, s’il te plaît. » Elle a l'impression qu'ils sont en train de se séparer, et la pensée la fait autant rire que grincer des dents. “ On allait très bien sans toi, personne n'était blessé, personne n'était malheureux. ” Elle déteste sa voix, inflexible, vindicative. “ On avait tous nos vies, et nos problèmes et nos douleurs et nos passés et on était heureux. On était juste heureux, Billy. Et toi y'a eu la merde dans ton... univers, à cause de ta mère. Alors t'es venu ici. Pourquoi? ” Elle plisse des yeux et puis, pour ne pas s'avancer vers lui et asséner chaque mot avec un coup de poing ou de poignard, elle se détourne pour recommencer à mettre dans son sac des affaires, sous-vêtements, t-shirts, un pantalon. “ C'est un univers différent, Billy. Pas ton passé, mais notre présent. Un présent où tes parents n'ont apparemment pas d'enfants, ou en tout cas, pas des mutants. Un présent où on aurait jamais dû se rencontrer. Et toi- -
Elle s'arrête à un moment, la gorge nouée, les phalanges blanches sur les bras de son sac à dos. Elle vole à travers la pièce, regardant tout sauf Billy, décrochant d'un mur une photo, enfilant par-dessus son haut un épais pull gris. “ Toi, reprend-t-elle difficilement, tu débarques parce que t'as perdu des- des copies de nous dans ton univers. Et tu fous la merde. Pourquoi? ” Cette fois, elle le regarde. Il est plus proche qu'elle ne le pensait en faisant volte-face. “ Tu sais qu'on n'est pas les mêmes. Tu sais qu'on ne sera jamais les mêmes, tu sais qu'on ne s'est pas rencontrés quand on avait seize ans et tu sais que dans cette dimension, tu n'existes pas. Tu te doutais pas qu'en venant ici t'allais bousculer l'ordre des choses? Hein? ” Elle approche d'un pas, les poings fermés. “ C'est pour nous empêcher de faire des choses différentes? Ou juste parce que tu supportais pas un monde où tu n'existes pas? J'imagine que tu veux nous sauver de ce qui va nous arriver, dans le futur dans ton monde où ta mère devient dingue. J'imagine que tu veux juste nous sauver, et juste nous revoir, parce qu'on est morts et parce que t'étais pas capable de nous sauver de ta folle de mère. ” Ils sont nez-à-nez maintenant, Billy acculé contre la porte de sa chambre. “ Et maintenant, Elijah est dans le coma. David est inconsolable. Je regrette tout — les Young Avengers, Teddy, t'avoir accepté, avec Noh-Varr et America. Ton frère parlait de sa dimension où t'as tout détruit et tu disais que c'était impossible. Hell, même Teddy disait que c'était impossible! Toi? Détruire un monde? ” Oh, Teddy. Ses pensées doivent figurer sur son visage, elle le sait; le tremblement de sa lèvre, la larme qui brûle de tomber de son oeil, ses traits serrés et douloureux. Elle se recule vivement, se détourne, se passe une main sur le visage avant d'effacer les larmes, rageuses. Kate va vers son sac sur le lit, le ramasse, met son arc sur son épaule, son carquois. Elle sait qu'elle est vache. Horrible. Qu'elle remue un couteau chauffé à blanc dans une plaie ouverte.
Elle se tourne vers lui. “ Alors dis moi Billy, détruire un monde, ça fait quoi?

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Il vit le sac, les affaires en désordre. Elle partait. Elle ne supportait plus de le voir, tant et si bien qu’elle partait. Elle fuyait sa propre maison pour ne plus avoir à le supporter. C’était peut-être ça, le plus douloureux. Ce n’était même pas sa colère, sa haine. C’était de se rendre compte qu’il était insupportable au point de faire fuir les personnes qu’il aimait le plus. Sa présence avait empoisonné Kate. Il l’avait rendue ainsi, tout était de sa faute. « On allait très bien sans toi, personne n'était blessé, personne n'était malheureux. » Il encaissa, les dents et les poings serrés, la gorge nouée. Il n’avait pas voulu tout ça. Il n’avait jamais voulu qu’Eli soit blessé, que Tommy le déteste, qu’ils se déchirent tous à cause de lui. Il avait simplement souhaité les revoir à nouveau, réparer le mal qu’il avait fait dans son monde en étant incapable d’arrêter sa mère. Il avait voulu faire mieux. « On avait tous nos vies, et nos problèmes et nos douleurs et nos passés et on était heureux. On était juste heureux, Billy. Et toi y'a eu la merde dans ton... univers, à cause de ta mère. Alors t'es venu ici. Pourquoi? » Une partie de lui voulait toujours la défendre. Il aurait pu la détester, il aurait probablement dû haïr sa mère pour ce qu’elle avait fait, comme Tommy le haïssait lui. Mais il en était incapable. Wanda avait perdu la raison, elle avait tué tout le monde, elle avait tué Teddy. Mais elle était sa mère. Sa mère qui avait perdu son frère jumeau, l’amour de sa vie, son fils. Sa mère qui avait lentement sombré et qu’il n’avait pas été capable d’aimer suffisamment pour l’empêcher de perdre la raison. Sa mère qu’il n’avait pas pu sauver.
Elle aussi, elle avait tenté de tout changer, de tout arranger. Elle aussi, elle avait voulu faire mieux et s’était perdue en chemin. Son visage hantait ses cauchemars, son regard vide le terrifiait, mais il ne parvenait pas à la détester. Il n’arrivait pas à la mépriser pour sa fragilité. Au lieu de cela, il se méprisait lui-même. Pour sa faiblesse, ses échecs. Il aurait pu empêcher tout cela, il le savait. Si seulement il avait été assez fort. Alors oui, une partie de lui voulait toujours la défendre, mais il n’en fit rien, parce qu’elle ne pouvait pas comprendre. Kate ne pouvait pas comprendre que s’il se laissait consumer par la haine, il avait peur de suivre le même chemin que sa mère.
Il était venu ici parce que Noh-Varr l’avait empêché de choisir la solution la plus facile ; laisser tomber. Il aurait pu, il avait prié pour qu’elle le tue lui aussi, pour que la douleur cesse. Mais Noh l’avait empêché d’être faible, il lui avait donné un but.  

Elle s’activait toujours, retournait la pièce en préparant son sac, pour partir. Pour le quitter. « C'est un univers différent, Billy. Pas ton passé, mais notre présent. Un présent où tes parents n'ont apparemment pas d'enfants, ou en tout cas, pas des mutants. Un présent où on aurait jamais dû se rencontrer. Et toi- -. » Il voudrait comprendre ce qui la poussait à le détester à ce point. Pourquoi elle ne parvenait pas à comprendre qu’il n’était pas venu ici pour semer le trouble dans leur vie. Il comprenait qu’elle lui en veuille d’avoir menti, de leur avoir caché la vérité tout ce temps, mais il ne saisissait pas d’où venait toute cette rancœur. Était-ce à cause d’Eli ? Ça ne serait pas la première fois que dans son chagrin, Kate s’en prenait à tous ceux autour d’elle. Mais ça n’avait jamais été à ce point. « Toi, tu débarques parce que t'as perdu des- des copies de nous dans ton univers. Et tu fous la merde. Pourquoi? » Il voulut lui répliquer que c’était elle la copie. Qu’il avait perdu les originaux, qu’il avait perdu toute sa vie en un battement de cils.
Etait-il vraiment méprisable d’avoir voulu retrouver ce qu’il avait perdu ? Pouvait-on vraiment le haïr d’avoir si mal que seule la présence de ces copies l’empêchait probablement de cesser tout simplement d’être ? « Tu sais qu'on n'est pas les mêmes. Tu sais qu'on ne sera jamais les mêmes, tu sais qu'on ne s'est pas rencontrés quand on avait seize ans et tu sais que dans cette dimension, tu n'existes pas. Tu te doutais pas qu'en venant ici t'allais bousculer l'ordre des choses? Hein? » Billy ferma les yeux parce que sa vision était trouble, parce que la regarder était insoutenable. Oui, il avait pensé à tout cela. Noh-Varr et lui avaient d’abord décidé d’accomplir leur mission seuls, en restant le plus possible à l’écart. Mais il avait failli perdre le Kree à peine arrivé dans ce monde et il avait compris qu’ils ne pourraient rien accomplir s’ils ne restaient que tous les deux. Vers qui se tourner, dans ce cas ? Ils étaient peut-être différents, mais ils restaient les personnes en qui Billy avait une confiance aveugle.
Ils étaient ses précieux amis, ceux qu’il avait perdus, ceux qui lui manquaient tant, chaque jour, qu’il peinait à respirer. « C'est pour nous empêcher de faire des choses différentes? » Billy ouvrit la bouche, outré qu’elle pose une telle question. Il n’avait jamais rien fait pour les changer ! Il avait souffert de ces différences, il en souffrait chaque jour, mais il faisait avec, il acceptait qui ils étaient ici, elle n’avait aucun droit de lui jeter ça au visage, aucun droit de sous-entendre qu’il voulait les changer. Il en avait le pouvoir et il ne l’avait pas fait, ne le ferait jamais. Comment pouvait-elle… ? Il pourrait avoir Teddy. Il pourrait avoir Teddy, simplement en souhaitant que ce soit le cas et il ne l’avait pas fait, parce que même si ça faisait mal, même si ça le tuait de le voir aux côtés de Kate, il ne pourrait jamais vivre en sachant qu’il avait créé ses amis. « Ou juste parce que tu supportais pas un monde où tu n'existes pas? » Elle pensait qu’il les avait trouvés par narcissisme ? Qu’il était superficiel, pathétique au point d’avoir voulu se rendre intéressant ?
« J'imagine que tu veux nous sauver de ce qui va nous arriver, dans le futur dans ton monde où ta mère devient dingue. J'imagine que tu veux juste nous sauver, et juste nous revoir, parce qu'on est morts et parce que t'étais pas capable de nous sauver de ta folle de mère. » Ils étaient si proches que Billy en étouffait. Il avait besoin d’air, parce que ça, ça, c’était le pire. Il se recula, sentit le bois dur de la porte dans son dos et leva un regard presque terrifié vers Kate. Terrifié par ses propos, parce qu’il ne pensait qu’à ça depuis des mois, parce qu’il ne pouvait s’empêcher de se blâmer tout en espérant qu’eux ne le faisaient pas. Et maintenant, Kate le blâmait.

Il les avait suppliés de ne pas venir. Il avait expliqué que c’était à lui d’arrêter sa mère, qu’il était le seul à pouvoir le faire. Ça n’avait rien à voir avec un excès de confiance, c’était un fait. Personne dans leur groupe n’aurait pu rivaliser avec Scarlet Witch. Mais Teddy avait pris sa main et lui avait lancé ce regard qui signifiait Billy, tu es un idiot si tu penses que je vais te laisser faire ça tout seul. Kate l’avait ignoré et Eli avait continué de monter un plan d’attaque, tandis que Cassie et David l’avaient regardé avec un regard confiant. Un regard qui voulait dire On va faire ça ensemble, parce qu’on est les Young Avengers, parce qu’on reste avec toi, quoi qu’il arrive. Il avait tenté, encore et encore. Il était même parti tout seul, au beau milieu de la nuit, tout ça pour qu’ils le rattrapent parce qu’ils avaient prévu, ils avaient su qu’il tenterait quelque chose comme ça.
Alors ils avaient fait face, ensemble. Ils avaient réussi à immobiliser Wanda et Billy s’était approché, pour tenter de la raisonner. Pour lui rappeler qu’il était toujours là, lui, son fils, qu’elle avait mal mais lui aussi. Lui aussi avait mal mais ils pouvaient aller mieux, ensemble. Il avait fait appel aux sentiments d’une enveloppe vide et n’avait gagné que la mort et la désolation.

Eli avait été le premier à tomber. Le trou dans sa poitrine, béant, énorme. Son sang avait éclaboussé le visage de Cassie et David qui n’avaient pas eu le temps de réagir. En pleine tête, entre les deux yeux, tous les deux. Ils s’étaient effondrés, les yeux écarquillés sous la surprise. Le hurlement de Kate s’était tut brusquement, quand sa gorge avait été tranchée, nette. Noh-Varr avait manqué d’être réduit en bouillie, puis Teddy avait disparu.

Désintégré.

En quelques secondes, il les avait tous perdus, parce qu’il n’avait pas été assez fort pour arrêter sa mère une bonne fois pour toutes, plutôt que d’essayer de la ramener. « Et maintenant, Elijah est dans le coma. David est inconsolable. Je regrette tout — les Young Avengers, Teddy, t'avoir accepté, avec Noh-Varr et America. » Il respirait à peine, parce qu’elle était trop proche, parce qu’elle le tuait à petit feu, avec ses paroles. Il aurait pu s’éloigner, la repousser, mais il n’en avait même pas la force. « Ton frère parlait de sa dimension où t'as tout détruit et tu disais que c'était impossible. Hell, même Teddy disait que c'était impossible! Toi? Détruire un monde? » Elle s’éloigna enfin, attrapa son sac, son arc et son carquois, prête à partir, à le quitter définitivement. Billy ne respirait toujours pas. Elle se tourna vers lui, enfin, et lui asséna le coup final, mortel. « Alors dis-moi Billy, détruire un monde, ça fait quoi? »

Il ne bougea pas, d’abord. Il sembla complètement figé, paralysé. Les yeux ronds, il la fixait comme s’il ne comprenait pas ce qu’elle venait de dire. Pourtant, il comprenait. Il comprenait parfaitement. Ta faute, ta faute, ta faute, tout est de ta faute. Pourquoi faisait-elle cela ? Pourquoi ressentait-elle le besoin de lui faire aussi mal ? Kate n’aurait jamais fait ça. Sa Kate n’aurait jamais été aussi injuste, aussi cruelle. Sa Kate était pleine de défauts, mais elle était parfaite. Celle-ci n’était qu’une copie détestable, un monstre envoyé pour lui faire payer tous ses échecs.

Billy la détestait.

Il n’en pouvait plus d’être triste, ne supportait plus de pleurer. Ça faisait trop mal. Pourtant, depuis qu’il l’avait trouvée, elle ne cessait de tout faire pour ça. Elle lui faisait mal en n’agissant pas comme la Kate qu’il connaissait, en sortant avec Teddy, en accaparant son attention, ses sourires, ses baisers. Elle lui faisait mal en le traitant comme une merde, comme un nuisible. Elle lui faisait mal en existant.
Souhaiter que Kate n’ait jamais existé aurait été très facile. Il n’avait qu’à ouvrir la bouche, prononcer ces mots en se concentrant, et cette Kate disparaîtrait pour toujours.
Alors il pourrait peut-être récupérer Teddy, il pourrait faire en sorte que les autres l’aiment comme ses amis l’avaient aimé. Il pourrait récupérer ses parents, sa famille, vivre une vie normale de Young Avengers, oublier tout le reste.

Just close your eyes and make a wish.

Plus de larmes, plus de souffrance, plus de regrets, plus rien. Ce serait si simple. Billy n’avait toujours pas bougé, comme plongé dans une espèce de transe. Il ne remarqua pas qu’une lueur bleue crépitait au bout de ses doigts, dansait dans ses yeux. Tout cela s’évanouit aussi vite que c’était venu et Wiccan posa un regard vide, trop vide sur Kate. « Ma Kate était parfaite. Elle était belle, insupportable, féroce, courageuse, têtue. Elle était parfaite. Ma Kate me connaissait par cœur, jusqu’à mes pires défauts et je savais tout d’elle, jusqu’à ses plus sombres secrets. Ma Kate m’a toujours poussé à faire mieux, à ne jamais baisser les bras. Elle m’a toujours aimé, même quand j’étais stupide. Ma Kate aurait compris. » Il se tut, continuant de la fixer tout en parlant de cette voix morne, dénuée de tout, pleine de rien. « Mon Eli était un enfoiré, mais il était la raison pour laquelle nous ne cessions jamais de combattre. Mon David était sage, il avait toujours le mot pour nous remonter le moral. Mon Teddy… » Sa voix mourut dans sa gorge, seul signe de faiblesse. « Mon Teddy, Kate. Mon Teddy. Pas le tien, jamais le tien. » Il s’avança d’un pas, puis deux, jusqu’à se planter en face d’elle. « Teddy qui m’aimait, qui avait juré de passer le reste de ses jours avec moi, Teddy qui était parfait, Teddy sans qui je ne peux pas respirer, » hoqueta-t-il faiblement.
« Teddy que je retrouve avec toi, Teddy qui t’embrasse, qui t’aime, qui te lance ces regards qui n’appartenaient qu’à moi, A MOI, KATE ! Tu m’accuses de tirer les ficelles, de tout contrôler, de vouloir vous changer ? » Un rire rauque, presque flippant lui échappa. D’un geste de la main, il changea le haut de la jeune femme pour une autre couleur. D’un autre, il lui arracha son sac, son carquois et son arc, les envoya voler à l’autre bout de la pièce. Les murs changèrent de couleur, les meubles de place. La lueur bleue était de retour, l’enveloppait complètement, cette fois-ci. Puis tout redevint comme avant, de la pièce à la couleur de son tee-shirt, jusqu’au carquois sur l’épaule de Kate. « Je n’ai rien changé, » siffla-t-il amèrement. « J’ai subi vos différences, je les ai acceptées, j’ai fait avec. Je n’ai rien changé parce que je les ai perdus, je le sais, chaque jour, je le sais. J’ai voulu faire différemment, vous empêcher de finir comme eux.  J’ai voulu me donner une raison de ne pas retourner là-bas et demander, supplier ma mère de me désintégrer comme elle a désintégré Teddy. » Il darda un regard sombre sur elle. « J’ai voulu faire mieux, ma Kate aurait compris. Ma Kate aurait accepté. Mais tu as raison. Tu ne seras jamais la même. Elle était parfaite et tu es la copie, » asséna-t-il, cruel à son tour.  

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Elle sait qu'elle est exagérément cruelle.
Elle le sait. L'acidité de ses propos lui brûlent la langue. Kate a envie de revenir sur ce qu'elle a dit, elle a envie de sourire, de s'excuser, de revenir sur ses mots, de se faire pardonner, de lui faire oublier, de prendre ses mains dans les siennes, de les serrer, de l'attirer contre elle, de l'embrasser, de chérir son existence et ses yeux tristes et Billy, Billy, qu'elle déteste, à qui elle ne peut pas faire confiance, qu'elle ne peut pas regarder dans les yeux ou toucher ou câliner ou embrasser ou sourire ou s'excuser ou revenir sur ce qu'elle a dit.
Kate reste silencieuse, sentencieuse presque, son sac sur l'épaule et la détermination froide dans son regard. Elle connait un Billy fier, impérial, principe, avec des ordres secs et une confiance inébranlable dans la bouche. Elle connait un Billy sage, avisé, malin, stratège, intelligent; et tout fait du sens, maintenant, s'il les connait mieux que personne, s'il connait leur futur, si il les connait d'ailleurs. Elle connait aussi le Billy à fleur de peau, celui qui a les cauchemars et n'arrive pas à dormir, celui qui a des larmes qui se précipitent à la frontière de ses yeux et coulent plutôt deux fois qu'une. Elle connait aussi, très mal, le Billy fou de rage, avec sa magie qui fait des siennes et l'expression dure de son visage.
Elle connait Billy. Du moins, elle pensait le connaître. Elle pensait pouvoir dire: oui. Cet homme est mon ami. Je le connais. Je sais ce qu'il va dire, ce qu'il va faire, je sais ce qu'il est, je vois ce qu'il va devenir.
Mais devant elle, il y a un étranger.

C'est un étranger, avec des longs doigts fins et des yeux bleus. Si bleus. Trop bleus. Elle connait trop bien cette couleur: c'est la couleur des yeux de Teddy quand ils pétillent, c'est la couleur de la coque du téléphone de David, c'est la couleur de sa tasse préférée, c'est la couleur qu'elle a vu tant de fois électrifier le regard de Billy quand ils faisaient face à des ennemis. C'est la même couleur qui se transforme en étincelles et qui flotte dangereusement autour de ses doigts, la même couleur qu'il agite envers elle, la même couleur qui pétrifie le sang de Kate dans ses veines alors qu'elle se demande: et si? Que va-t-il se passer? De quoi est-il réellement capable? Elle ne connait pas la limite de son pouvoir si grand, si majestueux: elle l'a déjà vu faire des merveilles mais... où s'arrête-t-il? Et si il a hérité du pouvoir de sa mère, sa mère qui a détruit un monde au sens propre comme au sens figuré...
Elle n'a pas le temps de penser à ça. À vrai dire, Kate ne pense pas à grand chose: sa tête est vide, elle ne peut que regarder Billy, qui vibre de magie, alors qu'une peur dévorante et instinctive lui dévore l'estomac. C'est un peur qui remonte à des temps ancestraux, un peur qui hurle danger, une peur qui hurle puissance.
Face à lui, il n'y a rien à faire et tout d'un coup, elle comprend la réaction de Thomas Sheperd quand il a été confronté à ce jeune adulte quasi-divin.

Et puis brutalement, dans cet oeil où des étincelles bleu électrique dansaient quelques secondes plus tôt, il n'y a plus rien. Il n'y a plus rien, que du vide, de l'oubli, de la distance, du froid; rien rien rien. Kate, elle, a l'impression de tout ressentir, de souffrir d'un trop-plein de quelque chose, de n'importe quoi et de tout à la fois. Il y a la colère, la rage, l'horreur, la tristese, le chagrin, la trahison, la culpabilité, la terreur, la douleur qui se battent en duel dans son coeur, dans ses tripes, dans sa tête; mais dans le regard de Billy, dans ce beau regard sombre et terrifiant, il n'y a rien et ça lui donne encore plus envie de se jeter à ses pieds, pour lui demander son pardon, ou pour lui demander qu'il partage ce vide et cet oublie: Kate a juste envie de s'abandonner à l'inconscience.
« Ma Kate était parfaite, » commence-t-il. Oh, quelle tristesse! Elle comprend tout de suite où il veut en venir et sur son visage terrifié s'inscrit quelque chose comme une anticipation douloureuse, comme quand on regarde les quelques secondes avant un accident de voiture en sachant pertinement ce qui va se passer et qu'il n'y a rien à faire pour l'empêcher. Et il enchaîne, chaque mot devant un coup de poing, un coup de poignard. Chaque mot creusant un vide dans son coeur et inscrivant un air terrifié sur son visage. « Elle était belle, insupportable, féroce, courageuse, têtue. Elle était parfaite. Ma Kate me connaissait par cœur, jusqu’à mes pires défauts et je savais tout d’elle, jusqu’à ses plus sombres secrets. Ma Kate m’a toujours poussé à faire mieux, à ne jamais baisser les bras. Elle m’a toujours aimé, même quand j’étais stupide. Ma Kate aurait compris. »

Tant de choses qu'elle n'est pas. Et qu'elle aimerait être.

« Mon Eli était un enfoiré, continue-t-il, mais il était la raison pour laquelle nous ne cessions jamais de combattre. Mon David était sage, il avait toujours le mot pour nous remonter le moral. Mon Teddy… » Et ils y sont. Enfin. Le noeud du problème, le début de la dispute, le début de la fin. Kate pense à Teddy. Teddy avec son sourire tranquille et doux, Teddy avec ses cheveux trop clairs et trop raides, Teddy avec ses épaisses mains mieux faites pour les caresses que pour les armes, Teddy avec ses shampoings dégueulasses, Teddy avec ses jeux vidéos pourris, Teddy avec ses Legos de collection, Teddy avec ses lèvres douces, Teddy avec son corps fort et protecteur, Teddy avec sa moue encourageante, Teddy avec son froncement de sourcils agacé, Teddy avec sa détermination à toute épreuve, Teddy avec sa gentillesse incroyable, Teddy, Teddy, Teddy.
« Mon Teddy, Kate. Mon Teddy. Pas le tien, jamais le tien. » Et il s'avance, et Kate comprend que chaque mot qu'il va prononcer ensuite sera comme une flèche dans son coeur. Elle a envie de se détourner et de fuir, de s'enfuir en courant, de passer par la fenêtre, de ne jamais revenir. Mais l'intensité du regard de Billy la cloue sur place, avec sa voix inflexible, et elle n'arrive même pas à reculer quand il est proche, trop proche. « Teddy qui m’aimait, qui avait juré de passer le reste de ses jours avec moi, Teddy qui était parfait, Teddy sans qui je ne peux pas respirer. » Le simple constat qu'elle savait ne lui apporte même pas de joie. Elle le regarde avec horreur, en se remémorant les regards tristes par-dessous, l'impression proche de la paranoïa qu'il est là pour le lui voler, les doutes, l'horreur, les questions. Elle le regarde avec une terreur grandissante, toujours, encore, quand il est si proche qu'elle peut voir les éclairs dans ses yeux là où se trouvaient, quelques éternités et quelques amitiés auparavant, des étoiles. « Teddy que je retrouve avec toi, Teddy qui t’embrasse, qui t’aime, qui te lance ces regards qui n’appartenaient qu’à moi, A MOI, KATE ! Tu m’accuses de tirer les ficelles, de tout contrôler, de vouloir vous changer ? »

C'est la fin du monde.

Il y a un rire mauvais qui s'échappe d'entre ses lèvres, et Kate voit son haut changer de couleur.
Il y a son épaule qui manque de se déboîter quand son sac vole à travers la pièce, puis son arc, puis le carquois.
Les meubles bougent. Les murs tremblent. La peinture change.
Les étincelles étaient de retour, transformées, alliées en une lueur bleue entière, qui enveloppait Billy comme un cocon réconfortant.
Kate n'avait jamais eu aussi peur de toute sa vie.
Elle avait eu son lot de peurs, pourtant. Des terreurs nocturnes et diurnes qui lui revenaient en salves, la nuit: ses mains, ses cris, son sentiment de solitude, d'abandon, l'isolation, la distance, le froid, l'horreur, la douleur, surtout la douleur. Mais il y avait aussi d'autres images qui lui pétrifiaient le coeur: l'amour de Teddy, dans ses yeux et dans ses mains gentilles; Eli lui tournant le dos, pour toujours, à jamais; David riant, riant à lui en glacer les sangs; Noh-Varr l'ignorant, tout simplement, tout cruelle; America secouant la tête, déçue, tellement déçue; et puis Billy. Juste Billy.
Il y a toutes ces peurs, qui la prennent à la gorge quand elle invoque ces images funestes; mais pourtant, face à lui, alors qu'il pourrait la briser en deux, souhaiter qu'elle n'ait jamais existé, qu'elle soit changé, qu'elle lui donne Teddy et son coeur sans hésiter, face à lui, face à ce dieu, que peut-elle bien faire?

Quand tout revient à la normale, lit blanc bien fait, sac sur son dos et peinture sobre, elle a des larmes aux coins des yeux et si elle avait envie de s'enfuir maintenant devant lui, désormais, elle sait qu'elle sera incapable de bouger. « Je n’ai rien changé. J’ai subi vos différences, je les ai acceptées, j’ai fait avec. Je n’ai rien changé parce que je les ai perdus, je le sais, chaque jour, je le sais. J’ai voulu faire différemment, vous empêcher de finir comme eux.  J’ai voulu me donner une raison de ne pas retourner là-bas et demander, supplier ma mère de me désintégrer comme elle a désintégré Teddy. » Teddy. Sa mère. Elle. Différente. Oh! Comme elle aimerait l'être. Elle aimerait être plus forte. Elle aimerait être plus forte, plus courageuse, plus belle, moins apeurée. Elle aimerait pouvoir regarder Eli et se dire: je n'ai pas peur que tu m'abandonnes. Elle aimerait pouvoir regarder Teddy et se dire: je n'ai pas peur que tu m'aimes. Pouvoir regarder David: je n'ai pas peur que tu te rendes compte de ma vraie et misérable valeur. Pouvoir regarder Billy: je n'ai pas peur que tu me tues. « J’ai voulu faire mieux, ma Kate aurait compris. Ma Kate aurait accepté. Mais tu as raison. Tu ne seras jamais la même. Elle était parfaite et tu es la copie. »

Peut-être que c'est ça le secret.
Peut-être qu'il a créé tout ce monde juste pour oublier le sien. Peut-être qu'ils ne sont que les copies des copies des copies des gens qu'il aurait aimé voir, retrouver, aimer, mais qu'il n'est juste pas parvenu à refaire. Peut-être qu'elle devrait mourir, en cet instant précis, sous son regard froid et cruel, parce qu'elle n'est pas sa Kate, parce qu'elle n'est pas Kate. Peut-être qu'elle ne mérite pas d'être Kate.

Toute cette douleur, toute cette difficulté, tout ça pour quoi?

Elle se souvient d'une conversation qu'elle a eu avec Clint. Elle se souvient de lui avoir demandé pourquoi il traînait avec les Avengers... et surtout, pourquoi les Avengers traînaient avec lui. Et si ça avait été une blague, au début, la réponse avait été bien sérieuse. “ Tu penses qu'ils ont pas besoin de moi? ” Et elle avait haussé les épaules. Que pouvait bien faire un archer, quelle était l'utilité d'une archère, face à un dieu? face à un surhomme? face à des inhumains, des mutants, des super-héros? “ Ils ont besoin de moi, avait dit Clint, avec la même conscience et confiance tranquilles que d'habitude. Ce sont des dieux, et ils ont besoin de quelqu'un pour les garder sur Terre.

Toute cette douleur, toute cette difficulté. Et sur son visage, pourtant, elle ne trouve qu'à mettre en avant de la rage, pure et dure. Toute cette douleur, toute cette difficulté, et tout ça pour quoi? Pour n'être qu'une copie? Pour n'être qu'un pantin à son bon vouloir? Une fausse Kate? Un trompe l'ennui? Un trompe la tristesse? Rien? Rien du tout? “ Je ne sais pas qui tu penses être, le messie ou un dieu, mais tu n'es rien de ça, Billy. Et surtout, je ne sais pas qui tu penses que je suis, mais je ne suis pas ta Kate et je ne l'ai jamais été et je ne le serai jamais. Je suis ma Kate avant tout et ce n'est pas toi, avec ton angst et ton dégoût de toi-même, ta culpabilité, qui vont changer ça! ” s'écrie-t-elle, grinçant des dents, reprenant un peu du poil de la bête sous ce regard trop vide, sous ce regard trop froid. Le sien lance des éclairs. “ Oh, je ne doute pas que tu le pourrais, messie ou dieu, peu m'importe. Tu as le pouvoir de tout changer, le pouvoir de tout détruire mais laisse-moi te dire une chose, Billy: tu peux changer tout ce qu'il y a autour de toi, me réduire à néant, ramener Teddy dans tes bras mais rien, rien ne pourra jamais t'éloigner de toi-même et ramener la paix dans ton coeur tant que tu n'auras pas admis que ton monde est mort.

Le mot sonne comme le glas, comme un coup de grâce. Mort. C'est bien définitif comme mot, ça, mort. “ Ta Kate est morte. Ton Eli est mort. Ton David est mort. Ton Teddy est mort. Je ne sais pas ce que tu cherches ici, si c'est du confort ou de la rédemption, mais tu ne trouveras jamais ni l'un ni l'autre auprès de moi. ” Et puis elle renifle, le regarde de bas en haut, avance d'un pas pour le forcer à reculer d'un à son tour. “ Et si tu cherches de la compréhension, de l'acceptation, de l'amour, ce n'est pas après de moi que tu trouveras, Billy. Ta Kate est morte, et même avec ton grand pouvoir tu ne parviendras jamais à la ramener. ” Oh, elle sait que c'est bien cruel, de lui rappeler la dure réalité de sa dimension. De lui dire que tout est perdu, que rien n'est rattrapable. Mais sait-il qu'elle a dû faire le deuil de Kate, elle aussi? Celle qui riait, celle qui souriait, celle qui regardait les autres avec confiance et amour, qui n'était pas remplie d'acidité à l'égard de son père, de froideur à l'égard de sa soeur, de dégoût à l'égard de son propre reflet dans un miroir? Oh, évidemment, elle sait rire, elle sait sourire, elle sait se maquiller et observer le résultat dans un miroir; mais cette Kate, la Kate qui ne regardait pas au-dessus de son épaule quand elle était seule, la Kate qui aurait ouvert ses bras à Billy pour le réconforter, cette Kate-là, l'ancienne Kate, la Kate forte, où est-elle?

Pas devant Billy, en tout cas. Celle-là même se contente de branler brutalement du chef, comme pour se débarasser de pensées indésirables. “ Les Young Avengers sont tout à toi, j'abandonne. Même si tu ne veux pas les changer, j'espère qu'ils seront à ta convenance. ” Elle sait que c'est nul, de sa part, de parler d'eux comme des objets; que ce n'est pas son rôle, ni ses devoirs, ni ses pouvoirs. Mais ce n'est pas tant un chef passant à un chef ses légions; c'est plutôt l'histoire d'une fille qui abandonne tout, complètement, parce que se battre pour ce qu'elle aime, se battre pour ceux qu'elle aime est trop dur, en cet instant précis, et qu'elle n'a même pas la force de le songer. C'est l'histoire d'une fille qui abandonne la dernière chose qui lui permettait de respirer, l'histoire d'une fille qui s'en fiche ou tout du monde, essaie suffisament fort pour avoir l'illusion de s'en fiche. C'est l'histoire des abandons de Kate, multiples et terribles, qui s'additionnent dans cet univers et sapent sa force: elle s'abandonne à la cause, elle s'abandonne aux autres, elle s'abandonne à cette obscurité grandissante, elle s'abandonne à l'ombre d'elle-même et quand ça craque, elle abandonne la seule chose dont elle est fière au seul homme qu'elle regrette d'avoir jamais détesté. Tout ça parce que, elle s'en rend compte enfin, après des dizaines de rendez-vous, des baisers passionnés, des étreintes à n'en plus finir, des fous rires incontrôlables, des cadeaux inutiles, des sourires équivoques, des regards intenses, elle aime Teddy — et ce constat lui tord l'estomac, parce que le jeune homme en face d'elle l'aime plus encore.
Elle le contourne, se dirige vers la porte, et s'en va.

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Il n’avait jamais voulu en venir là. Il n’avait jamais voulu dire toutes ces choses et lire l’horreur dans le regard de Kate. Il n’avait jamais voulu la blesser ainsi. Il s’était juré de ne jamais parler de Teddy, de ne jamais mentionner à qui que ce soit ce qu’il représentait réellement pour lui, ce qu’ils avaient été, dans son monde. Il avait décidé que ça ne regardait personne et qu’ils n’avaient pas à savoir, que ce serait seulement plus douloureux encore parce qu’ici, Teddy aimait Kate. Pourtant, il venait de le faire, de clamer haut et fort, face à la jeune femme, la véritable nature de sa relation avec Hulkling. C’était douloureux d’en parler, mais ça l’était plus encore pour elle de l’entendre. C’était pour cela qu’il avait fini par le dire. Pour qu’elle souffre autant qu’elle le faisait souffrir à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche. Pour que ce soit à son tour à elle de chialer pendant qu’il crachait son venin. Quand était-il devenu aussi cruel, aussi amer ? Que s’était-il passé pour que voir Kate aussi défaite lui procure plus de plaisir que de l’entendre rire ?
Ce n’était pas juste. Il était venu ici pour tout arranger, pas pour finir comme ça. Il ne prenait aucun plaisir à faire souffrir les autres, ce n’était pas lui, ce n’était pas comme ça qu’il fonctionnait. Il s’en voulait quand il blessait quelqu’un, laissait la culpabilité le ronger pendant des jours quand il rendait ses proches tristes, même s’il ne le faisait pas exprès. Il s’en voulait de faire du mal aux autres, même quand ils s’appelaient Kesler et avaient fait de sa vie un enfer pendant des années. Il gardait ses problèmes pour lui, les laissait le bouffer, il préférait tout garder à l’intérieur plutôt que de cracher sa haine, parce que ce n’était pas lui, ça.

Comment avait-il pu devenir ce déchet qui aimait voir Kate terrifiée, qui prenait plaisir à lui balancer au visage qu’elle n’était rien d’autre qu’une pâle copie qui ne méritait rien de tout ce qu’elle avait jusqu’à présent ? C’était elle. C’était elle qui avait fini par l’empoisonner avec sa méfiance et sa colère, sa rage et ses peurs. C’était elle qui l’avait contaminé avec ses craintes stupides, son intolérance, son incapacité à comprendre qu’il n’était pas l’ennemi, qu’il ne l’avait jamais été. C’était elle qui l’avait rendu comme ça. Tout était de sa faute à elle, à cette Kate qui n’avait fait que le confronter, le pousser dans ses derniers retranchements. « Je ne sais pas qui tu penses être, le messie ou un dieu, mais tu n'es rien de ça, Billy. Et surtout, je ne sais pas qui tu penses que je suis, mais je ne suis pas ta Kate et je ne l'ai jamais été et je ne le serai jamais. Je suis ma Kate avant tout et ce n'est pas toi, avec ton angst et ton dégoût de toi-même, ta culpabilité, qui vont changer ça! » Il ricana amèrement. Un dieu ne se serait jamais retrouvé dans une telle situation. Un dieu aurait été capable de sauver son monde et de protéger ceux qu’il aimait. Un dieu aurait pu ramener son père et son frère. Un dieu n’aurait jamais rencontré cette Kate mauvaise, ce doppelgänger maléfique.
Elle lui parlait de dégoût de soi ? De culpabilité ? Il avait envie de lui rire au nez. Qui les avait pourris parce qu’elle n’était pas fichue de se regarder dans un miroir sans avoir envie de gerber ? Qui s’était sentie obligée de détruire ce qu’ils avaient construit parce qu’elle n’avait pas suffisamment confiance en elle, en ses amis, pour vivre sans se torturer ? Il avait menti, il avait caché la vérité, mais il lui avait promis de tout lui révéler et maintenant que c’était fait, elle le traitait à nouveau comme une merde. Cette Kate n’avait jamais été son amie. Cette Kate était son ennemi. « Oh, je ne doute pas que tu le pourrais, messie ou dieu, peu m'importe. Tu as le pouvoir de tout changer, le pouvoir de tout détruire mais laisse-moi te dire une chose, Billy: tu peux changer tout ce qu'il y a autour de toi, me réduire à néant, ramener Teddy dans tes bras mais rien, rien ne pourra jamais t'éloigner de toi-même et ramener la paix dans ton cœur tant que tu n'auras pas admis que ton monde est mort. » Ils en étaient réduits à ça, alors ? A se balancer les pires horreurs au visage en espérant faire le plus de dégâts possibles ?

Elle croyait quoi, au juste, qu’il ne le savait pas ? Qu’il n’avait pas compris qu’il ne retrouverait jamais ceux qu’il avait perdus ? Elle croyait que ses larmes, ses cauchemars, ses angoisses et ses cris ne cessaient plus parce qu’il pensait pouvoir récupérer tout cela un jour ? Billy savait parfaitement ce qu’il avait perdu, il le savait si bien que ça le tuait à petit feu et elle pensait avoir besoin de lui rappeler que son monde était mort ? Qu’il n’avait plus que Noh-Varr et sa petite mission stupide et insensée ? « Ta Kate est morte. Ton Eli est mort. Ton David est mort. Ton Teddy est mort. Je ne sais pas ce que tu cherches ici, si c'est du confort ou de la rédemption, mais tu ne trouveras jamais ni l'un ni l'autre auprès de moi. » Il ne cherchait plus rien. Il avait compris, cette fois. Il avait cessé d’espérer pouvoir récupérer un semblant de ce qu’il avait possédé autrefois dès leur première dispute. Il avait cessé d’imaginer que la douleur s’en irait un jour, pas aux côtés de cette Kate, parce qu’elle ne savait que distribuer de la souffrance et de la haine.
« Et si tu cherches de la compréhension, de l'acceptation, de l'amour, ce n'est pas après de moi que tu trouveras, Billy. Ta Kate est morte, et même avec ton grand pouvoir tu ne parviendras jamais à la ramener. » Elle était méprisable. Pourquoi ? Pourquoi cette Kate était-elle rongée par l’amertume et la rage, là où la sienne avait su se blinder et devenir la fille la plus géniale du monde ? Etait-ce parce qu’elle était restée seule tout ce temps ? Parce qu’elle n’avait rencontré ses véritables amis que trop tard ? Le temps l’avait rendue mauvaise. « Les Young Avengers sont tout à toi, j'abandonne. Même si tu ne veux pas les changer, j'espère qu'ils seront à ta convenance. » Elle le contourna, prête à quitter la pièce. Elle laissait tomber.

« Alors en plus d’être mauvaise, t’es lâche ? » cracha-t-il brusquement. « T’as raison, Kate est vraiment morte. » Et il ne parlait pas seulement de la sienne. Non, il parlait d’elle. De cette enveloppe vide qui fuyait sa propre maison, ses amis, son petit ami. « La Kate courageuse, qui se bat pour ce qu’elle aime, qui ne laisse jamais tomber quoi qu’il arrive, quel que soit l’ennemi, elle a déjà existé, ici ? Tu m’accuses de me servir de vous, de ne pas accepter que vous ne serez jamais comme eux. » Il secoua la tête d’un air navré. « Mais moi j’arrête pas de me battre à la moindre difficulté. » Il se tourna vers elle, fixa l’arrière de son crâne, ses épaules tendues. « Tu vas laisser tomber tout ce que tu as construit ? Tu laisses tomber Teddy, aussi ? » Ses yeux se remplirent de larmes, il était fatigué, déçu. « J’ai accepté ce qu’il y avait entre vous parce qu’il était heureux, parce que tu étais heureuse et c’était pas grave si ça faisait mal, tant que vous étiez bien. Et tu t’en vas, tu n’essayes même pas de te battre ? » Il serra les poings et lâcha d’une voix rauque : « Tu ne l’as jamais mérité, Kate. »  

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« Alors en plus d’être mauvaise, t’es lâche ? » Oui, mille fois.
Elle a envie de se retourner: toi, tu sais ce que c'est, le courage? Tu veux m'apprendre le courage? Tu crois pouvoir m'apprendre le courage? Le courage c'est se regarder chaque matin dans le miroir, le courage c'est accepter la main de Teddy dans la sienne, le courage c'est se battre tous les jours au même sujet avec David pour ne pas briser la routine, le courage c'est retenir toute l'amertume toute l'obscurité toute la peur toute la douleur toute l'horreur qui grandissent en elle, oh, elle les sent, là, juste là et ne peut pas s'empêcher de penser: qu'en a fait la Kate de son monde? a-t-elle réussi à s'en expier? à oublier? à dormir, la nuit? à en faire sa force?
La Kate de son univers, elle n'est pas lâche? Comment elle fait?
Elle se souvient de la lueur de compréhension dans son regard, quand elle a parlé à Billy des raisons qui l'ont poussée à être une young avenger. Elle se souvient de son soulagement, alors qu'elle s'était dit: il comprend, il comprend tout à fait, il est génial, je peux lui faire confiance. Elle se souvient s'être dit: aux autres je ne peux pas dire ça mais à lui, oui, et il comprend.
Mais il savait déjà, c'est tout. Ça veut dire que l'autre Kate... l'autre Kate est tellement différente. Elle le sent à sa voix accusatrice, déçue. À sa voix terrible, qui la transperce aussi sûrement qu'une flèche. Elle n'est pas une copie; juste une contrefaçon. Et elle est en vie. Elle est en vie. « T’as raison, Kate est vraiment morte. » Ah! Il y a un sourire triste, incertain, tremblant qui se hisse sur ses lèvres mais elle a vite fait de le réprimer. Elle la main sur la poignée de la porte, prête à s'en aller, à courir, à fuir, mais ses mots la clouent au sol. De l'autre côté du battant, il y a Teddy qui essaie d'ouvrir la porte, de comprendre, de les calmer; oh Teddy, ce pauvre Teddy, comme toujours, la colle qui les relie tous et les apaise. Oh Teddy, son Teddy, celui qui l'a emmenée au McDo pour leur deuxième rendez-vous, celui qui s'est cassé la gueule à la patinoire et l'a entraînée dans sa chute juste pour l'emmerder, celui qui l'a embrassée sur la bouche en ratant la joue pour la première fois quand elle lui a offert dix pièces à utiliser dans une salle d'arcade. Oh Teddy, elle aimerait juste ouvrir la porte, qu'il la prenne dans ses bras et qu'ils s'en aillent. Qu'ils aillent veiller Eli, qu'ils aillent refaire le monde, qu'ils aillent s'embrasser jusqu'à ce que rien ne puisse les séparer.

Sauf lui.
« La Kate courageuse, qui se bat pour ce qu’elle aime, qui ne laisse jamais tomber quoi qu’il arrive, quel que soit l’ennemi, elle a déjà existé, ici ? Tu m’accuses de me servir de vous, de ne pas accepter que vous ne serez jamais comme eux. » Non, elle n'a jamais existé, ou si peu. Elle aimerait lui expliquer, lui gueuler ce qu'elle a vécu, ce qu'elle vit. Elle a envie de lui dire qu'elle-même s'en veut de ne pas s'en remettre, de lui dire qu'elle-même s'en veut de ne pas être plus courageuse, de ne pas être assez forte pour fermer les yeux, oublier, se laisser aller, expliquer à tout le monde ce qui ne va pas et pourquoi, leur dire qu'elle a mal, qu'elle a peur. « Mais moi j’arrête pas de me battre à la moindre difficulté. » La moindre difficulté, hein? Pour lui, c'est ça, la moindre difficulté? Un mec qui débarque dans sa vie pour lui dire qu'il vient d'une autre dimension? Qu'il aime son copain, et qu'il n'ignore pas que même dans cet univers-là, son copain le regarde de trop près aussi? La moindre difficulté, c'est son meilleur ami dans le coma, entre la vie et la mort, avec les médecins qui les regardent d'un air triste et désolé? La moindre difficulté, c'est des mondes parallèles, des dimensions lointaines, des gens qui apparaissent et des gens qui meurent? La moindre difficulté, c'est ce mal-être, cette horreur, ce dégoût, cette culpabilité, cette faiblesse? Comment ose-t-il? Mais elle ne parle pas, elle ne peut pas.

« Tu vas laisser tomber tout ce que tu as construit ? Tu laisses tomber Teddy, aussi ? »

Ah; nous y voilà. Au final, c'est juste une histoire de Teddy, peut-être. Ou peut-être qu'il est le début de tout, le centre de leurs émois et de leurs coeurs qui battent trop fort. Pourquoi a-t-elle pris tant de temps à se rendre compte, à formuler ces trois petits mots, à admettre que quand elle le regarde, ce n'est pas du désir mais de l'amour qu'elle ressent? Pourquoi a-t-elle pris tant de mal à le repousser, l'éloigner, garder ses distances alors que depuis le début, elle lui appartient? Elle aimerait lui dire, l'embrasser, l'enlacer et oublier Billy. Juste oublier Billy. « J’ai accepté ce qu’il y avait entre vous parce qu’il était heureux, parce que tu étais heureuse et c’était pas grave si ça faisait mal, tant que vous étiez bien. Et tu t’en vas, tu n’essayes même pas de te battre ? » À quoi bon? « Tu ne l’as jamais mérité, Kate. »
Son poing s'abat sur la porte une fois, juste une fois. De l'autre côté du battant, Teddy arrête un instant de malmener la poignée, comme surpris. Kate a affreusement mal au poing, maintenant, peut-être qu'elle s'est cassé un minuscule os du doigt. Et puis son pouce lui fait mal. Et il y a même ses jointures éclatées de sang, et de la douleur, oh douleur famillière, qui remonte le long du bras, réveille quelque chose en elle. L'instant suivant, elle se retourne brusquement. “ JE SAIS! ” rugit-elle, et impossible d'arrêter les larmes maintenant, qui coulent sur ses joues. Mais elle les ignore, ces larmes traîtresses, ces larmes terribles, ces larmes brûlantes, elle les ignore. Il n'y a que Billy, et son coeur qui bat à tout rompre, et son poing qui lui fait mal, et Teddy de l'autre côté de la porte. “ Je sais, Billy, ” reprend-t-elle, avec une voix à peine plus mesurée, et ses yeux sont meurtriers. Elle inspire profondément, expire par les narines, ferme les yeux un instant. Un deux trois quatre cinq six sept huit neuf dix. “ Je ne mérite pas le Teddy qui me prend dans ses bras quand je suis triste, je ne mérite pas le Teddy qui embrasse mes larmes, je ne mérite pas le Teddy qui est le petit ami parfait, je ne mérite pas le Teddy qui me prend la main quand j'ai peur et qui me console quand je doute. ”  Sa voix porte, elle hurle et elle s'en fiche s'il se trouve de l'autre côté de la porte, elle s'en fiche si les autres young avengers l'entendent. Tout ce qu'elle veut, c'est que Billy l'entende. Que Billy comprenne. “ Je ne mérite pas le Teddy qui m'aime, lâche-t-elle finalement, à bout de forces. Et ça me tue, mais je travaille dessus, je fais de mon mieux. Mon Billy, celui à qui j'ai fait confiance, celui que j'ai admiré et détesté et jalousé, celui dont j'ai surpris les regards, celui dont j'ai compris le coeur, mon Billy aurait compris.

Pendant un instant, elle se tait et puis lève un doigt accusateur. “ Et toi, tu le mérites n'est-ce pas? Oh, bien sûr, je le vois sur ton visage: tu penses que tu le mérites. Peut-être que tu l'as mérité dans ton univers, peut-être que vous étiez heureux, peut-être qu'il t'aimait. Je ne vais pas me battre pour Teddy, William, parce que écoute moi bien, ouvre les oreilles: il m'aime et je l'aime. Je ne doute pas de lui, je ne douterai jamais de lui, c'est mon copain, je l'aime. ” Elle n'a jamais osé lui dire et distraitement, elle espère qu'il l'entend. “ Tu n'es pas ici chez toi, Billy, ” rajoute-t-elle finalement dans un souffle, avant de faire volte-face brusquement, de lever le verrou d'un geste et d'ouvrir la porte en grand; il est là.
Si grand, si beau, si tendre, avec son odeur et ses cheveux et ses yeux; Teddy, Teddy, Teddy. “ Je suis désolée, lui dit-elle, et les larmes dévalent sur ses joues sans qu'elle n'arrive à les retenir. Je- je crois que vous devriez parler. ” Et puis, quand Teddy attrape son bras quand elle le dépasse: “ S'il te plaît, Teddy. J'ai juste besoin- ” De distance. De temps. D'espace. De réfléchir. D'autre chose. Teddy la lâche, laisse une impression de froid, de vide là où sa main se trouvait une seconde plus tôt. “ Je suis désolée, ” répète-t-elle encore, à l'homme qu'elle aime, qu'elle est trop lâche, trop bête, trop faible, trop fragile pour mériter. Elle le contourne, dépasse David qui cherche son regard, America qui la tue du sien et ne se retourne pas en descendant les escaliers menant au premier niveau de l'ancien entrepôt, et ne se retourne pas en claquant la large porte en métal derrière elle, et ne se retourne pas en hissant ses lunettes de soleil sur son nez, et ne se retourne pas en laissant les young avengers derrière.

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